Géopolitique et stratégie

Treize questions au gouverneur de la Banque d’Algérie , Ou comment passer d’une économie de rente à une économie productive



associationadem@yahoo.fr
Dimanche 18 Octobre 2009

Treize   questions au  gouverneur de la Banque d’Algérie , Ou comment passer d’une économie de rente à une économie productive
Treize   questions au  gouverneur de la Banque d’Algérie
du  Docteur Abderrahmane MEBTOUL
Ou comment passer d’une économie de rente à une économie productive

Suite au rapport  sur la situation  monétaire et économique  présentée devant l’Assemblée Populaire Nationale ( APN) du gouverneur  de la banque d’Algérie  le 15 octobre 2009, je lui poserai  treize (13)  questions , en toute  objectivité et privilégiant uniquement les intérêts supérieurs  de l’Algérie ,  tout en soulignant, car il ne faut avoir une vision  essentiellement négative, étant  indéniable  que la politique  monétaire suivi par le gouvernement depuis 1996, date de l’ajustement structurel  suite au rééchelonnement  de 1994 ( cessation de paiement) a permis une relative stabilisation macro-économique ,  de réduire l’endettement du pays ou le principal   en 2009 est inférieur à 4 milliard de dollars  avec une baisse substantielle   du service de la dette  et ce grâce au  remboursement anticipé de la dette extérieure. Mais il faudrait nuancer cela ,  outre que le cadre macro-économique  stabilisé  est éphémère  sans de profondes réformes micro économiques et institutionnelles , cette situation financière  a été permise  depuis 2000 grâce au cours élevé des hydrocarbures et non pas  à la  gouvernance interne   et donc  une politique socio-économique  hors rente :  pour preuve les exportations hors hydrocarbures  entre 1996/2009 représentent  moins   de 3% du total   dont plus de 70% de déchets ferreux et semi –ferreux. Certes,  sous réserve de la stabilisation du dollar et de l’inflation mondiale, l’Algérie ne devrait donc pas connaître de problèmes de financement pendant au moins trois années.  Mais n’oublions pas   qu’existent deux rapports contradictoires , qui certes sont fonction  du couple vecteurs prix/coût futur, celui de l’AIE d’août 2009 qui prédit un épuisement des ressources  en pétrole en Algérie dans 16 ans et celui du premier ministre  Ahmed Ouyahia qui dit 25/30 ans car le dernier rapport du CREG extrapolant une consommation intérieure d’environ 75 milliards de mètres cubes qui  s‘ajoutent aux prévisions de 85 milliards   de mètres cubes exportables  horizon 2014 sur une réserve établie de 4500 milliards de mètres cubes donnant  pour le  gaz également moins entre 20/30 ans les gisements marginaux étant non rentables , moins de 30  ans, l’Algérie ayant 1% des réserves mondiales de pétrole et 3% de gaz .  

Question 1- Quelles seront les recettes prévisionnelles  de l’Algérie entre 2009/2013  et que pensez vous  de l’autofinancement de Sonatrach via Sonelgaz  qui selon les responsables ne subira pas de changement  évalué à  63 milliards de  dollars entre 2009/2013 , montant auquel il faut ajouter les investissements de Sonelgaz  pour environ 15 milliards pour la même période , au total  78 milliards  donc une moyenne annuelle de plus de 19 milliards de dollars par  an, soit près de 50% des recettes de Sonatrach ( au cours de 70 dollars le baril, ce taux diminuant en cas d’augmentation du baril et augmentant en cas de diminution)  sous réserves qu’il n’y aura pas de réévaluation des projets ?

Question 2- Pourquoi la banque d’Algérie a dévalué ces derniers mois  simultanément  le dinar par rapport au dollar et à l’euro presque dans la même proportion alors  que leurs cotations évoluent en sens inverse au niveau des bourses mondiales ? N’est ce pas pour gonfler  artificiellement  le  fonds de régulation en dinars évalué  en juin 2009 par le gouverneur à 4280 milliards de dinars ,  différence entre le prix  réel du baril et celui adopté en loi de finances avec le   passage de 19 dollars à 37 dollars , évitant  de faire un double emploi avec les réserves en devises  et part là gonfler également la fiscalité pétrolière en voilant  la réalité du  déficit budgétaire.

Question 3- Comment el gouvernement entend combler la différence pour la fiscalité pétrolière  qui devrait passer  de plus de 77% en 2008 à moins  de 63% si les tendances du premier semestre 2009 continuent au second ? Lié à cet aspect ,  comment le gouvernement  entend lutter efficacement contre  l’importance de la sphère informelle, produit de la bureaucratie engendrant la corruption,  qui contrôle plus de 40% de la masse monétaire en circulation  limitant  la politique monétaire de l’Etat  et dont les dernières mesures  notamment le Crédoc et la suppression du crédit à la  consommation ne risquent-elles pas  d’accroître  le  crédit informel ?
 
Question 4  Le dollar ayant évolué ainsi  -26 octobre 2000 : 1 EUR = 0,8252 USD  -28 décembre 2004 : 1 EUR = 1,3633 USD -2 janvier 2006 : 1 EUR = 1.18210 USD -27 avril 2007 : 1 EUR = 1,3682 USD -13 juillet 2007 :  1 EUR = 1,380 USD -28 septembre 2007 :  1 EUR = 1,4272 USD -31 octobre 2007 : 1 EUR = 1,45 USD -20 novembre 2007 : 1 EUR = 1,48 USD -23 novembre 2007 : 1 EUR = 1,4967 USD -7 mars 2008 : 1 EUR = 1,5464 USD -13 mars 2008 : 1 EUR = 1,5645 USD -17 mars 2008 : 1 EUR = 1,5905 USD -22 avril 2008 : 1 EUR = 1,6020 USD -15 juillet 2008 : 1 EUR = 1,6038 USD  -24 juillet 2008 : 1 EUR = 1,5706 USD -26 septembre 2008 : 1 EUR = 1,4588 USD -24 octobre 2008 : 1EUR = 1,2530 USD -5 novembre 2008 : 1 EUR = 1,28888 USD -18 décembre 2008 : 1 EUR = 1,4659 USD -17 février 2009 : 1 EUR = 1,2634 USD-8 mai 2009 : 1 EUR = 1,3404 USD -9 juin 2009 : 1 EUR = 1,4063 USD -14 octobre 2009 : 1 EURO = 1,4950, quelle  est la politique  des réserves de change  notamment du montant libellé  en dollars face à cette dépréciation de plus de 50% depuis 2000,  qui avec certainement le retour à l’inflation mondiale inéluctable ave les  bulles budgétaires  annoncées des principaux pays  affectent également  la valeur des bons de trésor déposée à l’étranger  et le montant des importations algériennes libellées en euros  d’environ 60% ?
 
Question 5- Quel es t le montant exact de nos réserve de change déposées à l’étranger entre la part en titres souverains, c'est-à-dire en bons de Trésors et  le   second placement (30%)  s’effectuant  via les dépôts de la Banque centrale sur le marché bancaire et interbancaire au  sein de banques bien cotées dites AAA mais avant la  crise comme le montre la faillite  de bon nombre de banques dites AAA. Et dans ce cadre quelle  est la durée  de ces placements  et leur rendement sachant  avec  des taux d’intérêts directeurs de l’ensemble des banques centrales occidentales et malgré  la déflation mondiale (environ 1% taux d’inflation) tendant vers zéro ? Ce  que l’on gagne en appréciation du pétrole, l’Algérie ne peut-elle pas  le perdre  en grande partie du fait de la dépréciation du dollar surtout si l’on  maintient la  même zone d’importation ?  Qu’en sera t-il si la dépréciation du dollar devait continuer dans le temps et ne serait-il pas plus avantageux  d’investir ces montants localement et accessoirement  de reconvertir  une fraction  en obligations émises par  le FMI  libellés en droits de tirages spéciaux  (DTS) valeur d’un panier de monnaies dont le dollar représente seulement 41% et les autres monnaies 59%.?
 
Question 6- Que pensez vous des récentes mesures gouvernementales et  leurs impacts sur le financement de l’économie algérienne notamment, la suppression  des crédits à la consommation et ces derniers  sont-elles la source de l’envolée des importations.  Confirmez vous le rapport de l’ABEF décembre 2008  que  les crédits à la consommation ont été de 100 milliards de dollars soit au  cours  de 75 dinars un dollar 1,3 milliard  avec  seulement 3% d’insolvables ?  Et que pensez vous du récent forum tenu à El Moudjahid (septembre 209) en présence de banques publiques  que    ce sont les crédits à l’immobilier où  avec 36 millions d’habitants fin 2008 et un rythme de 250 000 nouveaux ménages  par an, la demande en logement est forte mais insolvable  et le risque à l’instar  de la crise des prêts hypothécaires    déclenchée en août 2009 (  bas taux d’intérêt puis hausse des taux ) qui risque d’accroire l’insolvabilité  des ménages algériens  Et donc comment avec un taux d’intérêt de 1% pour l’immobilier prévu par le gouvernement  et un  taux d’inflation supérieur à 5% combler la différence pour évier la faillite des banques ? Cette mesure ajoutée à l’assainissement des entreprises publiques  en 2009, en rappelant qu’elles  ont déjà coûté au trésor public plus de 40 milliards de dollars entre 1991/2008 sans résultats probants , ne  risque t-on pas d’aller vers de nouvelles capitalisations des banques ?
 
Question 7- Comment percevez vous le gonflement du poste des services au niveau de la  balance des paiements   pour 11 milliards de dollars en 2008, avec une tendance similaire pour 2009,  contre en 2006 de 4,7 milliards de dollars avant de passer à 7 milliard de dollars en 2007,  l'Algérie étant  le seul pays du pourtours méditerranéen a avoir une balance déficitaire en matière des services concernant notamment les  télécommunications,la finance, le  transport, le consulting et études ainsi qu'à l'informatique,la plupart des grands projets , étant confiés à des bureaux d'études étrangers pour la conception et le suivi se faisant  au détriment des compétences nationales assistant donc à ce paradoxe exode de cerveaux  algériens et importation des compétences étrangères(dévalorisation du savoir au profit des emplois rentes) ? Et  concernant  le transfert de dividendes  quel est  le montant exact y compris les  associés de Sonatrach ?
 
 Question 8 -  Le passage du REMDOC  au CREDOC, sans transition système documentaire qui  est   une procédure normale   lorsque existent des banques qui fonctionnent  normalement  au sein d ‘une véritable économie de marché  concurrentielle,les banques publiques assurant  presque 100% du financement  du secteur public et 77% du secteur privé ,   est-il adapté notamment au PMI/PME représentant plus  de 90% du tissu industriel et des services ,  étant contraints de mobiliser le montant de la transaction au niveau de la banque qui garantit le paiement pour le fournisseur, ne pouvant pas  dans la grande majorité des cas  assumer cette trésorerie  et le  risque n’est-il pas   de rupture des stocks pour les entreprises n’ayant pas de fonds de roulements importants, surtout de jeunes entrepreneurs qui sont l’avenir de l’Algérie de demain ?  Et dans ce cas  la lettre de crédit, pour la   traçabilité supplémentaire, alors que les écritures sont déjà traçable au niveau de la  banque d’Algérie pour le Remdoc,  garantit-elle la fin  des fraudes ?
 
Question 9- les dernières mesures gouvernementales 30% étrangers /70% nationaux pour le   commerce et 49% étranger et 51% pour els nationaux  pour els autres secteurs  ne risquent-elles pas d’aboutir  à freiner  à l’avenir les capitaux  étrangers avec le savoir faire,  et obliger l’Etat à un financement à 100% des autres segments hors hydrocarbures et hors infrastructures  sur les recettes Sonatrach ? Dans ce cas  que pensez vous  de la  création des fameux  champions  industriels prévus par le gouvernement en rappelant que l’assainissement des entreprises publiques et ces champions  s’inséreront-ils en termes de concurrence  internationales ( cout/qualité ne pouvant interdire l’importation),  l’Algérie étant liée à un  Accord avec l’Europe pour une zone de libre échange   applicable  depuis le 01 septembre 2005 allant vers ,un dégrèvement tarifaire zéro ?

Question 10- Sachant que le programme de soutien à la relance économique selon les différents conseils de gouvernement est passé successivement de 55 milliards de dollars fin 2004, à 100 milliards de dollars  fin 2005 ( le justificatif était  des enveloppes additionnelles  pour les  hauts plateaux et le Sud) puis fin 2006 à 140 milliards de dollars  et sera certainement clôturé  fin 2009 à plus de 200 milliards de dollars. auquel il faudra ajouter  les nouveaux programmes inscrits  entre 2010/2014 de 150 milliards de dollars, que pensez  vous  du rapport de la banque mondiale  commandé par le gouverne ment algérien sur l’inefficacité de la dépense publique qui lui a été remis  fin 2007  qui montent clairement à partir d’enquêtez sur le montant qu’il faut  replacer la faiblesse des  déficiences observées dans le  processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels qui ont systématiquement entraîné une mauvaise exécution des programmes d’investissement, aboutissant  à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets : notamment  l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ; l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ; des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés ; et des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets ?
 
Question 11: Que pensez vous du dernier  rapport du   fonds Monétaire International  du  02 octobre 2009   inquiétant pour l’Algérie avec un  taux de croissance 2,1% en 2009 , 3,7% en 2010 contre une moyenne inférieure à 3% entre 2006/2008  remettant en cause les prévisions gouvernementales  de création  de trois millions d’emplois  entre 2009/2013,nécessitant un  taux de croissance de 6/7% sur cinq années ,  ce qui  est selon les évaluations du FMI, une impossibilité économique et le rapport du 04 octobre 2009 du PNUD où l’Algérie vient d’être rétrogradé à propos de l’indice du développement humain beaucoup plus fiable que le PNB par tête d’habitant   de la 100ème place en 2008 à la 104 ème place ?
 
Question 12- Quelle  est votre explication où  avec 200 milliards de dollars injectés entre 2004/2009, l’Algérie a créée   moins  de  3% de richesses alors  que   ce montant devrait permettre un taux de croissance supérieur à 6/7%, condition indispensable pour assurer  d’une manière pérenne, la cohésion sociale future et non se limiter à des redistribution de rentes  pour une paix sociale éphémère? En précisant  qu’il ne faille  pas induire en erreur l’opinion publique, la technique bien connue des économistes montant clairement que sur les 5/6% de croissance ors hydrocarbures, 80% sont irriguées  par le canal de la rente des  hydrocarbures  (dont le BTPH) restant moins de 20% ayant des capacités d’entreprises véritables  participant  à la croissance  du PIB,  pensez vous qu’il est possible de créer 3 millions d’emplois  entre 2009/2013 comme le prévoit el gouvernement alors que le taux de croissance de la population active dépasse les 3,4% qui s ‘ajoute au stock de chômage existant ?  
 
Question 13- Monsieur le gouverneur, pour conclure, ne  faut-il pas  éviter tant  l’illusion financière  que le retour à l’étatisme des années 1970 suicidaire pour le pays, à ne pas confondre avec l’importance  stratégique de l’Etat régulateur, et le problème central n’est –il pas d’avoir une cohérence et une visibilité dans la démarche de la réforme globale évitant  de faire un pas en avant et deux pas en arrière , certainement vous dépassant car renvoyant à la sphère politique de neutralisation des rapports de forces entre les tenants de la rente  et les réformateurs,  et donc  comment passer d’une économie de rente à une économie  hors  hydrocarbures ? Le   problème n’est-il pas tant  dans le transfert de devises si les investisseurs étrangers comme cela se passe dans tous les pays émergents  permettent une création de valeur interne supérieure au transfert devant être pragmatique  agir au cas par cas en fonction des intérêts stratégiques du pays car avec l’épuisement des réserves dans moins de 25 ans (scénario optimiste)  c’est déjà demain ,l’Algérie étant indépendante depuis 47 ans devant préparer l’après pétrole pour les  générations futures reposant sur les deux fondamentaux du XXIème siècle,à savoir la bonne gouvernance et la valorisation de la  ressource humaine, richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures ?
 
Monsieur le gouverneur, avec ma très haute considération Docteur Abderrahmane MEBTOUL Professeur d’Université – Expert international -Economiste
 
Nb Voir le rapport complet banque d’Algérie présenté à l’APN  par le gouverneur d’Algérie  (187 pages avec 24 graphiques)

INTRODUCTION. CHAPITRE I : ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL : CRISE FINANCIERE ET REPERCUSSIONS MACROECONOMIQUES -CHAPITRE II : ACTIVITE ECONOMIQUE -CHAPITRE III : EVOLUTION DES PRIX -CHAPITRE IV : BALANCE DES PAIEMENTS ET DETTE EXTERIEURE- CHAPITRE V : FINANCES PUBLIQUES-CHAPITRE VI : SYSTEME BANCAIRE ET INTERMEDIATION- CHAPITRE VII : SYSTEME DE PAIEMENT -CHAPITRE VIII : CONTROLE ET SUPERVISION BANCAIRE- CHAPITRE IX : SITUATION MONETAIRE ET POLITIQUE MONETAIRE-
CONCLUSION -ANNEXE : TABLEAUX STATISTIQUES.



Dimanche 18 Octobre 2009


Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires