Géopolitique et stratégie

Ulster sur l’Euphrate - La guerre sale des USA et de la Grande-Bretagne en Iraq


Chris Floyd, février 2007

Traduit par Alexandre Moumbaris et révisé par Fausto Giudice


Chris Floyd
Dimanche 29 Avril 2007

La peindre en noir
Imaginez une ville déchirée par des conflits sectaires, des escadrons de la mort rivaux qui rodent dans les rues, des terroristes qui lancent des attaques horribles, où les autorités locales n’inspirent guère confiance et sont faibles, alors que les populations locales protègent parmi elles des extrémistes, soit par loyauté, soit par crainte, où l’occupation militaire grouille à chaque coin de rue, ce qui accentue les tensions, et présente des cibles de choix pour les "engins explosifs improvisés" et les francs-tireurs. À l’arrière-plan évolue le monde de l’ombre, de la trahison et du double bluff, où les unités clandestines de la puissance occupante se servent d’agents des deux cotés adverses de la guerre civile, permettant – et des fois dirigeant – des assassinats, des attaques terroristes, des sessions de torture, et des nettoyages ethniques.
Serait-ce le portrait de Belfast lors des "Troubles" en Irlande du Nord, ou l’image de Bagdad aujourd’hui? C’est les deux. Dans les deux cas, une des unités militaires britanniques les plus secrètes – et criminellement compromises – exerçait son métier dans l’obscurité, "retournant" et contrôlant des tueurs terroristes, dans cette recherche dangereuse, par le sang et la trahison, du renseignement opérationnel. Et les soldats clandestins des USA, sont bien présents, avec eux. Ils opèrent côte à côte avec leurs camarades britanniques dans la si bien nommée "Task Force Black" (Force tactique noire), (Sunday Telegraph, Royaume-Uni [1].
La semaine dernière, ce journal de droite, pro-guerre, publiait, avant la Saint-Valentin, un message au "Joint Support Group" (JSG) [Groupe de soutien conjoint], une unité secrète dont le nom anodin dissimule son rôle néfaste dans la "guerre sale" de la Grande-Bretagne et des USA en Iraq. Dans une prose prolixe, abondante, sans sens critique, ce message aurait pu avoir été écrit par l’unité elle-même (peut-être même l’a-t-il été). Le Telegraph complimentait ces guerriers clandestins comme "une des armes les plus meurtrières de la Coalition dans le combat contre le terrorisme," qui se servait de "douzaines d’agents doubles iraquiens" y compris des "membres de groupes terroristes."
Ce que l’article manque de dire est que, dans son incarnation dans l’Ulster, le JSG – connu alors sous le nom de Force Research Unit (FRU) [Unité de force de recherche] – avait été impliqué activement [2] dans les assassinats d’au moins 15 civils par des escadrons de la mort "loyalistes" [3] (pro-britanniques), et qu’elle était responsable d’un nombre incalculable de victimes, tuées, estropiées et torturées par ses nombreux agents doubles infiltrés dans l’Armée républicaine irlandaise (IRA). De plus, l’homme qui commandait la FRU [4] lorsque celle-ci était au plus fort de ses forfaits – le lieutenant-colonel Gordon Kerr – est actuellement en poste à Bagdad, à la tête du Special Reconnaissance Regiment (SRR) [Régiment spécial de reconnaissance : voir note*], une importante force anti-terroriste secrète constituée d' "éléments de choix" anonymes, vétérans des jours glorieux en Irlande du Nord et ailleurs [5].
Cela en dépit du fait qu’une enquête, qui dure depuis 10 ans et qui a coûté 100 millions de dollars, par le premier policier du Royaume Uni, Lord Stevens, ait confirmé en 2003 que la FRU – sous le commandement de Kerr – avait durant les années 80 et 90 "autorisé des meurtres" en "collusion institutionnalisée" aussi bien avec des milices protestantes que des milices catholiques. Stevens a envoyé des dossiers de preuves contre Kerr et 20 autres apparatchiks de la sécurité, au Directeur des poursuites judiciaires publiques [Procureur général] du gouvernement Blair, espérant que le fougueux Écossais et d’autres auraient à répondre à la justice.
Mais, Blair, au lieu de poursuivre Kerr, l’a promu, d’abord à un poste de choix: attaché militaire à Beijing – ce qui a fait de lui pratiquement numéro 2 dans l’appareil du renseignement militaire britannique, comme le note le Sunday Herald d’Ecosse [7] - puis à la tête du SRR, où Kerr et ses anciens potes de la FRU appliquent de nouveau les "méthodes développées dans les rues hostiles d’Ulster lors des Troubles", comme l’écrit sur un ton haletant leTelegraph.
L’article publicitaire du Telegraph est bien entendu trop pudique pour révéler ses méthodes, au-delà du fait que comme en Irlande, le JSG utilise "une variété d’incitations allant du chantage aux pots-de-vin" pour retourner des terroristes iraquiens en agents de la Coalition. Ainsi donc, pour se faire une meilleure idée des techniques utilisées par le groupe à Bagdad, il nous faut revenir sur ces " rues sinistres d’Ulster" et la terreur et la collusion qu’y fit régner l’unité, ce qui a été méticuleusement documenté non seulement par l’enquête exhaustive de Stevens, mais aussi par une remarquable série de reportages d’investigation faits par Neil Mackay du Sunday Herald, et par des longs compte rendus de médias tels que la BBC, le Guardian, l'Independent, le Times et d’autres.
Nous verrons aussi comment les opérations du JSG et de la "Task Force Black" s’articulent avec les efforts des USA pour appliquer les leçons apprises de leurs propres guerres sales – telles que "l’Option Salvador" – à l’Iraq, ainsi que les initiatives pratiquées depuis longtemps par l’administration Bush, consistant à armer et financer des milices "amies" tout en infiltrant des groupes terroristes de manière à les "provoquer à l’action." C’est en effet une image peinte en noir, un regard furtif sur la boue noire qui gît sous la rhétorique pompeuse à propos de liberté et de civilisation qui sort de la bouche des chefs de guerre.




Photo de groupe de la FRU (au repos). Son chef, Gordon Kerr (assis au centre au 1er rang) et ci-dessus



Buter pour le compte des poulets
Gregory Burns avait un problème. Il était un des informateurs de la FRU de Gordon Kerr, profondément infiltré dans l’IRA, ensemble avec deux de ses amis, Johnny Dignam et Aidan Starrs. Mais comme Mackay le signale dans son article de février 2003 [8], Burns, déjà en ménage, avait développé une liaison parallèle avec Margaret Perry, 26 ans, une catholique "civile", sans liens avec les paramilitaires. Le fruit défendu est, bien entendu, doux – mais les confidences sur l’oreiller sont dangereuses pour un infiltré. "Burns n’a pas fermé sa gueule et son amie a découvert qu’il travaillait pour les services secrets britanniques," a dit un officier de la FRU à Mackay. "Il a essayé de la convaincre qu’il était un agent double de l’IRA infiltré dans l’armée britannique – mais elle n’a pas avalé ça".
Burns a contacté ses officiers traitants de la FRU et leur demandant de l’exfiltrer. Il a dit qu’il avait été compromis et que maintenant lui et ses amis avaient besoin de sortir de là, avec des nouvelles identités, à un autre endroit et avec des bons emplois – la manière habituer de solder les agents de confiance quand les carottes étaient cuites pour eux. Mais Kerr a refusé: "Il a dit que Burns devrait faire taire Perry," a dit l’homme de la FRU à Mackay. Burns paniqué à l’idée des exactions de l’IRA contre des informateurs, a insisté auprès de Kerr, qu’il serait obligé de tuer la femme s’ils ne le faisaient pas rentrer. De nouveau Kerr a refusé.
Alors Burns a arrangé une rencontre avec sa maîtresse, pour "discuter" de la situation. Ses amis, Aidan et Johnny, se sont proposés pour la conduire: "Sur le chemin, ils ont dévié dans une forêt, où ils l’ont battue à mort et enterrée dans une tombe peu profonde," dit Mackay. Deux ans plus tard, quand le corps a été retrouvé, l’IRA a vite déduit la vérité. Elle a torturé lentement à mort Burns et ses deux amis, après avoir extrait des informations copieuses concernant les opérations de renseignement britanniques en Irlande.
"Aux yeux de Kerr, Burns n’était pas suffisamment important pour le relocaliser," a affirmé la source FRU au Sunday Herald. "Ainsi ça a fini pour nous par quatre morts inutiles et des officiers de renseignement britanniques compromis, ce qui en dernière analyse a mis des vies de soldats en péril. Pour Kerr, à chaque fois la fin justifiait les moyens."
En outre, Kerr pouvait bien sacrifier quelques informateurs ici et là, à la colère de la redoutable "Unité de sécurité" de l’IRA – parce que son agent double étoile était à la tête de cette unité. Sous le nom de code de « Stakeknife » [litt. « Couperet »][9], l’homme de Kerr a présidé, et parfois lui-même excéuté, les effroyables meurtres par tortures d’une cinquantaine d’hommes alors qu’il était en fonction au sommet de la hiérarchie de l’IRA. Parmi les victimes il y avait d’autres agents doubles britanniques, sacrifiés pour protéger la couverture de Stakeknife, comme révélé par le Guardian et beaucoup d’autres journaux britanniques en 2003. ("Stakeknife" a été identifié plus tard par la presse comme Alfredo Scappaticci – un Irlandais malgré son nom Italien – bien qu’il continue à nier l’accusation.)
La FRU a aussi "délibérément permis que des soldats, des officiers de police et des civils, meurent dans des attentats de l’IRA pour protéger ses agents doubles parmi les républicains," (Sunday Herald) [10]. Comme le signale Mackay: « Des sources de la FRU ont affirmé que sept membres du personnel de la police et de l’armée sont morts, résultat du feu vert accordé par la police militaire pour que des bombes de l’IRA soient placées, alors que Kerr dirigeait la FRU. Ils estiment que trois civils ont aussi été tués de cette façon, sans compter les centaines de blessés. »
Mais quelques-uns des pires excès ont été la conséquence de la manière de manipuler des agents de l’autre bord, celui de la milice farouchement pro-britannique protestante l'Ulster Defense Association (UDA). Ici, parmi les "Loyalistes", l’agent double le plus important de Kerr était Brian Nelson, devenu par la suite le chef du renseignement de l’UDA. Comme le disait John Ware dans le Guardian [11] : « Kerr considérait Nelson comme son joyau de la couronne… Pendant les trois années suivantes [après 1987], Nelson collaborait avec des bandes de tueurs pour abattre des membres présumés de l’IRA. Mois après mois, des hommes armés et masqués défonçaient les portes des domiciles. Quelques fois, ils se trompaient d’adresse ou de cible. »
Ce fut le cas de Gerald Slane, âgé de 27 ans, de Belfast, abattu devant ses trois enfants. Une arme avait été trouvée abandonnée dans sa propriété ; cela, ajouté à son catholicisme, avait suffi pour que l’homme de Kerr, Nelson le fasse assassiner. Par la suite on a découvert que Slane n’avait pas de liens avec l’IRA.




Peinture murale en l'honneur de Pat Finucane



Une autre "mauvaise personne", tuée par les agents de la FRU, était l’avocat Pat Finucane de Belfast, sur qui on a tiré 14 fois, devant sa femme et ses enfants. Finucane était un militant des droits de l’homme qui avait défendu aussi bien des catholiques que des protestants, mais il était considéré par les Loyalistes comme un sympathisant de l’IRA – et aussi une épine sous le pied des autorités britanniques. Il a été tué sur ordre de Kerr, par un informateur de la FRU dans l’UDA, Ken Barrett, condamné pour le meurtre mais relâché l’année dernière dans le cadre du programme d’amnistie du processus de paix en Irlande du Nord. Barret n’avait aucun remords concernant son "contrat" – pour la FRU – sur Finucane. "Les poulets [les autorités] voulaient qu’il soit buté" avait-il dit a une équipe documentaire de la BBC. "Nous l’avons buté et voilà tout. » [12]
Kerr passait à Nelson des paquets de fichiers de renseignement pour lui faciliter l’ assassinat de cibles de l’UDA, dont - selon l’enquête de Stevens - au moins quatre "civils" qui n’avaient aucun lien avec l’IRA. La FRU obtenait aussi des "ordres de restriction" concernant d’autres unités de sécurité ou militaires britanniques en Irlande du Nord. Conformément à ces ordres, celles-ci retiraient leurs forces de là où les agents UDA de Kerr allaient frapper, permettant ainsi au tueurs de rentrer et de sortir sans être inquiétés, rapporte un des enquêteurs, Nick Davies.
La FRU répugnait à partager ses propres renseignements avec d’autres forces de sécurité – ce qui était la raison ostensible pour laquelle il se servait en premier lieu d’agents doubles. Pire, Kerr engageait des guerres internes avec les autres agences, tout en faisant remonter beaucoup de renseignements aux cercles supérieurs du pouvoir, y compris le Comité du renseignement du gouvernement présidé par le Premier ministre Margaret Thatcher. De fait, quand Nelson fut finalement dénoncé et présenté au tribunal pour cinq chefs d’accusation de conspiration pour meurtre, Kerr à témoigné en sa faveur, affirmant à la cour que les contributions de Nelson en matière de renseignements « fournis, ainsi que ses rapports étaient transmis à la communauté du renseignement à un haut niveau, et de ce point de vue il devait être considéré comme un agent très important. »
Comme l’a dit à Mackay l’un des hommes de la FRU : « Sous les ordres de Kerr…. L’état d’esprit qui régnait, c’était : ‘les bons peuvent rester en vie, les mauvais doivent crever »’.
C’est cet "état d’esprit" qui est à l’oeuvre aujourd’hui au cœur de la Zone verte à Bagdad, ou le JSG poursuit – comme on nous le raconte élogieusement – précisément la même mission que celle qu’il avait en Ulster. Une unité qui autorisait ses agents à torturer, à assassiner et à commettre des actes de terrorisme, y compris des actions qui ont tué des civils locaux, ainsi que des soldats et des agents de renseignement de leur propre pays.

Le feu vert de la Maison blanche
Bien entendu, Kerr et son équipe d’opérations clandestines [black-op, black operations, litt. « opérations noires »] de Bagdad ne sont pas les seuls dans le monde du double jeu de la contre-insurrection en Iraq. Les armées secrètes du Pentagone, en constante croissance, sont aussi profondément impliquées dans ces activités. Comme Sy Hersh rapporte dans The Coming Wars (Les guerres à venir), dans le New Yorker du 24 janvier 2005 [13], après son élection en 2004, George W. Bush a signé une série de directives présidentielles secrètes qui autorisaient le Pentagone à entreprendre, virtuellement sans restriction, des opérations clandestines, y compris de reprendre les escadrons de la mort, soutenus et entraînés par les USA et employés par des régimes autoritaires en Amérique Centrale et du Sud lors de l’administration Reagan, et où tant de membres de la faction de Bush se sont fait les dents – et les os.
« Vous souvenez-vous des escadrons de la mort de droite au Salvador? », dit un ancien haut fonctionnaire du renseignement à Hersh. « Nous les avons fondés et financés. L’objectif maintenant est de recruter des locaux partout où nous le voulons. Et nous n’en dirons rien au Congrès. » Quelqu’un du Pentagone a ajouté: « Nous allons faire du chemin avec les mauvais garçons. » Un autre modèle pour la guerre sale étendue citée par des sources du Pentagone, selon Hersh, était la répression brutale par les Britanniques des Mau Mau au Kenya dans les années 50, quand ils avaient établi des camps de concentration, créé leurs propres groupes terroristes pour confondre et discréditer l’insurrection, et tuer des milliers de civils innocents en réprimant le soulèvement.
Le feu vert formel donné par Bush à l’option "escadrons de la mort" à partir d’une base déjà sécurisée, fait partie d’un effort plus vaste de transformer le monde en une « zone de tir à volonté » pour des agents opérationnels clandestins, comme l’a dit à Hersh un haut fonctionnaire du Pentagone. Par exemple en novembre 2002, un plan du Pentagone pour infiltrer des groupes terroristes [14] et les "stimuler" à l’action était découvert par William Arkin, qui écrivait alors pour le Los Angeles Times. La nouvelle unité, le "Groupe opérationnel, pro-actif, préventif" était décrit dans les documents du Pentagone comme "une activité de soutien de super-renseignement" qui "réunit les activités secrètes de la CIA et des militaires, la guerre du renseignement, l’information, la couverture et la mystification".
Plus tard, en août 2004, le numéro deux du Pentagone, Paul Wolfowitz a demandé au Congrès 500 millions de dollars pour armer et entraîner des "milices locales" non-gouvernementales [15] qui serviraient comme agents des USA dans des opérations contre-insurrectionnelles et anti-terroristes" dans des "régions non gouvernées" et des points chauds dans le monde. L’information sur le moment avait été reprise par l’Agence France Presse (et virtuellement personne d’autre). Les mercenaires paramilitaires seraient employés dans ce que Wolfowitz appelait "un arc de crise" qui comme par hasard s’étendait à travers les territoires pétrolifères et les tracés stratégiques des oléoducs d’Asie Centrale, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du sud.
À ce moment l’administration Bush avait déjà commencé à préparer le terrain pour une guerre secrète étendue, dans le point chaud qu’était devenu l’Iraq. En novembre 2003, elle a créé un "escadron de commandos" tiré des milices de cinq des principales factions sectaires iraquiennes (Washington Post) [16]. Armés, financés, entraînés par les forces d’occupation US, dotés d’un "centre de commandement, contrôle et communications dernier cri" par le Pentagone, les nouveaux commandos iraquiens ont été lâchés sur l’insurrection iraquienne alors naissante [17] – en dépit des craintes prescientes de certains fonctionnaires US que "diverses factions sunnites ou chiites pourraient utiliser ce service pour mettre à mal leurs concurrents politiques," comme le notait le Post.
Et bien entendu, début 2005 – peu de temps après que les directives de Bush ont déclenché "l’Option Salvador" sur l’Iraq – la marée d’activités des escadrons de la mort a entamé sa longue et sanglante montée [18] au niveau d’un tsunami que l’on constate aujourd’hui. Ironiquement, la premier grand pic de meurtres de masse par tortures à cette époque, principalement dans des régions sunnites, coïncidait avec l’Opération Lightning [19] [Opération éclair]", un effort – accompagné d’une grand battage médiatique – des forces US et iraquiennes pour "sécuriser" Bagdad. L’opération comprenait un afflux massif de troupes dans la capitale, la division de la ville en secteurs gérables, permettant de les traiter un à un, imposant des centaines de points de contrôle pour ainsi verrouiller tout mouvement insurgé, et la mise en place d’une présence 24 heures sur 24, de forces de sécurité et militaires dans les quartiers chauds, (Associated Press, mai 2005). En d’autres termes, c’était presque exactement le même plan, la "Nouvelle voie en avant", "l’impulsion" controversée, proposée par Bush.
Mais "l’éclair" a été un fiasco dans les semaines qui ont suivi et les escadrons de la mort sont devenus encore plus audacieux. Des attaques hardies en plein jour par des "hommes en uniforme de la police, des commandos ou d’autres agences de sécurité iraquiennes" fauchaient des douzaines de victimes à chaque fois. Pendant des mois les "conseillers" US auprès des agences de sécurité iraquiennes – y compris des vétérans de l’ "Option Salvador" originale – insistaient qu’il s’agissait d’insurgés sunnites en uniformes volés, bien que beaucoup parmi les victimes fussent des civils sunnites.
Plus tard, la ligne a changé, les principaux coupables étaient maintenant des "éléments voyous" de diverses milices sectaires qui avaient "infiltré" les institutions iraquiennes.
Mais comme le journaliste d’investigation Max Fuller à démontré dans son examen minutieux [20] d’informations enfouies dans de piles d’articles de journaux et de documents publiés par le Pentagone, la vaste majorité des atrocités alors attribuées à des milices "voyoutes" chiites ou sunnites, était en fait l’œuvre de commandos et de "forces spéciales", entraînées et "conseillées" par des US, et dirigés en grande partie par des anciens éléments de la CIA. Comme Fuller l’indique: « S’il y a des miliciens dans le ministère de l’Intérieur, vous pouvez être sûrs qu’ils se mettront au garde-à-vous à chaque fois qu’un colonel US entre dans la pièce. » Et peut-être aussi bien si c’est un lieutenant-colonel britannique.
Avec une Coalition anglo-US si profondément impliquée dans la guerre sale – l’infiltration de groupes terroristes, la "stimulation" pour les faire agir, la "protection" d’agents doubles "joyaux de la couronne" quelque soit le coût, le "cheminement avec les mauvais garçons", le "feu vert pour l’Option Salvador" - il est simplement impossible de déterminer en Iraq la vraie origine de la plupart des attentats terroristes ou atrocités d’escadrons de la mort. Toutes ces opérations ont lieu dans le monde de l’ombre, où les terroristes sont souvent des agents gouvernementaux et vice-versa, et où les agences de sécurité et les groupes terroristes s’entre-pénètrent dans les ténébreux marécages de la collusion et de la duplicité. Ce chaos moral laisse une "une sorte de tache/Qui marque l’homme le plus conséquent et avisé/de quelque suspicion,", comme dit Shakespeare dans Henri V [Acte II, scène 2]
De plus les "renseignements" produits avec cette méthode, sont inévitablement influencés par des intérêts personnels, des motivations ambivalentes, la peur et la criminalité de ceux qui les fournissent. L’inefficacité de cette approche peut être mesurée par l'xpansion constante de la guerre civile multilatérale qui déchire l’Iraq. Si l’objectif de ces opérations secrètes était d’apaiser la violence, il est clair qu’elles ont eu des résultats exactement inverses. Si les pieux défenseurs de la civilisation – ceux qui approuvent ces activités avec des promotions, des feux verts et des budgets illimités – ont quelque autre but, ils ne nous l’ont pas dit.


Liens vers les sources :


1) www.telegraph.co.uk/news/main.jhtml;jsessionid=IBEK4QSEC3PEBQFIQMFCFGGAVCBQ-YIV0?xml=/news/2007/02/04/nspooks04.xml


2) www.serve.com/pfc/fru/fru12022k1a.html


3) www.serve.com/pfc/fru/licence/johnWare.html


4) www.serve.com/pfc/fru/fru22022k1c.htm l


5) www.timesonline.co.uk/tol/news/uk/article382396.ece


6) www.guardian.co.uk/print/0,,4650840-103588,00.html


7) www.serve.com/pfc/fru/fru22022k1c.html


8) www.serve.com/pfc/fru/shkerr.htm


9) www.guardian.co.uk/print/0,,4666414-103677,00.html


10) www.serve.com/pfc/fru/fru23022k1b.html


11) www.serve.com/pfc/fru/licence/johnWare.html


12) http://news.bbc.co.uk/1/hi/northern_ireland/3654444.stm


13) www.newyorker.com/archive/2005/01/24/050124fa_fact


14) http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005/-01/into-dark-pentagon-plan-to-foment.html


15) http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005-/03/cry-havoc-bushs-own-personal-janjaweed.html


16) www.washingtonpost.com/ac2/wp-dyn/A54518-2003Dec10?language=printer


17) http://www.empireburlesquenow.blogspot.com/2005/03/cry-havoc-bushs-own-personal-janjaweed.html


18)http://www.observer.guardian.co.uk/print/0,3858,-5337535-102275,00.html


19) www.truthout.org/cgi-bin/artman/exec/view.cgi/37/11435


20) www.globalresearch.ca/index.php?cont-ext=viewArticle&code=FUL20051110&articleId=1230


* Le Special Reconnaissance Regiment (SRR) - dont l'insigne orne le titre de cet article - est l’une des deux nouvelles unités de Forces spéciales annoncée par le secrétaire d’État à la défense Geoff Hoon le 12 décembre 2004. Il a été constitué en avril 2005 à partir de la 14ème Compagnie de renseignement, une unité spéciale de surveillance en civil créée en 1973 pour des opérations spéciales en Irlande du nord. C’est le SSR qui est à l’origine de l’assassinat en juillet 2005 dans le métro de Londres du jeune électricien brésilien Jean Charles de Menezes , pris par ces fins limiers pour un dangereux terroriste. 2 de ses agents été arrêtes par la police iraquienne en septembre 2005 à Bassorah suite à leur comportement suspect et ont été libérés par une opération aéroportée des commandos SAS.
L’autre unité est le Special Forces Support Group (SFSG), constitué à partir d’éléments des parachutistes, des Marines et des Forces aériennes. Il est opérationnel depuis avril 2006. Son insigne (ci-contre) a de quoi faire froid dans le dos. Ces deux unités sont explicitement destinées à la « guerre contre le terrorisme ».
Outre ces deux unités, les Forces spéciales britanniques sont composées du Special Boat Service (SBS, (unité de marine) et du Special Air Service (SAS, unité aérienne) (NDLR Tlaxcala)



Original : http://www.informationclearinghouse.info/article17048.htm
Traduit de l’anglais par Alexandre Moumbaris et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2521&lg=fr



Dimanche 29 Avril 2007

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