Palestine occupée

Un marchandage difficile


En réaction aux "tergiversations et procrastination" israéliennes, le Hamas a décidé de placer la barre plus haut quant au prix qu'Israël doit payer pour la libération de Gilad Shalit, soldat israélien que les combattants palestiniens ont capturé lors d'une attaque transfrontalière dans la Bande de Gaza il y plus de deux ans.


Par Khaled Amayreh > amayreh@p-ol.com


Mardi 9 Septembre 2008

Un marchandage difficile
Les dirigeants du Hamas à Gaza ont dit cette semaine que le groupe demandait maintenant la libération de 1.500 prisonniers palestiniens, incarcérés dans les prisons et les centres de détention israéliens, en échange de la libération de Shalit.

Les nouvelles exigences du Hamas, qu'Israël rejette en les qualifiant de "tactiques de marchandage", ont été transmises par les officiels égyptiens au Ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, qui était au Caire la semaine dernière. Barak a déclaré que le gouvernement israélien faisait des efforts acharnés pour obtenir la libération de Shalit aussi rapidement que possible, ajoutant qu'il espérait une accélération des négociations indirectes avec le Hamas à ce sujet.

Barak a aussi suggéré que les négociations pour lesquelles l'Egypte sert de médiateur soient conduites en secret pour garantir leur réussite.

Les déclarations de Barak sont arrivées au milieu de pressions grandissantes du public sur le gouvernement israélien pour conclure l'affaire Shalit avant que le Premier Ministre israélien et chef de Kadima, Ehud Olmert, quitte son poste dans quelques semaines. Olmert, qui est impliqué dans un scandale de corruption et de magouilles et a été interrogé plusieurs fois par la police, a décidé récemment de démissionner de son poste de premier ministre.

La famille Shalit et nombre d'autres israéliens demandent maintenant qu'Olmert fasse son possible pour obtenir, avant son départ, la libération du soldat israélien emprisonné.

IPlusieurs raisons expliquent qu'Israël n'ait peut-être pas très envie, en ce moment, de s'engager dans des négociations sérieuses avec le Hamas sur l'affaire Shalit. Pendant ses fréquentes incursions et opérations militaires précédant le cessez-le-feu avec le Hamas, il y a plus de deux mois, l'armée d'occupation israélienne et les services secrets israéliens ont raflé de nombreux palestiniens à Gaza pour leur extorquer des informations qui auraient pu conduire à la localisation de Shalit. Ces tentatives n'ont donné aucun résultat.

De plus, le mouvement Hamas a montré un extraordinaire degré de ténacité et de patience depuis la capture de Shalit en refusant de faire des courbettes devant la pression militaire israélienne. Ces dernières semaines, des journaux arabes installés à Londres ont publié des articles prétendant qu'Israël planifiait d'assassiner les principaux dirigeants du Hamas dans la Bande de Gaza si le Hamas maintenait ses exigences relatives à un éventuel échange de prisonniers. Les responsables du Hamas ont qualifié ces informations de "pure désinformation", jetant le gant devant les services secrets israéliens.

Entre temps, Israël pousse l'Egypte à faire pression sur le Hamas pour qu'il revoit à la baisse "ses demandes exagérées" concernant le nombre et la qualité des prisonniers palestiniens que le groupe veut qu'Israël libère en échange de Shalit. Les médias israéliens ont publié des articles prétendant que l'Egypte accusait le Hamas de "l'impasse" de l'affaire Shalit. L'Egypte n'a rien dit qui corrobore les allégations israéliennes.

Cette semaine, le porte-parole du Hamas à Gaza, Fawzi Barhoum, a dit au cours d'un entretien radiophonique que l'Egypte montrait de la compréhension envers les exigences du Hamas. "Le problème n'est pas avec l'Egypte, qui fait des efforts appréciables pour en terminer avec ce dossier. Le problème est avec le régime d'occupation israélienne, qui pense que la pression fera bouger le Hamas."

En fait, le Hamas lui-même est maintenant sous la pression intense des familles des prisonniers palestiniens pour qu'il s'accroche à ses demandes, à savoir qu'Israël libèrerait 450 anciens prisonniers dont les noms ont déjà été transmis à l'Egypte. La liste comporte les noms des dirigeants politiques et résistants détenus dans les geôles israéliennes. Elle comporte également les noms de dizaines de députés affiliés au Hamas et d'anciens ministres, ainsi que d'autres élus enlevés par Israël juste après la capture de Shalit, et détenus comme monnaie d'échange dans les prisons israéliennes depuis lors.

Le Hamas demande également la libération de dizaines de femmes et d'enfants détenus dans les prisons israéliennes pour avoir résisté à l'occupation.

Mouvement sunnite, le Hamas semble aussi beaucoup tenir à montrer aux masses arabes et musulmanes qu'il ne sera pas moins coriace que le Hizbullah, l'organisation shiite libanaise, qui a finalement réussi à obliger Israël à libérer tous les prisonniers libanais, dont Samir Al-Kuntar, des prisons israéliennes. Israël considérait que Kuntar était "un grand terroriste" parce qu'il avait tué des colons israéliens au nord d'Israël, il y a près de trois décennies.

Israël a toujours cherché à justifier son refus de libérer les détenus palestiniens aux lourdes condamnations aux motifs que leurs mains étaient entachées du sang juif. Toutefois, la libération d'Al-Kuntar, il y a deux mois, ainsi que la récente libération de deux anciens prisonniers palestiniens, qui ont aussi "du sang juif" sur les mains, prouvent que ce sacro-saint mantra perd de sa crédibilité et est peut-être en train de s'écrouler.

Si Israël a accepté de relâcher des "tueurs de Juifs" en échange du rapatriement des dépouilles d'Israéliens, alors il devrait être encore plus décidé à faire de même en échange de la libération de captivité d'un soldat israélien vivant. C'est l'opinion de Benyamin Benaliezer, Ministre israélien de l'infrastructure nationale.

Lors de la campagne pour une élection locale dans la ville de Migdal Haeimek, mardi 2 septembre, Benaliezer a dit qu'Israël était prêt à payer n'importe quel prix pour la libération de Shalit. "Bien sûr tout accord d'échange devra être approuvé par le gouvernement, mais nous devons en finir avec cette question".

Benaliezer a réfuté l'idée que la libération de tant de prisonniers palestiniens, dont des dirigeants du Hamas, affaiblirait la position du Président de l'Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas. "Abbas est déjà trop faible", a-t-il dit.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Mardi 9 Septembre 2008


Commentaires

1.Posté par Eric le 09/09/2008 18:47 | Alerter
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C'est triste à dire, mais il faudrait que le Hamas capture sans mort plusieurs autres Shalit et les échange, bien traités et bien en vie surtout, même s'ils ont ,eux , du sang sur les mains, contre les plus de 11 000 prisonniers dont encore 85 femmes et environ 300 "enfants".

M. Khalid Amayreh est un grand Palestinie courageux parmi les Grands. Ne ratez aucun de ses articles.

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