Bref, tout allait bien pour le petit juif de Brooklyn, collectionnant nombre de ces hideuses breloques, Grammy et Emmy awards ou autres Golden Globe, qui font saliver de convoitise ce monde de l’élégance et du bon goût que constitue le showbiz. N’eussent été quelques déboires fiscaux à l’orée des années 90, il n’avait aucune raison de regretter d’avoir lâché le commerce du sous-vêtement dont les fastes médiatiques se limitent à quelques clichés, d’un glamour habituellement assez provincial, dans les pages des catalogues spécialisés.
Hélas, notre Aaron, qui aurait pu se contenter de ce parcours idyllique et finir ses jours comme n’importe quel paisible retraité hollywoodien avec sa tisane à la cocaïne ou au viagra et sa partouze du samedi soir, décida de se lancer dans la politique. Activité d’autant plus contre-indiquée, qu’il souffrait depuis son plus jeune âge d’un patriotisme sincère, aggravée d’une vénération quasi ingénue pour les principes édictés par les pères fondateurs de ses si chers États-Unis d’Amérique. Eût-il résolu de guérir son cholestérol à l’andouille de Vire et au jésus de Morteau, que la chose ne risquait guère de faire plus de dégâts.
Il se présenta donc en 1998 à la primaire républicaine pour le poste de gouverneur du Nevada, qui lui valut un échec honorable avec 26 % de voix. Mais il se fit surtout dans ce nouveau milieu tout plein de gentils petits amis ; parmi lesquels s’en trouvait un, encore plus chauve et plus sympathique que les autres : Nick Rockefeller, parent du vieux David himself, avec lequel il se lia particulièrement. Nick fut si impressionné par les qualités militantes d’Aaron qu’il lui proposa très vite un siège au Council on Foreign Relations, innocent “laboratoire de réflexion” créer juste avant la première guerre mondiale à la suite du Royal Institute of International Affairs de Chatham House à Londres, émanations toutes deux d’un club très “privé” du nom de Round Table que nos incurables conspirationnistes tiennent pour un des maillons historiques d’un complot visant à la suprématie mondiale d’une élite invisible (pure science-fiction évidemment... demandez à n’importe lequel de nos journalistes occidentaux sérieux...! dont les langues malintentionnées objecteront, cependant, qu’ils émargent directement ou indirectement aux mêmes officines).
Mais Nick eut beau représenter à Aaron l’avenir radieux que sa secte familiale (qui n’est elle-même qu’une des poupées gigognes d’un inextricable casse-tête à emboîtement ; désolé pour ce crâneur de Nick !) préparait au troupeau humain, fait de gouvernement planétaire, de puces RFID et de malthusianisme “intelligent”, le petit juif de Brooklyn prit l’invitation assez mal et la déclina fermement.
Puis, aux alentours de novembre 2000, Nick revint à l’assaut en confiant à Aaron qu’il se produirait dans l’année à venir un “événement” qui permettrait l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, qu’une guerre mondiale serait déclarée contre des terroristes imaginaires, et que les heures de Chavez étaient comptées (on se souviendra du pitoyable capotage du coup d’État de Carmona en 2002). Et le 11 septembre 2001, Aaron Russo fit ce que chacun aurait dû faire : il se réveilla... non pas comme au sortir d’un rêve agité, tel Grégoire Samsa, personnage d’un autre petit juif, cette fois praguois, doté d’une certaine intuition... mais d’un rêve tranquille et rassurant, où chaque chose semble à sa place... où les certitudes sociales et morales vous guident solidement au long du fil d’une Ariane virginale pour vous extirper des catacombes labyrinthiques du Minotaure vers la lumière “démocratique”.
Alors, consumé par l’indignation, “fou comme l’enfer” pour reprendre le titre de l’une de ses productions télévisuelles, il réalisa en 2006 un brûlot documentaire : America: Freedom to Fascism. Un documentaire qui, certes, n’apprendra strictement rien aux ignobles petits curieux, déterreurs maladifs de ces cadavres faisandés que planquent vos livres d’histoire officielle du vingtième siècle, mais qui présente le mérite d’offrir en moins de deux heures aux non-initiés du grand Barnum totalitaire (“Monde Libre” dans sa traduction journalistique) une très honorable introduction aux ténébreux arcanes de l’Internationale orwellienne. Achetez-le, téléchargez-le, montrez-le autour de vous, c’est un film pour les enfants... et sauf à n’avoir dans votre entourage que d’irréductibles crétins issus des batteries poulaillères de l’enseignement public, sanglés dans leur tee-shirt “Libérez le Tibet du réchauffement climatique” et ânonnant tous les soirs devant le journal de vingt heures leur credo sur la “tolérance” et les droits de l’homme (surtout leur tolérance aux doigts intrusifs des hommes de l’Ombre), peut-être parviendrez-vous à en arracher quelques-uns à cette cohorte paresseuse et translucide, marchant en cadence sur l’hymne de la bêtise, et qu’il est usuel de désigner sous le vocable cocasse d’Électorat.
Rien qu’un film pour les enfants, nous le répétons... qui les changera pour une fois de la sournoise propagande de leurs spielbergueries coutumières et les empêchera avec un peu de chance de tomber tout cru dans les gueules redoutables de nos évangélisateurs modernes : enseignants, journalistes ou sociologues. Ils y découvriront des personnages trop méconnus, les Morgan, Rockefeller et autre Warburg, Riri-Fifi-Loulou de la grande carambouille planétaire, qui pour n’être que les fantômes visibles d’une coulisse insondable ne méritent pas l’oubli, sans doute involontaire, de nos historiens “objectifs” et surtout “indépendants”. Ils survoleront les méandres de la Réserve fédérale, ce tentacule étatsunien de la pieuvre mondiale (qu’ils se rassurent: ils en ont aussi une papatte en Europe rien que pour eux qui s’appelle la B.C.E) qui enserre de son étreinte affectueuse le gentil couillon de contribuable américain. Ils apprendront aussi que les billets dans leur tirelire ne valent rien de plus qu’une reconnaissance de dette et que chaque particule de leur future énergie productive sera engloutie par cette machine infernale du Dieu Crédit, à titre confiscatoire et sans autre contre-partie que quelques chiffres virtuels sur un relevé bancaire. Autant de notions élémentaires que ne risque pas de leur prodiguer cette industrie du décérébrage, plus communément intitulée Éducation nationale.
Il se pourrait même qu’ils se prennent au jeu et s’enflamment aux fervents et presque naïfs appels à l’insurrection de l’honnête petit juif de Brooklyn... et pensent comme lui qu’il n’est peut-être pas trop tard. Mais ça, il vaudrait mieux qu’ils le demandent directement à messieurs Bernanke (héritier du trône de Son Altesse Greenspan), Kohn, Kroszner et Mishkin, autres petits juifs infiniment moins fréquentables, en réalité serviteurs et domestiques de quelque cercle luminophobe, qui constitue le bureau directeur de la sus-désignée Réserve fédérale (sans oublié le cinquième, pas petit juif du tout : Kevin Warsh... mais simplement gendre de Ronald Lauder, politicien milliardaire, héritier de la société de cosmétique Estee Lauder, propriétaire de la chaîne de télévision israélienne 10... et accessoirement président du congrès juif mondial !). À moins qu’il ne parle pas la langue, auquel cas nous les prierons de s’adresser à Marc-Olivier Strauss-Kahn (frère de l’autre, devenu affameur en chef du F.M.I, entité parallèle de la Banque Mondiale présidée par l’ultrasioniste Robert Zoellick successeur de Paul Wolfowitz lui-même successeur de James Wolfensohn... mais pourquoi Israël n’aurait-il pas lui aussi ses travailleurs exilés ?), n°4 de la Banque de France, qui vient tout récemment (la semaine dernière) d’être détaché à la F.E.D, agrémenté d’émoluments vertigineux, et qui saura sans doute traduire leurs questions angoissées à ces tout nouveaux petits camarades de classe.
Mais nous les rassurerions, s’il fallait poursuivre notre voyage merveilleux jusque dans l’antre de la Trilatérale ou du Bilderberg et de leurs nombreux satellites, sur la relative diversité (juifs et non-juifs, terriblement bouddhistes ces derniers temps, mais rarement musulmans... et bizarrement jamais palestiniens) de tous ces gens occupés à jouer au bilboquet avec ce pauvre globe, ou à ce jour plus que jamais à saute-gueuleton avec les estomacs du tiers-monde, dont la seule véritable unité confessionnelle repose avant tout sur le culte folklorique de Mammon.
Bien sûr, les lecteurs les plus endurcis d’alterinfo nous rétorqueront que le lien vidéo de l’interview d’Aaron Russo par Alex Jones, narrant ses tribulations avec Nick Rockefeller, se trouve déjà sur le site... et que son pamphlet cinématographique ne date pas du mois dernier. Voir qu’il existe sur le net, en téléchargement libre, un autre documentaire traitant en gros du même sujet, intitulé Zeitgeist*. Certes... à cette différence que Zeitgeist s’enlise tout au long de sa première partie dans une entreprise de pseudo-démystification religieuse truffée d’inexactitudes et d’amalgames pour le moins spécieux ; regrettable salmigondis qui discrédite passablement sa seconde partie, pourtant autrement plus étayée et pédagogique. Et nous ne voulions ici qu’adresser un modeste salut posthume à un petit lascar newyorkais, mort en 2007, naïvement soucieux de l’avenir de cette désespérante humanité.
Puissions-nous seulement, comme des portiers de pipe-show miteux, racoler ici quelques égarés, tombés par accident de l’armoire plombée des news de Libération ou du Figaro pour atterrir sur ce portail déclaré officiellement “nauséabond” par les services d’hygiène mentale de la glorieuse République française, et les convaincre de s’intéresser à la valeureuse besogne de l’ami Aaron... En ce cas, nous n’aurions pas tout à fait perdu notre temps, ni celui de ceux qui auront eu la patience de nous accompagner jusqu’ici.