Néolibéralisme et conséquences

Un colonialisme toujours aussi choisi: Trois siècles d’ 'immigration choisie'



Kandjare Bayn Asnan
Mercredi 4 Octobre 2006

Un colonialisme toujours aussi choisi: Trois siècles d’ 'immigration choisie'
par Kandjare Bayn Asnan



a) Ceci est un texte pour clarifier un mot et une histoire [1]. L’histoire d’un mot. Un mot dans une histoire. L’histoire de l’immigration choisie. Le choix d’une histoire, et même que le racisme "fut" son critère de sélection.

b) Pas besoin de mettre des guillemets à "choisie". L’immigration en france a toujours été choisie ces dernières décennies, voire ces derniers siècles, du moins depuis que le concept d’Etat-nation s’est matérialisé. On pourrait remonter au moins jusqu’au 17e siècle pour voir des traces d’une politique plannifiée des migrations démographiques en Europe. Enjeux natalistes et militaristes obligent. Voir l’emploi intérimaire de mercenaires. Voir aussi les quelques vagues de "traités de tolérance" à l’égard d’indésirables traditionnels comme les juifs ou les protestants (la différence de religion pouvant alors se voir comme une différence "ethnique"). Sans parler des vagues d’expulsions à l’égard de ces mêmes indésirables, politiques on ne peut plus choisies. Ni de la machine esclavagiste qui s’enclenche dès le 16e siècle des "découvertes" coloniales. Ya pas plus choisie comme immigration que l’esclavage, ouais ? Im-migration, faire migrer à l’intérieur. L’immigration est un choix politique. Celui d’un État en position de force. Il décide quelles personnes, quels groupes sociaux, il va garder ou non, importer ou exporter, tolérer ou jeter, l’idée étant que ça serve avant tout ses intérêts à lui. Bien sûr, il y aura des exceptions... Le "droit d’asile" par exemple. Il a sans doute eu quelques fois ses heures d’ouverture. Le reste du temps, il sert surtout de faire-valoir idéologique en inscription creuse sur les frontispices des républiques médiatiques. Tu la vois où l’hospitalité, toi ? Dans les hospices de détention. C’est pour ceux et celles qui seront envoyé-e-s en phase terminale. Fin du voyage dans "notre beau pays".

c) À quelques exceptions près, la france a toujours planifié son immigration. Évidemment comme dans tout ce qui est planifié, il y a toujours des "ratés", des débordements, bien fait pour elle. Ces "ratés", elle ne se gêne pas pour les appeller « immigration illégale », « immigration clandestine », « immigration sauvage », « immigration subie ». Premier volet idéologique... Elle veut alors nous faire croire qu’elle maîtrise la situation, ou au contraire, nous faire croire qu’elle est débordée, « ’scusez nous serions très envahis » : alors elle tue, emprisonne, chasse, nettoye ses frontières au karcher-bon-krétien-pas-kacher. Ça s’appelle massacres de Ceuta et Melilla, noyades quotidiennes le long des rives passeuses, sanspapiers qui refusent d’embarquer qu’on met en zonz’, puis qu’on étouffe entre deux gendarmes aviateurs, la chasse à l’homme qui devient un sport de haut niveau du côté de Calais [2]... Premier volet idéologique donc... C’est contre ces "ratés" qu’elle veut nous faire croire qu’elle n’a jamais choisi ses têtes brûlées.

Il y a un deuxième volet idéologique surlequel l’État français prétend que l’immigration jusqu’alors n’a pas été choisie par lui : "l’échec de l’intégration". L’État français par un de ses agents (Naboleon) veut nous signaler à nous les "jeunes immigrés" qu’il ne nous a pas vraiment choisis. Que nous sommes un peu les ratés de sa politique migratoire, les tranches hasardeuses de "l’intégration", et que c’est un peu contre nous qu’il faut lutter quand il s’agit de lutter contre "l’immigration illégale". Élevés en France, et pour autant "clandestins". French paradox poussé jusqu’à la double-peine, qui vient faire le lien entre les deux volets de l’immigration « subie ». La double-peine ce n’est pas « que » des sanspapiers qui, avant d’être expulsés, purgent de la prison ferme pour avoir refusé d’embarquer. C’est, au sens historique [3], des khros et des khrtis du ghetto ayant pris du ferme et qui se retrouvent expulsés en fin de peine... Cette loi « d’hospitalité » française s’appliquant aux non-naturalisés même quand ceux-ci n’ont connu que la france : ta dynastie c’est l’étranger... Mais paraît-il qu’ils ne s’attendaient pas à ce que les travailleurs immigrés fassent des gosses et "se sédentarisent", à croire que le concept d’immigration jetable (donc choisie) était déjà d’époque... Au fond, là encore, ce volet idéologique dure depuis pas mal de temps, même que le revendiquent des vedettes de la bouffonerie médiatique comme Jean Daniel, vieux patron du NouvelObs :

« ce que nous martelons depuis quinze ans. À savoir que les échecs de la politique d’intégration ont fait obstacle de manière alarmante à la nécessite pour les nouveaux citoyens de comprendre et d’épouser les valeurs de la République » [4].

Les "nouveaux citoyens" qui n’épousent pas "les valeurs de la République", c’est nous, les "jeunes immigrés" flanqués du mot "loubards" : « Qui sont les loubards en question ? Ils sont jeunes, musulmans, exclus, chômeurs, délinquants, et ne participent à rien de la vie nationale du pays où ils sont nés par hasard [...] » [5]. Nous sommes donc les "nés par hasard", du moins c’est ce que nous fait croire un descendant de colons, celui qui est né « au coeur de l’Algérie un moment pacifiée » [6], celui qui s’est « réconcilié avec l’Occident » [7] après la mode de l’engagement anticolonial auquel il a pris part, celui qui théorise une mystique du nationalisme où « le droit du sol est incompatible avec le droit à la différence » [8]... celui qui au fond se fait l’auteur post-moderne de la "complexité" puisque il déclare aimer « les marginaux » [9], il aurait pu ajouter "snif", stupide bourgeois.

c’) Paraît aussi qu’on parle mal et qu’on n’aurait pas droit de cité à cause de ça. Tu parles un peu le peul ou le beur, c’est que tu finiras en prison à 2 ans, ces cachetons sont aussi pour toi, dors ou meurs. La langue de l’immigré rimerait avec délinquance [10]... On a juste envie de faire comme Kateb Yacine pour vous narguer : après avoir été berné-e-s par le chantage à "l’intégration", après avoir acquis tous les outils du bon petit blanc, on va se mettre à parler comme nos parents, rouler les r, prendre un fort accent hideux et faire grimacer vos visages-pâles. Tu pourras alors dire encore que la trahison est dans nos gènes, si seulement... Le seul truc que vous n’avez pas choisi, c’est de perdre "vos" colonies et ça, ça vous reste encore en travers de la gorge, stupides blancs-becs. Yen a d’autres qui pourraient encore se décomposer de vos liasses de vos lianes, Guadeloupe, Polynésie, Guyane...

d) Le dominant choisit de dominer, mais il ne choisit plus quand les dominés se défendent. Choix, contre-choix. En sous-entendant qu’il n’a pas choisi ses derniers immigrés, l’État français continue d’occulter son histoire coloniale, continue de ne pas assumer son choix historique, celui d’avoir colonisé, celui d’avoir infériorisé des "indigènes", celui d’être raciste et de continuer à mépriser les descendants de ces indigènes, que ces descendants naissent dans les ghettos ou qu’ils nourrissent parfois l’espoir en soute entre deux continents... À défaut d’avoir choisi, l’État français oublie en tout cas qu’il a provoqué cette « immigration ». On se demande même si, dans son cas, provoquer ce n’est pas choisir de provoquer...

e) Alors l’État continue dans son état, le double-bind, vouloir l’argent du beur mais pas le beur, vouloir la sueur du sang du nègre, mais pas le corps ensanglanté du nègre, éponger le corps de l’étranger et le jeter avec l’eau du bain... Une performance qui flirte avec le fantôme, un domaine spectral qui définit les pestiférés du champ visuel. Cachez ce domestique que je ne saurais voir, il ne fait que passer entre chaque pièce, un coup monté de toute pièce, le décor planté où les têtes-de-turc se font implantées à la cave pour éviter qu’elles soient en contact avec « la population » au lendemain du 11 septembre [11]. Et puis tant qu’on y est, voilez ce voile que je n’veux voir, ça ne fait pas français, mettez plutôt un voile phrygien, c’est plus ergonomique socialement... Nous dans "double-bind", on retient "bam bam", parce qu’on a décidé d’être des idiots, on regarde le doigt qui veut nous crever l’œil... on retient "bam bam" et on vous trahit comme vous trahirait une femme qui vous balancerait à la gueule son tampon menstruel, "bam bam".

f) Double-bind. Ce paradoxe tamponne la structure sinusoïdale des politiques d’immigration en Occident. Cette structure est une balançoire qui est avant tout retenue par un socle raciste et eugéniste. Les soubresauts du besoin en main d’oeuvre font tanguer tout ça. Une structure qui alterne entre « ouverture des frontières » et « fermeture des frontières », structure qui reste cependant ancrée dans un cercle hermétique : quand les frontières s’ouvrent, il s’agit malgré tout de contrôler le plus possible les flux. Le but de l’ouverture est de n’alimenter l’ogre capitaliste qu’avec le strict nécessaire de corps humains. Ainsi, après la seconde guerre mondiale et jusque dans les années 1970, la balance de la politique d’immigration suit les besoins économiques en matière de « corps humain », un corps importé massivement, très corvéable, merci. Dès le milieu des années 70, la balance change d’orientation, et se penche davantage au chevet du berceau raciste. C’est l’officielle "fermeture des frontières". Depuis peu, la balance paradoxale s’est vu illustrée par les revirements contextuels de certains ministres expulseurs, qui d’un coup devenaient les défenseurs de l’immigration... pour financer les retraites. En octobre 1999, Alain Juppé dans le Monde, annonçait que l’Europe allait « avoir besoin d’apports de main-d’oeuvre étrangère », alors que trois ans de ça, en tant que premier ministre, faisait évacuer les réfugiéEs de l’église Saint-Bernard... Or, même si la tendance générale ailleurs en Europe est à l’ouverture des frontières et aux régularisations massives (ex de l’Italie et de l’Espagne), l’ancrage raciste de la balance ne cesse pas pour autant de s’affirmer... Ouverture certes, mais hermétique. Et si on pouvait éviter au travailleur immigré qu’il prenne goût à l’occident et qu’il s’incruste, ce s’rait bien. D’où d’abord l’affiche de promotion d’une politique de quota, sur le modèle de l’Allemand Schröder en direction d’informaticiens Indiens : montrer qu’on va faire appel à une « autre » nature d’immigrés, plus respectacles, « des immigrés intelligents », ouf, ils seront moins barbares ceux-là, et dire clairement qu’on va les virer au bout de leur mandat de 9 ans (ya pas moyen qu’ils restent, même s’ils auront rendu de loyaux services, comme de bons p’tits « nègres », quoi) - les contrats sont de 3 ans dans la loi Ceseda, renouvelables certes, mais à la merci des "déceptions" vis-à-vis des "compétences et talents" misées. Et tant qu’à faire, espérer attirer des ingénieurs américains. On commence à se dorer dans la silicone-vallée grenobloise et dans les autres "pôles de compétence" déjà en place... Mais besoin de besogneux oblige, on ne va pas s’empêcher d’importer à nouveau de la main d’oeuvre "non qualifiée", la loi Ceseda a pensé à tout, pour vous surtout bande de patrons. On aura toujours besoin des "bougnoules", des "nègres" et des "freaks" pour nettoyer les poubelles et les égoûts.

Autre témoignage plus musclé de cet affichage raciste, un grand classique désormais : les assauts répétés de tous ministres de l’Intérieur qui font ancrer l’idée qu’un clandestin est un criminel, voire un terroriste en puissance, quand il ne fait pas « exprès » de se brûler dans son taudis [12] : on a tellement besoin de vous, mais on vous rendra la tâche difficile pour que vous veniez nous rendre service. Vous n’êtes une solution que par défaut. Au fond on aimerait bien se passer de vous. Être "indépendant" démographiquement, un des pans blancs de la planisphère... Nos voeux pieux si eugénistes, et si seulement une bonne vieille politique nataliste pouvait remettre l’avortement au banc des accusés de la dégénérescence républicaine. Des bandes nostalgiques du sauveur Sauvy et du médecin Carrel croupissent à l’INED [13]... et ailleurs, comme cet éditorialiste flanqué du titre d’historien, le délire sur son pays envahi qui cherche l’énigme dans le ventre des Françaises :

« Dès que X ou Y parlent d’immigration sur un mode légèrement critique, les plaintes contre X ou les insultes à l’encontre d’Y risquent de pleuvoir (...) Et, pourtant, il suffit de se promener avec un peu d’attention dans les rues et les banlieues d’une grande ville, ou tout simplement d’y prendre le métro, pour se poser quelques questions (...) lI est bon de rappeler sur ce point que le maire socialiste d’une des plus grandes villes françaises parlait, voilà peu, de situations qui pourraient devenir ingérables dans une dizaine ou une vingtaine d’années si persistent les flux actuels d’arrivées incontrôlables de nouveaux résidents venus de loin (...) Mais la France reste un pays où, en 2004, le pourcentage des avortements (220 000 par an) a égalé le taux de mortalité des bébés âgés de moins d’un an au temps de Louis XIV... Peut-on vraiment parler de progrès, dans ces conditions ? » [14].

Des 30 Glorieuses aux 30 Grandes-Creuses

Des 30 Glorieuses aux 30 Grandes-Creuses

g) Des 30 Glorieuses aux 30 Grandes-Creuses, les mêmes mots mènent aux mêmes obsessions [1] :

1. La criminalisation de l’immigré n’a pas l’exclusivité de notre époque creuse sirupeuse. L’immigré a toujours été un suspect, et la circulaire Marcellin en 1972 vient le lui chuchoter à l’oreille. Beaucoup de travailleurs immigrés sont alors directement mis sous l’égide du commissariat ou de la préfecture de police pour le contrôle des titres de séjour/de travail. Cette circulaire ouvre le bal d’une formalisation du soupçon à l’égard de "l’étranger". D’autres circulaires viendront la compléter, notamment celles des années 1990-2000, où quelques ministres de l’Intérieur viendront à leur tour graver leur nom dans l’hôtel de la criminelle, Pasqua Debré Chevènement Sarkozy, où l’immigré joue le rôle d’aimant, son palpitant attire le métal des ménottes, pan.

2. L’obsession du contrôle des flux migratoires est une vieille peau tendue par le spectre enflée du chômage rimant avec "immigration sauvage". L’objectif d’une circulaire du ministère des Affaires sociales en juillet 1968 est le suivant : « renverser progressivement la proportion entre l’immigration spontanée et l’immigration contrôlée ». Le propos est aussi relayé par les centrales syndicales comme la CGT ou la CFDT, davantage obsédées par les dissenssions entre travailleurs immigrés et travailleurs français que par le conflit de classe entre patrons et ouvriers :

« Si la CGT se borne alors à “condamner la politique d’immigration massive du pouvoir gaulliste”, la CFDT, elle, veut “une immigration organisée et contrôlée, une politique d’immigration planifiée au niveau du travail, du logement et de la vie sociale en général. Nous voulons que les patrons nous donnent les besoins quantitatifs et qualitatifs de main-d’oeuvre pour les différents secteurs, ce qui permettrait d’organiser l’immigration et d’éviter les conflits avec les chômeurs français” » [2].

D’ailleurs l’État avait déjà mis en place, au moins depuis la Libération, des organismes pour gérer cette obsession du contrôle migratoire. L’ONI (Office national de l’immigration, devenu l’OMI, Office des migrations internationales) est censé régir l’entrée et le séjour des étrangers en France depuis novembre 1945. Cet organisme sert surtout à coordonner le recrutement de main d’oeuvre étrangère en France, tout en veillant à la priorité du « travail national ». À l’époque, le travailleur étranger estampillé ONI devait avoir un contrat de travail pour obtenir une carte de travail, celle-ci lui délivrant une carte de séjour à durée variable (aussi bien temporaire que permanente).

> « Quand tu dis “barrage”, ya toujours “débordement”qui va avec » : malgré l’ONI, on s’aperçoit très vite que beaucoup de travailleurs étrangers s’introduisent par leurs propres moyens en France, ce qui même à l’époque entraîne des mesures répressives pour tenter d’endiguer ces vagues migratoires (refoulement systématique, parcage dans des camps de contrôle ancêtres des centres de rétention actuels)... avant que des circulaires (comme en 1964) viennent régulariser le fait accompli, à savoir des individus entrés "irrégulièrement" en masse et qui de toute façon constituent une main d’oeuvre toujours bonne à user (soit quelque chose de similaire avec les grosses vagues de régularisation en Europe récemment).

> « Dernière » phase de recrutement : fin années 60 début années 70. Des ouvriers sont recrutés directement dans les pays d’origine par les usines elles-mêmes (Simca-Citroën, Peugeot, les houillères du Nord...). Via leurs émissaires-recruteurs, les patrons n’hésitent pas à aller chercher "leurs" O.S. directement dans les anciennes colonies (histoire de faire un pied-de-nez, au passage, à l’histoire naissante et trébuchante des décolonisations). Les travailleurs recrutés sont soumis à des contrats de six mois à un an, parfois renouvelables, le genre de contrat qui tient le travailleur sous la coupole exclusive du patron qui l’a recruté. Si le contrat n’est pas renouvelé, l’ouvrier est censé retourner dans son pays d’origine. Ce qui lui offre un "beau" statut de précaire saisonnier. D’ailleurs, les conditions de recrutement ne vont pas sans évoquer l’estampillage des esclaves par les négriers [3]. Certains recruteurs n’hésitaient pas en plus à faire croire que le tahin se méritait, allant jusqu’à faire casquer les immigrés qui achetaient là leur contrat de travail, synonyme pour eux de carte de séjour [4]... Mon père est arrivé en France vers 1969... C’est flou... Je ne sais pas comment il est arrivé... Je pense par le système des négriers-recruteurs... Je n’aurai pas le temps d’apprendre ça de sa bouche... Il est mort à 55 ans... J’étais au collège, l’école ne nous rendant pas curieux de ce qui nous entoure, je ne me suis guère alors soucié de cette histoire... 55 ans est un bon âge pour mourir quand on est manœuvre... D’un ulcère par exemple... Peur au ventre, ventrebleu... La maladie qui en cache d’autres... Qui cache le corps rongé par le trois-huit, par le doute et une famille à nourrir et à héberger, d’autant qu’une famille chez nous se conjugue plutôt au pluriel, ceux d’ici et ceux d’là-bas...

Parfois les patrons étaient plus subtils dans le recrutement... Ils comptaient sur leur contre-maître immigré. Lorsque ce dernier allait au bled, ses patrons, jamais rassasiés, en profitaient pour lui demander de recruter sur place... D’après ma mère, c’est comme ça que mon père a été importé en france...

> 1974 marque "l’arrêt officiel de l’immigration de travail" et la "fermeture des frontières" pour faire face à ce qu’on a appelé la crise pétrolière. Preuve, si c’était encore nécessaire, qu’il y a depuis toujours un choix des politiques migratoires. Cette annonce fut en tout cas suivie d’une restricition et d’une répression accrues à l’encontre des travailleurs "irréguliers" (encore une fois, l’imaginaire des expulsions d’immigrés ne date pas des années 90). Cette fermeture officielle des frontières s’est accompagnée de "l’étonnante" politique du regroupement familial. Petit reflet de la bonne conscience bourgeoise et chrétienne, ce subtil paradoxe était surtout porté par le choix de renforcer le clivage entre "immigration régulière" et "immigration sauvage". Il allait accentuer la division des intérêts entre les travailleurs immigrés : les immigrés avec carte de séjour pouvaient s’installer, pour les autres ça s’annonçait encore et toujours plus chaud... En tout cas, c’est dans ce cadre que ma mère, comme beaucoup de mamas, est venue rejoindre mon père, en novembre 74...

3. Là encore, derrière cette obsession du contrôle des flux, il y a en creux une obsession toute aussi diffuse mais un peu plus discrète : l’obsession intégrationniste, une sommation aux relents eugénistes et racistes, parfum qui en appelle à sauver "l’identité essentielle de la France", menacée par les "tribus bédouines et africaines". En octobre 1968, la DPM (Direction de la population et des migrations) parle :

« Il s’agit de mesurer le flux migratoire aux possibilités réelles d’accueil, d’emplois et de réalisations sociales qui permettent une véritable insertion et une véritable promotion pour que cesse l’immigration des bidonvilles et des taudis » [5].

En juin 1969, Maurice Schuman, ancien ministre des Affaires étrangères, se fait un peu plus direct dans la Revue de la Défense nationale :

« Le risque n’était donc nullement négligeable de voir notre pays perdre la maîtrise de certains secteurs de son marché de l’emploi ou de voir se constituer sur son territoire des “îlots” de peuplement imperméables aux processus traditionnels d’assimilation » [6].

D’ailleurs, cette obsession du discours sur "l’intégration", qui, parce qu’elle est régie par des enjeux eugénistes, fait figure d’un magnifique double-bind. On s’amuse alors à appeler cela un "défi", Marianne plus forte qu’Hercule, car comment intégrer des gens soupçonnés d’être inintégrables, comme viennent nous le rappeler les propos qui vont suivre. On est en 1959. C’est de Gaulle qui parle. Du moins, sous la plume de son conseiller et hagiographe Alain Peyrefitte, dans Ainsi parlait De Gaulle. En octobre 1994, l’hebdomadaire Le Point s’est empressé de ressortir la vieille croûte. Or, le contexte est alors marqué par la « deuxième affaire » du voile. La circulaire Bayrou avait déclenché la chose. Cette circulaire visait déjà à interdire le port du voile à l’école. Un certain Claude Imbert, directeur de ce même Point, qui avouera, une décennie plus tard, être islamophobe et fier de l’être, soutient le ministre et la proposition d’interdiction. De Gaulle selon Peyrefitte le perfide :

« Il ne faut pas se payer de mots ! C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne nous raconte pas d’histoires ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés, avec leurs turbans ou leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français ! (...) Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! » [7].

4. Dans la suite du paradoxe 1974-regroupement familial, l’instauration de la carte de séjour de 10 ans... Elle entérine la bonne p’tite conscience blanchie de la bourgeoisie : on ne va quand même pas remercier les travailleurs immigrés en les expulsant direct, d’autant que la plupart travaillent encore ; en dépit du spectre de l’équation du FN ("3 millions de chômeurs = 3 millions d’immigrés"), les usines continuent de tourner, et de broyer leurs têtes brûlées. La nouvelle loi, quant à elle, semble faire l’économie de cette petite conscience, plaçant la carte de séjour permanente dans le rayon des antiquités rares à dénicher. Elle ne fait d’ailleurs que continuer la tendance émise par l’effigie nationaliste des années Pasqua-Chevènement : les régularisations, au compte-goutte, ne se faisaient déjà bien souvent qu’au titre d’une carte de séjour d’un an maximum, parfois renouvelable...

Pour revenir à la carte de séjour de 10 ans, elle n’a pas été « donnée », même si c’est le gouvernement socialiste qui l’instaure en juillet 1984. Elle est surtout le résultat des luttes des travailleurs immigrés eux-mêmes, des luttes longues et autonomes comme de folles errances brouillées d’automne. Les soutiens furent faibles. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces luttes sont complètement inconnues de la plupart des milieux anticapitalistes blancs-becs. Cette carte de séjour intervenait dans une atmosphère marquée par les fortes grèves des OS dans les industries automobiles, et par la Marche pour l’égalité et contre le racisme, que certains journalistes ont appelé la "Marche des jeunes immigrés" ; l’immigration ça te colle à la peau, ah ouais. Ces luttes avaient commencé à s’intensifier dès la fin des années 60 : grèves de la faim, grèves d’usines, grèves de loyers, là où s’accummulaient le risque de se faire licencier et celui de se faire expulser [8]. L’immigration, du papier-cadeau pour envelopper un kit complet au parfum de double-peine... C’était une lutte pour dissocier la question du séjour de celle du travail, tenter de briser cette conscience coloniale qui voulait (veut) que l’immigré ne soit qu’une bête de somme... Cette carte a permis, à l’époque, de mettre fin à une instabilité qui guettait nombre de travailleurs immigrés, du moins pour ceux qui résidaient alors régulièrement depuis au moins 3 ans. Elle était renouvelable automatiquement et donnait enfin le droit d’exercer une profession de son choix sur l’ensemble du territoire. Néanmoins, le côté sournois de cette instauration a été de reproduire le clivage entre les "immigrés réguliers" et les "immigrés irréguliers", ce qui alimentait les discours et pratiques visant à renforcer la "lutte contre l’immigration clandestine", qui, comme on l’a dit plus haut, est une obsession française depuis au moins la fin des années 1960. Même si les pratiques spectaculaires d’un Charles Pasqua (fin années 1980 et milieu des années 1990) ou d’un Nicolas Sarkozy (années 2000) resteront les plus marquantes, elles ne font pas oublier un processus structurel qui grouille peu à peu, "n’épargant" aucun gouvernement. D’ailleurs, en même temps que le gouvernement socialiste institue la carte de 10 ans, celui-ci banalise un outil de flicage pour les migrants et ceux/celles qui les hébergent : le certificat d’hébergement [9]...

L’histoire de la carte de 10 ans est surtout celle qui la précède, parce qu’après elle, ce fut l’oubli. La loi Racecosy ne fait qu’entériner cet oubli. Rouvrant l’immigration de travail, elle refonde la situation de précarisation du travailleur immigré qui fut celle des 30 Glorieuses, et reformalise un processus déjà lancé sous le règne de Pasqua-Chevènement : la mise à sac du principe "protecteur" de la carte de séjour. Depuis les années 90, des immigrés se voient refuser le renouvellement de leur carte de résidence sous prétexte qu’ils ne possédent pas de contrat de travail [10].

> Cette loi fait un choix, l’oubli qui s’est arrangé avec un discours pour ne pas faire trop vide. Dans les placards des médias, pendent les gardes-robes du discours-fantôme. L’une d’elles est l’obsession de "l’intégration", ou plutôt de la "non-intégration" de ceux dont la maison se trouve au-delà des périfs. Selon ce discours-fantôme, l’histoire des 30 dernières années, c’est l’histoire de la "non-intégration" des outre-bords. Le flou médiatique qui décide des contours. Qui fait des flux de déserts à la marge des déserts. C’est l’histoire des 30 Grandes-Creuses. La parenthèse libérale décretée par la gauche a fait son effet. Toc. Juste pour ça, il faudrait détruire la new wave, Julien Clerc Étienne Daho, fils de colon... Hippie et néo-hippie, ça craint vous êtes partout et l’arrière-cours du capitalisme. Viens pas nous parler d’amour, de mélange comme ça... La "non-intégration" agit maintenant aisément comme le spectre au service du Prince. Un signe de non-intégration et c’est ta carte de séjour qui s’autodétruit. Qu’elle soit "temporaire" ou "permanente", au retrait de la carte de séjour, tous les prétextes sont bons si t’es pas "bon" banania. L’article 36 de la loi Naboléon, prévoit de régler le compte aux prochaines émeutes. Après novembre 2005, l’État s’est empêtré dans des formalités qui ne lui ont permis d’expulser, semble-t-il, "que" deux personnes, contre les 120 espérées au début. La loi permet désormais le retrait de la carte de résident aux étrangers accusés de "violences urbaines" et plus globalement "d’outrage et rebellion" à l’encontre de flics ou d’autres personnages façon "service public". Quand on sait que les flics ont la sensible maniaquerie de recourir à "l’outrage et rebellion", surtout pour se plaindre des personnes qu’ils ont ravagées... C’est pas fini parce que le retrait concerne aussi les outrages "à l’hymne national ou au drapeau tricolore". Le p’tit Sioux qui voudra pas réciter le tube de Marianne chaque matin, c’est chaud pour ses plumes... T’as cru que la double-peine était une vieille peau défraichie, pas de pot... Comme nos prédécesseurs nos parents, on nous veut rasant les murs, confisqués la parole, les rires et les pleurs. Ce qui est sûr, c’est que la confiance ne règnera jamais entre les régnants et les régnés...

Le Calife qui joue les qualif’

Le Calife qui joue les qualif’

h) T’as l’calife qui joue les qualif’. On nous a dit alors que l’immigration future sera une immigration de travailleurs "qualifiés". On nous dit donc que les précédents n’étaient pas qualifiés, d’entrée disqualifiés... On nous dit donc que nos parents, avant d’arriver en France, n’existaient pas, que c’était des sauvages qui ne savaient rien faire, des tableaux vides, et que leur humiliation n’était que justifiée...« Et encore ce sont eux qui devraient nous remercier de les avoir tirés de la merde » clame-t-on sous les chaumières de la "civilisation"... "Qualifiés" ou "pas qualifiés", ça n’empêche pas aux stupides blancs-becs de pratiquer une franche inégalité de salaire... Une récente grève de médecins à diplôme non-européen vient rappeler le "bon temps" : pour un même travail, leurs homologues de l’UE sont payés deux fois plus [1].

> Vous avez fait croire à vos mythes de bourgeois. Que la lutte des classes était finie et vous nous parlez "d’immigration qualifiée", à croire qu’il ya chez vous des tâches plus valorisées socialement, ah bon, j’fais le naïf deux secondes. Selon la "fin de la lutte des classes", un intello n’a pas plus de mérite qu’un prolo : le médecin va soigner la main du cueilleur-saisonnier qui va permettre que le médecin se nourrisse et soigne des mains qui le nourrissent ou pas, j’m’en fiche. Sauf qu’en dehors de cette logique, un médecin a des intérêts à défendre, celui d’être bien à sa place de bourgeois. Avant le règne qui s’apprête être celui de "l’immigration qualifiée", la france a rongé ses O.S. Ouvriers spécialisés riment avec "immigration spécialisée", quoi. C’est quoi la différence entre "qualifiée" et "spécialisée", une question d’esthétique... Pour l’une la qualification s’habille en bleu de travail, et pour l’autre, elle se parfume avec du jus de chemise repassée.

> Les O.S. Ouvriers spécialisés parce qu’un point précis dans la chaîne, affiliés pendant des années au même poste, à fabriquer pendant des semaines la même pièce. C’est sûr que ça embellit pas un squelette. Les O.S. Pas tant abrutis par leurs tâches "spécialisées", que par vous et votre morale bourgeoise à les faire culpabiliser en leur disant qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent parce qu’ils n’ont pas fait l’effort de se qualifier : hop éliminés. Eux mêmes vont se dicter cette morale d’un autre lieu : « On n’a pas été à l’école, on doit donc trimer, on n’a eu que ce qu’on mérite » [2]... Ils ont eu même à effacer l’histoire de leur corps, oubliant qu’avant d’être des travailleurs "disqualifiés", ils n’étaient pas des corps à savoir-rien-faire. Quoi qu’on pense du caractère non-émancipateur de certaines éducations, ma mère, comme beaucoup de femmes (immigrées ou non), a reçu une qualification de "femmes au foyer", qualification encore plus officieuse et encore moins reconnue. En plus du travail de domestique pour astiquer les lustres des hôtels et des bourgeois. Femme de ménage à plein temps... Avant d’arriver en france, mon père avait les poches pleines de qualifications et de qualificatifs : qualification agricole puisqu’il avait grandi paysan au Maroc, avant de migrer en ville pour devenir couturier allant jusqu’à tenir boutique. Sans oublier qu’il avait la "compétence" de cuisiner la bissara et possédait le "talent" de réussir la sauce aux lentilles... Arrivé en France, comme beaucoup d’émigrés, il fut destiné à remplir l’armée des manutentionnaires. Dans des usines de la région lyonnaise. On confond souvent OS et manoeuvre, celui qui n’a que ses mains pour porter. Quoi de moins qualifié on dirait que la manutention... À condition d’avoir des "mains" et de savoir s’en servir, de savoir se servir de tout son corps pour manier le moindre objet. Où on se rend compte que porter ça devrait s’apprendre... Puis les mains de mon père se munirent de "prothèse"... La manutention se fit alors par fenouiq interposé, extension du corps aux manettes d’un chariot à moteur. Soulever des pièces lourdes. Cette extension du corps-machine supposait une formation... et donc le façonnage du corps dans un nouveau-savoir-faire. Il acquit une nouvelle qualification : devint cariste, corps-manoeuvre-et-conducteur. Autre façon de fourmiller dans la fourmillière.

h’) Travaillant dans une usine qui fabriquait des éléments de ce qui allait devenir le TGV... Nos parents ont fabriqué le TGV et ne l’ont jamais pris, et nous on ne peut monter dedans que pour se prendre des amendes par des contrôleurs qui vous disent que la SNCF c’est pas la société... On s’en fiche, de toute façon, avec les bourges dedans, ils sont trop moches vos TGV, ça donne pas envie de monter dedans, on se croirait dans un quartier de bourges, normal, c’est fait pour eux toutes ses conneries, la SNCF pue les enclos verts et roses...

i)Ya p’t-être une différence entre les deux règnes d’immigration. Dans le précédent, la qualification se faisait en France. C’est le patron qui "offre" la formation au corps qu’il s’apprête à exploiter, s’adressant aussi à nous les gosses, fallait nous "intégrer" malgré tout. Dans le suivant, l’immigré est conçu comme un kit complet d’exploitation : posséder son corps et s’épargner la formation du corps à posséder. Le corps est déjà fin prêt ou presque, juste quelques petits ajustements à faire ici ou là. Autre avatar du pillage des ressources du Sud par le Nord, "éternel" colon.

Une différence qui ne suffit pas à effacer qu’elle s’intègre dans la continuité d’un processus. Un État qui essaye de se renforcer, en visant l’amélioration de son contrôle migratoire, en formalisant un peu plus ses techniques de mépris, codifiant la logique du corps jetable une fois usé ou n’offrant pas assez d’options de rendement. Il jette déjà les corps usés dans des quartiers d’isolement qu’on appelle "maison de retraite" quand on est blanc, "foyer sonacotra" quand on est chibani isolé en france, "centres cotorep" et autres asiles quand on est handi. Naboléon et compagnie n’ont pas inventé l’eau du bain. Ils ne font que renforcer les parois du bain déjà bien hermétique, soit la poussée d’Archimède : en renforçant les parois du bain, de l’intérieur, une masse s’ajoute, provoquant débordement et éviction d’une certaine quantité d’eau. Les étrangers qui construisent ces parois sont les personnes les plus proches du bord. "Éponger le corps de l’étranger et le jeter avec l’eau du bain"...

j) « Revendiquer la liberté de circulation et d’installation signifie détruire les rapports Nord-Sud tels qu’ils sont aujourd’hui construits ». Si ya quelqu’un qui "subit" l’immigration, c’est bien l’immigré lui-même. Tant que les États Nord-Capitalistes choisiront le mode colonial, les "damnés de la terre" subiront la déserrance. Le feu du nord, pour apaiser sa froideur, brûle les éléments du sud. Sa connivence avec les dictatures les plus renégates dérobe le feu des peuples. Les poudres d’escampette croient apaiser ce feu. Les opérations de "développement durable" et autres mélasses humanistes ne feront que l’attiser. Quand le brouillard médiatique sera dissipé. C’est comme quand t’as cru qu’il suffisait de calmer émois et émeutes en affichant des basansés sur tes panneaux de pub ou tes affiches de propagande pour agences d’intérim. Ça colle plus de mettre sur tes icônes le visage de ceux que tu possèdes de toute façon, d’accord, mais « la hâche de guerre est déterrée depuis longtemps ». Colon, ton opération de reconquête du Maroc est en voie de réussite on dirait. Explosion des prix de l’immobilier, arrogance du p’tit colon envers le p’tit indigène. Ya dix ans de ça, des groupes de brigands hantaient les routes et s’attaquaient à toi. Et toi, c’est aussi les indigènes renégats qui te facilitent le confort. Ne t’étonne pas d’assister à une deuxième phase de décolonisation en Afrique. Ce sera violent évidemment. Et ce sera toi qui aura déclaré la guerre. À part les fumées de la mort, tu ne verras rien passer...

k) Loi. Peut-être t’es-tu rendue complice d’un acte dont il faut bien te remercier. Renforcer le cohérence historique entre les différentes couches d’immigrés que tu as voulu diviser. "Sanspapiers" et "Enfants d’immigrés" te sont reconnaissants envers le lien que tu comptes recréer entre l’histoire coloniale de France et le racisme quotidien de France. « Sortez les seringues de vos artères, crevez les pneus du charter » (Booba).

nb) « Les femmes immigrées sont mieux protégées contre la polygamie, l’excision ou les violences conjugales ». L’argument est un objectif affiché par la loi Ceseda. Le brave chevalier sur son blanc poney viendra délivrer la princesse Shéhérazade du terrible tyran ottoman, c’est écrit dans vos histoires de blancs-becs kit mode d’emploi. Vous êtes pires que ceux que vous prétendez combattre, obscènes chevaliers qui pensez qu’à baiser tout le monde...

Un colonialisme toujours aussi choisi. Annexes


Textes rassemblés par Kandjare Bayn Asnan

Annexe 1 : Extraits d’un blog sur l’exil de réfugié-e-s le long du littoral dunkerquois

Site tenu par Aissa Zaibet, un keum du MRAP de Dunkerque

(30/12/2005) - Ils sont plus d’une quarantaine âgés de dix huit à soixante ans, venus d’Irak, de Somalie, du Soudan et d’ailleurs qui attendent non loin du port d’embarquement de Loon Plage, à l’affût de tout camion ou container qui embarquera pour l’Angleterre (...) Certains n’ont pas mangé depuis plus de 4 jours, ils dorment parfois à même la terre sous des cartons dans le froid et sous la pluie. Ils ont improvisé un petit abri fait de bâches et de bouts de bois, au milieu d’un petit bosquet entouré d’immondices où ils s’y reposent à tour de rôle. Depuis les récentes répressions policières, ils s’éloignent de Calais et errent sur le dunkerquois pour tenter d’embarquer pour la Grande Bretagne.

(...)

Quatre ans après sa fermeture, le célèbre hangar de Sangatte a disparu mais les réfugiés eux sont toujours biens présents. De Dunkerque à Calais, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants, de tout âge, errent sur le littoral (...) leur long et difficile périple de quelques milliers de kilomètres bloque le long des côtes du Nord-Pas de Calais. Les ports de Calais et Loon Plage (Dunkerque) étant les principaux lieux d’embarquement pour la Grande Bretagne. Ce sont ces derniers kilomètres qui posent problème et qui coincent (...) En attendant « le passage », la survie s’organise non loin des terminaux ferry lorsque la situation le permet. Ils investissent alors des lieux de « vie » pour s’abriter. Pour les plus chanceux et mieux lotis : ruines de maisons abandonnées, hangars désaffectés ; pour les autres et les derniers arrivants des cabanes improvisées, tentes, serviront de toit. Régulièrement ces lieux font l’objet de visites et contrôles assez « musclés », et sont parfois vidés d’une partie de leurs occupants pour mise en garde à vue ou comparution devant les tribunaux.

(...)

Une surface de hard discount de notre littoral interdit systématiquement l’accès de son magasin à toute personne qui ressemble à « du » réfugié (...) Cette surface est allée tellement loin dans ces pratiques que même des citoyens « en règle » se sont vues interdire l’accès car mal habillées ou ne parlant pas ou très mal le français.

(...)

Une « rafle » contre les réfugiés a eu lieu ce mardi 25 avril (2006) au matin vers 8h30 dans le camp de Loon Plage (Dunkerque) mobilisant une trentaine de policiers. Le campement a été entièrement rasé : tentes, nourriture, couverture (...) Il semblerait que l’ensemble des réfugiés qui comptait plusieurs femmes, ait été dirigé vers le centre de rétention de Lesquin. Il s’agit de la cinquième intervention de masse au moins, pour déloger les migrants de Loon Plage (...) Il y a quelques jours seulement, le Jeudi 20 Avril, 4 réfugiés comparaissaient au tribunal de Dunkerque. Des peines allant jusqu’à 1 an et demi de prison ferme ont été prononcées. Aussi, il y a quelques semaines, des réfugiés avaient déjà été condamnés à des peines de prison ferme.

(...)

Tout ce qui peut servir à la survie des réfugiés est détruit. Leur nourriture serait systématiquement confisquée et détruite, leurs couvertures seraient régulièrement jetées à l’eau (...) Depuis décembre, il ne s’agit pas moins du quatrième « lieu de survie » passé au bulldozer. Tout ce qui peut servir d’abri est automatiquement rasé (...) Une véritable « chasse à l’homme » semble peu à peu s’installer dans ces territoires de Dunkerque...

(...)

Ce matin l’ensemble des réfugiés ont fait l’objet d’une « rafle », dans le camp Loon-Plage prés de Dunkerque (...) D’après les témoignages des migrants, la police est intervenue à coup de gaz lacrymogène, asphyxiant ainsi les occupants des refuges. Ils auraient ensuite tous été menottés deux à deux puis dirigés vers le commissariat de Gravelines. Les bulldozers sont ensuite entrés en action ; détruisant tout sur leur passage. Les deux refuges ont été complètement rasés, ensevelissant ainsi eau, nourriture, vêtements, effets personnels, et papiers d’identité (...) Un des réfugiés aurait même perdu son compagnon nouvellement adopté : son jeune chiot a péri ensevelit par le bulldozer lors de la rafle. Les migrants ont même été marqués d’un numéro sur la main (...) Il est devenu évident que par ces grands froids, les réfugiés sont en danger de mort.

Annexe 2 : Contre la double-peine, mémoire de MIB

Extrait du Site du MIB

En 1989, les discours sur l’intégration et les concerts melting-pot tiennent le haut de l’affiche. Mais la banlieue est oubliée.

Résistance des Banlieues

Quelques "beurs" égarés se mettent en tête de remonter la pente et de faire le ménage dans la couscoussière parisienne. Les beurs publics ayant oubliés d’où ils venaient, Résistance des Banlieues se chargera de leur rappeler que : "quand tu perds la face, vaut mieux s’effacer plutôt que de masquer que tu es d’une autre race", comme dirait le poète. Sous l’impulsion de Momo des Mureaux, Nordine, un ex du mouvement Gutenberg, Nanterrien de toujours, et de Yazid de Mantes la Jolie, un Collectif inter cités voit le jour : Résistance Des Banlieues.

RDB sillonnera pendant de longs mois les cités de la région parisienne et entraînera derrière elle une nouvelle génération de militants qui ne s’embarrassent ni de discours ni de salamalecs. Ils ont grandi dans le béton et ne connaissent de l’histoire de l’immigration que quelques bribes. Même l’histoire récente des Minguettes et la Marche leur sont étrangères. RDB tente d’alerter l’opinion publique sur la relégation des cités et les risques de déflagrations qui en découlent. Ils essayent de dialoguer avec les pouvoirs locaux à Chanteloup, les Mureaux, Mantes la Jolie, Suresnes, Nanterre, etc., mais le gouffre entre les jeunes et les officiels est trop profond et les intérêts divergents.

Du Comité National Contre la Double Peine au MIB

Momo de RDB vient de purger une peine de 5 ans de prison (suite au braquage d’un PMU). À sa sortie, avec des jeunes du quartier des Musiciens, ils créent SOL’ACT (Solidarité active), dont l’objectif est "d’éviter aux autres jeunes du quartier un itinéraire piégé d’avance". Pour le Ministère de l’Intérieur (Pierre Joxe), que Momo soit né en France, qu’il se soit réinséré après sa sortie ne change rien à l’affaire. Il doit être expulsé du territoire. Bonjour la Double Peine et vive la clandestinité ! Un comité de soutien à Momo se constitue mais la police veille. Avec des amis de RDB, il s’esquive à Paris. Bientôt rejoint par d’autres jeunes de la seconde génération, eux aussi victimes de la double peine : Boualem de Melun, Haoues de Vitry, Aziz de Barbès, etc... et avec quelques "anciens" du Collectif Jeunes de Paris, ils créeront le Comité National contre la Double Peine le 13 juin 1990 au relais Ménilmontant dans le 20ème.

La Double Peine : prison + expulsion, touche essentiellement des jeunes issus de l’immigration, déjà lourdement condamnés pour des délits liés à la précarité qui frappe les couches populaires. La plupart des personnes touchées par l’expulsion retournent clandestinement avec tous les risques que cela comporte (marginalité, faux papiers, etc.). Pour les jeunes touchés, il s’agit d’un véritable bannissement.

Le Comité National Contre la Double Peine fera la tournée des associations afin qu’elles s’engagent dans une campagne pour abolir la double peine. Encore une fois, les associations se font tirer les oreilles et ne veulent pas s’engager, faisant une différence entre les petits délinquants victimes d’expulsion et les autres. S’hab le Comité, sidérés par la léthargie parisienne, occuperont les locaux de SOS racisme le 30 juin 1990 afin de dénoncer son double discours. Le Comité connaîtra un essor rapide auprès des familles de Double Peine et gagne le respect des jeunes des cités de par ses actions et son discours sans concession. L’ "Intifada" des banlieues place celles-ci au centre des débats sur l’exclusion et la marginalité. Étant le seul mouvement de jeunes issus des cités et organisé de façon autonome à Paris même, le Comité sera assailli de demandes de toutes sortes concernant les problèmes de justice, de police, de logement, etc... Il devient, entre 1991 et 1992, un acteur politique de la scène parisienne : manifs, occupations de préfectures, d’aéroports, de ministères, du FAS. Le comité occupe le terrain jusqu’à obtenir gain de cause pour des centaines de victimes de la double peine. La loi Sapin du 31 décembre 1991 est un acquis du combat du CNDP, même si la double peine n’est pas abolie. Le gouvernement et les instances européennes reconnaissent le caractère injuste d’une telle mesure. La lutte du Comité marquera les mémoires et fera passer un message, au-delà du problème lui-même, à tout le microcosme parisien.

Agir sur la double peine, sur les crimes, sur la justice, sur la police, sur le respect de la liberté du culte musulman, sur le logement, sur la prise de pouvoir des habitants des quartiers sur les outils de leur intégration, est une démarche qui dépasse les moyens et les objectifs du Comité National Contre la Double Peine. Au revoir le Comité, Bonjour le M.I.B. !

Annexe 3 : Nasser Negrouche, « Alibi terroriste pour racisme antimaghrébin »

Extrait d’un article du Monde diplomatique

1.« "On a assisté à des comportements inacceptables, explique M. Jacques Méret, secrétaire général adjoint de l’Union nationale des syndicats autonomes (UNSA) qui regroupe environ 360 000 adhérents. Depuis le 11 septembre, de nombreuses entreprises spécialisées dans la mise à disposition de personnel pour assurer des missions de prévention-sécurité, d’accueil du public ou de nettoyage dans des structures privées ou publiques ont été priées de modifier la composition ethnique de leurs équipes. Tous les signalements qui nous sont rapidement parvenus des quatre coins de France se recoupent : les entreprises utilisatrices ne voulaient plus que les employés d’origine maghrébine, hommes ou femmes, continuent à assurer certaines missions d’accueil du public ou de surveillance et protection de locaux réputés sensibles." »

2.« Sous la pression de certains donneurs d’ordre, visiblement sensibles à la thèse de l’ "ennemi intérieur", des sous-traitants ont été sommés de "blanchir" leur personnel dans les plus brefs délais sous peine de ne pas obtenir le renouvellement de leurs contrats en janvier 2002. "Nous avons décidé d’écrire au premier ministre pour l’informer de ces dérives et lui transmettre les éléments en notre possession. Il nous semble très dangereux de montrer ainsi du doigt une partie des employés d’une entreprise et de faire peser le soupçon sur elle sans motif sérieux. Je peux déjà vous dire que parmi les donneurs d’ordre formellement incriminés on trouve notamment les Aéroports de Paris, le ministère de l’équipement et plusieurs entreprises réputées installées dans les tours de la Défense. Plusieurs locaux administratifs et sociétés de transport de province sont aussi concernés", tient à préciser M. Méret. Différents moyens sont employés pour exclure les personnes d’origine maghrébine des équipes de travail : non-renouvellement des contrats à durée déterminée, déplacement des salariés sur des sites isolés, passage forcé en service de nuit, affectation à des tâches n’incluant aucun contact avec le public, fin des missions en cours... »

3.Témoignages de vigiles : a)« "Après huit ans d’ancienneté dans l’entreprise, sans jamais aucun problème, ça fait mal, du jour au lendemain, de se retrouver traité comme un terroriste, avoue Djamel, 32 ans, agent de sécurité. Le 12 septembre, on m’a affecté à la surveillance d’un entrepôt isolé qui ne présente aucun risque de sécurité alors que j’étais chargé du contrôle des entrées dans une administration. Mon patron m’a dit que c’était provisoire et qu’il n’avait pas le choix. Il m’a dit que je serai payé normalement, mais il ne comprend pas que l’argent, c’est pas le problème. Aujourd’hui, je me sens humilié. »

b)« "Nous sommes des professionnels de la sécurité, nous sommes donc bien placés pour savoir qu’on ne plaisante pas avec ce sujet-là. Mais, au lieu de nous mobiliser pour prévenir les risques d’attentats, on nous accuse d’être nous-mêmes des amis des terroristes au simple motif que nous sommes d’origine maghrébine ou musulmans ! Pour moi, c’est du racisme pur. Avant cette expérience, je pensais que j’étais considéré comme mes collègues. Aujourd’hui, je sais que mes origines passent avant mes compétences professionnelles aux yeux de mes employeurs. Pourtant, je risque chaque jour ma vie pour protéger leurs installations", conclut, dépité, Younès, un agent de sécurité spécialisé dans la surveillance de sites très sensibles. »

Annexe 4 : Histoire/Miroir : recrutement de travailleurs immigrés et estampillage d’esclaves

Jean-Claude Charles, « Le corps de l’esclave. Saint-Domingue 1764. Le travail idéologique de l’information », Les Temps Modernes, n° 383, juin 1978 :

« La “marque de son pays”, trace indélébile de la nationalité (on peut tout aussi bien dire : l’anationalité) de l’esclave, est aussi marque de son animalité. Écriture à même le derme, graphée anonymement là-bas, elle se lit, à partir de la grille coloniale d’ici, non-humanité. Y compris dans ses signifiants prétendument reconnaissables, tel que dans le cas de ce...

“ (...) Nègre bossal, âgé de 24 à 26 ans, sans étampe, ayant seulement sur l’estomac deux marques de son pays, en forme de crois ”. (GS [1], 9-5-1764.)

Au niveau de la structure de l’énonciation, il y aura d’ailleurs relation d’isomorphie entre les avis de capture et de recherche d’esclaves et les avis de capture et de recherche d’animaux [...] Quelques échantillons : “ (...) deux cavalles, l’une poil gris, l’autre poil rouge, étampées toutes deux LB, ayant à leur suite un muleton, une petite mule sans étampe, de poil brun, âgée de sept à huit mois ; & un mulet noir âgé d’environ quatre ans, étampé CD, avec une autre étampe renversée, LAGANE... ”. (GS, 28-3-1764.)

“ Deux Négresses, l’une Arada, nommée ZABET, d’environ 50 ans, l’autre Créole, nommée FRANÇOISE, d’une jolie figure, ayant le visage rond & fort, âgée d’environ 20 ans, portant un enfant à la mamelle, & un collier de fer au col, étampées toutes deux DESCOUBLAN... ” (GS, 28-3-1764.)

“ Un Cheval anglais, Bai-brun, de la grande taille, étampé GILLET, appartenant à... ” (GS, 30-5-1764.)

“ (...) une mule étampée sur la croupe du côté du montoir DR, & plus bas DV, ladite mule ayant le bout du nez blanc ”. (GS, 28-3-1764.)

“ Un Nègre nommé Cupidon, étampé GL, maigre, d’une taille médiocre, ayant le nez écrasé, appartenant au Sr. De Ronceray... ” (GS, 7-3-1764.)

Perspective morale de l’humanisme idéaliste : les esclaves étaient traités comme des bêtes, étaient considérés comme des bêtes [...] Ainsi : l’utilisation faite de l’étampe, dans l’ordre colonial esclavagiste, conditionne la lecture faite, par l’émetteur, de la marque africaine ; en retour, la marque africaine, la lecture qui en est faite, légitime le marquage du corps servile par l’étampe (sa territorialisation par les chaînes aussi, d’ailleurs). De même, la volonté de définir une sphère (que nous avons appelée : de francolonialité) où l’esclave - comme l’affranchi - ne doit trouver place, règle l’insistance sur le ce-qui-va-de-soi du corps africain ; en retour, cette vision est là pour attribuer concrètement une place au maître et à l’esclave : place où celui-ci appartient à celui-là, et s’étampe. »

Marie Cegarra, « Mora, le négrier », Le Monde Diplomatique, nov 2000 :

Cet article est une note à propos de son livre, La mémoire confisquée. Les mineurs marocains dans le nord de la France, Lille, Septentrion, 1999. C’est l’exemple d’un recrutement de Marocains dans les années 1950-60 par un ancien militaire, Félix Mora, reconverti dans l’import-export de corps humains pour le compte des mines du Nord et du Pas-de-Calais.

Se dresse une similitude entre le corps de l’immigré recruté et le corps de l’esclave : examen du corps-marchandise pour le déclarer apte ou non à faire un travail de force au fond d’une mine de charbon, estampillage qui vient marquer l’aptitude ou non du candidat (même si ce sont a priori des « volontaires », il ya évocation du corps de l’esclave, marqué au fer pour signifié qu’il est la propriété d’un maître). Au-delà de l’examen du "corps-physique", s’ajoute un critère répressif visant au cantonnement de ce corps au corps social : voir si ce corps n’a jamais eu maille à partir avec la police, ce qui serait alors un signe rassurant pour l’employeur, le signe que le sujet sera très probablement docile, et qu’il ne fera pas de « politique » :

« Il y a beaucoup d’appelés, mais peu figureront en définitive sur la liste. Car il faut pour cela ne pas être atteint de maladie contagieuse, ne présenter ni amputation ni déformation... et surtout ne pas avoir eu affaire à la police marocaine. Mora examine les dents, les muscles, la colonne vertébrale. Puis il marque les postulants avec des tampons de deux couleurs différentes pour les distinguer. ?Si Mora t’affiche un cachet vert sur la poitrine, cela signifie que tu es accepté ; un cachet rouge signifie que tu es refusé. ? »

Quelques décennies plus tard, ce poème berbère : « Il fut un temps où les hommes furent vendus à d’autres / Ô Mora le négrier, tu les as emmenés au fond de la terre / Mora est venu à l’étable d’Elkelaa / Il a choisi les béliers et il a laissé les brebis / Ô filles ! Mettons le voile du deuil / Mora nous a humiliés et est parti / Ceux de l’étranger que Dieu redouble vos peines / Celui qui est en France est un mort / Il part et abandonne ses enfants / La France est de la magie / Celui qui arrive appelle les autres. »

Annexe 5 : Olivier Cyran, « Choisir son jetable », février 2006

Malgré sa taille, un des rares textes des milieux blancs qui inscrit la question de la loi dans une dimension historique/structurelle. Texte paru dans CQFD.

Autrefois, les entreprises importaient de la main-d’oeuvre étrangère pour bâtir des super-marchés, des autoroutes et des tours HLM. Le plein de béton ayant été fait, et les pue-la-sueur devenus inutiles rangés avec leurs gosses dans ces mêmes tours qu’il s’agit à présent de détruire, les fédérations patronales veulent de la viande fraîche et hautement diplômée sachant programmer des jeux vidéo, shampouiner des chihuahuas et élaborer des crèmes anti rides. C’est ce que Villepin appelle « passer d’une immigration subie à une immigration choisie », comme il l’a expliqué le 9 février en présentant un nouveau projet de loi Sarkozy sur l’immigration. La formule a fait un tabac. Immigration choisie ! Ça vous a un petit air de libre-arbitre et de self-service qui colle bien à l’air du temps. Un air pas bien frais au demeurant, sauf à considérer que Bouygues n’a jamais « choisi » les sans-papiers qui ont construit le stade de France. Ou que Peugeot-Talbot a « subi » les ouvriers qu’il recrutait au Maghreb à pleines pelletées. Ainsi tourne la roue de l’économie : les choisis d’hier sont les subis d’aujourd’hui. « L’immigration peut avoir des effets bénéfiques pour notre économie si elle correspond à ses besoins, a souligné le Premier ministre. Or notre pays a surtout besoin de salariés moyennement ou hautement qualifiés. » Par ici les scientifiques, les informaticiens, les fournisseurs de services à forte plus-value : une carte de séjour « capacités et talents » leur sera spécifiquement délivrée. Valable seulement le temps de leur contrat, bien sûr, car qui sait si les choisis d’aujourd’hui ne seront pas les subis de demain ? Qu’ils ne s’imaginent donc pas que leurs fameux diplômes les autoriseront à se hausser du col : « L’étranger qui perd son titre de travail perd son droit à rester en France, note Nathalie Ferré, la présidente du Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Cette disposition représente une pression considérable sur le salarié en question qui vivra dans une grande précarité. C’est ce que j’appelle de l’immigration jetable ou corvéable. » (interview au Figaro, 09/02/06) Qui décidera du tri des torchons et des serviettes appelées à jouir de la douce précarité de France ? Le projet ne le précise pas, mais toutes sortes d’idées viennent spontanément à l’esprit : une commission paritaire Medef/CFDT, par exemple. Ou un logiciel interconnecté à l’ordinateur central de l’ANPE et au fichier de la police. Ou encore, façon Orwell, un secrétariat d’État à l’Égalité des Chances, des Compétences et des Talents. Pour Nathalie Ferré, « ce sont sûrement les fédérations patronales qui vont déterminer les secteurs qui nécessitent de la main-d’oeuvre étrangère. » Quant à savoir comment ce dispositif peut s’accorder au Code du travail, la question ne se pose plus guère. Au besoin, on « modernisera » un peu plus. Et les immigrés caducs, les non-rentables, les « subis » ? Ils subiront. Le nouveau projet de loi prévoit de les enfoncer plus loin dans les limbes du non-droit. Abrogée, la délivrance automatique d’un titre de séjour aux étrangers vivant en France depuis dix ans : ça fera des avions de plus à remplir. Durcies, les conditions du regroupement familial : il faudra répondre à des « critères d’intégration à la société ». Sans compter tous les pièges et tours de vaches accumulés par les cinq lois successives de ces dix dernières années. À force de serrer le boulon, on se demande comment le tour de vis tient encore.

http://lmsi.net/article.php3?id_article=580&recalcul=oui http://lmsi.net/article.php3?id_article=580&recalcul=oui



Mercredi 4 Octobre 2006

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