Politique Nationale/Internationale

Téhéran dicte ses conditions


La réponse iranienne à l'offre de la communauté internationale et la réaction qu'elle a provoquée ont été plus surprenantes que prévu.


RIA Novosti
Vendredi 25 Août 2006

Téhéran dicte ses conditions



Par Piotr Gontcharov, RIA-Novosti



Certes, Téhéran a franchement ignoré la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU conformément à laquelle il devait suspendre ses travaux d'enrichissement d'uranium d'ici fin août. Il l'a fait dans la plus grande tradition de la diplomatie iranienne actuelle. La réponse de l'Iran donne à l'Europe (qui représente l'ONU aux négociations avec Téhéran) "une chance unique de revenir au dialogue et à la table des négociations", a indiqué Mohammad Saïdi, conseiller pour les questions internationales de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique. Toutefois, c'est la résolution 1696 adoptée le 31 juillet dernier par le Conseil de sécurité de l'ONU qui était censée donner "une chance unique à l'Iran de revenir à la table des négociations" et éviter d'éventuelles sanctions diplomatiques, économiques et autres. Du moins, c'est ce qu'ont déclaré les six médiateurs, dont la Russie et la Chine, considérés comme défenseurs de l'Iran.

Mais l'important est ailleurs. Les participants aux négociations avec l'Iran se sont montrés très réticents. L'Union Européenne considère que la réponse donnée par l'Iran aux propositions internationales concernant son dossier nucléaire demande "une analyse détaillée et prudente", a notamment indiqué le Haut Représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité, Javier Solana. Il a refusé de préciser si la réponse iranienne était plutôt positive ou négative avant d'annoncer qu'il maintiendrait des contacts avec le secrétaire général du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Ali Larijani. Javier Solana a-t-il effectivement l'intention de poursuivre les consultations avec l'Iran? Et pour combien de temps?

La Russie a aussi envisagé la possibilité de poursuivre les consultations. Moscou n'exclut pas qu'on ait "besoin de nouvelles consultations après que tous les pays (les six médiateurs internationaux) auront étudié la réponse de la partie iranienne", a notamment déclaré le porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères Mikhaïl Kamynine. Le diplomate russe a également indiqué qu'il était "très important de comprendre les nuances" de la réponse iranienne pour décider si l'on pourrait travailler avec Téhéran sur la base de l'offre des six. Cela signifie soit le début d'une discussion sur les éventuelles sanctions contre l'Iran après son refus d'accepter les propositions des six, soit une révision des propositions en faveur de la partie iranienne.

La réponse iranienne aux propositions des six n'était pas censée garantir un progrès notable. L'Iran a jusqu'ici utilisé des formulations ambiguës au cours des négociations sur son programme nucléaire. Assorties d'une série de conditions, ses réponses positives avaient l'air bien négatives. Téhéran se laissait toujours une marge de manoeuvre pour durcir ou assouplir sa position en fonction de la situation. A présent, les parties semblent avoir échangé les rôles. La réponse iranienne paraît plus péremptoire que la résolution 1696, à en juger par la réaction de Javier Solana.

Il est déjà clair que Téhéran cherche à dicter ses conditions à l'UE et au Conseil de sécurité de l'ONU en ce qui concerne la reprise des négociations sur son programme nucléaire et qu'il y parvient. Du moins, il est déjà peu probable que la réunion du Conseil de Sécurité consacrée aux sanctions à imposer à l'Iran se tienne début septembre comme prévu, puisque la réponse iranienne nécessite "une analyse détaillée et prudente", selon M. Solana.

Le président de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique (OIEA) Gholamreza Aghazadeh a prévenu que la réponse de son pays serait "plus complète que ce qu'attendent les Européens et les Américains". Il est fort probable que Téhéran comptait prolonger le marchandage autour de son programme nucléaire en produisant un texte verbeux contenant des idées assez inattendues. Les spécialistes européens auront besoin de temps pour étudier le document et formuler un avis. Ce scénario profite sûrement à l'Iran. Téhéran joue déjà sur le manque de temps de la communauté internationale en soulignant sa disposition à se remettre immédiatement à la table des négociations.

Mais un autre scénario est aussi possible. Téhéran tente de faire comprendre à ses adversaires que les éventuelles sanctions n'auront pas d'effet et que les efforts internationaux visant à l'empêcher de développer des technologies nucléaires sont vains, avant de formuler ses propres exigences.

Ce scénario semble le plus vraisemblable. La position iranienne a l'air plus forte. Incapable de régler le problème nucléaire iranien, le Conseil de sécurité de l'ONU doit faire des concessions face à l'Iran ou opter pour une solution musclée, ce qui paraît douteux à la lumière des récents événements au Liban. Du moins, c'est ce sur quoi compte Téhéran.


Vendredi 25 Août 2006

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