MONDE

Stratégie du Mur dans la pensée Sioniste


Par Adel Safty


Le Professeur Safty est Doyen du College des Sciences Sociales et Humanitaires à l'Université UAE. Il est l'auteur ou l'éditeur de 14 livres dont : From Camp David to the Gulf, and the forthcoming Leadership and Democracy ( IPSL Press, New York, 2004 )


Lundi 21 Mars 2005




La semaine dernière, la Cour Internationale de Justice, CIJ, à La Hague a commencé ses délibérations sur la légalité du Mur israélien. Israel boycotte les auditions, que Sharon a appelées avec mépris : « un cirque international ». Il maintient que la construction du mur est une mesure défensive. Je pense qu'il a raison. Il défend une idéologie Sioniste, basée sur le déplacement violent et la dépossession des Palestiniens, justifiées en termes d'exclusivité raciale. En tant que symbole de la pensée Sioniste, le mur est une suite de la stratégie Sioniste.

En 1923, le leader faciste Sioniste, Vladimir Jabotinsky a énoncé l'essentiel du dispositif pour l'application, sinon publiquement reconnue, de la stratégie Sioniste. Dans un article intitulé "le Mur de Fer", Jabotinsky a prêché que la force était la seule façon de surmonter la résistance arabe au projet Sioniste de transformer la Palestine en un Etat Juif.

Les adeptes de Jabotinsky étaient les leaders terroristes Juifs qui devinrent des Premiers Ministres d'Israel, Menachem Begin et Yitzhak Shamir, et les responsables du Likud dont Sharon.

Les responsables Travaillistes, en particulier Ben Gourion, parlaient d'adaptation mais, en réalité, ils ont mis en application la stratégie du Mur de Fer comme le reconnaissent aujourd'hui les historiens israéliens qui ont documenté la naissance d'Israel dans un bain de sang, d'expulsions, de brutalités, de viols et de massacres.

Vers la fin de la guerre « défensive » de 1947-49, les forces Sionistes avaient expulsé 75 % des Palestiniens. Après l'expulsion, comme l'a documenté le professeur israélien Israel Shahak, Israel a rasé plus de 400 villages palestiniens.

La stratégie du Mur de Fer a dominé et exclut toutes les alternatives pacifiques. L'appel de Judah Magnes, le Président de l'Université Hébraique, dans les années 40, pour un Etat bi-national pour les Juifs et les Palestiniens n'a aucune place dans la pensée Sioniste.

Les idées du Premier Ministre Moshe Sharett, dans les années 1950, pour un règlement diplomatique du conflit Arabe-Israélien n'ont eu aucune place dans la politique israélienne. En effet, les leaders Sionistes craignent la paix et la conciliation.

Sharon est arrivé au pouvoir, déterminé à poursuivre, de façon provocante, la politique du Mur de Fer. Sa première priorité, comme l'a reconnue Yossi Beilin, le Ministre israélien de la Justice dans le gouvernement de Barak, était de « terminer le processus de paix ».

La nuit où il a été élu, le 6 février 2001, Sharon a appelé le Professeur Arnon Sofer, un géographe de l'université de Haïfa qui avait mis en garde contre "le danger démographique arabe".

Les cartes de Sofer

Sofer a été invité à apporter des cartes qu'il avait montré lors une conférence à laquelle avait assisté Sharon. Sofer avait argué du fait que l'Etat d'Israel devrait unilatéralement placer ses propres frontières pour se défendre contre le double danger d'un accord négocié et d'une future majorité Arabe en Palestine historique.

Les cartes de Sofer coupaient la Cisjordanie en trois cantons clôturés électriquement : un de Jénine à Ramallah, un second de Bethlehem à Hébron, et un troisième autour de la ville de Jéricho. Le mur que Sharon construit maintenant, indique Sofer, "C'est exactement ma carte".

Ron Nahman, le maire de la colonie Juive d'Ariel affirme que le projet existait depuis longtemps : "... la carte de la barrière (le Mur)... est la même carte que j'ai vue à chaque visite d'Arik (Sharon) ici depuis 1978. Il m'a dit qu'il y pensait depuis 1973."

David Lévy, le Chef du Conseil de la Vallée du Jourdain, a exprimé sa satisfaction que le mur "soit une déclaration politique, un déclaration d'annexer la vallée du Jourdain sous couvert de la 'barrière de sécurité '."

Le projet du mur continue la même stratégie Sioniste du Mur de Fer : la dépossession et le déplacement forcés. Un rapport de l'ONU en juillet 2003 décrit comment les militaires israéliennes ont déposé des lettres dans les villages palestiniens de Zbuba du côté de la Ligne Verte que la terre serait confisquée selon des ordres irrévocables "d'un niveau élevé".

Les villageois ont dû montrer des titres de propriétés de leur propre terre pour solliciter une compensation au Ministère de la Défense. Les villageois ont rejeté l'offre israélienne. Le compte-rendu de l'ONU du 10 mars 2003 indique : "les bulldozers sont arrivés et ont commencé à niveler la terre et les vergers."

Un ordre militaire israélien daté du 2 octobre 2003 a déclaré tout le territoire occupé de la Cisjordanie entre le mur de "sécurité" et les limites d'Israel d'avant 1967 en tant que « Zone Fermée".

L'ordre a exigé des Palestiniens d'obtenir des laissez-passer pour continuer à vivre dans leurs propres maisons et à cultiver leurs propres terres. Il a également interdit à tous les Palestiniens d'autres secteurs d'entrer dans la zone, mais cette interdiction ne s'applique pas aux Israéliens et aux Juifs du monde entier.

Ceci signifie que des Palestiniens Musulmans et Chrétiens vivant dans leur propre pays sont interdits de s'y déplacer librement, alors que des juifs du monde entier ont un droit qui est refusé aux Palestiniens. Une telle discrimination flagrante serait intolérable dans des démocraties occidentales, mais est tolérée dans " la seule démocratie au Moyen-Orient", comme les médias occidentaux et les élèves décrivent Israel.

Ce n'est pas tout. Des personnages de l'establishment israélien tels que l'historien Benny Morris, empruntant inconsciemment la rationalisation d'Hitler pour la solution finale envers les Juifs, soutiennent ouvertement que le nettoyage ethnique des cultures "inférieures" peut être justifié au nom du progrès civilisé.

Une telle négation raciste de l'humanité de la victime, violemment déplacée et dépossédée, est le véritable Mur dans la pensée Sioniste qui fait de la réconciliation et de la coexistence pacifique une perspective évasive.

De combien d'existences brisées doivent souffrir les Palestiniens avant que les défenseurs occidentaux d'Israel soient émus de leur situation difficile et affrontent la réalité ?


http://u-blog.net/france/article/Strategie.html



Lundi 21 Mars 2005


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