Conspiration

Un complot criminel: La Maison Blanche et la CIA ont dissimulé à la Commission du 11 septembre les vidéos relatives à la torture lors d’interrogatoires


En dépit de demandes répétées d’information sur les interrogatoires adressés aux dirigeants au plus haut niveau de la CIA et de la Maison Blanche, la CIA a, selon le directeur de la commission, caché à la Commission du 11 septembre des enregistrements vidéos montrant les sévices infligées à des présumés membres d’Al Quaïda. La CIA a reconnu avoir détruit en novembre 2005, plus d’un an après que les demandes aient été formulées, les cassettes des interrogatoires concernant deux dirigeants présumés d’Al Quaïda, Abou Zoubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri.


Joe Kay
Vendredi 4 Janvier 2008

Un complot criminel: La Maison Blanche et la CIA ont dissimulé à la Commission du 11 septembre les vidéos relatives à la torture lors d’interrogatoires
Par Joe Kay




Un mémo adressé par le directeur de la commission, Philip Zelikow, au président et ancien gouverneur du New Jersey, Thomas Kean, et au vice-président et ancien congressiste, Lee Hamilton, retrace l’histoire des contacts que la commission a eu à ce sujet avec la CIA. Le mémo daté du 13 décembre 2007 a été divulgué à la presse vendredi. (Voir : “An analysis of the 9/11 Commission memo on interrogation tapes.“)

Le compte rendu de Zelikow est une mise en accusation accablante de responsables de la Maison Blanche et de la CIA et émanant d’un Républicain éminent entretenant des liens étroits avec l’establishment des services de renseignement. (Zelikow avait été membre du Conseil national de sécurité dans le gouvernement de George Bush senior et avait co-écrit un livre avec l’actuelle secrétaire d’Etat, Condoleezza Rice). Selon le mémo, la commission avait fait des « demandes répétées d’information détaillée au sujet » des interrogatoires de la CIA en 2003 et en 2004, y compris celles des deux personnes dont les interrogatoires avaient été enregistrées sur les cassettes vidéo détruites.

Les cassettes vidéo des interrogatoires auraient bien évidemment été déterminantes à l’enquête. Toutefois, selon Zelikow, la commission n’a jamais été informée quant à l’existence des cassettes vidéo et n’a eu que le droit d’accéder aux résumés des interrogatoires de la CIA. Zelikow a fait savoir que le fait de ne pas divulguer l’information était probablement illégal mais il a conclu en disant « qu’un complément d’enquête est nécessaire pour déterminer si ces dissimulations constituent une violation des lois fédérales. »

Parmi les personnes nommées par Zelikow comme étant impliquées dans les discussions avec la Commission du 11 septembre figuraient : Alberto Gonzales, qui était alors le conseiller à la Maison Blanche et qui occupa par la suite le poste de ministre de la Justice, le secrétaire à la Défense, Ronald Rumsfeld, le sous-secrétaire à la Défense, Stephen Cambone, le directeur de la CIA, George Tenet, le conseiller général de la CIA, Scott Muller et le directeur adjoint de la CIA, John McLaughlin.

Au cours du week-end, la CIA a réagi au mémo par une série de mensonges et d’obscurcissements. Le porte-parole de la CIA, Mark Mansfield, a dit que les cassettes vidéo auraient été transmises si la Commission les avait demandées. « C’est parce que l’on avait pensé que la commission pourrait réclamer à un moment donné les enregistrements qu’ils ne furent pas détruits tant que duraient les travaux de la Commission, » a-t-il dit. Mansfield n’a pas expliqué comment les vidéos auraient pu être réclamées si leur existence n’a seulement été connue que ce mois-ci.

Dans un article du New York Times de samedi, il est dit que lors d’interviews avec Hamilton et Kean, les dirigeants de la commission « ont dit que la lecture du rapport [Zelikow] les avait convaincus que l’agence avait pris la ferme résolution de contrecarrer l’enquête de la Commission du 11 Septembre. »

Le mémo de Zelikow est une preuve supplémentaire que le refus d’informer la Commission du 11 Septembre de l’existence de ces enregistrements et de la décision ultérieure de les détruire faisait partie intégrale d’un camouflage à haut niveau de la politique gouvernementale consistant à recourir à des méthodes d’interrogatoires sadiques qui sont clairement interdites par les lois internationales et nationales contre la torture. La semaine passée, le New York Times avait rapporté qu’au moins quatre conseillers juridiques travaillant pour le gouvernement auraient été impliqués dans les discussions pour savoir si les vidéos devaient être ou non détruites. Les discussions s’étaient déroulées entre 2003 et 2005, période même durant laquelle la Commission du 11 Septembre avait adressé des requêtes à la CIA pour recevoir les documents sur les interrogatoires.

Les quatre conseillers juridiques, mentionnés par le Times, comprennent Gonzales ; Harriet Miers, qui avait succédé à Gonzales au poste de chef des services juridiques de la Maison Blanche ; David Addington, conseiller et plus tard chef de cabinet du vice-président, Dick Cheney ; et John Bellinger III, l’avocat-conseil en chef à la sécurité nationale. Le Times a cité un ancien responsable des services de renseignement disant qu’il y avait eu de « forts sentiments » parmi certains des avocats en faveur de la destruction des enregistrements.

Le fait qu’au moins Gonzales, un proche confident de Bush, ait participé aux deux discussions laisse fortement supposer que Bush et Cheney étaient eux aussi conscients de la dissimulation et de la destruction ultérieure des vidéos et qu’ils les avaient acceptées. Au moment même où avait lieu l’enquête de la Commission du 11 Septembre, plusieurs tribunaux fédéraux avaient émis des ordonnances sur la conservation des preuves relatives aux interrogatoires et à la torture potentielle des prisonniers détenus par les Etats-Unis.

Un complot au plus haut niveau

Il est presque sûr que Bush était au courant de l’existence des cassettes vidéo dès le début et il est tout à fait possible qu’il ait visionné personnellement certaines d’entre elles. Lorsque Zoubaydah fut arrêté en 2002, il fut considéré par le gouvernement comme un cas d’essai pour « les techniques d’interrogatoire musclé », à savoir de torture, que Bush brûlait de mettre en place.

Un article du Times de Londres de dimanche (« CIA Chief to Drag White House into Torture Cover-Up Storm») rapporte que Vincent Cannistraro, l’ancien chef du service de contre-terrorisme de la CIA, a dit qu’il était impossible que Jose Rodriguez, ancien directeur des services clandestins de la CIA, ait agi à son propre compte. Rodriguez a été cité dans les médias pour avoir donné l’ordre de détruire les enregistrements.

« Si tout le monde avait été contre la décision, pourquoi donc Jose Rodriguez, l’un des hommes les plus prudents que j’aie jamais rencontré, aurait-il décidé de les détruire ? » s’est demandé Cannistraro.

Il y a des indices que Rodriguez pourrait impliquer la Maison Blanche lorsqu’il témoignera le mois prochain devant le Comité de surveillance des activités de renseignement. Rodriguez a réclamé et obtenu une assignation à comparaître afin de rendre sa déposition obligatoire ce qui s’accompagnera très probablement d’une immunité pour ce qu’il dira.

Le journal a également cité Larry Johnson, autre ancien responsable de la CIA, impliquant fortement la Maison Blanche. « La CIA et Jose Rodriguez sont dans une mauvaise posture mais c’est probablement la personne la moins coupable dans ce procès, » a dit Johnson. « Il ne s’est pas réveillé un matin en se disant, ‘je vais détruire les enregistrements.’ Il a consulté un grand nombre de gens et finalement il aura son mot à dire. »

« Il semble de plus en plus probable que la décision ait été prise par la Maison Blanche, » a dit Johnson. Le Times de Londres a rapporté que Johnson « croit qu’il ‘est très probable’ que Bush ait visionné l’une des vidéos vu qu’il était intéressé dans le cas de Zoubaydah et qu’il avait été régulièrement tenu au courant par George Tenet de son interrogatoire. »

Le correspondant dans le domaine de la sécurité nationale du New York Times, James Risen, cite dans son livre paru en 2006, State of War (Etat de guerre), une source bien informée qui lui aurait dit, « George Bush prenait un intérêt très personnel dans le cas de Zoubaydah » en 2002. Selon le rapport de Risen, lorsque le directeur de la CIA Tenet a dit à Bush qu’aucune information n’avait été arrachée à Zoubaydah parce qu’il était trop sonné par les analgésiques, Bush est supposé avoir répondu, ‘Qui a permis qu’on lui donne des analgésiques?’ »

La torture de Zoubaydah avait été initiée peu de temps après cette conversation, et le traitement de Zoubaydah était devenu un précédent pour la torture des autres prisonniers, dans les prisons secrètes de la CIA, à Guantánamo Bay et plus tard à la prison d’Abou Ghraïb en Irak.

Tenet dans son livre publié en 2007, At the Center of the Storm (Au cœur de la tempête), note que lorsque Zoubaydah fut capturé, « nous avons entamé des discussions au sein du Conseil national de sécurité (NSC) pour définir comment le traiter. » Le NSC comprend le président, le vice-président, la secrétaire d’Etat, le secrétaire au Trésor, le secrétaire à la Défense et d’autres responsables de haut rang. La remarque qu’une implication de la part des échelons les plus élevés de la hiérarchie ait eu lieu dans l’interrogatoire de Zoubaydah rend absurde la notion que les dirigeants gouvernementaux n’étaient pas au courant de l’enregistrement de cet interrogatoire.

Il faudrait rappeler que le tristement célèbre « mémo de la torture » rédigé par le service juridique du ministère de la Justice afin de justifier les méthodes illégales d’interrogatoire avait été publié le 1er août au moment même où Zoubaydah subissait l’interrogatoire de la CIA. Le mémo avait en partie été écrit en réponse aux inquiétudes de la CIA que les méthodes imposées par le gouvernement pourraient exposer les agents du renseignement à des poursuites judiciaires.

La révélation de l’existence des cassettes de torture et de leur destruction est devenue le point de convergence des divisions intenses qui existent au sein de l’establishment politique et du renseignement.

Dans un volet différent, la CIA a demandé au ministère de la Justice d’enquêter pour savoir si John Kiriakou, ancien agent de la CIA, avait commis une violation d’information classifiée en révélant aux médias ce mois-ci que le waterboarding [simulacre de noyage] avait été employé contre Abou Zoubaydah. Kiriakou a dit qu’il considérait le waterboarding comme une torture mais il a également cherché à légitimer de telles méthodes en disant que le traitement de Zoubaydah avait été nécessaire pour « sauver des vies. »

Kiriakou s’exprime au nom d’éléments au sein de l’agence qui insistent pour dire que les dirigeants au plus niveau gouvernemental avaient autorisé tous les aspects de l’interrogatoire. L’avocat de Kiriakou, Mark Zaid, a envoyé un avertissement au ministère de la Justice. Il a dit au Washington Post, « S’ils continuent [l’enquête de son client], ils ouvriront une boîte de Pandore qui braquera les projecteurs sur la question de savoir si ces interrogatoires étaient légaux et jusqu’à quel point ils ont été complètement divulgués par les responsables fédéraux. »

Dans ces conditions, le gouvernement tente d’éviter un scandale qui risque d’échapper à son contrôle et au contrôle de personnalités en vue du Congrès, appartenant aux deux partis, et qui sont aussi impliquées dans ce camouflage.

La semaine passée, Bush a poursuivi ses obscurcissements quant à sa connaissance de la destruction des cassettes. Lors d’une conférence de presse jeudi à la Maison Blanche, un journaliste de l’Associated Press a posé la question suivante : « Il y a une certaine ambiguïté dans le communiqué selon lequel vous ne vous souvenez pas de l’existence et de la destruction des vidéos d’interrogatoires de la CIA. Pourquoi ne pouvez-vous pas simplement dire oui ou non au sujet des enregistrements et de leur destruction ? »

Bush a répondu en répétant simplement que son « premier souvenir » des enregistrements remonte au moment où le directeur de la CIA, Michael Hayden, lui en avait parlé au début du mois. La Maison Blanche a évité de faire tout commentaire direct pour dire que c’était la première fois que Bush avait entendu parler des enregistrements. Elle a laissé les questions des journalistes en suspens en publiant un communiqué précisant que la Maison Blanche n’aborderait pas le sujet vu qu’une enquête interne de la CIA et du ministère de la Justice était en cours.

Lors d’une audience vendredi devant le tribunal d’instance du district de Colombia, le gouvernement a pressé le juge Henry Kennedy de refuser un mémoire en faveur d’une audience sur la destruction des cassettes. Kennedy avait émis une décision judiciaire en 2005 instruisant le gouvernement de conserver toutes les preuves relatives aux interrogatoires des prisonniers détenus à Guantánamo Bay. Les avocats des prisonniers de Guantánamo qui ont pétitionné son tribunal en faveur d’une révision de leur détention affirment à présent que la destruction des enregistrements pourrait constituer une violation de la décision du juge.

Le gouvernement a réitéré son argument qu’il « serait peu judicieux et imprudent » pour le juge d’enquêter davantage en attendant la propre enquête du gouvernement. Joseph Hunt, un avocat du gouvernement, a publié une promesse que le tribunal serait informé des résultats de cette enquête gouvernementale sur le gouvernement lui-même et que le tribunal serait informé de toute violation des règles.

Hunt a également affirmé que les enregistrements n’avaient rien à voir dans cette affaire étant donné que les personnes impliquées dans les interrogatoires enregistrés, Abou Zoubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri, n’étaient pas à Guantánamo Bay au moment de la décision judiciaire.

Qu’ils aient été ou non à Guantánamo Bay, ces derniers auraient bien pu nommer des personnes voire fournir des informations sur les accusés dont les affaires sont jugées au tribunal. Même si les gens figurant sur les cassettes de la CIA n’ont rien dit qui concerne directement les accusés, la preuve documentaire que les Etats-Unis ont torturé des personnes sous interrogatoire et utilisé les informations ainsi obtenues pour assurer leurs poursuites militaires serait hautement dommageable aux commissions de gradés militaires opérant à Guantánamo.

Toutes ses divulgations, et il ne fait pas de doute que la vérité va bien au-delà de ce qui a été révélé, montre un degré de criminalité qui excède l’affaire du Watergate, celle d’Iran-Contra et d’autres scandales passés.

Le gouvernement compte beaucoup sur le Parti démocrate pour empêcher que le scandale n’échappe à tout contrôle. Les appels à enquêtes sont restés jusque-là extrêmement réduits et ils seront en grande partie tenus sous le contrôle des législateurs démocrates qui sont depuis des années au courant des enregistrements et des programmes de torture de la CIA.

(Article original paru le 24 décembre 2007)

L’analyse du mémo de la Commission du 11 septembre sur les vidéos des interrogatoires


Le mémo rédigé par le directeur de la Commission du 11 septembre, Philip Zelikow, n’est que le dernier indice en date indiquant que la dissimulation et la destruction des cassettes vidéo exposant l’interrogatoire de prisonniers de la CIA sont parties intégrantes d’un complot dans lequel sont impliqués des responsables de haut rang de la Maison Blanche et de la CIA (Voir : « La Maison Blanche et la CIA ont dissimulé à la Commission du 11 septembre les vidéos relatives à la torture lors d’interrogatoires »).

Dès le début, la Commission du 11 septembre, composée à la fois de personnalités dirigeantes du Parti démocrate et du Parti républicain, était censée être une opération de blanchiment. Son but était de camoufler des questions fondamentales, dont le rôle joué par les gouvernements précédents, démocrate et républicain, et par la CIA dans le financement et la promotion d’Oussama ben Laden ainsi que d’autres islamistes radicaux qui ont mis en place Al Quaïda et de camoufler aussi toute une série d’anomalies qui indiquent une éventuelle duplicité de la part de sections de l’appareil d’Etat dans les attentats du 11 septembre même. Le fait qu’il a été refusé à la Commission d’accéder à des preuves essentielles de l’interrogatoire d’un soi disant haut responsable d’Al Quaïda, Abou Zoubaydah, est une indication de plus de son vrai rôle.

Selon le rapport de Zelikow, la demande initiale adressée par la Commission à l’agence de renseignement américaine pour l’obtention d’informations relatives aux interrogatoires avait été faite le 6 juin 2003. La Commission avait spécifiquement cité 40 personnes, y compris Zoubaydah et Abd al-Rahim al-Nashiri, les deux personnes dont la CIA a reconnu avoir détruit les vidéos des interrogatoires. La requête avait été adressée à la CIA, au ministère de la Défense et au FBI.

Zelikow rapporte que les requêtes pour informations « précisait également que si un document demandé était caché à la Commission, même temporairement, l’agence devait immédiatement identifier le document ou catégorie de documents caché ‘et ce avec suffisamment de spécificité pour permettre d’attaquer de façon significative une telle dissimulation.’ »

Un porte-parole de la CIA a affirmé au cours du week-end que les cassettes n’avaient pas été détruites avant 2005 « parce que l’on avait pensé que la Commission pourrait réclamer à un moment donné les enregistrements. » Ceci est à la fois une duperie et un aveu accablant. La déclaration reconnaît implicitement que des responsables de haut niveau de la CIA étaient au courant de l’existence des cassettes à ce moment précis.

En réponse à ces demandes comme aux demandes ultérieures, la Commission n’a reçu que des rapports sur les interrogatoires préparés par la CIA. Elle n’a même pas reçu de transcription. « Après avoir vérifié et analysé ce matériel, les membres de la Commission ont conclu que cette information n’était pas aussi détaillée qu’ils l’avaient escompté, » écrit Zelikow. D’autres requêtes ont donc été faites pour de plus amples informations.

Cette explication contredit l’affirmation du directeur de la CIA, Michael Hayden, selon laquelle les enregistrements avaient seulement été détruits une fois que toutes les données pertinentes avaient été assimilées dans les rapports d’information. La Commission du 11 septembre avait fait comprendre qu’elle considérait ces rapports comme inadéquats, et la CIA en avait été informée.

Zelikow rapporte que des demandes ultérieures avaient été faites au conseiller général de la CIA, Scott Muller, les 14 et 16 octobre 2003. Les demandes mentionnaient spécifiquement Zoubaydah entre autres.

Une requête contenait des questions sur « le processus de traduction lors des interrogatoires, » « la manière dont les interrogateurs avaient traité les incohérences apparues dans les récits des détenus, » « le contexte dans lequel des questions particulières avaient été posées afin de tirer au clair l’information donnée, » « et plus d’information afin d’évaluer la crédibilité et l’attitude des détenus lors des déclarations. »

Cette Commission du 11 septembre était évidemment préoccupée par le fait que les informations fournies par les prisonniers n’étaient pas crédibles. En effet, certains rapports, y compris celui fait par Ron Suskind dans son livre publié en 2006, The One Percent Doctrine (La doctrine du un pour cent), ont suggéré que Zoubaydah était un malade mental et que le rôle qu’il a joué dans Al Quaïda pourrait bien avoir été moins important que ne l’avait indiqué la CIA. Le fait que l’information donnée par Zoubaydah ait été extraite sous la torture entacherait aussi la crédibilité de ce qu’il a dit.

Selon Zelikow, la réaction de la CIA « a été de produire d’autres rapports disséminés et de fournir des réponses générales et signalétiques écrites aux questions relatives au contexte et au caractère des interrogatoires… La CIA n’a pas révélé que des interrogatoires n’ont jamais été enregistrés ou qu’elle ait conservé des informations détaillées sous une forme ou une autre concernant les questions que lui a posées la Commission. »

S’ensuivirent d’autres requêtes relatives à des informations impliquant de plus en plus fréquemment des responsables gouvernementaux de niveau hiérarchique de plus en plus élevé. Zelikow rapporte que lors d’une réunion avec le directeur de la CIA de l’époque, George Tenet, le vice-président de la commission Lee Hamilton avait demandé « que la CIA fournisse des documents adéquats même si la Commission ne les a pas expressément réclamés. » Tenet n’avait fait aucune mention de cassettes vidéo.

Il est possible, pour ne pas dire probable, qu’au moins quelques membres de la commission étaient au courant de l’existence de ces cassettes mais qu’ils ne les avaient pas officiellement réclamées pour les visionner parce que leur existence était un secret si soigneusement gardé. Dans tous les cas, Zelikow allègue que la Commission était à tel point excédée par le blocage de la CIA qu’elle avait menacé de rendre le conflit public.

« La Commission plénière avait considéré cette question lors d’une réunion le 5 janvier 2004 et avait décidé que les réponses données par la CIA étaient insuffisantes, » écrit Zelikow. « Elle avait chargé le personnel de préparer une lettre aux responsables gouvernementaux, lettre qui rendrait le conflit public. Il y eut alors des discussions entre Hamilton et le conseiller de la Maison Blanche, Alberto Gonzales, et plusieurs réunions entre les avocats de la CIA et les membres de la Commission. »

Manifestement, ces discussions avec Gonzales ont résulté en une sorte d’accord afin de contenir le conflit. Toutefois, elles n’ont entraîné aucune amélioration sensible dans l’information fournie à la Commission.

Zelikow cite une note datée du 15 janvier 2004 et adressée à Gonzales, au conseiller général de la CIA, Scott Muller, et au sous-secrétaire à la Défense, Steve Cambone, disant que la Commission était « prête à travailler de manière créative avec vous sur tous les sujets qui nous permettent d’aider la communauté du renseignement lors des contre-interrogatoires des conspirateurs sur de nombreux détails critiques, en clarifiant pour nous ce que les conspirateurs disent vraiment et en nous permettant d’évaluer la crédibilité de ces réponses. »

Une autre réunion s’était tenue avec Hamilton et Gonzales, Tenet, le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld et le sous procureur général adjoint, service criminel, Christ Wray.

« Durant toutes les réunions tenues en 2004, aucun des responsables gouvernementaux n’avait fait allusion à l’existence d’enregistrements des interrogatoires ou à des informations supplémentaires que le gouvernement posséderait et qui répondraient aux demandes formulées par la Commission, » rapporte Zelikow.

Dans le texte même de son rapport, la Commission avait dû reconnaître qu’au moins deux chapitres du rapport se basent fortement sur des informations recueillies dans des rapports d’interrogatoires de la CIA et bien que la Commission n’ait jamais eu accès aux transcriptions ni aux enregistrements vidéo.

Alors que les enregistrements ont probablement été cachés et détruits plus tard dans le but de camoufler la torture de Zoubaydah et d’al-Rahim al-Nashiri, un autre mobile a bien pu être celui de détruire les preuves de ce que ces prisonniers et notamment Zoubaydah ont vraiment dit. Zoubaydah aurait cité comme contacts plusieurs membres haut placés de la monarchie saoudienne et une personnalité influente du renseignement pakistanais.

Zelikow fait allusion à ce fait en écrivant, « Plus tard dans son enquête et réagissant à des allégations faites par la presse qu’Abou Zoubaydah avait fait allusion à un prince saoudien lors de son interrogatoire, la Commission a demandé ‘quelles étaient les informations dont disposait la CIA’ si de telles affirmations avaient été faites lors des interrogatoires de Zoubaydah… Nous ne pouvons trouver trace d’une réponse donnée par la CIA. »

Cette non-réponse est extrêmement significative vu qu’à la fois la monarchie saoudienne et les services de renseignement pakistanais entretiennent des liens étroits avec l’appareil d’Etat américain, y compris la CIA et le gouvernement Bush. Le fait qu’une personnalité de haut rang d’Al Quaïda ait cité ces individus est un indice supplémentaire que les attentats du 11 septembre aient pu se produire alors que des sections du gouvernement américain en avaient connaissance voire peut-être même y ont prêté assistance.

D’autres rapports, y compris celui fait par Gerald Posner dans son livre Why America Slept et James Risen dans son livre State of War, affirment que Zoubaydah a communiqué des numéros de téléphone personnels de princes saoudiens et qu’il possédait des cartes de crédit de comptes bancaires saoudiens que seul l’Etat saoudien a pu avoir autorisés. Posner note que les quatre responsables nommés par Zoubaydah sont tous morts peu de temps après l’interrogatoire. Les relevés des cartes de crédit ont disparu.

Finalement, selon Zelikow, le directeur adjoint du service de renseignement a déclaré le 29 juin 2004 à la Commission que la CIA « a entrepris et achevé toutes les démarches convenables nécessaires pour trouver les documents dans sa possession, sous sa garde ou répondant » aux demandes formelles de la Commission et « a fourni ou a rendu disponible pour examen » tous ces documents. Ceci n’est pourtant pas exact.

Zelikow conclut son mémo en faisant remarquer que le fait de cacher des enregistrements pourrait être une violation des lois fédérales, ainsi que d’une loi qui fait un délit du camouflage d’un « fait matériel » ou de « toute déclaration matériellement fausse » dans une « enquête ou révision » menée sous l’autorité du Congrès ou de la branche exécutive du gouvernement.

L’intégralité du mémo de Zelikow est disponible sur le site web du New York Times.

(Article original paru le 24 décembre 2007)


Samedi 8 Mars 2008


Commentaires

1.Posté par perceuse le 04/01/2008 16:05 | Alerter
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et alors. à quoi cela va mener.... au pire on va assister au dementellement de la CIA, voire du FBI ? et l'opinion americaine pourra se gargariser d'avoir eradiqué toute source de corruption dans leur gouvernement ? des hommes ivre de fierté vont assurer le peuple américain que la démocratie est bel et bien chez eux, et tous pourront, à grands coups de bourrades dans le dos et autres rires hysterique s'en feliciter chez oprah winfrey, n'hesitant pas à faire un parralèle historique avec l'affaire du watergate ? c'est la tactique de l'écran de fumée; passez votre chemin...

2.Posté par P2P le 04/01/2008 16:32 | Alerter
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