Un autre regard sur Poutine
11:59 | 12/ 02/ 2008
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Pourquoi donc tout ce que dit Poutine est-il interprété le plus négativement possible?
Par Mary Dejevsky, chroniqueuse du journal britannique The Independent.
Cependant, je ne suis pas du tout d'accord pour y voir le signe que la Russie va continuer, sous Dmitri Medvedev, qui sera probablement le prochain président, à mener cette politique toujours plus revendicative/agressive.
Pourquoi Poutine a-t-il donc choisi ce thème pour son dernier discours devant le Conseil d'Etat?
1. C'était son dernier discours en tant que président devant l'assemblée officielle la plus représentative du pays. Ce discours est son "testament politique", autant que l'a été pour Bush le dernier discours sur l'état de l'Union. Il a cultivé une image de dirigeant ferme, même si cela ne correspond pas complètement à la réalité. C'est aussi l'image qu'il veut laisser après avoir quitté son poste (car oui, il va bien quitter son poste).
2. La campagne présidentielle est en cours en Russie. Vous me direz qu'il n'y en a pas en réalité, que tout est joué, parce que Poutine a désigné Medvedev comme son successeur à la tête du pays. Mais Poutine sait bien que la rhétorique antioccidentale est un moyen sûr de gagner la sympathie des électeurs. C'est pourquoi elle aidera Medvedev à recueillir une majorité plus forte le 2 mars prochain.
3. Poutine a peut-être voulu ainsi contrebalancer l'impression donnée par Medvedev la semaine dernière lors d'un discours devant des représentants du monde des affaires, où ce dernier a laissé entendre que le caractère revendicatif de la politique étrangère russe s'était avéré contreproductif, et n'était pas forcément dans l'intérêt de la Russie. Je soupçonne Medvedev d'être exactement de cet avis, et je pense qu'il agira en conséquence en tant que président, en promouvant une large ouverture à l'Ouest. Mais Poutine sait bien que le crier trop fort pourrait effrayer les électeurs. Ainsi, tout en protégeant son propre héritage, il tente aussi de protéger Medvedev de lui-même dans la dernière ligne droite avant l'élection. Medvedev a besoin d'une forte majorité s'il veut hériter ne serait-ce que d'une partie de l'autorité actuelle de Poutine.
Article publié en anglais sur le site des blogs du journal The Independent.