Palestine occupée

Toujours en lutte - Ramadan en Palestine


Normalement, le saint mois de Ramadan, qui a commencé dans la plupart des pays arabes le 1er septembre, est une période joyeuse de charité, de prières et de repas particulièrement délicieux à la fin de chaque journée. Cependant, pour la majorité des familles palestiniennes, durement touchées par un chômage rampant et une pauvreté en augmentation, le Ramadan, cette année, représente un réel défi pour leurs maigres budgets. De plus, la scission durable entre le Fatah et le Hamas, qui s'est manifestée de façon particulièrement affreuse, jette une ombre noire sur la Palestine.

Par Khaled Amayreh > amayreh@p-ol.com


Dimanche 14 Septembre 2008

Un Palestinien lit le Coran dans une mosquée de Ramallah ; un autre, à Jénine.
Un Palestinien lit le Coran dans une mosquée de Ramallah ; un autre, à Jénine.
Nombreux sont ce qui avaient espéré que la venue du Ramadan inciterait les gouvernements rivaux en Cisjordanie et à Gaza à recommencer, pour ainsi dire, et à libérer les centaines de prisonniers politiques que chaque bord détient. Toutefois, loin de cela, les appareils sécuritaires des deux partis, et en particulier celui du Fatah, ont continué à rafler des prétendus suspects par dizaines, les soumettant dans beaucoup de cas à des mauvais traitements physiques et psychologiques.

Les détentions politiques conjuguées à la situation désespérée et pire de plus de 10.000 familles palestiniennes dont les fils et les proches languissent dans les prisons et centres de détention israéliens, laissent sans aucun doute une empreinte déprimante, à particulier au moment d'Iftar, lorsque les familles se réunissent pour le repas de fin du jeûne, au coucher du soleil.

Poches vides

Sur la plupart des marchés de Cisjordanie, on trouve un excédent de produits, toutes sortes de nourritures attirantes et délicieuses, en vente pour allécher ceux qui jeûnent. Cependant, contrairement aux années précédentes où les conditions de vie globales étaient quelque peu moins intolérables, cette fois, c'est la demande qui manque – pas tellement parce que les consommateurs ne désirent pas les produits, mais simplement parce qu'ils ne peuvent pas se les offrir. Avec des revenus tellement bas, beaucoup de familles gardent leurs économies et n'y touchent que pour acheter les produits les plus basiques, comme la farine, le sucre et l'huile de cuisine. Le superflu, pensent-ils, attendra des temps meilleurs.

Un de ces mets délicats, le dessert palestinien typique appelé qatayef, a survécu au marasme, et les familles ont mis de côté un peu de monnaie pour être sûres que les crêpes orneront leurs tables du repas du soir.

Il y a encore une année, les segments les plus pauvres de la société palestinienne recevaient des compléments alimentaires et un certain niveau d'aide financière de la part des dizaines d'associations caritatives musulmanes de Cisjordanie et de l'étranger, en particulier de la région du Golfe. Aujourd'hui, presque toutes ces associations ont été soit complètement fermées par les Forces israéliennes d'occupation, soit l'Autorité Palestinienne s'en est emparées.

De plus, les comités de la zakat (l'aumône), qui jouaient un rôle central dans la lutte contre la pauvreté et permettaient aux très pauvres de maintenir une vie digne, ont tous été saisis par le Fatah – encouragé très vraisemblablement par Israël et les USA. Ce qui s'est révélé être réellement désastreux pour les familles les plus pauvres de Palestine, qui dépendaient jusqu'alors des suppléments de revenus de ces comités, gérés par des personnes pieuses largement considérées comme des partisans du Hamas. Selon des gens bien informés de ces comités, les dons locaux et internationaux ont baissé de plus de 90%, en conséquence de la répression.

"Je puis vous dire que depuis que le gouvernement Fayyad a pris le contrôle du comité de la zakat l'année dernière, nous n'avons pas reçu un centime des donateurs locaux", dit un des responsables du comité de la région d'Hébron, qui parle sous condition d'anonymat de peur d'être viré de son boulot s'il est identifié. "Et on peut dire la même chose pour les dons des Musulmans du Golfe".

La raison principale de la paralysie des comités de la zakat, c'est que les donateurs locaux, qui sont habituellement des Musulmans pieux, ont peu ou pas confiance dans l'intégrité des nouveaux conseils d'administration, constitués en majorité de militants du Fatah nommés par les services de sécurité. "Les gens pensent que ce sont des voleurs. Ils ne veulent pas que leurs dons de bienfaisance tombent dans des mains douteuses", a dit un responsable à Al-Ahram Weekly.

Néanmoins, il serait inexact d'affirmer que les donateurs de la zakat aient réellement arrêté de verser leur aumône. La zakat est un pilier essentiel de la foi islamique et chaque musulman qui a des ressources doit verser 2,5% de son revenu annuel pour les pauvres, et la plupart des gens choisissent de le faire pendant le mois saint du Ramadan.

Aujourd'hui, la plupart des donateurs paient directement la zakat aux pauvres eux-mêmes, comme c'était le cas avant la création des comités de la zakat à la fin des années 70-début des années 80.

Dans certains endroits, des comités de famille ont été créés pour distribuer l'argent de la charité et donné des surplus de nourriture aux pauvres au sein d'un clan donné. Le but est double : renforcer la solidarité sociale intra-clanique et remplir un devoir religieux. Inutile de dire que dans la plupart des cas, ce sont ceux dont les politiques et la foi s'entremêlent, comme les membres du Hamas, qui supervisent cette tâche, ce qui en retour rehausse leur position à l'intérieur de leurs propres clans.

De telles actions ont rendu furieux le Ministre des Dotations Religieuses de l'Autorité Palestinienne, qui a en même temps continué à exhorter la population à régler ses dons de charité aux comités de la zakat, tout en les assurant de leur totale transparence. Il n'y a pas de preuves que ces appels aient été suivis.

De plus, l'Autorité Palestinienne est contrariée par le fait que des dizaines de donateurs et organisations humanitaires installés dans les riches états pétroliers arabes aient presque complètement stoppé les transferts d'argent aux comités de la zakat au lendemain de leur prise de contrôle par le Fatah. Le Fatah a accusé le Hamas d'avoir "incité" les donateurs à arrêter l'envoi des dons de bienfaisance en Cisjordanie. Le Hamas rétorque en mettant le Fatah au défi de produire "des gens honnêtes" que les donateurs pourraient agréer.

Le Ministre des Dotations Religieuses a tenté de sauver la situation en transférant des allocations du budget gouvernemental aux comités de la zakat. Cependant, ces allocations ont été très erratiques, ont dit les responsables des associations. Après tout, le gouvernement de l'Autorité Palestinienne lui-même n'est-il pas en train de se battre pour se maintenir financièrement à flot, en dépit des milliards de dollars réglés ou promis par les pays donateurs.

L'économiste palestinien Adel Samara croit que l'aide des donateurs n'est pas réellement destinée à créer une croissance économique. "C'est un pot-de-vin, soudoyer l'Autorité Palestinienne pour qu'elle fasse des concessions à Israël. C'est la raison pour laquelle notre économie ressemble à celle de la Somalie, même si vous voyez beaucoup de belles voitures dans les rues."

Les remarques de Samara ne sont en rien exagérées. Cette semaine, des enseignants palestiniens de Cisjordanie ont fait deux jours de grève pour protester contre le gouvernement, qui n'a pas payé les salaires de milliers d'enseignants sans salaire régulier depuis deux ans. La plupart de ces enseignants ont été nommés par le Hamas à l'été 2006, et leurs dossiers ont depuis été transférés aux services de la sécurité palestinienne pour les passer au crible sur leurs orientations politiques. Depuis deux ans, les agences de sécurité refusent de traiter les dossiers, provoquant des souffrances non révélées et la pauvreté des professeurs et de leurs familles, et quelques-uns sont obligés de travailler comme ouvrier du bâtiment dans les colonies juives voisines pour pouvoir joindre les deux bouts.

Un enseignant mécontent, qui n'a pas touché de salaire régulier depuis deux ans, a accusé le gouvernement Fayyad de chercher à humilier les enseignants et à détruire le système éducatif tout entier. "Ce gouvernement cherche à détruire les enseignants palestiniens d'un point de vue psychologique. Je ne vois pas comment un enseignant démoralisé, incapable d'acheter un litre de lait pour ses enfants, peut travailler correctement", dit l'enseignant visiblement furieux, qui a aussi refusé de révéler son nom de peur d'être viré.

Le gouvernement dit que ses coffres sont presque vides et qu'il ne peut pas traiter les dossiers en ce moment. Cependant, des critiques disent que des employés des services de sécurité ont vu leurs dossiers traités en l'espace de deux semaines, après quoi ils ont reçu de gros salaires. Certains officiers de la sécurité, ayant un niveau d'études secondaires, touchent des salaires plus élevés que les professeurs de collège.

Taraweeh

Toutefois, quelque difficile que soit la période, les problèmes économiques qui assaillent la plupart des Palestiniens ne réussissent pas à les forcer à succomber à l'amère réalité. Chaque nuit, des Palestiniens, des Palestiniennes et des enfants, par centaines de milliers, se rendent en masse dans les mosquées pour la prière fédératrice et festive de la nuit, appelée taraweeh. Un Palestinien âgé, qui se presse pour être au premier rang des fidèles à la Grande Mosquée de Dura, près d'Hébron, au sud de la Cisjordanie, a remarqué que "la chose la plus importante, c'est de ne pas perdre la vision de l'autre monde. Oui, l'économie va mal et il y a beaucoup de pauvreté. Mais le Ramadan est essentiellement un mois d'efforts à la grâce de Dieu – un mois de prières, de charité et de piété", dit-il à Weekly.

Pendant la prière de taraweeh, de larges passages du Coran sont récités et il est rappelé aux fidèles de s'assurer que le loyauté doit être réservée à Dieu, et à Dieu seul. Ce message, répété chaque nuit dans des milliers de mosquées partout dans les territoires occupés, sert à rappeler que la volonté du peuple palestinien et sa cause légitime ne peuvent être détruites, ni par l'occupant ni par ses laquais.

Source : Al-Ahram
Traduction : MR pour ISM


Lundi 15 Septembre 2008

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