Géopolitique et stratégie

Un général britannique critique la politique américaine en Irak



IRIB
Jeudi 6 Septembre 2007

Un général britannique en retraite dénonce dans une interview au Sunday Mirror les plans conçus par les Etats-Unis pour administrer l'Irak dans la période suivant l'invasion de 2003 et il déplore que les autorités américaines ne prennent pas en compte les préoccupations britanniques à ce sujet.

Le général Tim Cross raconte qu'avant l'invasion, il s'est entretenu avec l'ancien secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld de la nécessité d'obtenir un soutien international et de déployer suffisamment d'hommes sur le terrain afin de reconstruire l'Irak.
"Il ne voulait pas entendre ce message. Les Américains s'étaient déjà convaincus que l'Irak se transformerait assez vite en une démocratie stable", a dit le général Cross.
"Ils ne voulaient tout simplement pas écouter quiconque tentait de leur dire quelque chose allant à l'encontre de cette idée".

Les propos de Cross, le plus haut gradé britannique à avoir participé à la planification de l'après-guerre en Irak, font écho à ceux du général Sir Mike Jackson, qui dirigeait l'armée britannique pendant l'invasion et qui, selon l'édition de samedi du Daily Telegraph, a qualifié de "faillite intellectuelle" l'approche de Rumsfeld.

Ces propos sans détour d'anciens responsables militaires font suite à des commentaires, parus principalement dans la presse américaine, selon lesquels les forces britanniques ont échoué dans le sud de l'Irak et vont devoir fuir.

Selon Charles Heyman, spécialiste des questions de défense, ces critiques apparaissent "parce que chacun réalise maintenant que cette politique a échoué et ils recherchent tous des boucs émissaires".

"Pourquoi personne n'a-t-il démissionné à l'époque en disant que c'était insensé et téméraire?", interroge-t-il.

Ces récriminations ne contribuent pas à améliorer les relations militaires et diplomatiques futures entre Washington et Londres qui ont toujours été présentées comme "spéciales", observe-t-il.

Les forces britanniques devraient se retirer dans les prochains jours de leur dernière base dans la ville de Bassora afin de se focaliser sur une base aérienne à l'extérieur de la ville.
Ce redéploiement entre dans le cadre d'un plan de remise du contrôle de la province aux forces de sécurité irakiennes d'ici fin 2007, dans la perspective ultérieure d'un retrait total des forces britanniques.

Mais le remplacement, en juin, du Premier ministre Tony Blair par Gordon Brown a suscité des spéculations sur une accélération possible du retrait des forces britanniques.
Pour Charles Heyman, il serait très difficile pour les Britanniques de se retirer complètement de la base aérienne, car ils y sont nécessaires pour protéger les voies d'approvisionnement et, éventuellement, les gisements pétroliers.

Cet analyste s'attend dès lors à ce qu'un grand nombre de militaires britanniques soient toujours présents dans la région dans six mois.

William Hague, porte-parole de l'opposition conservatrice britannique en matière de politique étrangère, a déclaré dimanche que les propos des généraux ajoutaient aux raisons d'ouvrir en Grande-Bretagne une enquête approfondie sur les origines et la conduite de la guerre en Irak.
Le gouvernement britannique a déjà repoussé plusieurs demandes d'enquête tant que des forces britanniques se trouvent en Irak, sans exclure d'en ouvrir une plus tard.
Hague, dont le Parti conservateur a soutenu la guerre en Irak, a déclaré à Sky News que les erreurs "cruciales" avaient été commises.

Les planificateurs ont à l'évidence sous-estimé, les effectifs nécessaires pour une force d'occupation efficace en Irak et ils ont à l'évidence fait une erreur en démobilisant immédiatement l'armée irakienne", a-t-il dit.

Le quotidien Telegraph a rapporté que dans son livre, Jackson avait écrit que l'approche des Etats-Unis dans sa lutte contre le terrorisme était inappropriée, car elle s'axe plus sur la force militaire que sur la diplomatie. Les propos de Jackson ont été publiés, suite aux critiques des officiels américains contre l'approche de la Grande-Bretagne envers les problèmes de l'Irak. Le journaliste de la BBC, Powell Wood déclare en ce sens que les propos de cet ancien responsable de l'armée britannique exerçaient davantage de pressions sur l'opération commune de la coalition anglo-saxonne en Irak. Le leader du parti libéral-démocrate, Sir Cambel, a dans le sillage fait allusion à la réputation de Jackson dans sa franchise vis-à-vis des Américains.



Jeudi 6 Septembre 2007

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