Proche et Moyen-Orient

Syrie : Cinq ans après…le cours des événements en dit long


Arrêt sur les trois premiers jour d’une « révolution si controversée »


Said hilal alcharifi*
Mardi 15 Mars 2016

Le fardeau des pertes humaines et matérielles est lourd à porter

Ce sont cinq années écoulées, emplies de souvenirs de nuits blanches, de larmes, d’angoisse, de froid glacial sans fuel ou bois de chauffage. Combien de nuits rudes, en obscurité totale, a subi ce peuple de titans ?
Nombreuses sont les familles qui passèrent des nuits dans des abris non aménagés, estomac vides, en silence.
Qui aurait cru un instant que les réclamations de la liberté par une vingtaine de jeunes étudiants dans le célèbre souk vouté « Hamidieh » à Damas le 15 mars 2011, allaient se transformer, trois jours après, dans la ville de Dera ( 100 km au sud de Damas) en révolte salafiste aux odeurs wahhabites les plus nauséabondes ?
A Istanbul comme à Paris et ailleurs, certaine partie de la diaspora syrienne actuelle célèbrera le cinquième anniversaire d’une révolution controversée, au détriment de toutes les pertes humaines de part et d’autre, le déplacement forcé d’au moins le tiers de la population, soit vers les zones sous contrôle de l’État, ou carrément en dehors du pays.
Mais la danse des loups continue, tant que l’arbitre mondial n’ait pas encore donné un coup de sifflet, annonçant la fin du jeu.
Que s’est-il passé exactement le jour du 18 mars 2011, et les jours suivants, à Dera ?
Une centaine d’hommes se sont rassemblés devant le palais du gouverneur réclamant la libération immédiate de leurs enfants prétendument détenus et torturés (l’histoire des élèves aux ongles arrachés) dans les geôles des services spéciaux de sécurité.
Paniquées face à une foule qui commença à rebondir au file des heures qui passaient et des réclamations infondées, les autorités locales ont laissé la foule s’exciter, puis passer hâtivement aux actes les plus violents : attaquer et incendier simultanément, sous les cris hystériques d’Allahou Akbar(Dieu est plus grand), tous les symboles de la Républiques : Palais de justice, celui du gouverneur également, de la police nationale et municipale, des écoles, et des banques.
Soudain, des tirs de fusils d’assaut retentirent. Des hommes du coté de la foule agitée tombèrent et aussi des policiers non armés qui barraient les rues, avec leurs bâtons pour protéger les immeubles gouvernementaux. Tout le monde ignorait d’où venaient ces tirs. Le résultat fut lourd pour une première journée : 9 morts dont 3 du coté des forces de l’ordree.
Vers midi, la célèbre chaine qatari Aljazeera faisait état, dans son journal télévisé de la mi-journée, selon un témoin occulte sur place, d’affrontements violents entre les forces de sécurité et des manifestants.
Dans l’après midi, Mme Boutaina Chabane, conseillère politique et médiatique à la présidence fait un point presse urgent, déclare, en jurant devant une cinquantaine de journalistes syriens et étrangers, que des ordres strictes ont été donné par le Président de la République, tôt le matin, et en sa présence, aux représentants des autorités locales à Dera, de ne jamais recourir aux armes, quelque soit la situation.
Le lendemain, aljazeera s’engage plus clairement dans les émeutes en offrant aux « insurgés » à Dera des numéros de téléphones à appeler gratuitement, via des portables connectés aux satellites.
Ce fut effectivement le début d’un tournant dans l’implosion de l’information, voire un délire médiatique sans précédent.
Ce jour du 19 mars, deuxième journées d’émeutes, les slogans scandés tout au long de la journée, ne dépassaient pas les limites des réclamations de la veille « liberté, et dignité ». le pouvoir central de Damas a fait savoir, à travers ses chaines publiques, que toutes les demandes des habitants de Dera seront satisfaites immédiatement, et qu’une série de reformes aux niveaux politique et économique sera annoncée dans les jours qui viennent.
Mais le nombre de victimes, aussi bien du coté des « insurgés » que des force de l’ordre ne cessa d’augmenter.
Le bilan fut douloureux.
Mais qui tiraient à la fois sur les manifestants et les policiers sur place ?
La réponse venait dans les JT d’Aljazerra, via ses témoins occultes qui ne sont pas filmés bien entendu et qui se présentaient auditivement sous des pseudonymes. Ils affirmaient tous, que les tirs venaient du coté des forces de l’ordre.
Le jeu est bien joué.
La Syrie commence à l’aube d’une troisième journée à plonger de plus en plus dans un bain de sang. Un mur d’incompréhension et d’absence de confiance, commença à s’élever.
A la fin de la troisième journée, c'est-à-dire le 20 mars 2011, le bilan des victimes s’est alourdit : 38 morts, et des dizaines de blessés.
Le fameux slogan de « le peuple veut renverser le régime » est déclenché. Des appels aux au port d’armes se faisaient entendre dans les rues, par une foule agitée.
Désormais, il n’est plus question de tirs inconnus. Des manifestants se faisaient filmés cagoulés, kalachnikovs à la main.
Quand le front Al-Nosra (branche d’Al-Qaïda en Syrie) a surgi presque à la fin de 2011, ses combattants s’infiltrèrent parmi les populations à Dera, répandirent des étranges rumeurs effrayants, puis incitèrent les populations à quitter « provisoirement » et rapidement la ville « pour échapper à une vaste opération militaire ».
Ce fut le premier grand bluff qui a donné lieu au plus grand exode vers la Jordanie.
Toute la ville fut évacuée. Les cpmbattants d’al-Nosra se sont offert la ville immédiatement après l’exode. Ils ont tout pillé. La ville ne ressemble plus à rien maintenant. Ses ex habitants vivent dans des conditions sous humaines, sous des tentes « provisoires » de l’ONU.
Au demeurant, plus de 400 000 victimes de part et d’autre. 4000 000 refugiés à l’étranger, 7000 000 déplacés à l’intérieur du pays. Ces gens sont sans logements fixes, sans travail pour la plus part d’entre eux. Leurs enfants ne sont pas scolarisés non plus. C’est la plus grande catastrophe humaine de tous les temps. Le fardeau des pertes humaines et matérielles est lourd à porter.
Enfin, à force de crier au loup, les habitants du village ont cessé de croire le berger.
Le discours officiel de la Syrie a trop fait usage de la théorie du complot, depuis l’arrivé du parti Baath au pouvoir en 1963.
Quand le loup « sioniste » est arrivé véritablement, mais sous un false flag noir, les manipulés dansaient déjà avec les loups, tout comme leurs futures balivernes avec daech et consorts, dans les années qui suivirent.



*Journaliste syrien










 


Mardi 15 Mars 2016


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