Politique Nationale/Internationale

THÉRAPIE DE CHOC


« Nous vivons au-dessus de nos moyens ; notre dette publique n’atteint pas 1167 milliards d’euros, mais 2000 milliards », s’exclame Thierry Breton dans La Tribune du 30 novembre. D’autres, comme l’actuaire Pascal Gobry dans Le Monde du 16 décembre, surenchérissent à 3000 milliards. Les banlieues brûlent, l’Etat se surendette, l’école échoue, bref, la France est en faillite !


Mardi 20 Décembre 2005





Tout ce bruit, comme le montre Christine Bierre dans ce numéro [de Nouvelle Solidarité], n’est pas innocent. Il s’agit d’une opération concertée pour appliquer à notre pays une thérapie de choc ultra-libérale en désarmant la résistance par la menace et la panique. Deux faits sont révélateurs. Michel Pébereau, qui vient de présenter son rapport alarmiste sur l’endettement de la France, est membre de l’Aspen Institute et fréquente de très près l’oligarchie financière états-unienne. Le 17 novembre, Standard and Poors, agence de notation de Wall Street et émanation de cette même oligarchie, a souligné que les principaux ratios financiers de la France s’éloignent des niveaux médians de la catégorie AAA, ce qui signifie que nous allons devoir payer plus cher l’argent que nous emprunterons.

La récréation est finie, crédit est mort, voici venus les temps de l’austérité, de la rigueur et de la souffrance. Il s’agit d’une idéologie pétainiste. On décrit l’histoire comme un mouvement cyclique, avec des hauts et des bas, et au moment des bas, il faut baisser la tête.

Que propose en effet le bon docteur Pébereau ? Ramener les finances publiques à l’équilibre en cinq ans maximum, allouer les recettes des privatisations en priorité au désendettement, supprimer les sureffectifs dans la fonction publique, reculer l’âge de départ à la retraite... M. de Villepin s’est engagé à le suivre.

Cependant, ils trichent. Tout d’abord, ils mettent sous le même chapeau le remboursement d’emprunts souscrits pour financer des dépenses passées et des engagements à venir, comme le coût des retraites, en réalité couvert par les contributions sociales. Ensuite, ils font comme si nous aurions tous mieux vécu grâce à l’endettement, alors que celui-ci n’a servi qu’à financer des dépenses courantes et des cadeaux faits aux riches (baisses d’impôts) ou aux grandes entreprises (baisse des charges patronales). De plus, ce sont ceux qui crient aujourd’hui le plus fort qui nous ont endettés hier. Rappelons-nous, entre 1993 et 1995, les cadeaux faits par le ministre du Budget Nicolas Sarkozy pour faire élire Edouard Balladur.

Le même Villepin qui critique une gestion à court terme vient de casser deux outils d’une vision à long et moyen terme : le Commissariat au Plan et la Mission interministérielle sur les mutations économiques.

On oublie de dire que notre taux d’épargne est de 17 %, ce qui est une assurance pour l’avenir. Surtout, bien rares sont ceux qui, comme nous, rappellent qu’une dette se paye avec de la croissance et la création d’emplois qualifiés. Le choix est entre la politique Laval-Brüning et celle de Roosevelt. Avec les mêmes conséquences qu’hier.


Solidarité et progrès


Mardi 20 Décembre 2005

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