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Turquie-Russie : amour et tubes


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Andreï Fediachine
Jeudi 14 Janvier 2010

Turquie-Russie : amour et tubes
Le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, est de nouveau à Moscou où il va rencontrer le président Dmitri Medvedev et le premier ministre Vladimir Poutine.
Il connaît moins le premier que le deuxième (les premiers ministres se sont rencontrés plus de dix fois et leurs rapports sont "excellents"), mais la visite actuelle pourrait y remédier. Cette visite doit renforcer un nouveau partenariat ("privilégié" selon la partie turque) entre Moscou et Ankara ou, comme on l'appelle aussi, un "partenariat stratégique multiforme". Cela suppose une coopération politique, voire des réunions régulières des ministres.

Qui, de nous ou de l’Anatolie, a davantage besoin de l'amitié pétrogazière, l'amitié entre la Russie et la Turquie est-elle possible sans tubes? Cette question ne se pose plus aujourd'hui. En ce qui concerne les gazoducs tout est tellement confondu qu'il est déjà difficile de savoir où commencent les tubes et où s'achève la politique, et inversement.

Cette fois, Erdogan et Poutine renforceront l'amitié dans le domaine des gazoducs et des pipelines : la Turquie est disposée à adhérer au projet de South Stream (qui acheminera le gaz russe en Grèce, en Italie et en Autriche par la mer Noire), et dont la construction peut débuter en novembre; à amorcer la mise en œuvre du projet de Blue Stream-2 (dont le deuxième tronçon se dirigera vers Chypre, Israël, le Liban et la Syrie) ; à construire en commun avec la Russie l'oléoduc Samsun-Ceyhan; à proroger les contrats d'achat de gaz russe.

Grâce à ces projets, Ankara deviendra un important centre énergétique de transbordement dans toute la région caspienne, sud-européenne et proche-orientale. Et nous aurons Nord Stream et l'Allemagne dans le Nord, South Stream et la Turquie, dans le Sud.

Deux amitiés des deux côtés opposés, nordique et ottoman : c'est  incroyable. Qui s'étonnera, après cela, que lorsque le président (ou le premier ministre) arrive à Moscou, ou son homologue russe à Ankara, un émoi soit ressenti en Europe.

Elle estime, et non sans raison, que l'Anatolie "penche" pour la Russie et que cela peut provoquer la "renaissance des ambitions impériales" de Moscou, etc. Il est vrai, la Turquie rejette ces accusations et négocie avec Moscou sur le gaz et les tubes sans renoncer au projet de Nabucco. Elle n'a pas l'intention de renoncer à ce gazoduc alternatif contournant la Russie. A Moscou, Erdogan proposera même à Poutine de participer à ce projet alternatif.

En fait, l'Union européenne pousse elle-même Ankara dans les bras de son voisin sur la mer Noire par les "lenteurs" de l'examen de l'admission de la Turquie à l'UE.

La Turquie mène des négociations sur l'adhésion depuis 2005. Mais, sur 35 domaines politiques et économiques dans lesquels chaque candidat doit réaliser des réformes et qu'il doit rajuster aux normes de l'UE, les négociations de la Turquie n'ont progressé en décembre que sur 12. Dans les autres domaines, elles ont été bloquées.

L'année dernière, la France et l'Allemagne ont déclaré qu'elles ne voudraient pas voir dans l'UE un pays de 60 millions d'habitants (à plus forte raison, musulmans). Par conséquent, la Turquie n'y sera pas admise dans les dix prochaines années. Naturellement, elle cherche des alternatives. En ce moment, Ankara ne les voit que dans le renforcement de son poids politique et économique régional. Mais cela est impossible sans Moscou.  

Sa transformation en dispatcheur gazier et pétrolier ajoutera du poids régional à la Turquie.

Depuis quelques années, elle s'introduit intensivement dans la politique caucasienne et la concertation des positions de Moscou et d'Ankara peut y donner de bons résultats. Jusqu'à récemment, il n'y avait pas de leader régional dans le Caucase (Géorgie, Azerbaïdjan et Arménie). L'Azerbaïdjan s'orientait vers la Turquie, pays consanguin, et vers l'Iran, l'Arménie, vers la Russie, la Géorgie, vers l'OTAN et les Etats-Unis. Quand tous les pays du Caucase vont (ou bien s'ils sont poussés, comme par exemple, Tbilissi) dans les directions différentes, cela tourne mal. La guerre en Ossétie du Sud l'a bien montré.

Si la Turquie et la Russie passent de la concertation de leurs actions dans le domaine énergétique à la concertation réelle de leurs démarches en matière de sécurité  régionale, même si cela ne crée pas tout de suite une configuration régionale de sécurité, cela fera progresser la région vers une structure précisant ce qui est possible et inadmissible dans les rapports entre tous les voisins.

Puisque ni l'OSCE, ni l'UE, ni l'ONU ne peuvent rien y faire, pourquoi ce rôle ne pourrait-il passer à la Russie et à la Turquie dans le cadre d'un nouveau forum régional caucasien que la Turquie a d’ailleurs proposé l'an dernier de créer.

Les rapports entre Ankara et Moscou ont toujours fait l'objet d'une inquiétude particulière de l'Europe, de l'OTAN, des Etats-Unis, de l'Asie et du monde musulman.

On peut dire que la Turquie représente un paradoxe étrangement positif et positivement étrange dans les rapports entretenus par la Russie (URSS, Moscovie, empire de Russie) avec tous les autres pays du monde.

A en juger par les ouvrages des historiens russes, nos contacts interétatiques avec la Turquie remontent à l'époque du prince Ivan III (la fin du XVe siècle). Depuis cette époque-là, il y a eu plusieurs guerres entre la Russie et la Turquie suivies de périodes de réconciliation et de rapprochement, voire de fraternisation. Dans les intervalles, ils y eut des conflits et des rapprochements.

Pour nos pays, il était toujours difficile, semble-t-il, de vivre à côté et impossible de vivre séparément. Nous sommes si habitués, paraît-il, à cet état de choses qu'il est déjà devenu un phénomène et nous sommes en train de traverser sa deuxième phase (le rapprochement).

La Turquie est l'unique pays de l'OTAN à avoir conclu avec la Russie plus de 60 traités, accords et autres documents régissant l'approfondissement de l'amitié. Les contacts gouvernementaux, les échanges et les consultations sont multiples, sans parler de la coopération économique, y compris la pêche, le nucléaire civil et, bien entendu, le pétrole et le gaz. A présent, il faut y ajouter le "partenariat stratégique multiforme". Faut-il l'attribuer au charme des hydrocarbures?

Ce texte n'engage que la responsabilité  de l'auteur.


Jeudi 14 Janvier 2010


Commentaires

1.Posté par Tekbir le 14/01/2010 18:47 | Alerter
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Intéressant mais bien imprécis,

on parle de chapitres et non domaine...
la turquie souhaite rentré depuis longtemps en UE pas juste depuis 2005
pas 60 millions, 72 millions..
zz

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