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Traité FNI global: les bonnes intentions de M. Sarkozy


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Dans son discours sur les questions de défense prononcé vendredi à Cherbourg, Nicolas Sarkozy a proposé de conclure un nouveau traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI).


Ilia Kramnik
Mardi 25 Mars 2008

Par Ilia Kramnik, RIA Novosti



Cette proposition, soutenue par le ministère russe des Affaires étrangères, prévoit de conférer un caractère global aux engagements pris par les Etats-Unis et la Russie dans le traité FNI en 1987. La conclusion d'un traité analogue à l'échelle mondiale contribuerait certainement à la réduction de la tension sur le plan international, mais une telle éventualité est malheureusement peu probable.

Afin d'évaluer la possibilité, pour les pays qui produisent et utilisent des missiles de portée intermédiaire et de plus courte portée, de renoncer à ce type d'armes, il convient de se souvenir d'abord des conditions dans lesquelles avait été conclu le traité FNI soviéto-américain, et de l'objectif qu'il poursuivait.

Signé le 8 décembre 1987 à Washington, ce document obligeait les parties à ne pas produire, tester ni déployer de missiles de courte portée (500 à 1.000 km) et de portée intermédiaire (1.000 à 5.500 km) de stationnement terrestre. Selon les dispositions du traité, l'Union soviétique réduisit le nombre de ses missiles balistiques de portée intermédiaire RSD-10, R-12 et R-14, de ses missiles de croisière basés au sol RK-55, ainsi que de ses missiles de courte portée OTR-22 et OTR-23. Au total, 1.846 missiles furent mis au rebut (dont plus de la moitié furent fabriqués, mais pas déployés).

Suivant les termes du traité FNI, les Etats-Unis avaient quant à eux réduit leur arsenal de 846 missiles, notamment des Pershing-2 et GLCM de portée intermédiaire, ainsi que des Pershing-1A de courte portée.

Notons que le renoncement de l'URSS au missile OTR-23 suscite jusqu'à présent des débats animés. Ce missile, connu sous l'appellation Oka, ne devait pas tomber sous le coup de la réduction des armements, car sa portée était de moins de 500 km, et sa mention dans le traité fut une concession faite aux Américains par les dirigeants et diplomates de l'URSS. Le consentement des dirigeants soviétiques à ne pas prendre en compte les armements analogues de la France et de la Grande-Bretagne était une concession du même genre.

La signature du traité FNI correspondait à l'objectif des dirigeants de l'URSS de diminuer la menace d'un coup "désarmant" en provenance d'Europe occidentale. Les missiles Pershing-2 qui y étaient alors déployés pouvaient atteindre leurs cibles sur le territoire européen de l'URSS en cinq à sept minutes, ce qui ne laissait pratiquement pas de temps pour réagir.

En réponse, l'URSS avait envoyé ses sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) patrouiller à proximité des côtes américaines. Dotés de missiles balistiques, les sous-marins de la famille 667 devaient croiser à 1.500-2.000 km du littoral américain, ce qui plaçait théoriquement les Etats-Unis dans la même situation dangereuse. Cependant, la faible précision des têtes des missiles RSM-25 et RSM-40 qui équipaient ces SNLE et le bruit qu'ils produisaient facilitaient leur détection par les sous-marins américains et diminuaient considérablement l'efficacité de la réponse soviétique.

Par conséquent, URSS et Etats-Unis se trouvaient dans une situation d'inégalité, ce qui, entre autres, peut expliquer les concessions sans précédent faites alors par les dirigeants soviétiques. En même temps, les deux parties avaient d'autant plus facilement accepté la destruction des stocks de missiles de portée intermédiaire et courte, qu'elles possédaient un immense potentiel de missiles nucléaires stratégiques qui dépassait de plusieurs fois en nombre et en puissance des charges ce qui a finalement été détruit.

A présent, la situation est différente. La Russie et les Etats-Unis disposent toujours d'un immense potentiel nucléaire stratégique suffisant pour provoquer une destruction réciproque en cas de conflit nucléaire. Chacun de ces deux pays dépasse tous les autres pays du monde réunis pour le nombre et la puissance totale des charges. En outre, certains pays détenant des missiles de portée intermédiaire et courte ne possèdent pas d'autres vecteurs permettant d'atteindre efficacement et rapidement des cibles plus ou moins éloignées. Pour le Pakistan, l'Inde, l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie, Israël et, dans une moindre mesure, pour la Chine, les missiles de portée intermédiaire et courte sont l'unique moyen permettant à la charge d'atteindre de façon certaine une cible plus éloignée que le rayon d'action d'un chasseur bombardier. Pour plusieurs des pays susmentionnés, les missiles de portée intermédiaire et courte sont même, en général, le seul moyen fiable d'atteindre des cibles se trouvant en dehors de leurs frontières, compte tenu de la relative faiblesse et des maigres effectifs de leurs forces aériennes.

Par conséquent, la probabilité que ces pays renoncent à ces armes peut être considérée comme nulle. Ceux-ci ne pourraient approuver un tel traité qu'à condition que les grandes puissances nucléaires fournissent des garanties solides de paix et de sécurité entre eux. Compte tenu des réalités présentes, cela n'est pas pour demain. Même si on aimerait se tromper sur ce point...

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Mardi 25 Mars 2008

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