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Trump affûte les crocs de l'Otan


Cette semaine, Donald Trump déjeunera près d’une statue bruxelloise glorifiant un génocide.


David Cronin
Mercredi 11 Juillet 2018

Le monument dédié aux colonisateurs du Congo porte une inscription reprenant des propos de Léopold II. Le roi, suggère-t-elle, a pris possession d’un vaste territoire africain « dans l’intérêt de la civilisation ».

Un fait historique qui ne sera probablement pas mis en exergue au cours du séjour de Trump, c’est qu’en 1884, les États-Unis furent la première des nations puissantes à soutenir la revendication du Congo par Léopold.

On estime que 10 millions de vies humaines furent détruites entre cette date et 1920. Le territoire fut soumis à un pillage intensif de ses ressources naturelles et ce, via un recours massif au travail forcé des populations locales.
Il existe un sens inquiétant de la continuité derrière la façon dont Trump va être alimenté dans le parc où est situé le monument au Congo. Le président visite Bruxelles à l’occasion d’un sommet de l’Otan, ce « pitbull impérial des temps modernes » – pour reprendre une expression du professeur Edward S. Herman, décédé récemment.

Lors de sa candidature à la Maison-Blanche, Trump méprisait l’alliance militaire, disant qu’elle était « obsolète ». En tant que président, il essaie désormais d’aiguiser les crocs du pitbull.
Les États-Unis dominent l’Otan. Et l’Otan contribue à préserver la domination américaine à la surface du globe. Cela explique pourquoi Trump est beaucoup plus chaud désormais en faveur de l’alliance. Lui et son entourage pressent tous les membres de l’Otan à dépenser davantage en armement.

Club de la guerre froide, l’Otan aurait dû être dissoute lorsque l’Union soviétique s’est effondrée. En lieu et place, elle s’est arrangée pour connaître une nouvelle vigueur – en bombardant la Serbie en 1999 et, plus tard, en coordonnant les guerres contre l’Afghanistan et la Libye.

Des caresses pour le pitbull

L’élite israélienne semble impatiente de caresser le pitbull.

Le mois dernier, l’armée israélienne annonçait que, pour la première fois, elle participait simultanément à deux exercices de simulation de guerre dirigés par l‘Otan en Europe.
Ces exercices ont surtout eu lieu dans les pays de l’ancien bloc de l’Est qui font aujourd’hui partie de l’Otan, malgré la promesse des États-Unis, en 1990, que l’alliance militaire ne s’étendrait pas en direction de la Russie. Aujourd’hui, l’Otan entoure en fait la Russie et les importantes manœuvres qu’elle organise dans la région de la Baltique sont agressives et provocatrices.
Ces exercices comprenaient un simulacre d’opération d’offensive aérienne en Lituanie. Naturellement, Israël a une grande expérience de ces opérations aériennes réelles et tout particulièrement contre les civils au Liban et à Gaza.
Bien qu’il ne soit pas officiellement un membre de l’Otan, Israël entretient des liens avec l’alliance depuis 1994 au moins. Il y a de bonnes raisons de soupçonner que les planificateurs stratégiques de l’alliance d’avoir soigneusement étudié les tactiques déployées par Israël dans l’oppression des Palestiniens.

D’importantes personnalités de l’Otan ont même rendu visite aux troupes israéliennes en Cisjordanie occupée, sans doute pour apprendre ces tactiques de toute première main.

Un échange de notes sur l’oppression

Il y a près de dix ans, Gabi Ashkenazi, à l’époque commandant en chef de l’armée israélienne, avait exprimé son désir de collaborer avec l’Otan « dans le plus de domaines possible ».
La relation n’avait pas progressé rapidement, après ce commentaire. La Turquie, membre de longue date de l’Otan, s’était opposée à toute forme de coopération.
Les autorités d’Ankara avaient jugé de se montrer très sévères à l’égard d’Israël à l’époque de l’opération « Plomb durci » – une offensive menée contre Gaza fin 2008 et début 2009 – et tout particulièrement après qu’Israël avait tué des activistes turcs à bord d’un navire à destination de Gaza en 2010.

La Turquie a changé d’attitude plus récemment en donnant son accord à l’installation par Israël d’un bureau à temps plein au quartier général de l’Otan à Bruxelles.

Au début de cette année, Israël a signé un pacte de coopération avec la division logistique de l’Otan. Cette division planche sur un concept appelé « défense intelligente » – un terme recherché pour désigner l’acquisition d’armes de plus en plus mortelles.

Ce pacte suivait la finalisation d’un accord, en novembre 2017, en vue de protéger les informations partagées entre l’Otan et Israël.
Une importante proportion des renseignements militaires israéliens s’obtient via la répression des Palestiniens. Et, ainsi, on peut parier sans grand risque qu’un des buts du marché avec l’Otan est de permettre un plus grand échange de notes sur la façon dont Israël peut commettre ses crimes contre l’humanité – et s’en tirer impunément.
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Otan, a bénéficié dernièrement d’une large couverture médiatique lorsqu’il a expliqué quelque chose que les journalistes auraient déjà dû savoir. Il a fait remarquer que, du fait qu’Israël n’est pas membre à part entière de l‘Otan, l’alliance n’était pas obligée contractuellement de riposter si Israël était confronté à une attaque.
Pourtant, ce qui était considérablement plus significatif dans les commentaires de Stoltenberg, c’est qu’il insistait sur la façon dont l’Otan considère Israël comme un partenaire.

Le message sous-jacent était clair. Le principal agresseur du Moyen-Orient est le bienvenu pour jouer à la guéguerre avec le pitbull impérial. Ensemble, ils pourront mieux affûter leurs crocs.



Publié le 9/7/2018 sur The Electronic Intifada https://electronicintifada.net/blogs/david-cronin/trump-sharpens-natos-teeth
Traduction : Jean-Marie Flémal

https://french.palinfo.com/40279
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Mercredi 11 Juillet 2018


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