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TURQUIE : attaque contre la laïcité ou tentative de déstabilisation du gouvernement Erdogan ?


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Mercredi 30 Novembre 2016 - 11:41 La guerre à la vérité de l'Ouest


Aujourd’hui (17 mai 2006), Un homme armé a ouvert le feu sur des juges en audience au Conseil d'Etat turc à Ankara. Mustafa Özbilgin, a été mortellement blessé (sa mort vient d’être annoncée à l’heure où est rédigé cet article), et quatre autres membres du Conseil dont deux femmes ont été blessés. L’auteur un jeune avocat de 29 ans, Alpaslan Aslan, a fait irruption dans la salle d’audience. Les juges visés sont membres de la deuxième Chambre du Conseil, connue pour avoir signé des décisions confirmant l'interdiction du port du voile islamique dans la fonction publique et les universités en Turquie. Ces membres étaient aussi réputés pour leurs diatribes et provocations contre les musulmans pratiquants.


Zeynel
Mercredi 17 Mai 2006

"Nous condamnons avec la plus grande fermeté cet acte", a dit sur les lieux aux journalistes le ministre de la Justice Cemil Ciçek.
Il a refusé de commenter s'il s'agissait d'une attaque au motif islamiste visant à protester contre les prises de positions pro-laïques du Conseil.
Les juges de la 2e Chambre s'étaient notamment prononcés l'an dernier contre le port du foulard à l'école et à l'extérieur par une puéricultrice travaillant dans une école maternelle située dans une garnison militaire d'Ankara.

L’auteur, Aslan Alpaslan aurait crié ‘’Allah Akbar’’ avant de tirer. Bien évidemment, ce détail a son importance, a fortiori, si ce cri de gloire à Dieu donne matière à identifier l’appartenance idéologique de l’assaillant. Cependant, s’arrêter à ce niveau de l’analyse, reviendrait à ignorer la nature réelle des luttes politiques et idéologiques qui déchirent la Turquie et à occulter l’éclectisme culturel et religieux de ce pays. En effet, tous les éléments communiqués laissent à penser que l’auteur pourrait être un militant actif, membre d’une organisation qui lutte contre le régime kémaliste (le réel pouvoir entre les mains de l’armée, gardien du kémalisme) ou un membre d’un mouvement musulman. La Turquie, pays à la population majoritairement musulmane mais avec un régime laïque imposé contre la volonté populaire, a été sommée par l'Union européenne de renforcer les droits des femmes durant le processus de négociations d'adhésion au bloc européen, débuté en octobre.
Le pays est dirigée depuis 2002 par le parti de la Justice et du Développement (AKP), qui avait promis lors de sa campagne électorale de lever l'interdiction sur le port du voile islamique dans les institutions publiques et les établissements universitaires.
La promesse n'a pu être tenue en raison d'une opposition farouche de la hiérarchie militaire pro-laïque. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, un ancien ‘’militant islamiste’’ qui dirige un parti issu de cette mouvance et dont l'épouse et les deux filles portent le voile, avait fermement critiqué cette décision.









DECRYPTAGE

Si l’on prend le temps de bien comprendre la complexité de la société turque dans toute sa diversité et ses composantes, les motivations semblent plus obscures. Afin d’éviter les écueils habituels sur la laïcité et ses bienfaits, bien comprendre les motivations des uns et des autres, il est impératif de tenir compte de certaines données. Par exemple, quelles sont les motivations réelles et affichées des mouvements d’extrêmes gauches et d’extrêmes droites (loups gris entre autres). Quel est le but du Kémalisme et le pouvoir de l’armée ? Et, pour éviter les préjugés concernant la Turquie, envisageons d’abord quelques postulats de bases pour permettre une approche la plus objective possible. Evitons surtout l’angélisme habituel dans le cadre de l’apologie des différents points de vues.
Pour comprendre cet événement lourd de sens et de symboles et qui risque d’ébranler certains acquis institutionnels, voire le régime militaire perdre de son pouvoir. Cet acte ne peut être perçu uniquement par le prisme occidental, fruit des l’appétences idéologiques comme il se pratique dans la presse européenne.
Certaines notions n’ont malheureusement ni la même conception ni la même compréhension en Occident et en Turquie. Prenons par exemple la notion de laïcité ? En Turquie ce dogme kémaliste sert plus à restreindre la pratique cultuelle de la majorité musulmane, et donner une relative liberté aux autres minorités religieuses, cela peut paraître paradoxale pour une nation dont quatre dix pour cent de la population est musulmane.

En Occident aussi, cette perception de la laïcité est quelques peu altérée par l’élite médiatique, qui en fait le plus souvent un instrument de propagande islamophobe. Ce mot était/est à tort assimilé à la ‘’modernité’’ de la Turquie et même servi à exporté le Kémalisme comme model pour d’autre pays musulmans à l’instar de la Tunisie.
Nous connaissons aujourd’hui toutes les dérives du kémalisme et de ses avatars. Malgré toutes les exactions du régime tunisien, pâle copie du modèle turc, il est présenté comme un exemple en Occident. On pourrait aussi citer le Pakistan, dont le Président Musharraf a été formé en Turquie par les pontes kémalistes, gardiens de l’idéologie militaire. Et, le président pakistanais est un exemple criant de ce que ce régime peut engendrer comme individu.
En tant qu’idéologie politique, le Kémalisme est le paravent derrière lequel l’armée, la garde prétorienne de ce système, se cachent pour imposer une société d’un autre âge où les libertés élémentaires sont un luxe pour les musulmans majoritaire et d’autres minorités ethniques, les atteintes aux libertés individuelles que se régime porte, lui permet de se maintenir depuis la mort de son fondateur, Mustafa Kemal (Atatürk). Même si les pratiques kémalistes feraient pâlir de jalousie certains tyrans, sans que cela n’émeuve l’Europe donneuse de leçon. Que ce régime martial donne l’illusion que le pouvoir est issu de la société civile, avec des élections qui sont le plus souvent le reflet de la volonté de la mass média au service de ce pourvoir militaire, est une chose, mais que l’on ne présente pas ce pays comme modèle pour les uns et fondamentaliste pour les autres, ceux qui pensent que le gouvernement Erdogan puisse être une gouvernement crypto islamiste. Ce gouvernement n’est que l’expression de la volonté US en Turquie et n’a jamais eu la prétention de présenter la masse des musulmans pratiquants. Erdogan a répété à qui voulait l’entendre qu’il reniait ses origines idéologiques, et de s’afficher comme musulman ‘’calviniste’’ : une perception ultralibérale de la politique économique qui serait la voie conseillée par l’Islam. Cette vision que se font les nouveaux ‘’démocrates- musulmans’’ turcs reste une vision bien étrange, qui fait fi de certaines obligations morales qui ne peuvent s’accorder avec une politique ultralibérale et l’Islam.


On comprend mieux pourquoi ce gouvernement était soutenu par les Américains, puisque la politique ultralibérale prônée par les sarkosystes en France est à l’identique de celui de Erdogan. Si preuve en était utile, on retrouve les députés turcs dans le même groupe parlementaire que ceux de l’UMP au sein de l’Europe. N’est-ce pas là une preuve des affinités idéologique entre Sarkosy et le parti de Erdogan avec les mêmes aspirations économiques et sociales, si l’on oublie leur religion respective ?


Il est tout aussi suspect que la mass média occidentale ne dénonce les exactions du régime kémaliste. A de rare exception près, et seulement quand il s’agit de dénoncer les répressions contre les Kurdes ou les mouvements d’extrêmes gauches comme le PKK. Même si ce mouvement est à l’origine créé pour combattre l’hypothétique montée de - l’extrémisme islamique - une autre vision purement fantasmée aussi récurrente qu’en Occident, ce mouvement de ‘’libération’’ est représenté comme une cause juste.

Aujourd’hui, le PKK, sous des airs de combattants de la liberté, s’est retrouvé comme un jouet dangereux entre les mains des services américains qui en ont fait un instrument de déstabilisation de la Turquie. Et, ces mêmes services, il y a quelques années, ont livré le leader et fondateur du mouvement, le dénommé Abdullah Öcalan, toujours détenu en Turquie. Le Premier ministre du moment, Bülent Ecevit, ne comprenait pas pourquoi les Américains lui avait fait ce cadeau empoisonné. Aujourd’hui et avec le recul des années, les choses sont plus claires et le jeu US démasqué. Même si la majorité des turcs persiste à croire en l’amitié sincère américano-israélienne, et ce par le pouvoir de la propagande médiatique, même si des voix commencent à s’élever contre cette imposture, les lobbys US et israéliennes ont encore des beaux jours devant eux.


A chaque fois que l’armée, ou le gouvernement sous la bienveillance des militaires, dérogent aux directives américaines, le PKK ou ses avatars reprennent leurs pratiques destructrices pour terroriser le peuple et ainsi l’obliger à accepter toutes les contraintes et pressions du régime, allant de la restriction religieuse aux arrestations arbitraires.
Nous avons aussi un pendent de cette pratique quoi que moins brutale dans les pratiques, mais tout aussi dévastatrice pour les esprits : il s’agit bien entendu de la stratégie de la peur tant usitée en France par Sarkosy avec sa clique de néo-cons européens et l’administration Bush au niveau internationale.


Pourtant, loin d’être une évolution des libertés dans la société turque, la laïcité a été un instrument de répression entre les mains du pouvoir réel, c'est-à-dire l’armée et sa politique d’allégeance à l’empire US, cette trahison de ceux qui sont censés être le garant de l’intégrité territoriale du pays a conduit les gardiens du dogme kémaliste, a faire de la Turquie un serf d’Israël. Puisqu’en 1996, ce régime militaire à obliger (avec menace de coup d’Etat et l’instauration d’une junte militaire, il y a aussi eu des menaces physique contre Erbakan) à signer des accords militaires et stratégiques avec Israël, alors même que le vice Premier ministre était Necmeddin Erbakan. L’armée a non seulement réussie à décrédibiliser le leader charismatique, fondateur du premier parti musulman en Turquie, mais a aussi obliger la Turquie à baisser l’échine de devant Tel Aviv.
Le plan des militaires aura aussi servi à préparer l’opinion à la division du parti fondé par ERBAKAN. Le Premier ministre Erdogan est issu de ce parti sacrifié pour les intérêts israéliens, il est aussi à l’origine du chiisme qui divisa et réduisit la force et le pouvoir que ce parti pouvait prétendre. En obligeant Erbakan à accepter des accords avec Israël (sous l’impulsion US), l’Armée savait que cet acte le condamnerait au discrédit et l’éloignerait de son électorat musulman.


Aujourd’hui, M. Erdogan est victime de la même cabale dont il était un acteur malgré lui et qui avait permis aux militaires et aux américains de se débarrasser d’un leader comme Erbakan. Les Américains ont à plusieurs reprises rappelé au Premier ministre Erdogan qu’il devait se soumettre aux directives US, condition de son élection.
Il faut garder en mémoire que le Premier Erdogan, autorisé à être élu par l’armée turc et les US, devait donner un visage respectable à la Turquie pour son adhésion à l’Europe et par la même occasion calmer l’électorat musulman qui était acquis à la cause de Erbakan. Pour préserver les intérêts américains au sein de l’Europe, la Turquie devait y jouer un rôle important. Cependant, les événements se précipitants et le refus de Erdogan (sans doute dans un moment de lucidité et une réminiscence de sa foi et de ses origines politiques) aux demandes US avant l’invasion irakienne de 2003, puis avec la nouvelle aventure militaire programmée concernant l’Iran. Le gouvernement Erdogan ne semble pas donner satisfaction aux exigences US, pourtant une des raison de son élection. Je me défends d’affirmer que M. Erdogan puisse être complice des plans israéliens et US sur la Turquie, mais je pourrai affirmer sans prendre de risque qu’il reste un pantin malgré lui, entre les mains du voisin israélien et de l’empire US.


Si nous tenons compte de tous ces éléments, les raisons de cet acte semblent plus nébuleuses et les conclusions hâtives déplacées, coutumières des analystes souvent plus propagandistes qu’autres choses. Mais revenons aux événements de ce jour, qui pourtant, pourrait changer la donne des enjeux moyen orientaux. L'attaquant a été maîtrisé par les forces de l'ordre en possession d’un pistolet automatique Glock qui peut passer inaperçu par les détecteurs métalliques, selon les autorités. Ce point est important, être en possession d’une telle arme ne peut qu’être l’œuvre de soutien externe, et non la volonté d’un individu isolé.

Certains aimeraient y voir une volonté des ‘’islamistes’’ à l’instar de Deniz Baykal, chef de l'opposition social-démocrate au Parlement, qui a affirmé que les fondements laïques de la Turquie étaient visés. Et de poursuivre "Ce ne sont pas seulement les juges qui ont été la cible d'une attaque, mais aussi la Constitution", a-t-il dit aux journalistes devant le Conseil.
"La Turquie dérive vers un point extrêmement dangereux", a-t-il ajouté, faisant allusion à ce que l'opposition perçoit comme une islamisation du pays favorisée par le parti au pouvoir.
D’autres aimeraient voir l’empreinte de l’extrême gauche. Pourtant l’individu qui est à l’origine de acte hautement symbolique et qui touche le cœur de l’institution judiciaire turque ne semble pas être connu pour son appartenance à des mouvances ‘’islamistes’’ ou d’extrême gauche. Pourtant, les analyses épidermiques imputent la responsabilité aux organisations musulmanes. Les jours prochains donneront sans doute leurs lots de retournements et d’accusations sans fondements. Si un jour, fort improbable, on arrivait avec certitude à trouver les responsables, ils seront aussi tôt dédouanés à moins que les motivations soient réellement islamistes, là nous assisterons à un lynchage en règle contre les musulmans comme il se fait depuis des décennies dans ce pays.




Jeudi 1 Juin 2006


Commentaires

1.Posté par mehmet le 01/06/2006 15:07 | Alerter
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Il semblerait que le scénario décrit par l'article [TURQUIE : attaque contre la laïcité ou tentative de déstabilisation du gouvernement Erdogan ?]urlhttp://www.alterinfo.net/index.php?action=article&id_article=373660 semble prendre forme. l'analyse de la situation décrite par l'article dénote bien les confusions entretenues en Turquie.

Voici un article qui peut venir renforcer votre analyse (sourec: ataturquie.asso.fr):




La police turque déjoue un probable attentat contre Erdogan


La police d'Ankara a déjoué un probable attentat contre le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan et arrêté neuf personnes, dont trois militaires, dans le cadre de l'enquête, rapporte jeudi la presse turque.

Des grenades, de l'explosif plastic, des engins artisanaux et un pistolet automatique ont été saisis mercredi dans un appartement de la banlieue de la capitale turque. Selon les grands journaux Hürriyet et Sabah, un croquis de la rue où se trouve le domicile privé du Premier ministre dans le quartier de Keçiören a été découvert dans cette cache ce qui laisserait supposer qu'il serait la principale cible de cette "bande". Une autre personne visée serait Cüneyd Zapsu, un conseiller d'Erdogan, selon les journaux.

Sur les trois soldats interpellés, deux sont des officiers et ont été remis aux autorités militaires. Les responsables de la police n'ont pas encore déterminé l'appartenance politique des personnes interpellées mais selon plusieurs journaux ils seraient ultra-nationalistes. La presse indiquait ignorer pour l'instant les mobiles d'une attaque qui aurait pu viser le Premier ministre, issu de la mouvance islamiste, et qui dirige le pays depuis 2003.

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