Palestine occupée

Tribunal Russel et lettre à François Fillon



Mardi 2 Mars 2010

Tribunal Russel et lettre à François Fillon
Bonjour à toutes et tous,

Comme vous l’avez vu tout récemment la position du gouvernement Fillon se crispe et se durcit en ce qui concerne la campagne BDS que mène le mouvement de solidarité avec la Palestine, dont nous sommes tous acteurs.

Devant la campagne de répression qui s’installe il nous faut réagir tout en ne donnant pas prise  juridiquement aux coups que les amis d’Israël entendent bien nous porter. Le texte que vous avez lu sur notre site (BDS : lettre ouverte à F. Fillon) explique clairement les enjeux et notre position (1).

Cependant pour plus de facilité d’utilisation, nous vous adressons une version plus courte (2) qui peut servir en tract, en pétition papier  ou en lettre à envoyer directement au gouvernement (3). Nous allons également le publier sur le site national sous forme de pétition.

Il est clair pour nous que les exigences prioritaires aujourd’hui sont l’interdiction d’entrée dans l’UE des produits frauduleux des colonies et la suspension de l’Accord d’association, dans le cadre renouvelé de la campagne BDS.

Amicalement, le Bureau National de l'AFPS


(1)BDS : Lettre ouverte à François Fillon

Monsieur le Premier ministre,

Le 4 février dernier, dans votre discours au dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), vous avez
dénoncé les « scandaleux mouvements de boycott des produits casher ou israéliens ».

Sauf le respect que je vous dois, cet amalgame constitue un mensonge qui est indigne de vous. Je vous mets au défi, monsieur le Premier ministre,
de produire la moindre déclaration d’un animateur du mouvement français de solidarité avec la Palestine qui appellerait de manière directe ou
indirecte à boycotter des produits, magasins ou entreprises juives, a fortiori des produits casher. Ce défi vous ne pourrez le relever pour une
raison fondamentale : rien ne nous est plus étranger que l’antisémitisme et le racisme. Et, pour nous, les sources du conflit israélo-palestinien comme les paramètres de sa solution sont de nature, non pas religieuse, mais politique, strictement politique.

Hélas vos propos diffamatoires ont fait école : votre ministre de la Justice a cru bon de vous emboîter le pas. Au dîner de l’antenne bordelaise du CRIF,
le 18 février, elle a affirmé que « des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de
produits au motif qu’ils sont casher ou qu’ils proviennent d’Israël». Elle a exprimé le souhait que « le parquet fasse preuve de davantage de sévérité ». Et, joignant le geste à la parole, elle a déclaré avoir « adressé une Circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. »

La justice étant, comme chacun sait, indépendante du pouvoir, le tribunal de Bordeaux a d’ores et déjà fait un exemple : les deux autocollants que Sakina Arnaud avait apposés sur des produits israéliens dans un supermarché « Carrefour » de Mérignac lui ont valu 1 500 euros d’amende et de dommages et ceci au motif, excusez du peu, d’«
incitation à la discrimination raciale, nationale ou religieuse ».

Rappelons que la grande surface avait porté plainte, elle, pour « dégradation légère ». Ici et là, d’autres militants sont convoqués dans les commissariats ou la police judiciaire.

Je vous le dis en toute clarté : si vous espérez ainsi discréditer notre cause, vous commettez une grossière erreur car nous avons la justice et le
droit avec nous ! C’est votre gouvernement et la France que vous discréditez en trahissant ouvertement la politique proche-orientale mise en œuvre après la décision courageuse du général de Gaulle, en juin 1967.

Depuis lors, tous les présidents de la République, tous les Premiers ministres ont fait valoir le droit. Ils ont condamné l’occupation et la
colonisation par Israël des territoires occupés et prôné la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale. Vous en parlez,
certes, mais ce sont vos actes qui disent le vrai. Or comme jamais vous donnez des gages à la politique israélienne en multipliant, dans tous les
domaines, les coopérations avec cet Etat. Cela ne peut que le conforter dans une posture qui tourne absolument le dos à la paix fondée sur le
droit.=

Quarante-trois ans plus tard, et après tant de malheurs qui n’en finissent pas de secouer et d’endeuiller cette région, n’est-il pas
temps que, conformément au droit international, Israël, comme tous les autres pays du monde qui n’acceptent pas de l’appliquer, soit enfin
sanctionné ? C’est tout le sens de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction (BDS).

Elle s’appuie notamment sur l’Accord d’association entre l’Union européenne et Israël qui, comme la Cour européenne de justice vient de
le réaffirmer dans son arrêt du 25 février (Affaire Brita), exclut les produits des colonies israéliennes de Cisjordanie des avantages fiscaux
accordés aux produits israéliens. Présenter ceux-ci comme « made in Israël » constitue aussi une « fraude à l’origine » et un abus de
confiance des consommateurs réprimés par le droit français. Mais vous restez passif et ne donnez aucune instruction aux parquets sur ces cas
précis et patents de violation du droit. Considérez-vous que la décision de la Cour européenne de justice constitue une « incitation à la
discrimination raciale, nationale ou religieuse » ? De même qualifieriez-vous pareillement la suspension de cet accord pourtant
nécessité par la violation par Israël de son article 2 qui « fonde » ledit accord sur le respect par ce pays des droits de l’homme ?

Monsieur le Premier ministre,

L’ambassadeur d’Israël en France, Monsieur Daniel Shek, a confié à une journal israélien, il y a quelques semaines : « Nous encourageons des
organisations à porter plainte contre les organisateurs du boycott. Nous conduisons des activités politiques à l’ambassade en liaison directe
avec des ministres, des organisations, des étudiants et des consommateurs, qui se réveillent ». Curieusement, vous n’avez pas fait convoquer ce
diplomate par votre ministre des Affaires étrangères. Il avouait pourtant une ingérence brutale dans les affaires intérieures de notre pays.

Je vous le demande clairement : quels sont donc ces ministres avec lesquels le représentant d’Israël se targue d’intriguer ? Dirigeriez-vous un
gouvernement comprenant des représentants de ce que le général de Gaulle appelait, non sans férocité, « le parti de l’étranger » ? En
attendant votre réponse, je vous prie de croire, Monsieur le Premier ministre, à notre ferme intention de poursuivre plus encore cette campagne
afin de permettre à nos concitoyens de contribuer à l’avènement d’une paix juste et durable au Proche-Orient.

Jean-Claude Lefort, Président de l’AFPS

Paris le 28 février 2010
(http://www.france-palestine.org/article14061.html)

(2) Monsieur le Premier ministre,

La Cour européenne de justice vient de condamner, par un arrêt du 25 février 2010, les importations des produits de toutes les colonies
israéliennes qui se prévalent indûment de l’Accord d’association Union européenne -Israël en vigueur depuis l’an 2000. Elle rappelle que
toutes les colonies sont illégales en ce qu’elles sont parties non pas d’Israël mais de la Cisjordanie.

Cet arrêt majeur engage votre gouvernement. Il vous engage également pour son application sur le territoire français, chose à laquelle vous vous
refusez malgré nos initiatives multiples, par exemple celles contre l’implantation d’Agrexco à Sète, mais aussi toutes les démarches que
nous avons effectuées auprès des ministres en charge ou bien encore auprès des importateurs et distributeurs de ces produits frauduleux.

Or non seulement vous n’appliquez pas le droit mais vous calomniez ceux qui le défendent. Vous avez osé, devant le CRIF, mettre un signe
d’égalité entre les produits israéliens et les produits « casher ».

Votre ministre de la justice allant même jusqu’à envoyer une circulaire aux Parquets pour, en s’appuyant sur une loi datant de 1881, leur
demander de poursuivre ceux qui, à la différence de votre gouvernement, s’opposent à l’introduction hors la loi des produits des colonies.

Vous trouvez que cette action est « scandaleuse ». Ce qui est triplement scandaleux, en vérité, ce sont vos propos et votre positionnement. Il est
scandaleux et diffamatoire de laisser planer le soupçon « d’antisémitisme » sur ceux qui s’opposent à la politique
israélienne et non pas aux produits casher qui n’ont strictement rien à faire dans ce débat, et vous le savez parfaitement. Ce qui est scandaleux
c’est de dénigrer et de chercher à faire condamner, y compris en ayant recours à la justice qui est rendue au « nom du peuple français », ceux
qui agissent conformément au droit pour les assimiler odieusement à des « incitateurs à la haine raciale ». Ce qui est scandaleux, enfin,
c’est de ne rien faire pour mettre un terme à l’impunité des dirigeants israéliens qui tirent profit de votre posture, dont
l’Ambassadeur d’Israël en France a pu dire qu’il en était maître d’œuvre, pour tourner le dos à la paix et à l’application du droit
international.

C’est pourquoi, Monsieur le Premier ministre, vous nous trouvez plus que jamais déterminés à exiger de vous l’application du droit. Nous vous
demandons que soient condamnés ceux qui doivent l’être puisqu’ils bafouent la loi qui vient d’être rappelée par la Cour européenne de
justice. Nous exigeons de vous qu’il soit fermement rappelé à l’Ambassadeur d’Israël en France qu’il n’interfère en aucun cas
dans nos affaires intérieures. Et nous vous demandons expressément d’agir pour la suspension de l’Accord d’association UE-Israël qui ne
vaut que si les droits de l’Homme sont respectés par Israël (article 2). Il est « fondé » sur cette clause essentielle. Elle n’est pas
respectée, loin s’en faut. Nous continuons donc, en l’amplifiant, la campagne BDS jusqu’à ce qu’Israël applique le droit international.  

Vous êtes du côté des tenants de la loi du plus fort. Nous sommes du côté du droit et de la justice.


(3) Si vous écrivez, mentionnez nom, prénom et ville et signez

Adressez à
francois.fillon@pm.gouv.fr
jean-paul.faugere@pm.gouv.fr (Directeur de cabinet de Fillon )
charles.fries@pm.gouv.fr (Conseiller diplomatique)


Mardi 2 Mars 2010


Commentaires

1.Posté par dik le 02/03/2010 23:55 | Alerter
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Lettre bien argumentée, levant toute équivoque.Dommage que les non français ne sont pas concernés. Une missive à caractère international serait la bienvenue.

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