Néolibéralisme et conséquences

Un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps


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Jeudi 14 Mai 2009

Un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps
En France, les journées du 10 et du 23 mai ont été choisies pour honorer le souvenir des esclaves et commémorer l’abolition de l’esclavage décrétée en 1848. Depuis 2006, le Comité pour la mémoire de l’esclavage avait fixé au 10 mai les cérémonies officielles du souvenir. Mais les associations regroupant les Français d’outre-mer ont toujours boycotté et contesté cette date.

Un monde d’esclavage maquillé au goût de notre temps
 |1|

Cette année, une deuxième journée officielle a été ajoutée, celle du 23 mai. Pour la plupart des associations d’outre-mer, c’est cette date qu’il faut retenir, car c’est le 23 mai 1848 que les esclaves martiniquais ont vécu leur premier jour de liberté, c’est le 23 mai 1998 que plus de 40 000 descendants d’esclaves ont marché silencieusement dans les rues de Paris, et c’est le 23 mai 2001 qu’a été publiée la loi "Taubira" au journal officie |2|.





L’histoire officielle, celle sur laquelle on légifère, est faite de dates commémoratives durant lesquelles la récupération politique est de mise. Ainsi, par exemple, le 10 mai prochain à l’occasion de la journée de « commémoration de l’abolition de l’esclavage », le président Sarkozy présidera une cérémonie pendant qu’Alain Juppé, ancien Premier ministre, Maire de Bordeaux, Michèle Alliot-Marie, Ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, Christine Albanel, Ministre de la culture et de la communication et Yves Jégo, Secrétaire d’état chargé de l’outre-mer inaugureront les nouvelles salles permanentes «  Bordeaux, le commerce atlantique et l’esclavage » au Musée d’Aquitaine.
Améliorer l’image de son gouvernement en dénonçant le passé esclavagiste de la France, tout en perpétuant une politique française intérieure et extérieure de domination et d’exploitation, quelle belle hypocrisie !





Un siècle et demi après l’abolition officielle de l’esclavage, pouvons-nous affirmer que celui-ci a disparu ? Les pouvoirs politiques peuvent-ils le commémorer comme s’il appartenait seulement au passé ?
Depuis l’abolition officielle de l’esclavage, bien d’autres formes de domination et d’exploitation similaires ont pris le relais, c’est pourquoi son abolition constitue aujourd’hui encore un enjeu majeur.





La dette du Tiers Monde ou comment fabriquer les conditions d’exploitation et d’esclavage





Les grandes puissances, les institutions financières internationales (FMI et Banque mondiale), les entreprises multinationales, notamment à travers le mécanisme de la dette, sont responsables du pillage de l’économie des pays du tiers-monde et des libertés des peuples du Sud. La dette des Pays en voie de développement est estimée à 3 360 milliards de dollars. Elle maintient 85% de l’humanité dans la misère : les pays pauvres payent plus pour leur dette que pour leurs budgets de santé et d’éducation réunis. Ces pays ont remboursé l’équivalent de 102 fois ce qu’ils devaient en 1970, mais entre temps leur dette a été multipliée par 48 |3| . La dette est un des mécanismes du maintien et de fabrication des conditions d’exploitation et d’esclavage. Abolir la dette de manière totale et sans condition, constituerait un premier pas important pour l’abolition de l’esclavage.





Tant que les droits humains fondamentaux ne seront pas garantis, l’esclavage existera





La souveraineté politique et économique des pays du Sud est bafouée et les droits humains fondamentaux ne sont pas garantis. Un être humain qui n’a pas d’accès à l’eau, à la nourriture et à d’autres droits et besoins fondamentaux n’est pas libre. Il faut 80 milliards de dollars par an pendant 10 ans pour assurer à la totalité de la population les services sociaux essentiels (éducation primaire, santé, eau, assainissement). Ainsi il suffirait d’un prélèvement de 2 millièmes sur le patrimoine cumulé des 10,1 millions de millionnaires en 2007 (estimé à 40 700 Milliards de $) pour trouver les 80 milliards de dollars nécessaires |4| . Le refus du partage des richesses (le revenu des 500 individus les plus riches de la planète dépasse les revenus cumulés des 416 millions de personnes les plus pauvres) et le maintien délibéré de populations entières dans des conditions de vie contraires aux droits humains est une forme d’esclavage.





Capitalisme et esclavage font bon ménage





On peut aussi se demander si les travailleurs soumis aux Accords de Partenariat Économique (APE) visant à libéraliser les échanges, sont libres. Si les migrants obligés de quitter leurs pays, leurs familles, leurs amis dans l’espoir de pouvoir vivre, sont libres. Si les sans papiers que l’Europe fabrique pour fournir une main d’œuvre bon marché à ses entrepreneurs, ne sont pas des esclaves. Si les enfermer dans des camps de la honte avant de les « déporter », n’est pas le signe d’une société qui considère que les êtres humains ne sont pas tous libres et égaux. Et si les enfants qui travaillent dans les usines, aux quatre coins du monde pour alimenter le Nord en gadgets ne sont pas eux aussi des esclaves. La liste serait longue, les esclaves modernes du système néocolonial et capitaliste sont nombreux. Mettre le profit au cœur du système engendre inévitablement exploitation et esclavage, c’est le système actuel qui crée les conditions d’exploitation et d’esclavage des populations. Il faut sortir du capitalisme pour abolir l’esclavage et prôner un système centré sur les besoins humains fondamentaux. On ne pas crier au tout profit et s’insurger contre l’esclavage.





Ainsi, commémorer l’abolition de l’esclavage, c’est aussi mettre en lumière que le système capitaliste est le vecteur d’un nouvel esclavage dont l’abolition doit mobiliser les consciences à l’échelle internationale. La liberté se conquiert, il n’est pas encore temps de la commémorer.





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Notes

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|1| Expression de Thomas Sankara, discours devant l’assemblée générale des Nations unies. La liberté se conquiert. 4 octobre 1984.





|2| La loi Taubira du 21 mai 2001, est une loi française concernant la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’Humanité. Aux termes de l’article premier, la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité.





|3| Eric Toussaint et Damien Millet, Les chiffres de la dette, CADTM, 2009





|4| Eric Toussaint et Damien Millet, Les chiffres de la dette, CADTM, 2009






Crise au Sud ou systémique du sous développement ?

Comment comprendre que 1 milliard d’humains sur la planète soit en état de sous nutrition chronique quand 400 autres millions sont obèses, que 3 autres milliards vivent avec moins de 2 euros par jour quand un autre milliard est en surpoids ? Quand les plus jeunes, d’un côté seront carencés à vie et de l’autre, les suralimentés, une formidable source de profits pour les lobbys agroalimentaire et médico-pharmaceutique… Comment accepter qu’une grande part de la nourriture soit jetée aux ordures, presque la moitié aux EU, avant même consommation. Dans un système consumériste-productiviste, dont la seule morale est le profit, le meilleur client serait celui qui gaspille la plus grande part de ses achats avant utilisation…

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut remonter cinq siècles en arrière, quand les grands navigateurs, européens, sont partis à la conquête de la planète terre. Depuis ce jour, une très grande violence s’est abattue sur de nombreuses populations et un immense transfert de richesses s’est opéré vers la vielle Europe, puis les EU. La faim, la pauvreté et aujourd’hui les dérèglements climatiques qui touchent avec encore plus de force les pays du sud, sont les conséquences de cette prise de pouvoir, entrainant le viol des populations étrangères et de leurs territoires. Les remboursements infinis de la dette et le pillage des matières premières ne sont aujourd’hui qu’une énième forme de ces transferts sud-nord.

Aux premiers comptoirs commerciaux fondés par ses explorateurs dont on loue encore le courage - ces implantations étrangères localisées - viendront s’ajouter le monstrueux commerce triangulaire impliquant la traite des esclaves africains vers l’Amérique. Vers 1850 l’esclavage se termine, les conquêtes territoriales commencent. Cette date marque le début du grand mouvement de colonisation qui se fera en compensation de cette perte. En avant-garde, les missionnaires. Ils seront envoyés pour violer les imaginaires : les cultures animistes et polythéistes, respectueuses de la nature seront et sont encore piétinées par les occidentaux. Ils imposeront, par le concept du progrès, le monothéisme et l’argent roi. Il fallait libérer les cerveaux « incapables de regarder vers l’avenir » pour qu’ils soient disponibles aux travaux forcés du développement des métropoles du nord. Ensuite, les armées européennes violeront l’organisation sociale de ces peuples par la force et des administrations blanches imposeront un ordre permettant d’irriguer le Nord avec les richesses du Sud. Au début du XXème S., pas d’automobiles sur pneumatiques sans le latex du Congo de Léopold II avec ses dizaines de milliers de mains coupées. Aujourd’hui pas d’électricité nucléaire en France sans l’uranium d’Arlit au Niger et ses populations appauvries, dont certaines sont irradiées par Areva-Cogema.

A son tour la colonisation doit prendre fin. Elle est devenue insoutenable, au lendemain de la seconde guerre mondiale, grâce au combat des nationalistes du sud. Mais, comme à chaque fois, lorsqu’un modèle d’assujettissement s’essouffle, les conquérants du nord le remplacent par un autre. Pour succéder à la colonisation, le surendettement machiavélique des nouveaux états indépendants commence.

A la fin de chaque cycle, le procédé est de plus en plus efficace et moins visible, donc plus acceptable face à la montée de la conscientisation des électeurs du nord. La dette a dépassé toutes les espérances de la finance internationale comme vecteur de conquête et surtout de la transformation économique et sociale dont elle avait besoin. (Consensus de Washington) Les transferts financiers du sud vers le nord entre 1985 et 2007 ont été, après déduction des nouveaux prêts et dons, de 759 Mds$ ! Une somme largement suffisante pour atteindre et dépasser les timides objectifs du millénaire et sortir l’ensemble des populations de la planète de la sous alimentation, sous éducation, sous formation agricole et du déficit de soins médicaux.

Surtout, les anciens pays colonisateurs avec des réseaux mafieux (type Foccart), des assassinats politiques, et la corruption continue, aidés par les IFIs à leurs ordres, maintiendront jusqu’à aujourd’hui la majorité de ces pays sous leurs dominations. En apparence tout a changé, mais au fond rien… Ils seront financièrement enchainés à leurs rôles séculaires de fournisseurs de matières premières et de travail humain à très bas prix. La nouvelle dictature du libre-échange leurs sera imposée par les conditionnalités des PAS liées à de nouveaux emprunts indispensables à leur survie économique. La continuité dans le transfert des richesses sera d’autant plus violente qu’au-delà de l’exportation forcée des matières premières, fossiles et agricoles, les PED devront exporter l’essentiel de la plus value durement acquise - le véritable bénéfice du travail de production - sous forme de remboursements en devises étrangères : intérêts et capitaux de dettes en très grande majorité illégitimes. Là se trouve le « nœud coulant » du non développement. L’exemple de la RDCongo est éclairant. Ce pays aux ressources fossiles aussi colossales qu’indispensables à l’industrie des pays riches (Hi-Tech et autres) a un nombre d’habitants équivalent à la France. Sa superficie est 4 fois plus importante et son budget de 5 Mds$ (Milliards $), lui est 100 fois inférieur. La RDC ne touche que 5 % du prix des exportations faites par les transnationales. Il n’y a pas de routes pour aller d’Est en Ouest, mais elle rembourse une dette extérieure publique illégitime dont le stock est estimé à 11 Mds $ actuels. Cela correspond à l’estimation de ce qu’a détourné Mobutu en 30 ans de pouvoir.

Tout cela serait impossible, sans l’opacité indispensable au surendettement publique et à la corruption dans les PED qu’offrent les paradis fiscaux. Comme pour la dette (Gleanagles en 2005) ou Londres en 2009, les effets d’annonce pour l’abolition sont tonitruants. Ils sont faits pour nous éblouir sur la générosité et la probité du nord, en réalité surtout soucieux de maîtriser l’évasion fiscale et le vote des électeurs. Le message est on ne peut plus clair : face à la crise systémique, il s’agit de dire que tout va changer pour que surtout rien ne change sur le fond. Les maîtres du monde ne veulent pas perdre une parcelle de pouvoir. Sans les «  Iles vierges ou Bahamas » qui logent des « entreprises-compte-bancaire » vers lesquels sont fictivement exportés les matières premières, la sous-facturation au départ du pays exploité serait impossible. Les taxes alimentant le budget des PED étant toujours en pourcentage du prix à l’export, on comprend les profits qu’en tirent les transnationales. Ils viennent se superposer à ceux issus des contrats léonins obtenus par la corruption des leaders du Sud. Tout cela est tellement facile à cacher dans les paradis fiscaux. Ensuite les mêmes marchandises sont virtuellement réexportées vers une entreprise industrielle du groupe, cette fois avec un prix très élevé. Pas d’impôt sur la plus value à payer aux états-croupions de ces paradis exotiques. Pourtant les plus grands s’appellent aussi : Suisse, Delaware (USA) ou la City de Londres.

L’Afrique subsaharienne est le continent qui paie proportionnellement à sa population le plus lourd tribut en termes de développement humain. C’est aussi le continent qui commence à subir le plus durement le dérèglement climatique causé par les pays industrialisés. « Les amis de la terre » chiffrent à 110 Mds par an la dette écologique que le nord doit au sud. Les thèses reposant sur des affirmations partiales - selon lesquelles les africains sont responsables de leur non développement - d’un Stephen Smith dans son livre « Négrologie » reprises par Sarkozy dans son discours de Dakar- sont là pour entretenir le racisme latent dans l’inconscient collectif de l’homme blanc. Des mensonges indispensables pour enlever aux citoyens du nord les arguments d’une critique trop efficace sur l’injustice économique et financière, l’injustice sociale, l’injustice climatique et l’injustice alimentaire faite au Sud.

Nous savons que demain sera plus chaud, que les réserves halieutiques ne se reconstitueront pas avant très longtemps, que les surfaces de terres arables seront de plus en plus petites, que les forêts continueront à disparaître, que la biodiversité dont nous faisons partie se réduit chaque jour, qu’il y a aura de moins en moins de pétrole et de matières fossiles dans le sol, et de plus en plus de CO2 dans l’atmosphère. Quelques rares personnes avaient compris cela en 1945, beaucoup plus dans les années 1970. Aucun décideur, aucune démocratie n’a voulu en tenir compte. En 2009 seul les apparences changent. La croissance est rhabillée en vert, l’étendue de la misère est cachée et le pillage continue. Mais la conjonction de la crise avec la catastrophe environnementale et climatique pourrait transformer la conquête sans fin en une défaite brutale pour l’humanité.

http://www.cadtm.org/spip.php?article4389 http://www.cadtm.org/spip.php?article4389



Jeudi 14 Mai 2009


Commentaires

1.Posté par Mathieu le 14/05/2009 18:42 | Alerter
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Si le vrai monde se peint par internet et les lectures, je me sens impuissant même si je partage les idées. Comprendre, enlever ses oeillères est une étape essentielle, mais comment passer à l'action ?
J'ai refusé de bosser pour un groupe industriel dont je partageais pas l'éthique, ok, le poste reste ouvert et si personne ne le prend, le salaire augmentera. Je reste au chômage avec des idées, mais même en habitant dehors cela ne changerait rien, je suis esclave. Alors, dois-je prendre l'argent chez eux pour le redistribuer là où ils causent du tord, essayer de changer les choses de l'intérieur. Comment y croire ?

L'objectif de faire de l'argent ou de nourrir l'économie pour seule finalité est absurde.

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