Palestine occupée

Un hommage à Kahane à la Knesset nuirait aux pourparlers de paix


Mr Ben-Ari et ses sympathisants sont en train d’acquérir une position forte au Parlement, révélatrice de la dérive croissante du pays à droite.

Jonathan Cook
The National


Jonathan Cook
Mardi 24 Novembre 2009

Un hommage à Kahane à la Knesset nuirait aux pourparlers de paix
Le projet de députés de droite en Israël pour commémorer ce mois-ci l’anniversaire de la mort de Meir Kahane, dont le mouvement antiarabe interdit fut classé comme organisation terroriste, risque de réduire encore plus les perspectives de pourparlers entre Israël et les Palestiniens, préviennent des officiels états-uniens.

L’initiative pour une commémoration à la Knesset, parlement d’Israël, est animée par Michael Ben-Ari, qui fut élu cette année et qui est le premier à s’être fait élire député en tant qu’ancien membre affiché du parti de Kahane depuis que le mouvement a été interdit il y a 15 ans.

L’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv a envoyé une série de courriels à Reuven Rivlin, président du parlement, lui demandant d’intervenir pour bloquer la situation.

Selon des officiels états-uniens, la pression est exercée à la demande de George Mitchell, l’envoyé du Président US Barack Obama dans la région, qui s’inquiète de ce que cela va encore ajouter à ses problèmes alors que les dirigeants israéliens et palestiniens s’affrontent déjà sur la nouvelle position des Palestiniens pour déclarer unilatéralement la création d’un Etat.

Certains législateurs israéliens ont averti que Mr Ben-Ari et ses sympathisants étaient en train d’acquérir une position forte au Parlement, révélatrice de la dérive croissante du pays à droite.

« Ben-Ari et les conseillers qu’il a amenés avec lui défendent sans retenue les idées du Kach et de Kahane, » dit Ahmed Tibi, législateur arabe et vice-président. « Ce qui nous avons en réalité, c’est une cellule terroriste au sein du parlement. »

Kahane, rabbin états-unien émigré en Israël au début des années 70, préconisait l’expulsion de tous les Arabes du « Grand Israël », un territoire qui, selon l’extrême droite, englobe non seulement Israël mais aussi les Territoires palestiniens occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza, et une partie des Etats arabes voisins.

Kahane a été élu au parlement en 1984 mais il lui a été interdit de se représenter quatre ans plus tard. Il a été assassiné par un Etats-unien égyptien à New York, en novembre 1990.

En 1994, le Kash a été déclaré organisation terroriste par Israël et les Etats-Unis après que Baruch Goldstein, un sympathisant, ait semé la terreur dans la mosquée Ibrahimi, dans la ville palestinienne d’Hébron, en tuant 29 fidèles et en en blessant 150.

Malgré l’interdiction, le Kach est resté actif dans de nombreuses colonies de Cisjordanie, spécialement dans et autour d’Hébron, où les lieux de pèlerinages consacrés à Kahane et Goldstein attirent régulièrement un grand nombre d’adeptes.

Mr Ben-Ari, qui est l’un des quatre membres du groupe de l’Union nationale dans le parlement qui compte 120 sièges, a pris dans ses conseillers parlementaires deux anciens activistes du Kach, Baruch Marzel et Itimar Ben Gvir, qui sont des dirigeants du Front national juif d’extrême droite. Mr Ben-Ari n’a jamais renié son soutien à Kahane, déclarant au Jerusalem Post ce mois-ci que Kahane « avait consacré toute sa vie à Israël... qu’il était un grand homme et un grand dirigeant. »

Ce mois-ci, Mr Ben-Ari s’est fait la voix d’une annonce diffusée sur la station de radio israélienne, Reshet Bet, pour promouvoir un service commémoratif public pour Kahane, assuré par sa famille. Il a également indiqué que pour la première fois, des affiches avaient été posées dans de nombreux secteurs du centre de Jérusalem annonçant l’évènement et disant : « Nous le savons tous aujourd’hui : Meir Kahane avait raison  ».

Cependant, les Etats-Unis ont exprimé plus d’inquiétude à propos de la célébration prévue au parlement.

Michael Perlstein, deuxième secrétaire à l’ambassade des Etats-Unis, aurait envoyé un courriel à Mr Rivlin à plusieurs reprises, lui demandant si la commémoration était susceptible d’être approuvée. D’après des courriels interceptés par les médias israéliens, il a ajouté : «  Il s’agit d’une chose que le sénateur Mitchell et son équipe suivent avec une certaine inquiétude. »

Un porte-parole de l’ambassade a exprimé à nouveau ces inquiétudes la semaine dernière : « Envenimer la controverse au même moment où nous essayons de faire revenir les gens à la table (de négociations), n’est pas productif. Il est naturel que le sénateur Mitchell y soit très attentif, et le gouvernement américain également. »

Mr Rivlin a réassuré aux Etats-Unis qu’il avait refusé à Mr Ben-Ari l’autorisation d’organiser une commémoration mais il a aussi reconnu qu’il lui serait difficile d’arrêter un « coup » de propagande des partisans de Kahane au parlement.

« Nous parlons d’une provocation, » a indiqué Mr Rivlin à Ha’aretz. « On ne peut dissocier l’homme (Kahane) de son mouvement hors-la-loi. Il s’agit d’une tentative pour faire entrer le mouvement Kach à la Knesset par la porte de derrière. »

La semaine dernière, Mr Ben-Ari a fait appel de la décision du président auprès de la Commission de la Chambre qui statue sur les questions de procédures parlementaires. Mr Rivlin a indiqué qu’il se conformera à la décision de la Commission.

Son président, Yariv Levine, du parti Likoud au pouvoir, a fait savoir qu’il n’était pas très satisfait du refus de Mr Rivlin et qu’il travaillait avec le président et Mr Ben-Ari pour arriver à une solution.

Mr Ben-Ari a répondu avec colère aux inquiétudes des Etats-Unis : « J’ai été élu à la Knesset par les citoyens de l’Etat indépendant d’Israël. L’ingérence flagrante de Mitchell dépasse la ligne rouge et témoigne des courbettes du président de la Knesset qui fait de la Knesset une lavette. »

Mr Ben-Ari n’est probablement pas le seul ancien membre du Kach au parlement. Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères et dirigeant du parti d’extrême droite Yisrael Beitenu, le troisième parti le plus important du parlement, est soupçonné d’avoir rejoint le Kach quand il est arrivé en Israël dans les années 70. Son adhésion a été révélée en février par Yossi Dayan, l’ancien secrétaire général du mouvement.

La semaine dernière, Mr Ben-Ari a dû annuler un voyage aux Etats-Unis, sa première visite à l’étranger, après s’être vu refusé le visa américain. Il voulait rencontrer des groupes juifs américains pour faire la promotion de l’émigration vers Israël.

Jusqu’à aujourd’hui, les seules commémorations parlementaires qui furent autorisées sont celles pour Yitzhak Rabin, Premier ministre assassiné par un juif de droite en 1995, et pour Rehavam Zeevi, ancien général et dirigeant d’un parti antiarabe d’extrême droite, assassiné par des Palestiniens armés en 2001.





(JPG)Jonathan Cook est écrivain et journaliste basé à Nazareth, Israël. Ses derniers livres sont : Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the Plan to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books).

Le site de Jonathan Cook : http://www.jkcook.net/
son courriel : jcook@thenational.ae

Il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont été présentés le 4 mars 2009.

The Palestine Chronicle - Jonathan Cook - traduction : JPP
http://www.info-palestine.net/



Mardi 24 Novembre 2009


Nouveau commentaire :

Actualité nationale | EUROPE | FRANCE | Proche et Moyen-Orient | Palestine occupée | RELIGIONS ET CROYANCES

Publicité

Brèves



Commentaires