Conflits et guerres actuelles

Un commando pour exécuter un opposant tchétchène



Gilles Devers
Vendredi 30 Avril 2010

Un commando pour exécuter un opposant tchétchène
La police de Vienne vient d’identifier les membres du commando qui avait abattu un opposant tchétchène, en janvier 2009: des agents de Razman Kadyrov, en contact téléphonique avec son conseiller politique. Pour une fois un procès sur les exactions russes vis-à-vis des Tchétchènes va avoir lieu en terrain neutre.  

C’était le 13 janvier 2009, vers midi trente, à Vienne, sur la Leopoldauerstrasse, un quartier paisible. Un homme sort d’une épicerie les bras chargés. Deux individus cagoulés, revêtus de camouflage militaire, s’approchent et dégainent des revolvers. Le type se carapate, et un commando se lance à sa poursuite. Une course effrénée, des voitures qui assurent la traque, des coups de feu. L’homme à bout de souffle trébuche, et s’affale. Ses poursuivants se rapprochent : deux balles dans la tête. Il avait 27 ans, et s’appelait Oumar Israïlov. Il vivait en Autriche sous le statut de réfugié politique. Il était tchétchène.

Oumar Israïlov avait beaucoup à dire sur la Tchétchénie et les méthodes de Razman Kadyrov, le président fantoche de la Tchétchénie, décoré par Vladimir Poutine en 2004 de la médaille du « Héros Russe »,  la plus haute distinction de la Fédération de Russie. umarsisrailov_1232702000.jpg

Alors juste âgé de vingt ans, Oumar Israïlov avait combattu les armes à la main contre l’armée russe. En avril 2003, il avait été capturé par les hommes de Kadyrov, et avait été conduit dans un camp de Tsenteroï, où il avait été détenu et maltraité pendant trois mois. « Kadyrov était présent lors de mes interrogatoires. Il participait, il me rouait de coups environ trois fois par semaine » , expliquera plus tard Oumar dans un dossier transmis à la CEDH. Des tortures au sang, et des électrocutions. « Kadyrov a alors tourné la manivelle et m’a électrocuté. J’ai senti une douleur terrible dans ma tête et ma main. Je ne peux pas vraiment trouver les mots pour décrire cette douleur. Le courant me soulevait. Kadyrov rigolait devant ma réaction. Il a répété cette procédure plusieurs fois. Il venait toujours le soir. Il riait en frappant. C’est un sadique. »

Ereinté, épuisé, craignant tout pour sa famille, Oumar Israïlov accepte de  rejoindre les milices Kadyrovtsy du dirigeant tchétchène, sa garde prétorienne. C’est le processus de « tchétchénisation » du conflit, arrêté par Moscou : les Tchétchènes doivent remplacer les soldats russes, et tous les moyens sont bons.

La vie sauve et la paix pour la famille contre l’implication dans les coups tordus et les basses besognes : menaces, tortures, exécutions sommaires. « J’ai vu à de nombreuses reprises comment les commandants du SB (le service d’ordre dirigé à l’époque par Kadyrov), Ramzan Kadyrov et ses confidents, tels que son frère Zelimkhan, humiliaient et torturaient des prisonniers, et en exécutaient. (…) J’ai entendu Kadyrov donner des ordres d’exécutions ». Les corps étaient enterrés dans le cimetière de Gazavat, à la lisière de Tsenteroï, un des nombreux charniers que compte la Tchétchénie.

185550351.jpgUn an plus tard, en avril 2004, Oumar Israïlov parvient à s’enfuir avec son épouse et ses enfants, vers Kislovodsk, dans le sud de la Russie, puis Moscou, puis la Pologne, par des filières clandestines. Il arrive enfin en Autriche, où il obtient le statut de réfugié en 2006.

Son père et sa belle-sœur, restés en Tchétchénie, sont aussitôt faits prisonniers par les services de Kadyrov, détenus pendant dix mois et torturés.

En 2006, Oumar a déposé une plainte auprès de la CEDH. En réponse les autorités russes lancent à son encontre, en 2007, un mandat d’arrêt international et une demande d’extradition, pour « appartenance à une organisation terroriste ». Ben voyons.

En 2008, Oumar Israïlov se sentait épié depuis plusieurs mois, et avait  demandé la protection des services antiterroristes autrichiens. Refus. Nuls pour la protection, les services autrichiens se sont rattrapés, et on bouclé l’enquête. Le New York Times de ce 27 avril a révélé le contenu de cette enquête et l’hebdomadaire viennois Falter confirme.manifestatio0a53-d6d5c.jpg

Le premier membre du commando arrêté a été Otto Kaltenbrunner, 41 ans, né en Tchétchénie. L’imprudent avait utilisé sa propre voiture, et il s’est fait chopper sur une aire d’autoroute. Placé en garde à vue, il lâche : « Israïlov était un traître envers le président. Il a mérité la mort », avant de se murer dans le silence.

Ses complices ont depuis été identifiés. Lecha Bogatirov et Tourpal Ali Yecherkaïev ont poursuivi et abattu Israïlov. Un quatrième, Muslim Dadaïev, a surveillé les allées et venues de la victime les semaines précédentes. Bogatirov et Kaltenbrunner ont passé de multiples appels avec leurs téléphones portables, avant et après les faits, à interlocuteur qui se révèle être Shah Tourlaïev, le conseiller de Ramzan Kadyrov en Russie. Les flics autrichiens ont retrouvé la copie du passeport et un billet d'avion électronique à son nom dans le vide-poche de la Volvo. Tourlaïev s'était rendu en Autriche deux mois et demi avant le drame. La veuve d'Israïlov témoigne : Tourlaïev avait essayé de convaincre Oumar Israïlov de rentrer en Tchétchénie, «sans faire d'histoires».

Kaltenbrunner, Dadaïev et Yecherkaïev ont été arrêtés en territoire autrichien, tandis que Bogatirov est parvenu à s'enfuir en Russie, où sa trace est perdue.

Les premières mises en examen sont attendues pour les semaines qui viennent.

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Anna Politkovskaïa

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Vendredi 30 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par sam giancana le 01/05/2010 13:49 | Alerter
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kadirov sale fils de chien , les boieviki auront ta peau comme ton pére , poutine sale microbe va bruller en enfer. condoléance a la famille du jeune homme assassiné, oumar israilov et justice pour les tchétchénes .
repose en paix anna politkovskaia.
bizarre un tchétchéne qui s'appelle kaltenbrunner , en autriche , ce nom la est autrichien pas tchétchéne , un dirigeant nazi autrichien portait ce nom , chef de la gestapo a une époque . donc la je sais pas .

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