Conflits et guerres actuelles

“Un manuel de savoir-vivre de la contre-insurrection” Le Guide culturel des Forces spéciales US


Traduit par Gérard Jugant
Edité par Fausto Giudice


Gilberto López y Rivas
Mardi 28 Septembre 2010

Gilberto López y Rivas جيلبيرتو لوبيز إي ريفاس
Gilberto López y Rivas جيلبيرتو لوبيز إي ريفاس

Grâce à excellent article de l’anthropologue David Price: “Anthropologies: the Army take on culture” (AnthroNow 3/8/10, pp. 57-63), il a été possible de lire un document récemment publié par l’armée US, Special forces advisor guide (Guide du conseiller des forces spéciales) qui reflète, d’un côté, les objectifs de domination mondiale interventionniste de ce pays opérant dans la guerre sale - version Obama - déjà dans 75 pays et, d’un autre côté, le renouvellement de l’influence de concepts et connaissances anthropologiques - préalablement adaptés et purgés pour les mentalités militaires - comme un instrument de plus au service du complexe militaire impérialiste. À juste titre, Price considère le Guide, sarcastiquement et paraphrasant Emily Post, comme “un manuel de savoir-vivre de la contre-insurrection” qui, oh surprise, “avertit le personnel militaire que le monde entier n’est pas comme les USA”.


Cliquer pour ouvrir le  document

 
A l’égal de ses collègues universitaires usaméricains qui, à l’initiative de Montgomery McFate, ont dénoncé l’implication d’anthropologues comme accessoires utiles, ou mercenaires intellectuels, dans toutes les unités de combat des guerres d’occupation néocoloniales en Irak et en Afghanistan, Price signale que la principale intention du Guide...est d’instruire les militaires pour mieux interagir avec les autres cultures comme conseillers, occupants ou visiteurs. Le document est élaboré, aussi, pour éviter le choc culturel aux fragiles “bérets verts”, qui paradoxalement ont pour devise “De oppreso liber” (“Pour libérer les opprimés”) et qui ont été dénoncés depuis plus d’un demi-siècle pour pratiquer et enseigner les techniques de torture, d’assassinats sélectifs de prisonniers et combattants, contribuer aux massacres d’indigènes, entraîner des groupes paramilitaires, etc., dans les pays appelés par euphémisme “pays hôtes”, entendez par là des régimes répressifs auxquels ces singuliers “conseillers” prêtent leurs services.
 
Price précise que le Guide... se base sur l’ancien, critiqué et dépassé courant anthropologique dénommé “culture et personnalité”, qui a eu beaucoup d’influence dans les années de la Seconde Guerre Mondiale et l’après-guerre, quand des anthropologues comme Ruth Benedict et Margaret Mead s’impliquèrent dans des études de caractère national pour contribuer aux efforts de guerre de leur pays, réduisant la complexité des nations à des traits simplifiés et pseudo-psychologiques, qui ignoraient les variantes significatives entre individus et sociétés. Le Guide... se fonde aussi sur le modèle d’orientation de valeurs créé par l’anthropologue Florence Kluckhohn et le psychologue Fred Strodtbeck dans les années 1950 et fondé sur des représentations rabougries de stéréotypes culturels régionaux, à partir d’un supposé noyau basique de valeurs. Ainsi, la réalité ethnique, linguistique et culturelle du monde, complexe et hétérogène, se réduit dans ce document à sept régions culturelles: “Amérique du Nord et Europe (incluant l’Australie et la Nouvelle Zélande), Asie du Sud-Ouest et Nord de l’Afrique, Amérique centrale et du Sud (incluant le Mexique), Afrique sub-saharienne, rives du Pacifique (à l’exclusion des Amériques), Russie et républiques indépendantes, et Océanie (îles du Pacifique)”.
 
L’hypothèse de Price est que les militaires adoptent des modèles culturels inadéquats et critiqués par la recherche universitaire étant donné que ceux-ci font un écho confortable à leurs propres visions du monde. “Depuis la Seconde Guerre Mondiale - affirme Price - nous observons que les militaires ignorent la recherche universitaire indépendante en faveur de perspectives racialement essentialistes ad hoc, comme le modèle d’orientation de valeurs de Kluckhohn (...). Les militaires reconnaissent leurs limites dans la compréhension anthropologique de la culture, mais leurs propres réticences, incluant leur prédilection à appuyer des missions néocoloniales, rendent difficile leur aptitude à incorporer des analyses anthropologiques rigoureuses”.


Une anthropologue "embarquée" au travail sur le "terrain" dans une clinique établie par l'armée US dans la Vallée de Shabak en Afghanistan. Photo Tomas Munita pour The New York Times
De toute façon, cela ne changerait rien que les militaires adoptent les cadres conceptuels anthropologiques les plus circonspects, au lieu du réductionnisme psychologique et de la pléthore de stéréotypes ethnocentriques qu’on retrouve tout au long du Guide, puisque les visées des USA et de leurs forces armées comme puissance hégémonique parmi les pays impérialistes seraient exactement les mêmes : protéger leurs intérêts géostratégiques et ceux de leurs compagnies transnationales par le moyen de l’intervention militaire, policière et de services secrets permanente dans toutes les régions du monde; appuyer des dictateurs ou assimilés, former des collaborateurs putschistes dans leurs écoles de contre-insurrection, continuer à spécialiser les armées nationales comme forces d’occupation à leur service et dans le contrôle des insurrections et dissidences de tout type; torturer, faire disparaître, séquestrer, exécuter, infiltrer, coopter dans des opérations transculturelles de terrorisme à l’échelle mondiale dirigées par les rambos des forces spéciales qui bredouillent des formules de politesse en espagnol ou en arabe, pendant que l’ espéranto de leurs carcans mutile les corps et que leurs armes de destruction universelle anéantissent des peuples entiers.

Le message essentiel et cru du Guide ne requiert pas d’interprétations anthropologiques: “Les conseillers (des forces spéciales) doivent avoir à l’esprit que leur principal objectif est de suivre la politique des USA (...) les plus grandes responsabilités incluent la zone de défense, la contre-insurrection, la fourniture et l’emploi de l’appui aux USA (...) Maintenir la relation avec la police et avec les agences de renseignements responsables de la contre-subversion (...). Assister à l'établissement d’un programme adéquat de sécurité pour la sauvegarde contre la subversion, l’espionnage et le sabotage”.
 
Bien sûr, le Mexique correspond à la “zone de responsabilité” partagée entre le 7ème et le 20ème groupe des forces spéciales en service actif (SFG), prêts pour libérer les Mexicains opprimés.

Merci à Gilberto López y Rivas جيلبيرتو لوبيز إي ريفاس
Source: http://www.jornada.unam.mx/2010/09/17/index.php?section=politica&article=023a1pol
Date de parution de l'article original: 17/09/2010
URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=1515



Mardi 28 Septembre 2010


Commentaires

1.Posté par AS le 28/09/2010 11:06 | Alerter
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tres bien

2.Posté par joszik, le 28/09/2010 20:42 | Alerter
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Protéger ses intérêts stratégiques ne sont pas le soucis principale des américains, car leur doctrine est restée la même depuis 200 ans "utiliser le prétexte des intérêts stratégiques pour exterminer une population, et si cette population abdique et tente de se soumettre sous la violence alors ils vont inventer des faux terroristes et des faux attentats pour continuer leur génocide"....;qui pourrai ou contester cette évidence en Afghanistan?

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