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Tout ira bien, ou 4h40 avec Vladimir Poutine


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Le long discours prononcé vendredi dernier par Vladimir Poutine au Conseil d'Etat et ses réponses aux questions des journalistes russes et étrangers au cours de sa traditionnelle conférence de presse annuelle comportaient de nombreux sujets semblables. Il est vrai, les accents et les angles d'approche ont changé. Au Conseil d'Etat, Vladimir Poutine a dressé le bilan du développement du pays au cours de sa présidence et déterminé les grands axes de l'activité future du pouvoir. C'était une sorte de recommandation faite à l'élite politique de ne rien perdre de ce qui a été acquis et, en même temps, d'essayer d'agir encore mieux et plus efficacement. La conférence de presse de jeudi a été marquée par plus de personnel et de subjectif. En fait, Vladimir Poutine y a raconté comment il a accompli, de son propre point de vue, les tâches qui se posaient à lui en tant que président de la Russie.


Andreï Vavra
Samedi 16 Février 2008

Tout ira bien, ou 4h40 avec Vladimir Poutine
Par Andreï Vavra, RIA Novosti


Evidemment, M. Poutine a de quoi être fier. Le pays s'est renforcé considérablement et a progressé dans tous les domaines. Il y a toutes les raisons de penser qu'il continuera à progresser aussi efficacement après la passation du pouvoir à son successeur. Bref, la satisfaction légitime quant au travail effectué a été le leitmotiv des réponses de Vladimir Poutine. Il n'avait rien à se reprocher, car les indices macro-économiques sont tout simplement brillants.

Il est à noter qu'aucune question "embarrassante", qui aurait pu irriter ou fâcher Vladimir Poutine, n'a été posée au cours de la conférence de presse.

Même la question du correspondant du Figaro sur les résultats réels des élections de décembre en Tchétchénie et en Ingouchie ne s'est pas révélée tellement irritante: d'après les données de la Commission électorale centrale, 99% des électeurs se sont rendus aux urnes lors des élections à la Douma (chambre basse du parlement russe) et ont voté pour le parti Russie unie.

En fait, la question était de savoir comment le décompte des voix est effectué chez nous: tel qu'il est réellement ou tel qu'il doit être. Cette question a semblé pouvoir mettre le président dans l'embarras: en effet, 99% est un chiffre invraisemblable. Il rappelle l'époque de l'URSS, la Corée du Nord ou la triste réalité des régimes autoritaires d'Asie centrale.

Eh bien, pas du tout! Au cours de cette conférence de presse, il était impossible de mettre le président sortant dans l'embarras. Avant de répondre à cette question, Vladimir Poutine a pris soin de donner la parole à un représentant des médias tchétchènes qui a confirmé la justesse des chiffres cités, en se référant à son propre exemple et à celui de sa famille. Le président a résumé avec satisfaction: "on a vu apparaître une force politique à laquelle les gens ont commencé à rattacher la renaissance de leur république, c'est pourquoi j'admets parfaitement que ce chiffre puisse être objectif".

Une autre tentative de troubler Vladimir Poutine a été la question posée sur son attitude envers Andreï Bogdanov, candidat à la présidence, question qui laissait entendre que la présence de tels candidats mettait en doute l'existence d'élections authentiques en Russie. Que pouvait répondre Vladimir Poutine au sujet d'Andreï Bogdanov, dont la cote de popularité est inférieure à 1%?

Réponse: "A mon avis, c'est un jeune homme assez ambitieux aux idées progressistes, et j'estime que nous devons lui manifester autant de respect qu'à tous les autres candidats à la présidence russe".

Et d'ajouter: "Il a dit que, s'il devenait président, l'équipe russe de football serait championne du monde. A mon avis, ce n'est pas mal, mais ça ne suffit pas".

Difficile d'imaginer plus précise et plus éclatante évaluation d'un candidat, tout en restant dans les limites du politiquement correct.

Vladimir Poutine a une fois de plus manifesté un grand talent d'acteur, plus précisément, une réelle capacité à retenir l'attention, à réagir de façon très convaincante, à trouver les mots les plus évocateurs et les plus précis. Bref, il maîtrise l'art d'improviser dans des circonstances données. Cela lui a toujours extrêmement bien réussi, du point de vue de la logique, de l'intonation et des émotions.

Cependant, de nombreuses questions posées au cours de la conférence de presse avaient trait aux problèmes réels, et difficiles, de la Russie actuelle.

Par exemple, une question concernait le territoire de Stavropol d'où les Russes sont en train d'être évincés et remplacés par leurs voisins, habitants des républiques caucasiennes.

Réponse: Il faut créer des conditions pour que les gens de toutes nationalités se sentent bien n'importe où en Russie.

Cette réponse à la question très douloureuse de l'évincement de la population autochtone (russe) de certaines régions est vague et aussi imprécise qu'inappropriée.

Une question a été posée sur l'enseignement scolaire. Une journaliste a dressé un tableau apocalyptique de la situation dans les écoles (immoralité, culte de la force, irrespect envers les adultes, on n'y apprend pas à distinguer le bien du mal, etc.).

Réponse: Nous allons relever le niveau des enseignants.

Il était question de l'état spirituel et moral de la société. Alors que l'école n'était citée qu'en tant que reflet de cet état.

Une question concernait le conseil donné à Vladimir Poutine par les présidents des républiques d'Asie centrale de ne pas quitter le poste présidentiel. N'a-t-il pas montré aux présidents de ces pays comment quitter le pouvoir de la plus belle des manières?

Réponse: L'organisation du pouvoir dans les autres pays est l'affaire souveraine des citoyens de ces pays.

Pourtant, la question avait trait à l'attitude envers les régimes non démocratiques...

Question: Peut-on s'attendre à une hausse des prix après le mois de mai?

Réponse: "Théoriquement, cela peut se produire". "Mais ce processus (hausse des prix) ne se déroulera pas obligatoirement par saccades". En général, cela ne dépend pas tellement du "gel" (des prix)".

"Nous faisons partie de l'économie mondiale, mais il y a aussi d'autres facteurs, entre autres, la réglementation douanière, les collusions monopolistes, les rapports entre le complexe combustibles-énergie et l'agriculture". Les prix dépendent également des relations entre la Russie et ses partenaires européens qui lui fournissent des produits alimentaires (dans les grandes villes, les produits d'importation assurent 70 à 80% de la demande de la population).

Il est également resté très évasif sur la question de savoir quel portrait serait accroché au-dessus de son bureau à la Maison blanche (siège du gouvernement russe).

Réponse: "Je ne vois rien de honteux à ce que les fonctionnaires aient dans leur bureau un portrait de leur chef. [...] En ce qui concerne mes relations avec Dmitri Anatolievitch, reconnaissez que si je deviens chef du gouvernement, la situation aura quelque chose d'unique, étant donné que j'aurai moi-même été président pendant huit ans et que, sur le plan général, mon bilan est positif. Pour mettre en place mes relations avec Dmitri Medvedev, s'il devient président, je n'aurai pas besoin d'accrocher son portrait (au-dessus de mon bureau)."

Voilà une réponse pour le moins équivoque... Mais, comme il l'a dit en répondant à une journaliste canadienne sur la situation dans l'Arctique, "il ne faut pas s'inquiéter, tout ira bien".

Et ainsi de suite.

Le président quitte son poste avec le sentiment du devoir accompli, en ayant foi dans son avenir et dans le nôtre: c'est la réponse principale qu'il a donné à tous ceux qui ont suivi cette conférence de presse.

Quant aux réponses concrètes aux questions posées hier, cela relève d'un autre genre, d'un autre format.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Samedi 16 Février 2008

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