Politique Nationale/Internationale

Sur l'arrestation de Karazdic et le TPIY



Samedi 26 Juillet 2008

Sur l'arrestation de Karazdic et le TPIY

Le TPIY s'est complètement discrédité (source au sein de la diplomatie russe)

MOSCOU, 25 juillet - RIA Novosti. La partialité du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a fini par lui ôter tout crédit, a confié à l'agence RIA Novosti une source au sein du ministère russe des Affaires étrangères (MID).

"Les informations provenant du TPIY attestent que cette juridiction s'est complètement discréditée" aux yeux de la communauté internationale, a affirmé la source qui a souhaité conserver l'anonymat. "La tendance du tribunal à punir uniquement les Serbes est devenue une règle après l'acquittement de Naser Oric, commandant bosniaque des Forces armées de Srebrenica qui ont massacré au moins 1.500 Serbes", a constate l'interlocuteur de l'agence.

La Russie insiste pour que le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie achève ses travaux avant 2010, comme cela est prévu par la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU pour le TPIY. Selon Moscou, la relaxe prononcée à l'égard du Bosniaque Naser Oric, accusé de crimes contre les Serbes lors de la guerre de Bosnie-Herzégovine de 1992-1993, constitue un argument de plus en faveur de la fermeture du TPIY.

Tout donne à penser qu'un autre prévenu bosniaque, le chef d'état-major de l'armée des Musulmans de Bosnie-Herzégovine Rasim Delic, sera également acquitté. Son procès dure depuis juillet 2007.

Delic est l'un des rares Musulmans de Bosnie à avoir été traduit devant le tribunal de La Haye pour les crimes commis au cours de la guerre de Bosnie en 1992-1995. L'ancien chef militaire est accusé d'infraction aux règles et aux coutumes de la guerre, notamment de meurtres, de viols et de traitement cruel de prisonniers. Ces crimes ont été perpétrés par des mercenaires étrangers de la division El Moudjahid placée sous son commandement.

Deux épisodes constituent les chefs d'accusation contre Delic: le massacre de 23 prisonniers croates en juin 1993 et les exécutions massives des Serbes dans le camp de Kamenica, en septembre 1995, soit à une époque où les hostilités avaient déjà pris fin. Les prisonniers serbes ont été décapités par les islamistes de la division El Moudjahid.

Bien que les charges pesant contre Delic soient extrêmement graves, le TPIY a laissé entendre qu'il serait acquitté, a souligné l'interlocuteur de l'agence.

Une relaxe sera sans doute prononcée à l'égard du général croate Ante Gotovina, inculpé de violences à l'égard de Serbes de Krajina durant l'été 1995. Quoi qu'il en soit, les audiences seront présidées par un magistrat néerlandais qui a déjà relaxé plusieurs criminels de guerre musulmans accusés de meurtres de Serbes.

Si les procès contre MM. Delic et Gotovina aboutissent à leur acquittement, la tendance antiserbe du tribunal de La Haye pour l'ex-Yougoslavie sera évidente pour tout le monde, estime la source au sein du MID russe.

L’arrestation de Karadzic : l’étrange façon de Belgrade d’entrer dans l’Union Européenne

ANDREI FEDYASHIN, Ria-Novosti, 24 juillet 2008

Le TPIY de La Haye a finalement eu son autre prisonnier de première catégorie : sous garantie de La Haye, l’ex-chef des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été arrêté en Serbie.

Les descriptions des circonstances de son arrestation sont contradictoires : certains disent qu’il a été arrêté à Belgrade le soir du 18 juillet, d’autres qu’il a été capturé le soir du 21. Son avocat soutient qu’il a été arrêté le 18, tenu au secret sans aucun avis d’accusation, empêché de pouvoir rencontrer son défenseur, en violation des règles de procédure, et que son arrestation est par conséquence illégale ; et que Karadzic doit être relâché. Mais ceci n’est pas le problème. Quand l’arrestation d’un personnage de telle envergure arrive, ceci équivaudrait à couper les cheveux en quatre.

Et les conjectures sur la possibilité que Karadzic soit jugé en Serbie et non pas à La Haye sont vaines. Pour le nouveau gouvernement pro-occidental du Président Tadic et du Premier ministre Tsetkovic, garder Karadzic en Serbie n’a pas de sens et peut même être dangereux.

Comme tous les plus grands protagonistes dans le drame décennal sanglant de la désintégration de la Yougoslavie, l’ex-psychiatre sexagénaire, poète et chef des Serbes de Bosnie est une figure hautement polarisante. Pour la majorité des Serbes de Bosnie et de nombreux Serbes en Serbie, il est un héros, un combattant consciencieux pour la terre et les droits des Serbes. Pour les musulmans de Bosnie et les Croates c’est le diable en personne, dont les mains sont pleines de sang. Richard Holbrooke, le diplomate étasunien qui élabora les accords mettant fin à la guerre de Bosnie, l’a décrit en apprenant son arrestation comme « l’Ossama Ben Laden européen ».

L’on pourrait se demander si les autorités serbes sont en train de faire quelque chose de juste, si elles sont pro-occidentales, pro-slaves, vraiment serbes ou traîtres, mais, laissant de côté leur émotivité, les actuels président et gouvernement de Serbie n’ont pas d’autre choix que de remettre Karadzic au TPIY. Tous les deux se sont déclarés pro-européens pendant leurs campagnes électorales, et ne peuvent conquérir un accès à l’Europe sans coopérer avec le TPIY pour la capture des « crapules ». Si l’on considère la situation de l’économie serbe (de laquelle les incursions de l’Otan sont en partie responsables) , l’avenir serait ardu sans l’assistance de l’Union Européenne : un rejet politique entre ex-frères et sœurs yougoslaves qui ont déjà adhéré ou sont en train de le faire à l’Europe et à l’Otan. La Serbie n’a eu personne sur qui s’appuyer.

Il est très clair dans ce qu’on voit se développer en Serbie et au Kosovo que personne n’est en train d’amener la Russie dans les Balkans. Et, reconnaissons- le, la Russie elle-même a abandonné la Yougoslavie et la Serbie si durement (d’abord sous Gorbatchev et ensuite Eltsine) que peu de Serbes peuvent sérieusement croire dans son aide. Qu’est-il arrivé au fameux dit-on serbe « Dieu est au ciel, la Russie sur la terre » ? Dans tous les cas, les temps changent, et nous devons être plus circonspects pour soutenir nos frères slaves serbes.

Nombre de lances ont été rompues et nerfs mis à vif aux Nations Unies sur le soutien au Kosovo, mais maintenant Belgrade souhaite à nouveau la bienvenue aux ambassadeurs de tous les pays occidentaux qui ont reconnu l’indépendance du Kosovo. On n’affiche plus de rancoeur à leur égard. Belgrade est sur le seuil de l’Union Européenne. Elle frappera aussi à la porte de l’Otan, ce n’est qu’une question de temps. La Russie se retrouvera encore seule avec sa position de principe pour soutenir des intérêts qui ne sont pas nos intérêts. Les principes sont tous très bons pourvu qu’ils naissent naturellement, qu’ils produisent des fruits et rendent notre position attrayante…


L’arrestation de Karadzic est arrivée au même moment que la rencontre des ministres des Affaires étrangères de l’Ue à Bruxelles où se discutait la question de l’admission de la Serbie ; l’Ue a posé comme condition pour cette admission la capture de Karadzic et de son chef militaire le général Mladic. Manuel Barroso a dit que c’était très important pour les ambitions européennes de la Serbie. Le représentant de la politique étrangère et de la sécurité européenes, Javier Solana, a, lui, exprimé le souhait qu’après l’arrestation le TPIY apprécie la « pleine collaboration » de Belgrade et donne son feu vert à l’accord clé entre l’Union et la Serbie. « Je dois encore parler avec le procureur du TPIY mais je suis certain qu’il confirmera cette pleine coopération ». Voilà un bien étrange échange : un billet d’entrée en Europe contre une arrestation.

D’aucuns se demanderont, cependant, pourquoi les présumés crimes commis par Karadzic ont été établis a priori, avant le procès. Karadzic a été accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité en 1995 (la guerre en Bosnie a duré de 1992 à 1995), et le mandat d’arrêt contre lui a été lancé le 24 juillet 1996. Ni Karadzic, ni Milosevic, qui est mort sous la garde du TPIY en 2006, n’étaient des anges. Les guerres civiles ne produisent pas des anges. Au contraire, les conflits ethniques artificiellement fomentés, dans lesquels les balles sont le dernier argument, ont toujours été particulièrement brutaux. Quand une partie seulement est constamment accusée d’atrocités, se pose la question : la Justice est-elle vraiment impartiale ? Les Serbes de Bosnie-Herzégovine furent accusés de « séparatisme » et d’avoir déclenché une guerre, mais à la fin la Bosnie a du être divisée en deux parties, musulmane-croate et serbe.

Karadzic est accusé d’avoir organisé et encouragé le massacre des musulmans à Srebrenica. Mais personne ne connaît exactement le nombre de personnes qui sont mortes et si c’est là qu’elles ont été tuées. Les journaux occidentaux citent différents chiffres : 6.000, 7.000, 8.000. Le cimetière mémorial de Srebrenica a 2907 tombes. C’est épouvantable. Le nombre de réfugiés est atroce, il oscille entre 1 et 2 millions. Le problème et le malheur du TPIY sont qu’il a beaucoup de mal à trouver des témoins. Il ne possède rien de semblable aux institutions juridiques nationales, alors il utilise les canaux d’information publique, et en particulier les organes de presse. A propos, l’acte d’accusation de Karadzic ne mentionne jamais le nombre des victimes.

Voilà bien un très étrange procès que celui où quelqu’un est déclaré coupable dès le début. Nombre de ceux qui sont accusés ou poursuivis sont des Serbes. Les criminels des autres nationalités sont peu nombreux et sont loin, les Serbes plus de 90%.

Version italienne de Federico Robert i publiée vendredi 25 juillet 2008 par Eurasia
http://www.eurasia- rivista.org/ cogit_content/ articoli/ EkEyAlFpFFUvLhHu Sf.shtml
Source Ria-Novosti, 24 juillet 2008
http://en.rian. ru/analysis/ 20080724/ 114822310. html
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Karadzic, le cauchemar n’est pas fini

Danilo Zolo
25 juillet 2008
Eurasia

L’arrestation de Radovan Karadzic a été accueillie triomphalement comme une grande et inattendue victoire de la justice internationale. C’est la fin d’un cauchemar pour les membres du Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie et ceux qui le soutiennent. Et ça l’est pour tous ceux qui n’oublient pas les tragédies de la guerre de Bosnie-Herzégovine et, en particulier, du massacre de Srebrenica en juillet 1995. Finalement, après treize années de contumace, on déclare qu’un féroce criminel, souvent stigmatisé comme « bourreau de Srebrenica » et « boucher des Balkans » (par les médias étasuniens et occidentaux, NdT), sera enfin jugé et condamné à la réclusion à perpétuité.

Tout le monde attend à présent que l’Europe fasse pression sur le gouvernement serbe et sur le Président Boris Tadic pour qu’ils collaborent, en accélérant le processus d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne.

Mais le processus est encore suspendu dans l’attente d’une pleine coopération de la police serbe avec l’activité d’investigation du Tribunal de La Haye. Et l’Ue fait dire que « cela ne suffit pas ». Attitude qui, pour le moins, peut se transformer en boomerang pour le gouvernement de Belgrade qui a permis l’arrestation.

Il serait ingénu ou aveuglément partisan de nier les graves responsabilité s politiques que Karadzic a eues dans le processus sanglant de démembrement de la Fédération yougoslave et de la Bosnie en particulier. Et l’on ne peut pas nier que les crimes qu’il a très probablement commis méritent d’être prouvés et punis. Mais tout cela n’efface pas certains aspects gravement négatifs de l’ensemble de l’affaire qui jettent une ombre pesante sur le rôle que l’Europe, l’Otan et le Tribunal de La Haye ont joué dans les Balkans à partir du début des années 90.

On ne peut pas ignorer, avant tout, qu’une fois de plus, dans les Balkans, le rôle de l’Europe –dans ce cas soutenue par les Etats-Unis- a été d’exaspérer le nationalisme, de favoriser la fragmentation des ethnies et de leurs structures politiques, et d’aggraver la dépendance de leurs économies vis à vis de l’étranger. On a réitéré la logique des stratégies impériales qui des siècles durant ont dominé la « question d’Orient », depuis l’expansionnisme de la Russie tsariste et de l’Autriche habsbourgeoise jusqu’à l’invasion de la Yougoslavie par les troupes fascistes et nazies pendant la Seconde guerre mondiale.

La « Guerre humanitaire » déclanchée au printemps 1999 par l’Otan contre la Fédération yougoslave, motivée par la nécessité de défendre la minorité albanaise du Kosovo, n’a pas échappé à cette logique impériale. La guerre de l’Otan –qu’Antonio Cassese, premier président du Tribunal de La Haye, a justement définie comme portant gravement atteinte à la Charte des Nations Unies- a comporté dix mille missions d’attaque et l’usage de plus de 23 mille engins explosifs. Les attaquants ont provoqué des massacres de civils et dévasté le pays en utilisant des armes de destruction massive, y compris des bombes à fragmentation et des projectiles à l’uranium appauvri. Le Tribunal de La Haye, bien qu’il en ait l’entière compétence, a ignoré les très graves crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis très sûrement par les autorités politiques et militaires de l’Otan, à commencer par son secrétaire Javier Solana qui applaudit aujourd’hui la capture de Karadzic.

Il convient de considérer que la Procure du Tribunal a établi des rapports de collaboration systématique avec les sommets de l’Alliance atlantique. Et l’on n’oubliera pas non plus que, en échange de sa précieuse collaboration, l’Otan a obtenu de la Procureur Carla del Ponte le classement des dénonciations présentées contre ses autorités politiques et militaires par d’éminents juristes occidentaux.

Enfin, la « guerre humanitaire » voulue par l’Otan n’a jamais arrêté la violence et le versement de sang. Comme toute autre guerre, la guerre du Kosovo a laissé un long sillage de haine, peur, corruption, misère et mort. La protection des droits des citoyens kosovars-albanais n’a pas arrêté l’ « épuration ethnique ». Celle ci a continué sans pitié, mais dans l’autre direction : contre les Serbes vaincus, par les milices de l’Uck, sous les yeux des troupes de l’Otan. Jusqu’à devenir, contre tout le droit international, la légitimation d’une indépendance unilatérale.

Aujourd’hui la capture de Karadzic, loin de favoriser la renaissance du pays serbe et le renforcement de la démocratie, peut aggraver la situation. Après la séparation illégale du Kosovo de l’Etat unitaire Serbe, la nouvelle intervention du Tribunal de La Haye pourrait conduire non pas à la paix et à une entrée heureuse de la Serbie en Europe, mais à de nouvelles tensions nationalistes et à de nouvelles crises de violence. Le cauchemar, malheureusement, n’est pas terminé.

Edition de vendredi 25 juillet de la Revue d’études géo-politiques Eurasia
« L’article du Professeur Danilo Zolo, paru dans le quotidien il manifesto du 24 juillet 2008 est ici reproduit avec une légère modification apportée dans sa première partie.
La modification, faite avec l’accord de l’auteur, a été rendue nécessaire afin éviter toute ambiguïté qu’une lecture superficielle pourrait engendrer. Le ton du début de l’article se voulait, évidemment, sarcastique » (Tiberio Graziani, directeur de Eurasia)

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio (cette version tient compte de la modification signalée par t.g.)



Samedi 26 Juillet 2008

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