Economie

Société Générale et Rosbank: mariage ou divorce?


Le scandale autour du plus grand groupe financier français, la Société Générale, prend de l'ampleur. La fraude du trader de la banque Jérôme Kerviel a déjà été reconnue comme la plus importante de l'histoire des marchés financiers mondiaux. Selon l'enquête, Kerviel a "délesté" son employeur, la Société Générale, de presque 5 milliards d'euros. Le préjudice qu'il a causé à l'image de la banque est pour l'instant impossible à calculer, c'est le temps qui nous le dira.


Anatoli Gorev
Jeudi 31 Janvier 2008

Société Générale et Rosbank: mariage ou divorce?
Par Anatoli Gorev, pour RIA Novosti



Le marché bancaire russe aurait pu ne jamais réagir à ce scandale s'il n'y avait pas eu un "mais": le groupe français déploie en Russie des activités intenses par le biais de ses filiales, la Banque Société Générale Vostok (BSGV) et Rusfinansbank. La Société Générale était jusqu'à récemment l'un des plus grands acheteurs étrangers sur le marché des fusions et acquisitions. Le groupe français a acquis en 2006 20% de la banque Rosbank en deux étapes, et envisageait d'achever avant la fin 2007 la transaction portant sur l'achat de 30% supplémentaires.

L'intérêt de la Société Générale pour la mise en oeuvre d'un tel scénario était facilement explicable. Le groupe voulait réunir le bloc de contrôle du plus important acteur du marché de détail, à savoir une banque disposant d'un énorme réseau de filiales, dont l'importance ne cède probablement que devant le réseau de la banque nationale Sberbank. Les dirigeants de la Société Générale ne pouvaient dissimuler leur fierté face à la perspective de mettre en oeuvre une telle stratégie, et les banques concurrentes ne pouvaient cacher leur jalousie. Il était effectivement question que la Société Générale "annexe" une banque russe figurant parmi les leaders des segments les plus juteux du marché, et notamment dans le domaine des crédits à la consommation, automobiles et hypothécaires.

Cependant, tous les projets ne sont pas toujours mis en pratique. Ces derniers jours, le marché est agité par les rumeurs d'un éventuel échec qui attendrait la transaction entre la Société Générale et Rosbank. Les experts citent parmi les raisons essentielles de ce revers la situation actuelle du groupe français, laquelle laisse à désirer. Le groupe a dû reconnaître avoir subi des pertes d'un montant total de 5 milliards d'euros à la suite des activités frauduleuses du courtier Jérôme Kerviel. Auxquelles il faut ajouter 2 milliards de pertes liées à la crise des subprimes. Etant donné que la crise aux Etats-Unis et la crise de liquidité sur les marchés des capitaux sont loin de toucher à leur fin, on peut supposer que les pertes de la banque dans une perspective à moyen terme augmenteront encore davantage. Et même si elles restent au niveau actuel (7 milliards d'euros), cela constitue déjà un chiffre important. Surtout pour un groupe financier qui a symbolisé, pendant ces quelques dernières années, la stabilité et le succès.

Evidemment, personne ne doute vraiment que, même dans la situation actuelle défavorable, la Société Générale dispose de suffisamment de moyens pour "clôturer" la transaction avec Rosbank à hauteur de 1,7 milliard de dollars. Pour la Russie, il s'agit de l'un des plus importants marchés de ces dernières années, mais pour le groupe français, la somme exigée n'est, bien entendu, pas extraordinaire. Cependant, il n'est pas certain que la perspective d'achat de 30% des actions de Rosbank intéresse encore la Société Générale, alors que le groupe a déjà suffisamment de problèmes et que ce sont davantage les questions du rétablissement de son image et des compensations des pertes subies qui sont à son ordre du jour plutôt que celles de l'expansion sur les marchés en développement.

Il faut concéder que l'échec de la transaction - s'il a lieu évidemment - constituera un événement désagréable non seulement pour la Société Générale et Rosbank, mais aussi pour le marché bancaire russe en général. L'accord conclu entre les dirigeants de la Société Générale et les actionnaires de Rosbank sur la vente du bloc de contrôle de la banque russe (20%+30%) était considéré comme significatif (et ce, sans parler du montant record de la prime au capital). Des experts de banques étrangères et de groupes de conseil internationaux soulignaient que l'achèvement de la transaction entre la Société Générale et Rosbank améliorerait objectivement l'attractivité des actifs bancaires russes aux yeux des "stratèges" potentiels. Or, ceci est particulièrement important aujourd'hui, alors que l'activité des investisseurs internationaux sur les marchés en développement diminue en raison de problèmes de liquidité dont ne sont protégées ni les banques ni les compagnies d'investissement. Ni même les "monstres" du marché financier mondial comme la Société Générale, à en juger par les récents événements.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Jeudi 31 Janvier 2008

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