Proche et Moyen-Orient

Territoires Occupés, Palestiniens prisonniers: La méga prison de Palestine



Vendredi 7 Mars 2008

Territoires Occupés, Palestiniens prisonniers

C'est la première fois que je traduis un texte d'Ilan Pape et, sans les événements en cours en Palestine occupée, ç'aurait été un plaisir plus complet. J'ai d'abord trouvé ce texte non traduit chez Alterinfo , site web que je vous recommande d'ailleurs.
En lisant Ilan Pappe on est fappé, me semble-t-il, par la co existence en lui de deux personnes : d'une part un analyste qui étudie les faits de manière rationnelle et prêt à tirer de son analyse les conclusions les plus tragiques si elles s'imposent; d'autre part quelqu'un qui veut croire à une sagesse profonde de l'être humain, une bonté inhérente à l'humanité, façon de voir les choses qu'il tire peut-être en partie de conceptions profondément ancrées dans la religion juive, du moins dans une version de cette religion non défigurée par le sionisme.
Pappe est une de ces voix juives qui justement font entendre ce message juif, et en réalité universel, en faveur de l'égalité et de la justice. Ces voix juives sont de plus en plus nombreuses et, croyantes ou pas, leur revient le souvenir d'un judaïsme d'avant le sionisme. Et c'était il n'y a pas si longtemps.

par Ilan Pappe, The Electronic Intifada, 5 Mars 2008 traduit de l'anglais par Djazaïri
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Dans plusieurs articles publiés par The Electronic Intifada, j’affirmais la poursuite par les Israéliens d’une politique génocidaire contre les Palestiniens de la bande de gaza, tout en continuant le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. J’affirmais que les politiques génocidaires découlent d’une absence de stratégie. Mon argument était que le sachant pas comment procéder avec la bande de gaza, les élites politiques et militaires israéliennes ont opté d’instinct pour la méthode des tueries de masse de civil à chaque fois que les Palestiniens de la Bande de gaza oseraient protester par la force contre leur étranglement et leur emprisonnement. Pour l’heure, le résultat final en est l’accroissement des tueries indiscriminées de Palestiniens – plus d’une centaine dans les premiers jours de mars 2008, validant malheureusement l’adjectif « génocidaire » que moi et d’autres accolent à cette politique. Mais ce n’était pas encore une stratégie.
Cependant, ces dernières semaines, une stratégie israélienne plus claire sur l’avenir de la bande de Gaza a émergé, qui s’inscrit dans les nouvelles réflexions sur le destin des territoires occupés en général. C’est, dans son essence, un perfectionnement de l’unilatéralisme adopté par Israël depuis l’échec des « discussions de paix » de Camp David de l’été 2000. L’ancien premier ministre israélien Ariel Sharon, son parti Kadima et son successeur, le premier ministre Ehud Olmert, ont tracé très clairement les contours que l’unilatéralisme englobe : Israël annexerait environ la moitié de la Cisjordanie, non pas une partie d’un seul tenant, mais l’ensemble des superficies des blocs de colonies, des routes de l’apartheid [interdites aux Palestiniens], des bases militaires et des « parcs naturels régionaux » (qui sont des zones interdites aux palestiniens). Tout cela a été plus ou moins mis en œuvre dans les huit dernières années. Ces entités purement juives découpent la Cisjordanie en 11 petits cantons, tous séparés les un des autres par le réseau complexe de la présence juive. La partie la plus importante de cet empiètement est la zone du Grand Jérusalem qui divise la Cisjordanie en deux régions séparées sans non reliées par route pour les Palestiniens.Le mur [de séparation] est ainsi prolongé et prend des formes diverses à travers toute la Cisjordanie, encerclant parfois des villages, des quartiers ou des villes isolément. Une vision cartographique de ce nouvel édifice nous donne des indications sur la nouvelle stratégie pour la Cisjordanie comme pour la bande de Gaza.
L’Etat juif du 21ème siècle est sur le point de terminer la construction de deux méga prisons, les plus grandes dans leur genre de toute l’histoire de l’humanité. Elles sont différentes dans leur forme : la prison de Cisjordanie est faite de petits ghettos tandis que celle de gaza est en elle-même un méga ghetto. Il existe une autre différence : la bande de gaza est actuellement, du point de vue tordu des Israéliens, le quartier où on garde les « détenus les plus dangereux. » De son côté, la Cisjordanie reste gérée comme un vaste complexe de prisons à ciel ouvert sous la forme d’habitats normaux tel qu’un village ou une ville reliées et supervisées par une autorité carcérale dotée d’une force militaire considérable et violente.
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Du point de vue israélien, la méga prison de Cisjordanie peut être qualifiée d’Etat. Fin février 2008, Yasser Abed Rabbo, conseiller de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, avait menacé les Israéliens d’une proclamation unilatérale d’indépendance s’inspirant des derniers événements au Kosovo. Pourtant, il semble que personne du côté israélien n’a vraiment formulé d’objections à ce sujet. C’est plus ou moins le message qu’un Ahmed Qorei (le négociateur palestinien désigné par Abbas) déboussolé reçut de Tzipi Livni, la ministre israélienne des affaires étrangères, lorsqu’il lui téléphona pour lui assurer qu’Abed Rabbo ne parlait pas au nom de l’Autorité palestinienne. Il eut même l’impression que son principal souci était presque le contraire ; que l’Autorité palestinienne refuse dans un proche venir de qualifier d’Etat les méga prisons.
Cette réticence associée à la persistance du Hamas à résister au système de la méga prison par une guerre de libération a forcé les Israéliens à revoir leur stratégie envers la bande de Gaza. Il s’avère même les membres de l’Autorité Palestinienne les plus coopératifs ne veulent pas accepter la réalité de la méga prison comme une situation de « paix, » ni même comme une « solution à deux Etats. » Et le Hamas et le Djihad islamique traduisent même ce refus par des tirs de roquettes Qassam sur Israël.
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Le modèle du Quartier de Haute Sécurité s’est donc développé : les hauts stratèges de l’armée et du gouvernement s’embarquent ensemble pour un «management» à très long terme du système qu’ils ont élaboré tout en faisant des promesses d’engagement dans un « processus de paix » vide de sens, objet généralement de peu d’intérêt et continuellement combattu de l’intérieur.
La bande de Gaza est actuellement perçue comme la zone la plus dangereuse de ce complexe, celle contre laquelle les moyens punitifs les plus brutaux doivent être utilisés. Tuer les « détenus » par des bombardements aériens ou d’artillerie, ou par l’étranglement économique n’est pas seulement la conséquence inévitables des actions punitives choisies, c’est également un résultat désiré. Le bombardement de Sderot est aussi la conséquence inévitable, et d’une certaine manière désirable, de cette stratégie. Inévitable car l’action punitive ne peut pas détruire la résistance et provoque le plus souvent des représailles. Les représailles à leur tour fournissent la logique et la base de la prochaine action punitive, au cas où quelqu’un dans l’opinion publique israélienne douterait de la sagesse de la nouvelle stratégie.Dans un futur proche, toute résistance similaire des parties de la méga prison cisjordanienne seront traitées de la même manière. Et de telles actions ont de fortes chances d’avoir lieu dans un futur très proche.
En fait, la troisième intifada est en route et la réponse israélienne sera un perfectionnement encore plus grand de son système de méga prison. Diminuer le nombre de détenus dans chaque méga prison sera encore une des premières priorités de cette stratégie par la pratique du nettoyage ethnique, des tueries systématiques et de l’étranglement économique. Malheureusement, je doute que le sondage CNN reflète de manière précise l’état d’esprit israélien actuel ; mais il indique une tendance encourageante qui donne raison à l’insistance du Hamas pour dire qu’Israël ne comprend que le langage de la force. Mais ce pourrait être insuffisant et, pendant ce temps, le perfectionnement du système de méga prison se poursuit sans relâche et les mesures punitives prises par ses directeurs coûtent la vie à toujours plus d’enfants, de femmes et d’hommes dans la bande de Gaza.
Mais des freins existent qui empêchent cette machine de rouler à tombeau ouvert. Il semble que de plus en plus de Juifs en Israël (la majorité selon un récent sondage CNN) souhaitent que leur gouvernement entame des négociations avec le Hamas. Une méga prison c’est bien, mais si les zones d’habitation des gardiens de prison risquent à l’avenir de se trouver sous le feu [des détenus], c’est que le système ne marche pas.
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Comme toujours, il importe de se souvenir que l’Occident peut mettre fin à cette criminalité et à cette inhumanité sans précédent, dès demain. Mais jusqu'à présent, ce n’est pas le cas. Même si les efforts pour faire d’Israël un Etat paria se poursuivent avec intensité, ils restent limités à la société civile. Puisse cette énergie se traduire un jour dans des politiques gouvernementales sur le terrain. Nous ne pouvons que prier pour qu’il ne soit pas trop tard pour les victimes de cette horrible invention sioniste : la méga prison de Palestine.
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Ilan Pappe est professeur à la faculté d’histoire de l’université d’Exeter (Royaume-Uni).

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Vendredi 7 Mars 2008

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