MONDE

"Travailleurs du monde entier unissez vous contre la xénophobie"


Dans la même rubrique:
< >

Mercredi 30 Novembre 2016 - 11:41 La guerre à la vérité de l'Ouest



bulteau59@hotmail.com
Mardi 24 Août 2010

"Travailleurs du monde entier unissez vous contre la xénophobie"
« Travailleurs du monde entier unissez vous contre… la Xénophobie »



Le 11 Juillet 2010 au Cap (Cape Town), la « mother city » ou la ville mère,
la ville de l’espérance, la fête bat son plein pour la finale de la dix
neuvième édition de la Coupe du Monde de football qui a lieu à Jo’Burg
(Johannesburg en sud-africain), la capitale de la « Nation arc-en-ciel ». Dans
les environs de 23h le coup de sifflet final accorde la victoire à l’équipe
espagnole pour la première fois de son histoire. C’est l’euphorie dans les
rues bien que l’influence hollandaise dans ce pays se ressente à travers la
vague de maillot orange déferlant du Fan Fest, la place où l’écran géant
pour la diffusion du match a été installé. Cependant malgré les rires, la
joie, les pleurs, la tolérance et la fraternité qui semblent dominer les
cœurs, la peur envahit certains esprits.

Ces personnes effrayées, sont arrivées en Afrique du Sud en espérant
trouver un refuge dans la « nation arc-en-ciel », qui a en 1996 ratifié la
convention de 1951 relative aux Droits des réfugiés.

Suite à la seconde guerre mondiale, Le Haut Commissariat aux Réfugiés est
créé par l’ONU en 1949 aux fins de rédiger une convention pour protéger
les victimes des conflits armés notamment et leur accorder des droits précis.
Cette Convention relative aux Droits des réfugiés fut achevée et promulguée
en 1951. Bien sûr, certains ne peuvent pas obtenir ce statut comme les soldats
qui ont participé au conflit, les criminels de guerre, les criminels contre
l’humanité, même s’il n’est pas toujours évident de tous les
identifier. Cette Convention est censée garantir une sécurité physique,
économique et sociale à tous les réfugiés. Néanmoins, il est nécessaire de
distinguer les réfugiés des demandeurs d’asile, des déplacés internes, des
migrants économiques ou des apatrides. Les réfugiés ont déjà acquis leur
statut auprès des services du pays d’accueil, ils bénéficient alors en
principe de toutes les prérogatives prévues par la Convention de 1951 ; les
demandeurs d’asile sont en réalité en attente du statut de réfugié, ce
statut spécial qui leur est temporairement accordé permet de régulariser leur
situation ; les déplacés internes sont les personnes victimes d’un conflit
voir d’une calamité naturelle (épidémie, tremblement de terre, volcan,…)
qui sont tenues de se déplacer néanmoins ils ne quittent pas leur pays
d’origine, ceux-là même représentent environ 50% des 9,7 millions de
personnes dont s’occupe le HCR en Afrique, contre 30% environ de réfugiés ;
les apatrides sont ceux qui ont perdu toute affiliation à un pays quel qu’il
soit, ils ne possèdent plus aucune nationalité, leur pourcentage est cependant
infime en Afrique ; enfin, les migrants économiques cherchent simplement à
améliorer leurs conditions de vie en se dirigeant vers un pays plus avantageux
comme l’Afrique du Sud, et dans lequel ils auront plus de chance de trouver un
emploi.

    La Convention de 1951 définit d’ailleurs un réfugié dans son article
premier comme toute personne « craignant avec raison d’être persécutée du
fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un
certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont
elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se
réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de
nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence
habituelle, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner. ».
Etrangement, on retrouve ici certaines grandes idées des Lumières, de la
Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et certains autres principes
Républicains, en fait la reconnaissance pour tous de la condition humaine.

    Rares sont les médias internationaux qui nous ont parlé ces 6 derniers mois
du réel problème de xénophobie qui ravage l’Afrique du sud, ce n’est pas
un simple problème de couleur, la nation arc-en-ciel a bien pris sa place,
c’est davantage un problème ethnique, de nationalité ; le problème majeur
n’est pas le racisme mais bien la xénophobie, on pourrait même parler
d’afrophobie ou de negrophobie pour autant que les personnes ciblées sont
essentiellement de race noire et d’origine africaine. L’Afrique du sud est
le premier pays au monde de demandeurs d’asile selon un rapport du HCR de
2007, ces étrangers, pour la plupart issus de pays à tensions comme le Congo,
le Rwanda, le Burundi ou la Somalie, vivent souvent dans les townships
sud-africains et sont très souvent victimes de persécution, de menaces
verbales ou physiques, pouvant aller jusqu’au menaces de mort s’ils ne
quittent pas rapidement le pays : « retournes dans ton pays sinon… » voilà
ce qu’on peut voir inscrit sur certaines boutiques appartenant à ces
étrangers. Le problème est donc tout autre que le problème qui existait du
temps de l’apartheid où les fermiers blancs comme Eugène Terre Blanche
persécutaient leur salariés noirs qui se vengèrent en l’assassinant en
2010, ces blancs qu’on a vu défendre becs et ongles leur territoire contre
les migrants économiques ne sont en fait que la partie visible de l’iceberg.


En 2008 des violences xénophobes étaient rapportées dans tous le pays,
elles causèrent la mort de 62 personnes, dont les demandeurs d’asile ou
réfugiés, ainsi que 21 sud-africains considérés à tort comme étrangers, et
la fuite ou le déplacement de 45 000 personnes ; l’atroce histoire
d’Ernesto Nhamuave originaire du Mozambique, a fait la une de nombreux
journaux locaux qui avaient titré son assassinat xénophobe par « flames of
hate » ou « les flammes de la haine », ce dernier avait, dans son sommeil,
été littéralement saucissonné dans des pneus auxquels on avait mis le feu.
Deux ans plus tard et malgré l’élan de sympathie amené par la Coupe du
Monde de football, la situation ne s’est guère améliorée ; voilà un mois
que je travaille dans une sorte de bureau d’aide social au Cap et les
histoires affluent, les étrangers, ont depuis la fin de la compétition, été
victimes de graves menaces, la peur de nouvelles violences les envahit, leur
famille, leurs amis ou eux-mêmes ont été la cible de ces attaques, les
sud-africains attendaient la disparition des médias internationaux et la fin
des évènements liés à la Coupe du Monde pour frapper fort et décourager ces
ressortissants étrangers accusés de voler les emplois, les femmes, les
logements et les aides sociales, ils se trouvent ainsi dans une grande
incertitude et beaucoup d’entre eux décident de rentrer dans leurs pays
respectifs alors que ceux-là même, soit ne respectent pas toujours les droits
de l’Homme comme le Zimbabwe, soit sont confrontés à des situations de
guerres civiles comme la Somalie, le Soudan, la République Démocratique du
Congo (RDC), ou fratricides comme le Burundi ou le Rwanda où à l’approche
des élections des rivalités ethniques entre Hutus et Tutsis se font à
nouveaux ressentir.  

Voilà quelques exemples tirés de cette expérience cape townienne : Sami, un
père de famille originaire de la RDC, nous rapporte l’effroyable expérience
de son fils de 11ans, qui après s’être fait frapper au visage, a de graves
séquelles neurologiques, il a des attitudes schizophrènes et de fréquentes
hallucinations ; une de leurs amies, Maria, a été violée ce qui a causé des
inflammations importantes ; par peur, honte, dignité, peu importe, elle ne
souhaite pas se faire examiner par un médecin ni porter plainte ; Henri, un
réfugié originaire du Burundi, marié avec deux jumeaux d’un an, souhaite
quitter le township de Langa en bordure du Cap suite aux menaces xénophobes
dont il est victime lui et sa famille ; Raymond, originaire du Rwanda souhaite
lui aussi déménager après avoir entendu dire que trois meurtres xénophobes
auraient été commis dans son quartier. Ces histoires me faisaient froid dans
le dos, chaque photo des corps poignardés, des membres de leurs familles
marqués à vie me glaçait le sang, jusqu’à ce qu’un nouveau client me
soit confié je pensais avoir tout vu, ce dernier, Richard, un honnête
travailleur en RDC a trouvé les corps de son père, son frère et sa sœur
décapités en rentrant du travail pendant la guerre civile en 2000. A la
recherche de sa mère, il apprend qu’elle a été enterrée vivante avec
d’autres fuyards, en tentant à son tour de s’échapper il est capturé par
la milice congolaise qui lui demande de justifier son ethnicité, parvenant à
les tromper il est enrôlé comme soldat de la « libération » mais réussi à
s’échapper après deux semaines à assister aux massacres commis par ses «
nouveaux compagnons d’arme » , il se cache alors dans un village non loin de
là, mais est poursuivi par cette armée irrégulière qui retrouve sa trace et
exécute tous les habitants du village ; mais Richard parvient miraculeusement
à s’enfuir et après un transit par la Tanzanie arrive en Afrique du Sud en
2002, de cette date jusqu’à l’arrivée un an plus tard de sa femme et de
son fils né en RDC, Richard a déjà été attaqué deux fois à l’arme
blanche dans les townships du Cap dans lesquels il s’était installé,
Gugulethu et Samora. Mais l’arrivée de sa famille lui redonne goût à la
vie, malheureusement, après un nouveau déménagement vers le township de
Nyanga, il est encore attaqué ; ils décident donc de tenter un autre endroit,
mais le phénomène de xénophobie montant et l’arrivée de Jacob Zuma au
pouvoir incite certains sud-africains à lancer d’avantage leur dévolu sur
les étrangers, se croyant soutenus par le gouvernement ; ainsi, un jour où
Richard travaillait, un groupe de cinq hommes débarqua chez lui pour le
menacer, mais ils n’y trouvèrent que sa femme alors enceinte de cinq mois de
leur deuxième enfant, ils décidèrent en guise d’avertissement de la violer
chacun leur tour, celle-ci connaissant les répercussions si elle l’avouait à
son mari se tût, malheureusement deux mois plus tard cet acharnement sexuel
cause des saignements importants entraînant des complications pour la
grossesse, elle fut donc obligée de tout avouer à son époux, qui en larme
dans le bureau d’aide social dans lequel je travaille décide de mettre sa
famille à l’abri dans un camp pour réfugiés protégé par le gouvernement
provincial en partenariat avec le HCR, quant à Richard, par sa persévérance,
il décide de tenter sa chance dans le township de Khayelitsha, comptant 1,2
millions d’individus, à nouveau il est attaqué pour des motifs xénophobes,
mais cette fois à l’arme à feu. Sa femme, par peur de le perdre, tente de le
persuader de retourner au Congo mais une fois encore le HCR, débordé, traîne.
Toute cette histoire n’est pas tirée d’un roman ni d’une série télé,
c’est l’histoire vraie d’un homme, d’un africain, d’un Congolais qui
n’a simplement pas eu la chance qu’il aurait pu mériter, que tout le monde
mériterait, la chance de vivre en sécurité.

    Le haut commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés a estimé qu’en
2008 l’Afrique du Sud comptait 207 200 demandeurs d’asile pour seulement 43
500 personnes ayant le statut de réfugié, ces réfugiés venant principalement
de pays à tensions comme le Burundi, le Soudan, la RDC ou la Somalie qui
représentent à eux seuls deux millions de personnes dont s’occupe le HCR.
Ces chiffres font de l’Afrique du Sud le pays avec le plus de demandeurs
d’asile au monde. Le HCR a pour ce pays un budget de 26 737 840 $US ce qui ne
leur confère pas une grande marge de manœuvre. De plus le gouvernement
sud-africain ne veut pas reconnaître la gravité de la situation et qualifie
ces menaces xénophobes de simples « rumeurs » même si a été créé un
comité interministériel sur la xénophobie. Les juridictions nationales
condamnent davantage les coupables de ces violences pour l’atteinte engendrée
à l’image du pays que pour les violences ou les meurtres en eux-mêmes ; et
pour couronner le tout, certaines associations d’aide aux réfugiés et aux
demandeurs d’asile ont reçu la directive de ne pas soutenir ou d’aider aux
déménagements des victimes ou des personnes menacées pour éviter les flux de
population. On peut se demander si la situation économique avantageuse de
l’Afrique du Sud en fait-elle donc toujours une terre d’accueil pour le
continent africain ? En réalité un cancer dont la tumeur xénophobe ronge peu
à peu une nation dite de tolérance. Certains noirs sud-africains vont même
jusqu’à déclarer que la « Nation arc-en-ciel » n’existe pas et que la
fin de l’apartheid n’a permis que des changements bénins sans réels
importance, qu’à part permettre aux noirs et aux « colorés » d’utiliser
les toilettes des blancs, la discrimination économique est, elle, toujours bien
présente voire même pire qu’auparavant. Voilà sans doute ce que les
partisans de l’Afrikaner Weerstandsbeweging (AWB) ou mouvement Afrikaner de
résistance, le parti d’extrême droite fondé par Eugène Terre Blanche, et
ceux qui souhaiteraient un retour à l’apartheid, revendiquent comme
justificatifs des violences xénophobes commises par ceux justement qui ont
lutté contre la discrimination raciale.
    
En 2007 le classement des dix principaux pays d’origine estimait que cinq
sont africains et huit sont originaires du Moyen-Orient et de l’Afrique. Les
principaux pays d’accueil sont quant à eux le Pakistan, l’Iran et les
Etats-Unis ; néanmoins on peut aussi prendre en considération le fait que
certains pays souffrent davantage du fait d’être une terre d’accueil que
d’autres en fonction du produit intérieur brut par habitant (PIB/hab.) qui
sera ou non disponible aux demandeurs d’asile et réfugiés, ces pays sont,
après le Pakistan en première position, des pays d’Afrique sub-saharienne
pour les cinq autres premières positions. Donc non seulement l’Afrique est un
continent regorgeant de personnes déplacées mais aussi un continent qui
souffre du fait d’être une terre d’accueil. C’est pourquoi la Tanzanie a
récemment accordé la nationalité à 162 000 réfugiés originaire du Burundi,
la Tanzanie qui est un pays transitoire vers l’Afrique du Sud. Cependant il
faut bien relativiser le fait que tous les réfugiés africains ne demandent pas
l’asile auprès de l’Afrique du Sud, s’il est plus facile pour eux de
rejoindre l’Europe ou l’Asie ils peuvent prendre également cette solution,
même si le taux de rejet du statut de réfugiés des pays de l’Union
Européenne est d’un niveau tellement élevé qu’il devient difficile d’y
trouver asile sans respecter des critères bien précis d’acceptation, la
France, censée être terre d’asile par excellence avait en 2003 un taux de
rejet de 90,2%, pour 70,4% en Autriche et 80% en Afrique du Sud.  
    

Anthony Bulteau


Mardi 24 Août 2010


Commentaires

1.Posté par Sébastien BEIRNAERT le 13/09/2010 07:48 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Merci Anthony pour ce témoignage éclairé. Je vois aussi pas mal de choses difficiles de la où je suis (Inde, Népal). Je me sens tout petit quand je vois la resistance physique et mentale des gens à des conditions qu'on ose à peine imaginer.

Nouveau commentaire :

ALTER INFO | MONDE | PRESSE ET MEDIAS | Flagrant délit media-mensonges | ANALYSES | Tribune libre | Conspiration | FRANCE | Lobbying et conséquences | AGENCE DE PRESSE | Conspiration-Attentats-Terrorismes | Billet d'humeur | Communiqué | LES GRANDS DOSSIERS

Publicité

Brèves



Commentaires