Un ouvrier palestinien a mené mercredi une sanglante équipée au volant d’un bulldozer dans la rue de Jaffa, l’une des artères les plus fréquentées de Jérusalem, faisant trois morts et une quarantaine de blessés avant d’être abattu.
Aucun groupe armé n’a revendiqué cette action qualifiée d’"attentat" par le gouvernement. La police a dit s’efforcer de savoir si l’homme, âgé de 30 ans et connu seulement pour des délits relatifs aux stupéfiants, avait agi seul.
Il n’y a pas eu de foule rassemblée devant le domicile d’Hossam Douayyat à Jérusalem-Est, comme c’est le cas d’ordinaire lors des funérailles d’activistes palestiniens. Les voisins et parents de l’ouvrier ont indiqué qu’il avait divorcé d’avec une juive israélienne.
La police a déclaré que le conducteur de la pelleteuse de 20 tonnes avait été abattu par un civil et un policier qui ont escaladé l’engin et mis fin à une course folle de 500 mètres. Le porte-parole du gouvernement, Mark Regev, a dénoncé "un acte de violence insensée et meurtrière".
Un proche du président palestinien Mahmoud Abbas a vu dans cette attaque une tentative de saboter les négociations de paix et a appelé les Israéliens à faire preuve de retenue dans leur réponse.
Pour leur part, le Hamas et le Djihad islamique, sans revendiquer cet attentat, y voient une riposte "naturelle" aux agressions israéliennes. Le président américain George Bush a téléphoné au Premier ministre israélien Ehud Olmert pour lui présenter ses condoléances.
Des images diffusées par la télévision montrent la tractopelle jaune poursuivie par plusieurs hommes. Des hommes en civil montent dans la cabine et l’un d’entre eux ouvre le feu tandis que les autres s’efforcent de maîtriser le conducteur.
Après cette lutte, un policier casqué et protégé par un gilet pare-balles tire à l’arme automatique sur la silhouette affaissée à l’intérieur de la cabine. Le policier a expliqué par la suite qu’il avait tiré à deux reprises de crainte que l’homme blessé constitue toujours un danger.
Le service d’ambulance Zaka a fait état de plus de 40 blessés hospitalisés. Il s’agit du premier attentat arabe à Jérusalem-Ouest depuis qu’un homme armé a tué huit étudiants dans une école religieuse, le 6 mars dernier, non loin de Jaffa Road.
Des véhicules de secours se sont précipités sur les lieux du drame où un autobus éventré par la tractopelle gisait sur le côté. La rue de Jaffa a été le théâtre ces dernières années de plusieurs attentats. Elle est actuellement en chantier et on y creuse une tranchée pour la construction d’une ligne de tram.
Les attentats s’étaient faits plus rares ces dernières années en dépits de tirs fréquents de roquettes de la bande de Gaza en direction du territoire israélien.
Dans la bande de Gaza, Sami Abou Zouhri, porte-parole du Hamas, a réagi en disant qu’il ne s’attendait pas à ce que le calme à Gaza en soit affecté. "Il y a une agression continue contre notre peuple en Cisjordanie et à Jérusalem, de sorte qu’il est naturel que notre peuple riposte à une telle agression", a-t-il ajouté.
Le Djihad islamique, allié du Hamas, a pour sa part déclaré : "Les Brigades de Jérusalem bénissent l’opération héroïque à Jérusalem, réaction naturelle aux crimes de l’occupation".
A la différence des Palestiniens de Cisjordanie, ceux qui habitent à Jérusalem-Est, dont Israël s’est aussi emparé lors de la Guerre des Six Jours, en 1967, ont librement accès à la partie juive, occidentale, de la ville.
Les populations arabe et juive ne se mêlent guère, mais il n’est pas rare de voir des ouvriers palestiniens travailler sur des chantiers de construction en Israël. L’homme qui a attaqué en mars une école talmudique était lui aussi un habitant de Jérusalem-Est dont l’annexion par Israël n’est pas reconnue par la communauté internationale.