Palestine occupée

'UN DRAPEAU NOIR' PAR GIDEON LEVY


"Un Etat qui franchit de telles étapes ne se distingue désormais plus d’une organisation terroriste", écrit à propos d’israël, le journaliste israélien Gideon Levy dans Haaretz. Un constat auquel on n’a simplement envie d’ajouter que le "désormais" est de trop.


CAPJPO-EuroPalestine
Lundi 3 Juillet 2006





Un drapeau noir, par Gidéon Levy

"Un drapeau noir est accroché au-dessus de l’opération "qui roule" à Gaza. Plus l’opération "roule," plus le drapeau devient foncé. Les « pluies d’été » que nous sommes en train de verser sur Gaza ne sont pas seulement inutiles, mais sont en premier lieu, et d’une manière flagrante, illégitimes. Il n’est pas légitime de couper l’électricité à 750.000 personnes. Il n’est pas légitime de pousser 20.000 personnes à fuir de leurs maisons et à transformer leurs villes en villes fantômes. Il n’est pas légitime de pénétrer l’espace aérien de la Syrie. Il n’est pas légitime de kidnapper la moitié d’un gouvernement et le quart d’un parlement.

Un Etat qui franchit de telles étapes ne se distingue désormais plus d’une organisation terroriste. Plus les étapes sont dures, plus monstrueuses et stupides elles deviennent, plus les soutiens moraux pour ces étapes disparaissent et plus forte est l’impression que le gouvernement israélien a perdu la tête.

(...) Ce que nous faisons maintenant dans Gaza n’a rien à faire avec la libération du soldat Shalit. C’est un acte de vengeance à grande échelle, celle que l’armée et le Shin Bet ont voulu mener depuis un certain temps, surtout motivés par la frustration profonde des commandants d’armée qui se sentent impuissants face aux fusées Qassams et les incursions audacieuses de la guérilla palestinienne. Il y a un espace énorme entre l’armée lâchant sa frustration et une opération intelligente et légitime pour libérer le soldat enlevé.

Ce n’est pas un hasard si personne ne mentionne que le jour d’avant l’attaque du fort de Kerem Shalom, l’armée a enlevé deux civils, un docteur et son frère, de leur maison à Gaza. La différence entre nous et eux ? Nous avons enlevé des civils et ils ont capturé un soldat, nous sommes un état et ils sont une organisation terroriste. Comme Amos Gilad semblait ridiculement pathétique quand il a dit que la capture de Shalit était "illégitime et illégale", à la différence de quand l’armée saisit des civils à leurs domiciles. Comment un haut fonctionnaire du ministère de la défense peut-il clamer que "la tête du serpent" est à Damas, quand l’armée emploie exactement les mêmes méthodes ?

(...) Quel tumulte y aurait-il eu si les Palestiniens avaient saisi la moitié des membres du gouvernement israélien. Comment les étiquetterions-nous ?

La punition collective est illégitime et elle n’a pas la moindre intelligence. Où les habitants de Beit Hanun vont-ils courir ? Les journalistes militaires disent qu’ils "n’ont pas été expulsés" mais qu’il leur a été "recommandé" de partir, pour le bénéfice, naturellement, de ceux qui sauvent leurs vies. Et à quoi cette étape inhumaine mènera-t-elle ? Soutien du gouvernement israélien ? Leur enrôlement comme informateurs et collaborateurs pour le Shin Bet ? Les malheureux fermiers de Beit Hanun et de Beit Lahia peuvent-ils faire quelque chose au sujet des fusées Qassam ? Est-ce que bombarder un aéroport déjà détruit libérera le soldat ou était-ce juste pour décorer les titres à la Une ?

Est-ce que quelqu’un a pensé à ce qui se serait produit si les avions syriens avaient fait tomber un des avions israéliens qui survolaient cyniquement le palais de leur président ? Aurions-nous déclaré la guerre à la Syrie ? Une autre "guerre légitime" ? Est-ce que le black-out total sur Gaza réduira l’influence du Hamas ou rassemblera la population autour de lui ? Et même si le gouvernement du Hamas tombe, comme Washington veut, que se produira-t’il le jour suivant ? Ce sont des questions pour lesquelles personne n’a aucune vraie réponse. Comme d’habitude ici : Tranquillité, nous tirons. Mais cette fois nous ne tirons seulement. Nous bombardons, obscurcissant et détruisant, imposant un siège et enlevant comme le plus mauvais des terroristes et personne ne brise le silence pour demander, diable, pourquoi et de quel droit ?

Par Gidéon Levy

http://www.haaretz.com/hasen/pages/ShArt.jhtml ?itemNo=733427

Traduit par Corinne Grassi

Publié par CAPJPO-EuroPalestine


Lundi 3 Juillet 2006

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