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« Sur Al Manar toutes les opinions ont le droit de s’exprimer » - Entretien avec le journaliste Mohamed Shams


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Eetemade Melli, mai 2007

Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice


Eetemade Melli
Jeudi 24 Mai 2007

 « Sur Al Manar toutes les opinions ont le droit de s’exprimer » - Entretien avec le journaliste Mohamed Shams
Si nous admettons que la victoire usaméricaine lors de la première guerre du Golfe est en grande partie l’oeuvre des chaînes de télévision Fox et CNN, on peut aussi admettre que durant les 33 jours de la guerre israélo-libanaise la chaîne Al Manar a joué un rôle-clé. Or la télévision Al Manar est en butte à d’énormes difficultés de la part des grandes puissances.


 


Eetemad Melli : Dr. Shams , quel  but s’était fixé AlManar au début de son travail ?
Mohamed Shams : Résistance contre l’Amérique ! Le but, ou si vous voulez, le slogan d’Al Manar est de faire paroli (1) à la propagande d’Israël et de l’Usamérique et à la guerre psychologique qu’ils mènent.


 


 Al-Manar est la télévision du Hezbollah, que les USA ont placé sur leur liste des « terroristes ». Comment vivez-vous avec cette stigmatisation ?
Nous sommes malheureusement nombreux à en « bénéficier ». Si vous écoutez ce qui se dit aux USA, vous le constaterez :  arabe ou musulman va de pair avec terrorisme.

Que faites-vous pour rectifier cette image ?
C’est exact que notre slogan, à Al Manar , c’est « Résistance ! ». Mais notre  résistance vise à rétablir la paix et le calme. Et cela vaut pour toute notre production, y compris les documentaires et même les séries.  Nous ne voulons pas la guerre. Terrorisme et résistance sont loin d’être synonymes. Depuis sa fondation le Hezbollah n’a pas tué un seul civil. Faire comprendre cela n’est pas facile, et c’est une tâche que nous devons accomplir. Notre chaîne a réussi à se faire entendre, au moins dans le monde arabe.

Ce succès est-il confirmé par des chiffres et des relevés ?
Oui, depuis 2000, début de notre retransmission par satellite, des études de firmes indépendantes  reconnues par les publicitaires ont montré que depuis les 33 jours de guerre avec Israël, Al Manar est la chaîne la plus regardée en Palestine et au Bahreïn, la deuxième  en Afrique du Nord et la cinquième dans les États du Golfe.



Dans combien de pays êtes-vous reçus ?

Dans tout le monde arabe. Également en Australie, dans certains pays asiatiques et aux USA.



Les Usa ont-ils empêché la réception d’Al Manar ?

Oui, à l’heure actuelle, dans plusieurs pays d’Europe, nous travaillons, pour être reçus, avec quelques entreprises privées et fournisseurs d’accès par câble.



Quelles informations ciblez-vous particulièrement ? Le Liban et le Proche-Orient ?

Nous traitons principalement  des sujets liés à la politique de destruction menée par Israël et les USA. En tête vient la Palestine, suivie par l’Irak et l’Afghanistan. L’an dernier les USA se sont ingérés dans les affaires intérieures libanaises. C’est pourquoi nous informons tout particulièrement sur ce qui se passe au Liban. Mais pas parce que nous sommes libanais : en raison de l’ingérence occidentale dans notre pays.


 


Monsieur Shams : Si au Liban et au Proche-Orient s’établissait une paix juste, qu’adviendrait-il d’Al Manar ? Car Al Manar est le produit  d’une époque de crise. Resterait-il une place pour vous en temps de paix ?
Al Manar n’est pas seulement une chaîne politique, elle couvre tous les sujets. Nous passons aussi des séries, des programmes pour les enfants, des émissions pour les jeunes et du sport. Si la paix arrive, nous nous adapterons au  temps de paix. Nous nous conformons aux sujets et situations d’actualité.


 


Donc vous n’êtes pas un enfant de la crise ?
Accuser le Hezbollah et Al Manar de ne pouvoir exister qu’en période de crise est une calomnie. Nous avons montré au cours des années précédentes que nous voulions le calme. Al Manar n’est pas une chaîne militaire ; elle aborde tous les sujets, travaille de manière professionnelle et suit la réalité, que ce soit en temps de crise ou en temps de paix.


 


Est-ce qu’Al Manar rend compte  en ce moment de la reconstruction après les dommages de guerre ?
Oui, parce que le Hezbollah s’est attelé à cette reconstruction, mais le gouvernement pas encore. Il était nécessaire de rendre compte de cette réalité et d’informer la population des progrès de la reconstruction.


 


Al Manar a joué un grand rôle pour informer durant les 33 jours de la guerre israélo-libanaise. Mais la chaîne s’est heurtée à bien des problèmes. Qu’avez-vous fait pour les résoudre ?
Quelques jours après le début de l’affrontement, Israël a lancé contre le bâtiment principal d’Al Manar à Beyrouth des attaques violentes qui l’ont entièrement rasé. Tous les studios ont été détruits. Nous n’avons eu à déplorer que deux blessés. C’est une roquette israélienne tirée sur notre bâtiment au troisième jour de guerre qui les a atteints. Nous avons aussitôt évacué le bâtiment.


 


« Reporters sans frontières » n’a-t-il pas réagi à cette attaque ?
Si, un représentant de RSF est venu au Liban, a pris part à quelques conférences de presse et s’est solidarisé avec Al Manar. Toutefois Al Manar n’avait pas été la seule à être attaquée, d’autres chaînes avaient été touchées. Mais c’est nous qui avons subi le principal assaut.


 


Comment Al Manar a-t-elle continué à émettre après cette attaque ?
Nous avions des studios dans des lieux tenus secrets d’où nous avons pu diffuser nos informations


 


Combien de journalistes d’Al Manar ont-ils été tués ou blessés dans l’exercice de leur profession ?
Pendant la guerre israélo-libanaise nous avons eu deux martyrs et 5 à 6 blessés au Sud-Liban.


 


À partir de quels territoires avez-vous émis durant la dernière guerre ?
Dieu merci, les USA n’ont pas réussi à nous couper de la retransmission par satellite. Ainsi que le Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères des USA l’a reconnu lui-même, ses conversations répétées avec l’Arabie Saoudite visant à nous couper d’Arabsat n’ont pas abouti. Mais dans la retransmission au sol nous avons perdu 40 à 50% de nos informations.  Quelques antennes ainsi que des studios d’Al Manar ont été pris pour cibles. En revanche la diffusion par satellite a été un succès total.


 


Comment Al Manar se comporte-t-il vis-à-vis des voix différentes et critiques ? Leur donnez-vous la parole et le droit de libre expression ? Invitez-vous, par exemple, la coalition du 14 mars ?
Al Manar n’est pas le fief d’une pensée unique. Nous entretenons des relations avec tous les groupes laïcs, libéraux et socialistes. Nous n’avons aucun problème avec les groupes, y compris ethniques. C’est du reste l’une des spécificités du paysage médiatique libanais. Dans notre émission « Hadith al Saa » nous invitons par principe un « pour » et un « contre ». Le paysage  médiatique libanais est très ouvert.


 


Peut-on comparer le paysage médiatique au Liban et en Iran ?
Il existe  une grande différence entre ces deux États. En Iran il y a deux fronts principaux, et au Liban des douzaines, tous actifs.


 


Quels problèmes rencontrez-vous dans votre travail ?
Les responsables iraniens devraient accorder plus d’attention aux médias étrangers. Notre monde est un monde médiatisé. Al Manar ne critique pas la république Islamique.


 


Sous aucun rapport ? N’est-ce pas beaucoup dire ?
Il est normal d’avoir des divergences d’opinion. Mais Al Manar ne s’ingère pas dans les affaires intérieures iraniennes. Notre but en tant que média est de donner une image fidèle de la réalité.


 


La réalité a toujours deux côtés, un positif et un négatif. Présentez-vous ces deux aspects ?
Al Manar s’efforce de refléter les aspects positifs dans le vécu du peuple iranien.


 


Jusqu’ ici, avez-vous critiqué la politique du gouvernement actuel ?
Notre propos n’est pas de critiquer. Il faut distinguer entre critique et relation des faits. Autrement dit nous ne nous reconnaissons pas le droit de juger et de prendre position.


 


Quelles difficultés rencontrez-vous pour relater les faits qui se produisent en Iran ?
Il y a de nombreux problèmes ; par exemple, si nous demandons une interview à un responsable politique, ou nous n’avons pas de réponse, ou cela prend des mois.


 


C’est vraiment étrange, qu’il en soit ainsi dans votre cas.
Parfois des médias occidentaux se voient accorder plus de temps pour une interview. Je pense que beaucoup de responsables politiques sous-estiment l’importance que revêt pour le monde arabe l’exposé de leurs positions. En ce moment on monte l’opinion publique arabe contre l’Iran. On ne cesse de faire accroire aux Arabes que la puissance de l’Iran est en pleine expansion, que l’Iran cherche à accéder à l’arme atomique et représente un danger pour les Arabes, ce qui est complètement faux, une simple manœuvre pour les influencer. Les responsables iraniens devraient exposer plus clairement leurs vues au monde arabe. Ce dernier n’a pas une vision positive de l’Iran.  Les responsables iraniens devraient accorder plus d’interviews aux médias arabes. Nous autres  à Al Manar, sommes prêts à interviewer chaque semaine des personnalités iraniennes à même de bien exposer les positions de leur pays.  


 


Tirez-vous le signal d’alarme ? 
Oui, car cela ne se borne pas aux provocations politiques, il y en a aussi de religieuses, on sème la discorde entre chiites et sunnites et cela, c’est dangereux. Les responsables iraniens ont ici une bonne occasion de présenter leurs positions aux populations de la région.


 


Quelles sont vos relations avec les autres médias libanais travaillant en Iran ? Vous excluez-vous mutuellement ?
Non, nous coopérons, nous échangeons des informations. J’ai des relations amicales avec l’ambassadeur du Liban en Iran. Nos opinions diffèrent, mais nous ne sommes pas ennemis.


 


Au cas où Fouad Siniora se rendrait en visite au Liban - éventualité écrite  dans les étoiles- couvririez-vous cet événement ?
Certainement. Cela ne veut pas dire que nous approuvions sa politique. Mais en tant que Premier ministre du Liban, nous le respectons. Refuser de le couvrir une telle visite serait une erreur.


 


Conclusion ?
J’aimerais demander aux responsables politiques de faciliter le travail des journalistes, par exemple lors des élections, il y a trop de bureaucratie et de paperasses en Iran. Almanar aimerait parler davantage des conditions de vie de la population et de  l’évolution de la société en Iran et en informer le reste du monde.


(1) Faire paroli : expression empruntée aux jeux de hasard et signifiant que l'on double la mise contre l'adversaire à chaque gain.





Original : http://www.roozna.com/Negaresh_site/FullStory/?Id=37400


Traduit du persan en allemand par Hamid Beheschti et de l’allemand par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice. Tous sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2770&lg=fr


   


Jeudi 24 Mai 2007

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