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Un autre regard sur Poutine


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Si Poutine évoque le début d'une nouvelle course aux armements, c'est parce que c'est bien de cette façon que la Russie voit les propositions américaines d'installer des sites de la défense anti-missile en Pologne et en République tchèque. Poutine réfléchit de la manière suivante: la Russie a abandonné ses "positions d'avant-garde" à la fin de la guerre froide, et à vrai dire, elle n'avait pas le choix; persister à maintenir sa puissance militaire aussi loin de ses frontières n'avait plus aucun sens, mais ni les Etats-Unis ni les pays de l'OTAN n'ont pris de mesures similaires. Notons également que l'Alliance se montre quelque peu réticente envers les projets américains de déploiement de missiles intercepteurs en Europe (cette idée est loin de faire l'unanimité au sein de l'OTAN). Les Etats-Unis ont choisi la voie des accords bilatéraux avec les pays concernés, en dehors des canaux de l'Alliance, et les membres européens de l'OTAN ont toutes les raisons de s'inquiéter. Cependant, pour la Russie, le cadre institutionnel de ces accords n'a absolument aucune importance. Elle considère comme offensif ce que les Etats-Unis qualifient de purement défensif, et il faudra beaucoup de persuasion pour réussir à la convaincre du contraire. C'est bien cela, plus que toute autre chose, qui constitue le fondement premier de la position adoptée par Poutine.


Mary Dejevsky
Mardi 12 Février 2008

Un autre regard sur Poutine
Un autre regard sur Poutine
11:59 | 12/ 02/ 2008

Version imprimée

Pourquoi donc tout ce que dit Poutine est-il interprété le plus négativement possible?

Par Mary Dejevsky, chroniqueuse du journal britannique The Independent.



Cependant, je ne suis pas du tout d'accord pour y voir le signe que la Russie va continuer, sous Dmitri Medvedev, qui sera probablement le prochain président, à mener cette politique toujours plus revendicative/agressive.

Pourquoi Poutine a-t-il donc choisi ce thème pour son dernier discours devant le Conseil d'Etat?

1. C'était son dernier discours en tant que président devant l'assemblée officielle la plus représentative du pays. Ce discours est son "testament politique", autant que l'a été pour Bush le dernier discours sur l'état de l'Union. Il a cultivé une image de dirigeant ferme, même si cela ne correspond pas complètement à la réalité. C'est aussi l'image qu'il veut laisser après avoir quitté son poste (car oui, il va bien quitter son poste).

2. La campagne présidentielle est en cours en Russie. Vous me direz qu'il n'y en a pas en réalité, que tout est joué, parce que Poutine a désigné Medvedev comme son successeur à la tête du pays. Mais Poutine sait bien que la rhétorique antioccidentale est un moyen sûr de gagner la sympathie des électeurs. C'est pourquoi elle aidera Medvedev à recueillir une majorité plus forte le 2 mars prochain.

3. Poutine a peut-être voulu ainsi contrebalancer l'impression donnée par Medvedev la semaine dernière lors d'un discours devant des représentants du monde des affaires, où ce dernier a laissé entendre que le caractère revendicatif de la politique étrangère russe s'était avéré contreproductif, et n'était pas forcément dans l'intérêt de la Russie. Je soupçonne Medvedev d'être exactement de cet avis, et je pense qu'il agira en conséquence en tant que président, en promouvant une large ouverture à l'Ouest. Mais Poutine sait bien que le crier trop fort pourrait effrayer les électeurs. Ainsi, tout en protégeant son propre héritage, il tente aussi de protéger Medvedev de lui-même dans la dernière ligne droite avant l'élection. Medvedev a besoin d'une forte majorité s'il veut hériter ne serait-ce que d'une partie de l'autorité actuelle de Poutine.

Article publié en anglais sur le site des blogs du journal The Independent.


Mardi 12 Février 2008

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