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Turquie-Arménie: la diplomatie par le football


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Il n'y a guère que les indifférents qui ne parlent pas aujourd'hui de la tendance au réchauffement dans les rapports arméno-turcs. Ces derniers mois, les parties s'envoient des signes plus éloquents les uns que les autres. Dès février, le président turc Abdullah Gül avait exprimé l'espoir d'une normalisation des relations entre les deux pays, en félicitant Serge Sargsian pour son élection à la tête de l'Arménie. Fin avril, un message analogue avait été envoyé au nouveau chef du gouvernement, Tigran Sarkissian, par son homologue turc Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier s'est même exprimé de manière plus méthodique. "La Turquie considère comme une tâche prioritaire la résolution définitive des problèmes existants et l'établissement de rapports de bon voisinage par la voie du dialogue, en tenant compte du fait que les deux pays voisins se trouvent dans un même espace géopolitique", pouvait-on lire dans le message d'Erdogan. Il a exprimé le souhait que les rapports bilatéraux atteignent un niveau garantissant la paix, le calme, la stabilité et la prospérité dans la région.


Vendredi 5 Septembre 2008

Turquie-Arménie: la diplomatie par le football



Par Gaguik Bagdassarian, de l'agence Novosti-Arménie, pour RIA Novosti



La réponse d'Erevan ne s'est pas fait attendre. Le premier ministre arménien a confirmé que son pays était prêt à établir des relations avec la Turquie sans conditions préalables. "Je souhaite confirmer que l'Arménie est prête à un dialogue constructif et à établir des rapports normaux entre nos deux pays sans conditions préalables. Je considère que nous incombe, à nous et à vous, la mission historique d'instaurer une atmosphère de confiance mutuelle sans laquelle il sera difficile d'arriver à un dialogue franc et de résoudre les problèmes existants", a indiqué M. Sarkissian, ajoutant que les efforts de la partie arménienne seraient dirigés vers la paix, la tolérance et la stabilité dans la région.

Et c'est le sport qui a fourni une bonne occasion de concrétiser ce "dégel". L'Arménie et la Turquie sont tombées dans le même groupe de qualification pour la Coupe du monde 2010. Il aurait été invraisemblable de ne pas profiter d'une telle occasion. Le tirage au sort a donné une chance aux deux parties ne serait-ce que de souligner la possibilité d'établir un dialogue lors d'une rencontre au sommet, et c'est Erevan qui a saisi l'occasion le premier.

Le président arménien Serge Sargsian a officiellement invité son collègue turc à se rendre à Erevan et à assister ensemble au match de football. Sargsian considère que l'Arménie et la Turquie ne peuvent être éternellement des adversaires, et qu'il n'y a pas de réelles alternatives à l'établissement de relations normales entre les deux pays. Le chef de l'Etat arménien s'est déclaré certain que les peuples arménien et turc soutiendraient et approuveraient son invitation.

Il considère qu'au sein des deux sociétés, on assiste à des tendances favorisant une saine analyse des problèmes existants, et que la probable visite du président turc en Arménie peut transformer ces tendances en avancées positives et prometteuses. Il est en outre persuadé que la normalisation des relations bilatérales est avantageuse non seulement pour l'Arménie, mais aussi pour la Turquie.

Le premier ministre Tigran Sarkissian a également affirmé que le peuple arménien devait se débarrasser de cette mentalité antiturque qui lui est si néfaste. "Nous devons mener une politique extérieure pro-arménienne, et non antiturque, cette dernière étant inadmissible. Nous devons établir avec la Turquie des relations sur une base pro-arménienne, et non sur des principes d'hostilité", a-t-il souligné.

L'initiative du chef de l'Etat arménien a été entendue en Turquie. Cependant, aussi étrange que cela puisse paraître, le conflit osséto-géorgien a donné une impulsion supplémentaire à ce processus. La Turquie a occupé une position relativement neutre dans ce conflit, soulignant qu'elle était attachée au maintien de la sécurité dans la région.

C'est bien dans ce but qu'Ankara a proposé de créer ce qu'on a appelé "l'Alliance caucasienne", orientée vers la stabilisation de la situation dans la région, et invité l'Arménie à engager un dialogue. Le ministre turc des Affaires étrangères Ali Babacan a indiqué qu'il examinerait cette nouvelle initiative avec son collègue arménien, et le président Gül a quant à lui souligné que son pays n'avait pas d'ennemis dans la région.

Le ministère arménien des Affaires étrangères a immédiatement réagi à ces messages en provenance de Turquie, en déclarant qu'Erevan saluait l'intention de la Turquie concernant les négociations et que l'Arménie avait toujours été pour le dialogue, particulièrement sur les questions concernant la sécurité et la coopération dans la région.

Les médias turcs ont d'ores et déjà annoncé qu'une mission diplomatique de haut rang se rendrait à Erevan pour examiner les questions relatives à l'initiative turque. Et on a appris tout récemment que le président Abdullah Gül se rendrait effectivement en Arménie.

De nombreux analystes considèrent que les initiatives turques ne relèvent pas seulement de l'inquiétude d'Ankara à propos d'une situation qui risque de déstabiliser toute la région et de se répercuter négativement sur la Turquie, mais également d'une certaine menace pesant sur les projets énergétiques et de communication. Il n'est pas exclu qu'Ankara cherche ainsi à trouver une alternative à la Géorgie en tant que pays de transit. Les experts arméniens ne prévoient pas d'établissement "éclair" des relations bilatérales, mais considèrent cependant les premiers pas dans ce sens comme importants.

Tout est prêt pour le match de football Arménie-Turquie. La partie arménienne indique qu'elle recevra les supporters et footballeurs turcs comme il se doit. Les stars du ballon rond, des deux côtés, se préparent intensivement. La balle est donc dans le camp des politiques...

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.

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Vendredi 5 Septembre 2008

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