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Trump, Pékin, guerre commerciale et ‘option nucléaire’



Finian Cunningham
Mercredi 27 Juin 2018






    Reprenant de façon spectaculaire la guerre commerciale avec Pékin, le président Trump menace d'imposer des contre-droits de douane sur pratiquement tout ce qu’importent de Chine les États-Unis.



    Après que les négociations du début de ce mois-ci semblaient avoir évité le clash, l'administration Trump repart plein pot en mode ‘guerre commerciale’. S’exprimant avec fougue, Trump et ses conseillers pour le commerce se sont dit à bout de patience à cause de ce qu'ils prétendent être ‘les pratiques prédatrices’ de Pékin.



    Condamnant ‘le chantage inacceptable’ de Washington, la Chine a pour sa part promptement riposté. Pékin a dit qu'il n'hésiterait pas à répondre de la même manière, en imposant des droits de douane sur les exportations des États-Unis.



    Les marchés asiatiques, européens et américains plongent, les entreprises et les investisseurs sont paniqués par les perspectives de guerre commerciale à grande échelle entre les deux plus grandes économies du monde, et par les répercussions incertaines d'une chamaillerie aussi titanesque.



    Trump avance ses pions de manière spectaculaire. Comme l'a signalé le New York Times, il parie que la Chine cédera la première. Il le pense parce que son administration estime que la Chine, avec son énorme excédent commercial, aura beaucoup plus à perdre financièrement si elle entre en confrontation commerciale avec les États-Unis.



    « La Chine a beaucoup plus à perdre que nous, » a dit le conseiller commercial de Trump, Peter Navarro, un faucon quand il s'agit de traiter avec Pékin. Navarro, comme Trump, accuse continuellement la Chine d'arnaquer l'économie et les travailleurs étasuniens avec de prétendues pratiques commerciales déloyales et le vol de propriété intellectuelle d’entreprises technologiques.



    Au cours de sa campagne électorale, Trump a gonflé à bloc les électeurs avec des tirades critiquant la Chine qui ‘détruit les États-Unis’. Récemment, le président a vitupéré à propos de « la Chine qui retire 500 milliards de dollars de notre économie chaque année. »



    Mais typiquement avec Trump, les charges émotionnelles et les chiffres ne sont pas ce qu'ils semblent être.



    Pour commencer, dans son commerce avec le reste du monde, l'économie étasunienne a un déficit chronique depuis quarante ans. Cela s’explique en grande partie par le changement structurel du capitalisme étasunien, les entreprises et les investisseurs ayant quitté le pays pour s'installer là où la main-d’œuvre est moins chère, en Chine par exemple.



    Accuser la Chine d'être le problème, c’est faire diversion sur la façon dont les capitalistes ont historiquement trompé les travailleurs étasuniens, avec les licenciements et les réductions d'effectifs. Parmi ces capitalistes qui profitent très bien de leur implantation en Chine, il y a Ivanka, la fille de Donald Trump, dont les affaires dans l’habillement profitent de la main-d’œuvre chinoise et exportent aux États-Unis, en contribuant ainsi au déficit commercial.



    Autre problème, quels que soient les griefs que l'administration Trump pourrait avoir sur le commerce avec la Chine, elle devrait faire régler ces disputes par l'Organisation mondiale du commerce. Si Trump pense avoir un dossier solide contre des pratiques chinoises déloyales, il doit faire confiance à l'autorité commerciale multilatérale. Sinon, comme le montre l'histoire, c'est la recette du chaos international, la pente savonneuse vers la guerre.



    Seulement, parmi bien d'autres facettes de cette administration, il y a le mépris du multilatéralisme et le recours à l'unilatéralisme autoritaire. Que sont pour elle les règles et les lois ? Voici ce qu’a dit dernièrement un fonctionnaire de la Maison Blanche qui parlait de l’attitude de l'administration Trump à l'égard du reste du monde : « Nous sommes l'Amérique, la putain ! »



    Employant la manière forte avec la Chine, Trump est convaincu qu’intimidé, Pékin cédera à sa demande de corriger le déséquilibre commercial. Les Étasuniens tentent de faire disparaître leurs défauts structurels et inhérents en forçant la Chine à faire des concessions. Parce que les exportations annuelles de 500 milliards de dollars de la Chine vers les États-Unis sont environ le quadruple de ce que les États-Unis lui vendent, Trump parie que sa méthode à-la-Mad-Max fera peur aux Chinois et qu’ils se soumettront.



    Trump mettant ses problèmes sur le dos des Chinois, sa manière intimidante est aussi intéressante pour sa base d’électeurs dans les États où l’industrie est en déclin, ceux-ci pouvant ressentir un élan patriotique. Les élections législatives de mi-mandat en novembre, ne laissent nullement douter de l'intention de Trump d'avoir le vote républicain.



    Sauf que les meilleurs plans pondus par le président risquent de se transformer en catastrophe politique.



    Pékin a fait savoir qu'il ne reculera pas devant l'intimidation. Dans un éditorial du Global Times, qui reflète la pensée du gouvernement, le ton était combatif : « C'est de l'arrogance étasunienne de croire que la guerre commerciale épuisera la Chine. Mais les rôles sont inversés. Le commerce est mutuellement bénéfique à la fois pour les États-Unis et pour la Chine. Saborder le commerce bilatéral ferait des dégâts similaires des deux côtés. »



    Les options dont dispose Pékin pourraient faire de gros ravages dans l'économie étasunienne et compromettre l'avenir politique de Trump. L'incapacité de Trump à s’en rendre compte, témoigne de son irascibilité et de celle de ses conseillers.



    Si la Chine donne suite à sa menace, et impose des contre-droits de douane sur les produits agricoles étasuniens, sur le soja, le maïs et la viande, le choc sera sévère dans les États agricoles, Iowa, Idaho et Illinois. Les électeurs de ces États ont été décisifs dans l’élection de Trump à la Maison Blanche en 2016. En embringuant les États-Unis dans la guerre commerciale avec la Chine, Trump risque de finir par meurtrir la base électorale sur laquelle il peut le plus compter.



    Si Trump applique des tarifs douaniers très sévères, l’autre répercussion sera la hausse des prix de détail des biens de consommation importés de Chine, téléviseurs, chaussures… Ça gonflera les prix à la consommation et alourdira le budget des ménages, en particulier dans la population à faible revenu qui a toujours l’intention de voter pour lui. Le bilan net probable serait que la fragile économie étasunienne souffrirait soudainement du fait que, déjà limités, les consommateurs se retrouveraient sans le sou.



    Les considérables effets préjudiciables de la guerre commerciale semblent avoir échappé aux planificateurs de l'administration Trump. Le président semble avoir été emporté par son orgueil démesuré envers la force étasunienne et son hostilité idéologique irrationnelle envers la Chine. Il est très bien que lui et ses riches conseillers s'opposent à la Chine sur des torts perçus. Mais que devient le simple quidam ? Voilà tout ce qu’est le célèbre homme d’affaires. Son inconséquence conjoncturelle trahit quelqu'un qui aime mieux jouer aux bille qu’aux échecs.



    Pourtant, dans cette dispute, les vraies épreuves n'ont pas encore commencé. La Chine possède l'arme commerciale ultime, son énorme portefeuille d’obligations du Trésor étasunien. Avec pour pas loin de 1200 milliards de dollars de titres de la dette fédérale, la Chine est de loin dans le monde le plus gros créancier de Washington. Pour Bloomberg, l'agence de presse, Pékin tient là une ‘option nucléaire’.



    « Elle peut tout simplement cesser d'acheter la dette du Trésor, » prévient Bloomberg. « La Chine est le plus grand investisseur du monde dans le Trésor des États-Unis, et c’est ce qui maintient bas les coûts d'emprunt et nous permet d’acheter encore les produits chinois. Mettre fin à cette relation symbiotique au moment où nos déficits budgétaires explosent, dévasterait l’économie étasunienne. »



    Bloomberg ajoute que cette option ‘catastrophique’ a aussi la capacité de ‘faire exploser’ l'économie chinoise. Bloomberg compare cet épouvantable scénario à une ‘destruction mutuellement assurée’.



    Bien que pareilles conséquences économiques soient dévastatrices pour les deux, on peut dire qu’elles sont discutables pour la Chine. En effet, la Chine a d’autres options, l'intégration économique eurasienne et les nouvelles Routes de la Soie, qu'elle a mises diligemment en chantier avec la Russie et d'autres au cours de la dernière décennie.



    Si Trump pousse trop loin les hostilités de Washington avec Pékin, les ramifications économiques seront immenses et terribles pour le globe.



    Il se pourrait bien que la Chine survive encore quelque temps en commerçant avec le reste du monde, mais une chose paraît assurée : Avec leurs dettes et leurs déficits chroniques, et avec leur dollar en voie de disparition, les États-Unis seront ruinés au-delà de tout espoir de salut. Ruinés par un président fanfaron à propos de son ‘art de mener les affaires’.



Strategic Culture Foundation, Finian Cunningham, 24 juin 2018


Original : www.strategic-culture.org/news/2018/06/24/trump-doomsday-gamble-in-china-trade-war.html

Traduction Petrus Lombard







Mercredi 27 Juin 2018


Commentaires

1.Posté par YYY le 27/06/2018 21:03 | Alerter
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En d’ autres termes, Troump s’imagine qu’ils vont continuer à se servir chez les chinois sans jamais les payer !?!
L’adage, "La maison ne fait plus crédit" C’ est connu même par les chinois.
Les chinois ne sont pas stupides à ce point.

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