Palestine occupée

Un mariage politique de raison : un seul Etat de Palestine-Israël


Alors qu'Israël célèbre 59 ans d'indépendance le 14 mai, les Palestiniens, commémorent la Nakba, la catastrophe de l'expulsion et les décennies d'exil qui se poursuivent aujourd'hui.

Par Ali Abunimah
Ali Abunimah est co-fondateur d'Electronic Intifada et auteur de : "Un pays : une proposition audacieuse pour en finir avec l'impasse israélo-palestinienne".


Ali Abunimah
Mardi 15 Mai 2007

Photo Maan News : Peinture d'un artiste palestinien en commemoration de la Nakba dans le camp de réfugiés de Jabalia, au nord de la Bande de Gaza
Photo Maan News : Peinture d'un artiste palestinien en commemoration de la Nakba dans le camp de réfugiés de Jabalia, au nord de la Bande de Gaza
Lorsque ma mère avait 9 ans, elle et sa famille sont montées à l'arrière d'un camion et ont quitté leur village de Lifta, à côté de Jérusalem, sous la menace des milices sionistes. Ma grand-mère avait recouvert les meubles, dans la maison familiale que mon grand-père avait construite. Prévoyant une absence de courte durée, jusqu'à ce que les batailles s'arrêtent, ils n'avaient pris que quelques vêtements.

C'était il y a soixante ans. Comme des centaines de milliers d'autres Palestiniens, ils n'ont jamais été autorisés à revenir, et leurs biens ont été saisis par Israël.

Ma mère se souvient de sa petite enfance et des voisins juifs qui louaient l'appartement qui appartenait à son père. Elle se souvient qu'elle les aidait le jour de Sabbath et qu'elle jouait avec leur fille après l'école. Une vie qui n'est qu'un lointain souvenir pour la plupart des réfugiés palestiniens qui, avec leurs descendants, sont maintenant plus de 5 millions.

Mais une vie meilleure ne doit pas être qu'un souvenir. Le retour des Palestiniens dans leur patrie est faisable si la paix avec les Israéliens est bâtie en même temps.

Une nouvelle poussée diplomatique ne provoquera pas le fantasme d'une séparation nette des Israéliens et des Palestiniens dans deux Etats. Ceci ne ferait que perpétuer l'inégalité et la division.

La pression internationale devrait plutôt porter sur Israël pour qu'il laisse tomber sa volonté de suprématie sur les Palestiniens. Alors les deux parties pourraient ensemble commencer à bâtir un seul Etat multiethnique où les Juifs et les Palestiniens pourraient vivre côte à côte.


L'une tâche difficile – mais pas impossible – sera de convaincre une majorité d'Israéliens que la solution à Un Etat est viable. En 2004, par exemple, l'historien israélien Benny Morris, qui a écrit plusieurs livres documentant l'expulsion forcée des Palestiniens, a dit qu'"un Etat juif n'aurait pas vu le jour sans le déracinement de 700.000 Palestiniens.

Il était donc nécessaire de les déraciner.
" Mais M. Morris n'a pas le cœur tendre. Il a ajouté : "Il y a des circonstances dans l'histoire qui justifient un nettoyage ethnique." Si le Premier Ministre fondateur d'Israël, David Ben-Gourion, doit être blâmé, dit Morris, c'est "de ne pas avoir terminé le transfert en 1948."

Des millions de Palestiniens vivent dans des camps sordides sous réglementation militaire israélienne et dans les pays voisins. Israël a refusé d'autoriser ces réfugiés à rentrer chez eux, comme stipulé par les lois internationales.

La raison est simple : dès sa naissance, le mouvement sioniste avait l'intention de transformer un pays où la majorité des gens n'étaient pas juifs en un pays qui donnerait des droits et des privilèges particuliers aux Juifs au dépens des non-Juifs. Si les réfugiés palestiniens étaient des Africains noirs, personne ne contesterait le mot "apartheid" que l'ancien président US Jimmy Carter a utilisé pour décrire la situation.

Mais alors que certains voient Israël comme un miracle, beaucoup d'Israéliens eux-mêmes reconnaissent que le projet sioniste est loin d'être une réussite : aujourd'hui, le nombre de Juifs israéliens et de Palestiniens habitant le pays est à peu près égal, environ 5 millions de part et d'autre.

Un peu plus d'1 million de Palestiniens vivent comme citoyens d'Israël, avec des droits moindres, alors que près de 4 millions vivent sous occupation en Cisjordanie et à Gaza. Le taux de naissance élevé signifie que dans quelques années, les Palestiniens deviendront une fois encore majoritaires, comme ils l'étaient avant 1948.

Prétendre, comme le fait Israël, qu'il a le droit d'être un "Etat juif" signifie reconnaître qu'il a le droit de manipuler la démographie dans le but d'une domination ethnique. Cette perspective viole les droits de l'homme fondamentaux.

Les Palestiniens, dont beaucoup d'entre eux ont déjà été déplacés de force par le mur cruel qui serpente à travers la Cisjordanie, redoutent une nouvelle expulsion comme celle de 1948.

A la dernière élection israélienne, les partis qui prônaient explicitement le nettoyage ethnique des Palestiniens ont obtenu le plus de votes, dont l'un d'entre eux dirigé par le vice-premier ministre Avigdor Lieberman.


La partition de Palestine-Israël est aussi impossible que l'étaient l'Afrique du Sud ou l'Irlande du Nord, où des conflits ethniques similaires ont mis des générations à trouver une solution. Dans les deux cas, c'est lorsque le groupe dominant a renoncé à sa suprématie qu'un règlement politique a pu être trouvé.

Ce qui était inimaginable est arrivé : le Congrès National Africain de Nelson Mandela et le Parti National de F.W. de Kerk se sont joints dans un gouvernement d'unité nationale en 1994. Les dirigeants d'Irlande du Nord ont fait une avancée similaire cette année.


Aucun mariage politique ne se produit par amour, mais par nécessité et avec des pressions extérieures. Avec le temps, une réconciliation sociale peut intervenir, mais cela n'a pas été le pré-requis pour les progrès politiques en Afrique du Sud ou en Irlande du Nord.

Une telle pression sur Israël, en tant que parti le plus fort, est nécessaire, et c'est la raison pour laquelle je soutiens le mouvement croissant de Boycott, Désinvestissement et Sanctions présenté par la Campagne anti-apartheid.

Dans le même temps, nous devons commencer à construire la vision d'une Palestine-Israël non raciale, non sectaire, qui appartienne à tous les gens qui y vivent, les Juifs israéliens, les Palestiniens, et tous les exilés qui veulent revenir et vivre en paix avec leurs voisins.


A VOIR :

Video : "Faits concernant Israel" – durée : 9mn 58s

Source : Maan News
Traduction : MR pour ISM


Mardi 15 Mai 2007

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