Politique Nationale/Internationale

Temps forts 2006: l'Iran est devenu une superpuissance régionale


L'Iran a toutes les chances de figurer parmi les dix principaux newsmakers de l'année qui s'en va, à commencer par le dossier nucléaire iranien jusqu'à la conférence sur l'Holocauste sans parler de la rhétorique anti-israélienne du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad.


Piotr Gontcharov
Vendredi 29 Décembre 2006

Temps forts 2006: l'Iran est devenu une superpuissance régionale


Par Piotr Gontcharov, RIA Novosti



Somme toute, l'Iran a fait parler de lui comme d'une superpuissance régionale, comme d'un acteur clé au Proche-Orient.

Le programme nucléaire iranien reste toujours le problème essentiel. Et pour cause. Le sort même du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) y est joué.

Il ne fait plus de doute aujourd'hui que si l'Iran met en oeuvre son programme nucléaire dans le format qu'il a déclaré, et plus précisément sur la base de ses propres technologies d'enrichissement de combustibles nucléaires, un coup mortel sera porté au régime de non-prolifération, et on pourra, par conséquent, sonner le glas du TNP. Le facteur iranien ne tardera pas à déclencher "l'effet domino". L'exemple de l'Iran sera immédiatement suivi par l'Arabie Saoudite, l'Egypte et la Jordanie. De facto, elles l'ont d'ores et déjà déclaré.

Peu importe finalement que l'Iran possède ou non la bombe atomique. Il se peut qu'il n'y ait pas de bombe du tout, et tout porte à croire que l'Iran ne la fabriquera même pas. Mais il n'est qu'à un pas de sa création. Et tout comme l'Iran, l'Arabie Saoudite, l'Egypte et la Jordanie se retrouveraient alors, eux-aussi, à un pas de la création de leur propre arme nucléaire. Qui plus est, Téhéran promet de faire part de ses know-how nucléaires au Koweït et, évidemment, à la Syrie. Il est facile d'imaginer en quelle poudrière cette région se transformera, compte tenu des 200 ogives nucléaires déjà connues.

Or, force est de reconnaître que la préoccupation de l'opinion internationale quant à la vraie nature du programme nucléaire iranien, son caractère civil et pacifique, n'est pas sans fondement. En fait, un centre d'enrichissement d'uranium à Natanz, prévu pour 54 000 centrifugeuses, existe bel et bien. Il n'en est pas moins vrai que pour le moment seulement deux cascades de 164 centrifugeuses chacune ont été mises en exploitation, mais Téhéran déclare toujours son intention de faire tourner ce site nucléaire à plein. La question qui se pose d'emblée est: à quoi bon?

Selon les atomistes russes, une telle quantité de centrifugeuses permettra à l'Iran de produire son propre combustible nucléaire simultanément pour 20 réacteurs nucléaires. Pourtant, il n'est prévu à présent de lancer en Iran qu'un seul réacteur: celui de Bushehr. Sa mise en service physique est attendue en septembre prochain, et sa mise en exploitation énergétique est prévue pour le mois de novembre. La construction des autres 19 réacteurs relève d'une perspective très éloignée.

D'autre part, font remarquer ces mêmes experts, si besoin est et sous réserve de la volonté politique nécessaire, les 54 000 centrifugeuses évoquées permettront à l'Iran de créer 5 à 7 charges nucléaires en l'espace de deux semaines tout au plus.

Aussi, comprend-on pourquoi l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), organe chargé de contrôler le développement des technologies nucléaires dans le monde, ne garantit pas le caractère civil et pacifique du programme nucléaire iranien, sans confirmer pour autant, il est vrai, sa nature militaire. L'AIEA a toujours toute une série de questions à poser à Téhéran, questions qui restent encore sans réponse. Néanmoins, une telle réponse pourrait confirmer le caractère pacifique du programme nucléaire de l'Iran. Mais, hélas!

Les négociations sur le programme nucléaire iranien, tous comme les débats interminables des experts, politologues et autres, et surtout sur fond de "diplomatie persane" très habile, ont constitué ces derniers temps un vrai feuilleton télévisé à suspense. En effet: sous la menace des sanctions, le Conseil de sécurité de l'ONU avait fixé pour Téhéran la date butoir du 31 août pour qu'il suspende tous les travaux d'enrichissement d'uranium à la première cascade de 164 centrifugeuses. Plus de trois mois se sont écoulés. Et voilà que l'Iran lance déjà la deuxième cascade de 164 centrifugeuses. Pire, d'ici fin mars prochain, Téhéran promet de mettre en exploitation en tout quelque 3 000 centrifugeuses. Ce n'est évidemment que du bluff destiné à impressionner l'opinion, car les possibilités actuelles de l'Iran ne le lui permettent pas. Cependant, bien peu nombreux sont ceux qui, jusqu'ici, ont réussi un truc pareil avec le Conseil de sécurité de l'ONU.

Pour ce qui est des déclarations permanentes du président de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad, selon lesquelles la nation iranienne "a pris sa grande décision et progresse avec dignité dans sa voie" et que Téhéran considérera toute résolution du CS de l'ONU sur des sanctions contre l'Iran "comme une démarche hostile", ce ne sont plutôt qu'une bravade à laquelle on commence déjà à s'habituer peu à peu.

Nul doute que Téhéran craint les sanctions. Preuve à l'appui, la visite éclair à Moscou du secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC) de l'Iran, Ali Larijani, juste avant l'escale planifiée à Moscou du président des Etats-Unis, George W. Bush. On ne doutait pas un seul instant à Téhéran que le dossier iranien serait le sujet principal de l'entretien entre Vladimir Poutine et George W. Bush. Pire, Téhéran craignait que Washington ne persuade Moscou d'accepter des sanctions sévères contre l'Iran. Bref, Téhéran avait besoin du soutien de la Russie, et il l'a reçu. Quoi qu'il en soit, rien ne peut continuer à l'infini.

Comme l'a expliqué par la suite Vladimir Poutine, ce soutien de Moscou avait pour objectif de faire en sorte que Téhéran réponde enfin, au cours de son dialogue avec l'Agence internationale de l'énergie atomique, à toutes les questions de l'AIEA et rétablisse ainsi sa crédibilité, la confiance dans le caractère pacifique de ses efforts dans le nucléaire. Néanmoins, tout indique que Téhéran n'a toujours pas l'intention, du moins à présent, de revenir à la table des négociations.

Le projet de résolution sur l'Iran a été voté le 24 décembre dernier. Les représentants des Six (Les Six - les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU- la Russie, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Chine plus l'Allemagne - ndlr.) auprès de l'ONU ont mis du temps pour s'entendre sur des sanctions concrètes contre l'Iran, le projet proposé par la "troïka européenne" (France, Allemagne et Grande-Bretagne), menant avec l'Iran des négociations au nom de l'Union européenne (UE), se distinguant beaucoup de la prise de position de Moscou. Finalement, les sanctions adoptées s'étendent à des domaines soigneusement délimités: enrichissement d'uranium, retraitement, projets liés aux réacteurs à eau lourde et développement des missiles balistiques.

Or, bien que le CS de l'ONU ait adopté ces sanctions, le rôle de l'Iran comme voisin de la Russie dans l'arène internationale restera important, et c'est sans doute en cela que consiste le bilan de l'histoire du dossier nucléaire iranien.


Vendredi 29 Décembre 2006

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