Politique Nationale/Internationale

Survivre au Board of Deputies [le CRIF, version sauce à la menthe] : Ce que Ken Livingstone - maire de Londres - et Artie Fishel - un personnage de fiction – ont en commun


La maturation de l’idée qui a présidé à la création du personnage d’Artie Fishel a pris quelque temps. Initialement, j’avais prévu de créer un forum de discussion en ligne, où serait intervenu un sioniste fictionnel. Je pensais que nous pourrions tous tirer bénéfice d’une véritable discussion à bâtons rompus avec un authentique sioniste réagissant en temps réel. Un homme qui comprenne la mentalité israélienne et qui puisse défendre d’un point de vue moral la tendance impitoyable inhérente au nationalisme juif.


Gilad Atzmon
Mercredi 25 Octobre 2006

Survivre au Board of Deputies [le CRIF, version sauce à la menthe] : Ce que Ken Livingstone - maire de Londres - et Artie Fishel - un personnage de fiction – ont en commun
Gilad Atzmon

Traduit par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice

[Créé par le saxophoniste de jazz et non moins romancier Gilad Atzmon, Artie Fishel est un personnage de fiction satirique entendant incarner le premier sioniste artificiel, lequel, en dépit des efforts acharnés du groupe de lobbying extrémiste The Board of Deputies of British Jews [BOD] [équivalent britannique du CRIF français] et d’une pression politique énorme s’exerçant sur l’entreprise de restauration Pizza Express, a fait ses débuts à Londres au prestigieux club de jazz Pizza On The Park, dans le quartier de Knightsbridge, la semaine dernière, entamant le mercredi 18 octobre une série de quatre concerts nocturnes…]


Cependant, étant avant tout un musicien, il n’a pas fallu bien longtemps avant que j’envisage une projection musicale de l’homme qui allait occuper une place centrale dans ce projet. J’ai donc créé un personnage imaginaire, Artie Fishel, qui est un homme convaincu que le jazz n’a rien à voir avec l’Amérique ni l’Afrique. Pour Artie, le jazz est juif, et il est né dans les ghettos juifs d’Europe orientale. Pour Artie, le jazz doit mettre un terme à sa diaspora et opérer son retour dans sa patrie originelle.

Cet Artie est vraiment un type très drôle – absolument pas violent ; de fait, il aime la paix, il aime son peuple, son peuple l’aime, mais par-dessus tout, c’est lui-même qu’il adore. Artie est avant tout un amuseur. Un juif sioniste peut voir en Artie un reflet de lui-même, d’autres peuvent le considérer comme un aperçu de la mentalité israélienne et sioniste, d’autres encore peuvent tout simplement en rire. Tout au long du processus de sa création, mon orchestre, mon imprésario et moi-même avons travaillé dur afin de faire disparaître toute trace d’éléments qui auraient pu être considérés offensants. Nous pensions qu’Artie devait être un exemple parfait de résistance culturelle, sans déborder les limites de ce qui est autorisé. Nous sommes très contents, et fiers, de notre produit final.



Survivre au Board of Deputies [le CRIF, version sauce à la menthe] : Ce que Ken Livingstone - maire de Londres - et Artie Fishel - un personnage de fiction – ont en commun
Mais le Conseil des organisations Représentatives des Institutions Juives de Grande-Bretagne, une association autoproclamée représentante des juifs britanniques, a décidé de tuer Artie avant même qu’il ne fût né. Une semaine avant nos concerts inauguraux à la prestigieuse Pizza On The Park de Londres, j’ai appris que la direction de la chaîne Pizza Express avait été soumise à d’intenses pressions. Elle avait fait l’objet d’une incursion de « soi-disant consommateurs » qui ont exprimé leur indignation devant le fait que Pizza Express « ait jugé bon de fournir une scène à Gilad Atzmon, ce « raciste », cet « antisémite », ce « négationniste ». Les gens à l’initiative de cette campagne, ai-je appris, tenaient tous le même langage. Bien que j’ai écrit des centaines de pages d’articles sur Israël, la Palestine et l’identité juive, il s’avérait que les « soi-disant consommateurs » citaient tous les quatre mêmes citations. Des passages qui avaient été soi réécrits, soit sortis de leur contexte ; ils allaient même jusqu’à me prêter des propos que je n’ai jamais tenus personnellement.

Les responsables de Pizza Express ont eu la bonne réaction : ils ont pris leur temps, et ils ont soupesé les accusations. Et, en dépit d’une pression considérable exercée sur eux, ils ont décidé que le spectacle aurait lieu, conformément à ce qui était prévu.

Un porte-parole de Pizza On The Park a dit : « Gilad Atzmon a été engagé en raison de son talent musical, en tant que saxophoniste et compositeur reconnu, respecté et primé, qui s’est produit en public dans le monde entier, ainsi que dans des lieux de jazz londoniens prestigieux. Ses concerts à Pizza On The Park ont soulevé un très grand intérêt. » Et, de fait, des représentants de Pizza Express ont assisté en personne à la soirée inaugurale ; ils n’ont trouvé aucune raison d’annuler mes spectacles.

De plus, Pizza Express n’est pas un cas unique. Le vendredi , cinq jours avant la grande première pour Artie, The Guardian Guide et The Independent Information ont classé « Gilad Atzmon Présente : Artie Fishel et l’Orchestre Promis » [Gilad Atzmon Presents : Artie Fishel and The Promised Band*] parmi les concerts de jazz recommandés de la semaine. Je suppose que cela n’a pu qu’encourager les responsables de Pizza Express à se convaincre que mes concerts devaient se poursuivre. Assurément, si j’étais raciste, comme l’affirme outrageusement le BOD, la presse nationale britannique s’abstiendrait de me présenter de manière positive ou de me soutenir, moi, Gilad Atzmon, ou mes derniers projets en date. Durant les derniers jours avant le concert, la Radio 3, une chaîne de la BBC et [le quotidien gratuit] London Metro ont suivi le mouvement. De fait, je n’avais encore jamais reçu autant de soutien, en si peu de temps, avant l’un quelconque de mes précédents albums ou concerts.

Pour le BOD, c’en était trop. De manière peu avisée, plutôt que de lâcher le morceau en reconnaissant qu’ils avaient sans doute commis une erreur, ils ont décidé de monter d’un cran. La Fédération Sioniste est entrée en scène. Ensemble, ils se sont orientés vers une violence verbale modérée. Leurs appels téléphoniques adressés à la Pizzeria devinrent de plus en plus insultants, et un piquet de protestation était en préparation, devant le restaurant. Pizza Express n’avait dès lors d’autre choix que de louer les services de videurs afin de protéger ses clients contre le zèle sioniste. Cela n’était assurément pas vraiment le genre de comportement susceptible de donner une image brillante de ceux qui se targuaient d’intervenir au nom des juifs.

Je tiens à confesser ici qu’à ce stade, j’étais plutôt embarrassé par l’ensemble de cette saga. En fin de compte, Pizza Express n’a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien. Je me sentais coupable, aussi, vis-à-vis de la jeune téléphoniste du bureau de réservations du restaurant, qui était contrainte de supporter quotidiennement des dizaines de manifestations des plus vulgaires de la violence verbale sioniste. Ainsi, quand je suis entrée dans le restaurant, le mercredi, j’étais vraiment dans mes petits souliers. Mais, à ma grande surprise, j’ai découvert que tout le personnel, sans exception, était de mon côté. De fait, ni mes musiciens, ni moi-même, nous n’avions jamais reçu un accueil aussi chaleureux dans une salle de concert. Le personnel s’est mis en quatre pour nous bichonner et faire que nous nous sentions comme à la maison…


Survivre au Board of Deputies [le CRIF, version sauce à la menthe] : Ce que Ken Livingstone - maire de Londres - et Artie Fishel - un personnage de fiction – ont en commun
Lors de la première de nos quatre soirées à Pizza On The Park, nous avons remarqué un nombre assez important d’Israéliens et d’autres personnes qui ne ressemblaient pas vraiment à notre public habituel… Bien que dérangés par cela, nous n’avons rien changé à notre spectacle, nous avons joué comme si de rien n’était. Les deux premières soirées se sont parfaitement déroulées, sans aucune interférence. Vers la fin de la première, je me sentais plus à l’aise, et j’ai pris conscience que les Israéliens, dans la salle, s’éclataient ; beaucoup d’entre eux ont acheté notre nouvel album et certains ont même demandé des autographes. Toutefois, à la fin du concert, j’ai appris par un producteur d’Al Jazeera qui était là afin de couvrir l’événement qu’un obscur journaliste d’Evening Standard s’était approché de lui, à la fin du spectacle, ne comprenant visiblement pas ce qui se passait… Apparemment, le BOD avait contacté des médias régionaux et nationaux en leur promettant que s’ils assistaient à notre spectacle, ils tenaient le scoop de la manifestation d’un « Négationniste », ou, à tout le moins, d’un fomenteur de guerre « raciste »… Le journaliste de l’Evening Standard était plutôt paumé : il ne voyait pas trop quel genre d’article il pourrait écrire, au juste… Aucun incident particulier : simplement un spectacle satirique. A l’évidence, le BOD s’est pris à son propre piège minable. La semaine même où sa dernière victime en date, le Maire de Londres, Ken Livingstone, venait de gagner en appel contre sa demande de révocation au motif de ce qui avait été présenté comme une diffamation « nazie », il a lamentablement échoué dans sa tentative d’amener la presse à me diffamer…

En effet, le vendredi matin suivant, le Guardian, ainsi que le quotidien londonien Evening Standard donnaient une critique très favorable de mon nouvel album, le critique de l’Evening Standard écrivant même que c’était l’humour « juif » qui présidait à notre projet… Il était dès lors évident que l’infâme BOD avait échoué à livrer un énième scandale en pâture aux médias britanniques. Le seul follicule restant à la disposition d’un BOD totalement humilié fut le Jerusalem Post, un quotidien israélien en anglais, d’extrême-droite.

Mais leur fiasco ne s’en tint pas là : vendredi 21 octobre, un ministre important du gouvernement travailliste a assisté à notre spectacle. Comme si cela ne suffisait encore pas, nous sommes en train de recevoir un soutien très important et très encourageant de jeunes de la communauté juive. Un jeune promoteur juif qui a vu Artie Fishel en action cette semaine insiste pour programmer un concert dudit Artie Fishel à Golders Green (le Shtetl juif de Londres). Un autre juif [du parti] conservateur, qui a assisté à notre concert, a décidé d’organiser un débat autour de mes idées. Cet événement est d’ores et déjà programmé pour la mi-novembre…

Artie Fishel n’a été inventé que pour ça : pour engager un débat, pour amener les gens à examiner le sionisme et la culture sous un angle différent. Il est là pour permettre aux Juifs de se regarder sans crainte et pour permettre aux non-juifs d’examiner le sionisme et le colonialisme culturel sans perdre leur dignité. Le BOD voulait réduire Artie au silence, ainsi que son créateur et son message ; momentanément, au moins, sa campagne est un flop total.

* Jeu de mots entre The Promised Land (la Terre promise) et The Promised Band (l’Orcherstre promis)






CounterPunch



http://www.gilad.co.uk/

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1389&lg=fr


Mercredi 25 Octobre 2006

VIDEOS | Politique Nationale/Internationale | Propagande médiatique, politique, idéologique | Société | Histoire et repères | Conflits et guerres actuelles | Néolibéralisme et conséquences

Publicité

Brèves



Commentaires