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"Slumdog Millionaire": pour ou contre ?


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Mardi 29 Novembre 2016 - 08:00 LIVRE: Le Manifeste de la Raison Objective


"Slumdog Millionaire", qu’on pourrait traduire par « Le poulleux du bidonville millionnaire », le film du Britannique Danny Boyle, a été un succès mondial couronné par huits Oscars à Hollywood. Mais ce film a déclenché une controverse furieuse, en Inde d’abord, où l’histoire qu’il raconte, se passe, puis dans le reste du monde. Nous documentons cette controverse, en donnant la parole à un professeur usaméricain de littérature, à un cinéaste indien et à une écrivaine indienne.

AUTEUR: Charles R. Larson, K. HARIHARAN & Chitra Banerjee Divakaruni

Traduit par Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice


Mercredi 11 Mars 2009

"Slumdog Millionaire": pour ou contre ?

Le « pouilleux des bidonvilles » : une réalité ?
Charles R. Larson


Photo des coulisses du plateau de « Slumdog Millionaire » (Le pouilleux millionnaire). Le metteur en scène Danny Boyle (à droite sur la photo) parle au jeune garçon indien, Aaush Khedekar qui jouait le rôle principal dans le film, celui du jeune Jamal, un orphelin indien qui connaît toutes les réponses. (Sipa Photos via Newscom).

Après toute la controverse internationale au sujet de « Slumdog Millionaire », si Hollywood couronne le film avec un Oscar du meilleur film de l'année, je pense que les Indiens vont avoir de quoi se vanter. Comme c'est ironique : quand on pense qu'il y a 6 mois, les investisseurs du film craignaient d'avoir produit un vrai navet (jeu de mots intraduisible entre « dog » et « slumdog ») – un film qui n'intéresserait personne – et envisageaient de le passer directement au format DVD sans sortie dans les cinémas du monde entier. Les magnats du cinéma sont-ils si myopes qu’ils n’avaient pas réalisé l'importance du film ?

Puis la sortie tardive, essentiellement dans les cinémas d'art et essais aux USA et en Angleterre, plutôt que dans les multiplex, et le bouche à oreille de plus en plus positif (toujours en Occident), suivi du prix surprise du Golden Globe pour meilleur film de l'année avec d'autres prix significatifs pour la musique et pour l'interprétation. Et à cette époque, « Slumdog Millionaire » n'était toujours pas sorti en Inde.

Je voyageais en Inde quand le brouhaha au sujet du film a explosé. Beaucoup d'Indiens étaient extatiques pour toute l'attention et les prix obtenus rapidement par le film : d'ailleurs, tout ce qui se passait autour du film de Danny Boyle arrivait si vite. Les critiques du film (qui débutèrent officiellement le 23 janvier 2009 en Inde) étaient positives, même élogieuses. Des copies piratées du film étaient vendues partout pour quelques 40 roupies, moins d'un dollar. La presse indienne débordait d'articles sur le film, de photos des acteurs, du metteur en scène et du compositeur, et d'entretiens avec Vikas Swarup, l'auteur de Q&A, « Les fabuleuses aventures d'un Indien malchanceux qui devient milliardaire », le roman qui a inspiré le film.

Une critique typique – par exemple, celle de Khalid Mohammed dans The Hindustan Times (24 janvier 2009)- commençait en proclamant « on y trouve des raisons pour danser dans les rues ». Mohammed donna cinq étoiles au film, la meilleure note possible, et termina son évaluation élogieuse en disant : « Chaque interprétation vous secoue littéralement. Même si votre coeur penche surtout vers Ayush Mahesh Khedekar, Azharuddin Mohammed Ismail et Rubiana Ali, les enfants qui interprètent Jamal, Salim et Latika quand ils ne sont pas plus hauts que trois pommes. Ils sont extraordinaires comme tout le film « Slumdog Millionaire ». Comme il est dit dans une des chansons : « Jai Ho » ! (« La victoire est à nous » en hindi).

Puis les attaques contre le film ont commencé, soutenant généralement que la représentation peu flatteuse de Bombay – et surtout de la pauvreté – enfermait l'Inde dans des stéréotypes que les Occidentaux ont vite fait d'assumer. Arindam Chaudhuri, dans The Times of India (2 février 2009) condamnait le film en disant qu'il « craint », décrivant le film comme « un poseur bidon qui a été fait uniquement pour se moquer de l'Inde et pour le plaisir des yeux du Premier  Monde ! ».

Le film « montre de façon illogique toutes les choses négatives de l'Inde qui arrivent dans la vie du protagoniste : bidonvilles, toilettes en plein air, émeutes, pègre, la prostitution, bordels, travail des enfants, la mendicité, rendre aveugles et mutiler les enfants pour en faire de « meilleurs mendiants », trafiquants mesquins, embouteillages, directeurs de centre d'appel irresponsables...

Le rectificatif à ce barrage d'attaques négatives avait déjà commencé à apparaître, toujours dans le Times (le 26 janvier 2009). Santosh Desai a titré son article en réponse à l'éditorial : « Le bidonville n'est pas l'autre Inde. C'est la vraie Inde. » « Slumdog Millionaire » décrit l'Inde telle qu'elle est – avec ses maux et ses manies – argumentant que les Indiens ne sont pas honnêtes avec eux-mêmes si « nous croyons vraiment que Bombay peut être résumé au Taj (Mahal). »

Cependant, la polémique s'amplifia, particulièrement dans la presse occidentale. Les gens qui ont fait le film furent accusés de se faire une fortune sur la misère de l'Inde, ce qui incita ces mêmes gens à annoncer qu'une partie des recettes du film serait reversée aux pauvres de l'Inde. D'autres objectèrent que les acteurs enfants dans « Slumdog Millionaire » avaient reçu trois fois rien pour leur travais – et étaient en fait exploités.

Cette critique provoqua d'autres bonnes actions de la part des commanditaires du film qui promirent que les enfants seraient aidés de manière continue.

Toute la controverse du succès phénoménal du film repose sur quelqu'un qui se fait de l'argent sur la misère de quelqu'un d'autre, en déformant et exploitant une autre culture. Heureusement, Desai offre la clarté ici en déclarant : « si les représentations cinématographiques sur l'Inde sont stéréotypées, elles le sont aussi pour d'autres cultures ». Tout à fait. Desai a résumé le défaut d'Hollywood (et de Bollywood).

Je pense aux moments où ma femme et moi avons regardé quatre ou cinq bandes-annonces des « prochains divertissements ». Tous les films se mélangent, sang et chaos, tout le monde se fait tuer. Des corps sont étendus partout, ce qui me rappelle la remarque d'un étudiant africain le jour où il est arrivé aux USA, à New York. Prenant un taxi, il déclara qu'il avait peur de sortir par peur que les rues soient remplies de gangsters qui le tueraient.

Les films hollywoodiens qui sont montrés dans le monde entier, donnent tout à fait cette impression. Les étudiantes usaméricaines à l'étranger, à qui j'ai parlé, m'ont dit que les hommes dans le Tiers Monde présument qu'elles sont intéressées par les même activités sexuelles en continu qui sont décrites dans les films pornographiques américains.

Eh bien, ces images de l'Amérique sont tout aussi exactes que celles de la pauvreté, de la violence et de la cupidité décrites dans « Slumdog Millionaire », ceci pour faire remarquer que les excès et les extrêmes de la vie décrits dans le film sont les mêmes partout : le bon et le méchant, le beau et le laid.

Si Hollywood couronne le film avec un Oscar du meilleur film de l'année, je suppose que les Indiens du monde entier se réjouiront. Et peut-être que nous penserons tous un peu plus sérieusement aux stéréotypes que nous utilisons et auxquels nous sommes confrontés au quotidien.

Charles R. Larson est professeur de littérature à l'American University, à Washington D.C. Auteur notamment de The Emergence of African Fiction, American Indian Fiction, The Novel in the Third World, et d’une biographie, Invisible Darkness: Jean Toomer and Nella Larsen. Il a aussi publié des romans : The Insect Colony, Arthur Dimmesdale, et un recueil de sketches satiriques, Academia Nuts. Dernier ouvrage paru : Under African Skies: Modern African Stories.

Article original : Slumdog Reality?
Publié le 23/2/2009

MON OPINION
L'orientalisme pour un marché mondial
K. HARIHARAN

« Slumdog Millionaire » devrait être considéré comme une des fantaisies les plus gratuites à avoir été créées sur l'Inde au 21ème siècle, estime un réalisateur célèbre.

 


Caricatures à gogo : « Slumdog... » semble avoir reçu plus d'attention qu'il ne le méritait.

Pour la majorité du public occidental qui vacille sous le poids accablant d'un déclin global, un conte de fée sur le mauvais côté de l'Inde représente, sans aucun doute, une catharsis orgiaque ! « Slumdog Millionaire » doit être considéré comme une des fantaisies les plus gratuites qui aient été créées sur l'Inde au 21ème siècle. Plus de 200 scènes passant à toute allure en 120 minutes nous laissent complètement anesthésiés et incapables d'enregistrer les couches complexes qui forment le dépotoir appelé « l'Inde », qui est présenté dans « SM ».

En tant qu'Indien et Mumbaikar (habitant de Bombay), je n'ai pas honte d'accepter la représentation des bidonvilles, des criminels et gangsters qui prédominent dans SM. Ils font parties de ma réalité de la même façon que les Noirs sans-abri et les Indiens indigènes en quarantaine sont une réalité pour l'Amérique du Nord et comme l'est la main d'oeuvre africaine bon marché pour l'Europe occidentale. Ceci reflète la manière dont le public indien choisit de ne regarder que ces films d'Hollywood qui montrent des accidents de voitures et des feux d'artifices crépitants alors que la réalité des villes usaméricaines moyennes est bien loin de tout ça.

 

Des images conformistes

Il fallait donc s'attendre à ce que le public usaméricain adore voir des films sur l'Inde qui le conforte dans son image de l'Orient du Tiers Monde. Les vrais films « américains » de Woody Allen ou des frères Coen n'auraient aucun sens pour les spectateurs indiens tout comme le mélodrame typique de Bollywood n'a aucun sens pour l'Occident. Ainsi alors que « SM » occupe 1415 écrans aux USA aujourd'hui et que le vénérable comité des Oscar est perplexe devant un film si inattendu, la seule note positive, de l'autre côté, est que la diffusion de « SM » est bien en-dessous de la moyenne dans les cinémas en Inde !

Le problème principal de « Slumdog Millionaire » est la maladie qui affecte la majorité des films réalisés par Bollywood. Il a germé d'un scénario minable, très chargé et s'appuyant fortement sur des caricatures plus que sur des personnages. Heureusement, la plupart des films de Bollywood se ressemblent et ils ont ce qu'ils méritent, étant diffusés misérablement dans les cinémas mais ce film semble avoir eu plus d'attention qu'il ne le méritait et je voudrais juste repositionner ce film à sa juste place.

Qu'en est-il des personnages ?

Je ne m'attends pas à ce que Danny Boyle fasse de sérieuses recherches sur les conditions de vie dans les taudis en Inde ou sur le problème des malfrats mesquins et des bordels face à la loi. Mais je m'attends à ce qu'il montre du respect pour ce qu'on appelle la « caractérisation » et le fait que le public indien connaisse ces personnages de cinéma depuis plus longtemps et mieux que lui. D'un autre côté, s'il veut simplement caricaturer ses personnages alors il doit le faire de manière minimale afin de permettre au spectateur d'explorer les contours du personnage...., comme Chaplin l'a fait avec son personnage du travailleur industriel dans « Les temps modernes » ou comme on le voit dans certains des meilleurs films de Bollywood.

Le sens commun nous dit que l'on ne peut pas, en même temps, faire une caricature et faire une description détaillée. Par exemple, le présentateur qui mène ... l'émission Qui veut gagner des millions est vraiment grossier et condescendant envers le chai-wallah (le chai-wallah est celui qui apporte le thé dans les bureaux) mais il est aussi exagérément joyeux quand il annonce la victoire du pouilleux et que ses gains augmentent. Il y a aussi la caricature du poste de police où le « pouilleux » est battu et électrocuté durant toute la nuit et pourtant, le lendemain matin, Jamal est en pleine forme et prêt à se battre avec un policier curieusement amusé. Les enfants qui parlent hindi tombent d'un train devant le Taj et, voilà, qu'ils commencent à parler en anglais ! Est-ce que ce sont des erreurs, une mauvaise mise en scène ou un mauvais scénario ? La question ne se poserait même pas si le film était une pure caricature mais, malheureusement, le film semble aussi être la proie des diktats du « réalisme occidental » psychoanalytique !

Alors quel est le résultat ? Nous avons Danny Boyle jouant à l'empereur romain qui regarde le pauvre gladiateur de Bombay, soumis à toutes les tribulations et puis qui décide à la fin, que la crise ne peut pas permettre que le garçon finisse en lambeaux. Alors avec l'aide de A.R. Rahman, qui doit bien admettre qu'il a fait de nettement meilleures musiques de film que ça, et Gulzar qui a écrit ces chansons qui sont les plus débiles qui existent, « SM » se termine avec les deux amoureux qui marchent joyeusement au clair de lune !

Je ne veux pas comparer ce film à des films similaires basés en Inde, produits par des Occidentaux comme « Le mariage des moussons » (réalisé par Mira Nair) ou « Fire » (de Deepa Mehta). Ce serait leur faire une grande insulte. Mais « Slumdog Millionaire » a si peu de sensibilité qu'on peut se demander ce que la co-réalisatrice Loveleen Tandan faisait au milieu de tout ça ? Le film est même insensible au sexe féminin, sans se décontenancer, pour une femme de son statut partageant le mérite (bien qu'à un autre niveau, on se sente vexé qu'elle ne soit pas co-nominée pour les Oscars).

L’avidité des publics des shows de l’émission originelle “Millionaire/Crorepati” *, qui sont allés croissant au rythme du boom des technologies de l’information en Inde, continue imperturbablement dans la mesure où Danny Boyle refuse de déconstruire le syndrome qui a laissé des millions d’entre nous sans boulot, à tender une sébile et à espérer en vain que le Président Obama va appuyer sur le bon bouton pour nous sortir de même merdier dans lequel Jamal tombe dans sa hâte à entrevoir une superstar.

J'ai honte que le réalisateur qui a fourni une démonstration scintillante de sa colère dans son « Trainspotting » ait pu concocter un scénario aussi grotesque ; que les Oscars et les Golden Globes soient devenus si désespérés pour courtiser l'Inde et son public, en pleine crise, avec un tel film. Imaginez que « SM » réussisse à obtenir une nomination aux Oscars pour la cinématographie pour une oeuvre dans laquelle aucun plan ne dure plus de quelques secondes ! Il y a quelques temps, j'avais plutôt beaucoup de respect pour les comités qui décidaient des Oscars, mais eux aussi, semblent être avoir cédé aux mêmes sortes de pressions que celles qui se sont abattues sur les jurys de Miss Univers et Miss Monde, décernant les prix à des mannequins indiens afin d'augmenter les ventes de cosmétiques dans le plus gros pays du Tiers-monde ! Quelle honte !

 L'auteur de cet article est un réalisateur célèbre et le directeur du LV Prasad Film et TV Academy.

* Kaun Banega Crorepati? est le nom hindi de la version indienne du show Qui veut devenir millionnaire?, lance en 2005 par le réseau Star Network. Crorepati signifie millionaire (en roupies). [NdR]

Article original : Orientalism for a global market
Publié le 15/02/2009

 

OPINION
La bataille de "Slumdog"
Chitra Banerjee Divakaruni

Certains disent que le film candidat aux Oscars est de la "pornographie sur la pauvreté", mais cette critique interprète, de façon erronée, la nature de l'art.

Le succès engendre la contestation. Les gros succès engendrent de grandes contestations. C'est assurément ce qui s'est produit avec le film "Slumdog Millionaire". Il gagnera ou non un Oscar pour le meilleur film, en tous cas, il a déjà remporté le prix du film le plus controversé de la saison.

Je vais mettre de côté la question des qualités cinématographiques de "Slumdog" (qui sont nombreuses à mon goût et pour beaucoup de critiques de cinéma du monde entier) et me concentrer sur l'accusation qui est apparue dans un certain nombre de blogs : le film est une "pornographie de la pauvreté". Tel que je le comprends, cette accusation se rapporte à trois sujets, qui font tous une mauvaise interprétation de la nature de l'art.

Ces critiques sont irrités par le fait que des hordes de spectateurs continentaux, fortunés, qui sirotent du Pepsi et mâchent du pop corn, soient divertis par un spectacle sur les pauvres de l'Inde luttant pour survivre dans les bidonvilles de Bombay. Ils sont également contrariés que le réalisateur Danny Boyle, un type à la peau blanche, soit loué pour un film sur l'Inde qui n'est pas tout à fait exact, qui est rempli de clichés et d'exagérations et de gens qui sont carrément méchants. Enfin, ils disent que le film renforce les plus anciens stéréotypes sur l'Inde – saleté, pauvreté, arnaque et pire (comme le pense Macaulay, comme le pense Kipling) – et ne montre pas l'Inde réelle, l'Inde moderne avec ses succès économiques, l'Inde qui connaît un retour de ses cerveaux, l'Inde radieuse.

Pour répondre à la première critique, je voudrais signaler que le film divertit presque autant les gens fortunés en Inde qu'en Occident – si par fortunés, nous entendons les gens qui ont un niveau économique nettement meilleur que celui des habitants des bidonvilles. Et pour la plupart d'entre eux, le bidonville de Dharavi à Bombay est un pays étranger, invisible. Littéralement pour certains, car ils habitent dans les quartiers, qui bien qu'ils soient  à peine à quelques kilomètres d'un bidonville urbain, vivent dans des mondes différents ; et métaphoriquement pour d'autres, car les réalités douloureuses et tenaces ont tendance à devenir invisibles à nos yeux. Quand à être fasciné par les mésaventures de personnages qui sont assiégés et par contraste, se sentir mieux au sujet de nos propres vies, est-ce que cela ne fait pas partie de l'attrait éternel de l'art ? N'est-ce pas pour cela qu'Aristote louait la tragédie, justement pour sa valeur cathartique ?

Quant à l'argument que seuls les Indiens (de préférence, seulement les Indiens qui vivent en Inde) peuvent vraiment comprendre les complexités de leur pays et montrer une Inde authentique, cela aussi relève d'une mauvaise interprétation de la nature de l'art. Des décennies d'abus de la part d'écrivains orientalistes qui ont dépersonnalisé et dénigré l'Inde afin de promouvoir un programme de supériorité occidentale ont encouragé cette mentalité.

Mais le monde est différent maintenant. Il est passé du colonialisme – et je dirais même du post-colonialisme – à la mondialisation. C'est un monde dans lequel nous pouvons mieux nous connaître – et entendre les voix de chacun, non censurées. Ainsi, il est donc maintenant beaucoup plus possible pour des artistes, sans tenir compte de leurs races, de créer une représentation juste d'une culture, s'ils ont bien fait leurs devoirs et s'ils ont le désir de présenter la vérité telle qu'ils la voient. Ce ne sera pas la complète vérité, particulièrement dans le cas d'une culture aussi agitée, compliquée et contradictoire que celle de l'Inde.

Mais je ne crois pas que l'art ait cet objectif. Il a pour but de représenter une tranche de vie de façon honnête, exclusive et mémorable. Et si, à travers ce que nous lisons ou regardons, nous avons compris ne serait-ce qu'une seule vie – et amélioré la compréhension de notre propre existence et de notre rapport aux autres – alors l'artiste mérite notre admiration et nos remerciements.

Ceux qui déclarent que "Slumdog" est rempli d'exagérations et de clichés doivent se rappeler que c'est une fiction. Dans les documentaires, une représentation fidèle, non teintée de croyances personnelles, peut être l'objectif ; dans les long smétrages (et le roman et la peinture), ce n'est pas nécessairement le cas. Quand on accuse "Slumdog" d'exagérations et de caricatures, c'est comme d'accuser Van Gogh de déformer ses tournesols ou à M.F. Husain, un des plus grands artistes vivants d'Inde, de ne pas avoir peint ses chevaux de la bonne couleur. Dans "Slumdog", Boyle suit la règle du picaresque, un genre qui décrit avec un abandon dynamique les nombreuses aventures d'un héros, habituellement issu des classes sociales inférieures, qui triomphe à la fin d'une société corrompue, grâce à son intelligence.

Mais, en fait, les détails sont-ils vraiment exagérés dans le film ? Demandez aux volontaires de Pratham, une organisation non gouvernementale qui travaille dans le bidonville de Dharavi depuis 1994, faisant de l'alphabétisation dans leur modestes balwadis composés d'une seule pièce (écoles des bidonvilles), et ils vous diront que les enfants sont forcés de travailler 12 heures par jour à l'usine pour un paiement de deux repas par jour ; que les enfants sont battus par leurs parents, par leurs employeurs et par la police ; et oui, il y a des enfants orphelins, kidnappés ou mutilés. Et ils vous parleront des secours extraordinaires qu'ils ont apportés, des enfants qui sont maintenant instruits, placés en sécurité dans des familles stables, formés à un métier ou sont à l'université.

Un des objectifs de l'art est de donner un miroir de la société dans l'espoir que la contestation amène au changement. Charles Dickens y est parvenu – des romans comme "David Copperfield" ont entraîné une réforme du travail des enfants dans l'Angleterre victorienne. Les romans de Sarat Chandra Chatterjee du début du 20ème siècle, tels que "Palli Samaj" ont inspiré un mouvement au Bengale qui a amélioré la condition des veuves.

"Slumdog" sera peut-être le catalyseur d'une transformation analogue, une de ces transformations qui rendront l'Inde radieuse pour un plus grand nombre de gens. C'est sûrement possible. Peut-être est-ce même écrit. Mais ceci dépend de ce que nous, les spectateurs et le monde, décidons de faire maintenant.

Chitra Banerjee Divakaruni est écrivaine et poètesse ; son dernier roman a pour titre The Palace of Illusions (Le palais des illusions). Elle fait partie du comité de l'association Pratham.

Article original : The 'Slumdog' fight
Publié le 4/2/2009

Le réalisateur Danny Boyle et les acteurs Freida Pinto et Dev Patel




Isabelle Rousselot et Fausto Giudice sont membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner les auteurs, la traductrice, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=7187&lg=fr



Mercredi 11 Mars 2009


Commentaires

1.Posté par Papouille le 11/03/2009 14:54 | Alerter
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J'ai vu le film et je l'ai trouvé sympas. Apres, il ne represente peut etre pas toute l'inde, mais surement une grosse partie. En effet, les personens qui peuvent ce permettre d'exprimer leur opinion (et qui savent lire et ecrire en anglais donc...) ne veulent peut etre pas voir leur bidonville. L'inde est tres pauvre et dire que le film ne reprente pas leur pays serait cacher la verité...

2.Posté par Kim Jong Ilien le 11/03/2009 16:53 | Alerter
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Avant je pensais que l' Inde puait et que l' Inde était bien plus pauvre que dans le film Slumdog Millionnaire. De plus, dans le film, tout le monde sourit.Les bidonvilles ,c' est pas si terrible que cela. A la télé, il y a souvent des documentaires ou des film comme La cité de Dieu qui dépeint la violence dans les favelas Brésiliennes.Ce film Slumdog Millionnaire nous montrent que derrière les taudis, il y a la vie.

3.Posté par mymy102 le 19/07/2009 19:18 | Alerter
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pour ma part je pense pas que ce film soit si génial cela montre tout simplement que les riches peuvent "acheter" des pauvres
vous voulez un film qui vous parle de l'inde alors regardez plutot "la cité de la joie"

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