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Similitudes entre les invasions mongole et usaméricaine de Bagdad


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« Les nouveaux Mongols seront acculés au suicide sur les remparts de Bagdad », déclarait le Président Saddam Hussein le 17 janvier 2003, à l’occasion du douzième anniversaire du début de la campagne usaméricaine pour chasser les forces iraquiennes du Koweït.

L’homme ne parlait pas d’un événement réduit à une banale célébration historique, mais évoquait plutôt l’inéluctable invasion usaméricaine, dont les signes précurseurs étaient déjà très clairs et le compte à rebours s’accélérait. Ce qui fut fait très rapidement, puisque quelque temps après ce discours, tout l’Iraq était sous occupation, les fondements de son État déstructurés, les symboles, le patrimoine et les musées de sa capitale livrés au pillage, son chef traduit en procès et tout le pays au bord de la catastrophe de la partition sur des bases confessionnelles, ethniques et autres.

Yahya El Yayhyaoui
Traduit par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice


Yahya El Yayhyaoui
Lundi 25 Décembre 2006

Similitudes entre les invasions mongole et usaméricaine de Bagdad
Il n’est peut-être pas aussi utile de revenir sur les conditions et les motifs invoqués par l’administration usaméricaine pour justifier son invasion, ni sur les intentions de cette dernière vis-à-vis de l’Iraq et de ses voisins, que de s’attarder sur la prédiction du Président Saddam Hussein sur l’inéluctabilité du suicide des nouveaux Mongoles sur les remparts de Bagdad.


En vérité, la manière dont Bagdad est tombée aux mains des occupants usaméricains au mois de mars 2003, ressemble étrangement, par certains de ses aspects, ses conditions et ses conséquences, à celle qui a prévalu à sa chute au douzième siècle, entre les mains des Mongols, commandés par Hulagu, petit- fils de Gengis Khan, fondateur de l’État mongol et artisan de ses lois.
Hulagu Khan


Nonobstant les différences objectives entre les deux situations, les deux invasions de Bagdad, par les Mongols et les Usaméricains, se ressemblent, au niveau du contexte général, sur au moins trois points essentiels.


La décision de Hulagu d’envahir Bagdad à la tête de dizaines de milliers de ses soldats, est venue suite à son assurance que le Califat était à son déclin et que le Calife Al Mansour, homme faible selon les historiens, était coupé des réalités de Bagdad et de l’ensemble de son empire et desservi par une cour corrompue dont certains membres, des grands ministres notamment, cachaient leur double jeu et se rapprochaient secrètement des Mongols.


Au lendemain de l’agression usaméricaine en mars 2003, la situation de l’Iraq n’était pas très différente de celle du Califat. Le pays était sorti exsangue de deux guerres successives qui avaient détruit une bonne partie de son potentiel militaire et économique. Il avait aussi subi un boycott international qui avait duré plus d’une décennie et réduit sa souveraineté sur des régions entières de son territoire. L’Iraq était en butte aux complots de nombreux partis et mouvements politiques à l’intérieur et à l’extérieur qui avaient préparé l’invasion avec les Anglo-usaméricains. Certains d’entre eux avaient aménagé des ponts aux envahisseurs et leur avaient préparé points d’appui leur ayant permis de poursuivre leur avancée sur Bagdad par de nombreux itinéraires.


Si les motivations de Hulagu pour attaquer Bagdad, reposaient sur ses récriminations contre le Calife pour lui avoir refusé sa coopération pour éradiquer les Ismaéliens, celles de l’administration usaméricaine reposaient sur l’accusation directe contre le président iraquien de détenir des armes de destruction massive, capables de menacer la paix et la sécurité dans le monde et le niveau insuffisant de sa coopération avec les résolutions des Nations Unies pour la destruction totale de ses armes.


Les motivations de Hulagu étaient sans consistance tant il connaissait l’extrême faiblesse du Califat mais aussi l’impossibilité pour le Calife de le suivre dans ses conquêtes. Il en était de même pour celles de l’administration usaméricaine ce qui a été amplement vérifié par la suite quand il s’est révélé que l’Iraq ne disposait d’aucune sorte d’arme de destruction massive et que le président iraquien ne s’était pas dérobé à la coopération avec les équipes d’inspection.


Dans un cas comme dans l’autre, les raisons n’étaient en fait que des fausses allégations faisant partie d’un large plan qui était, pour Hulagu, d’occuper les pays s’étendant du fleuve Amou Daria aux abords du Nil, dans l’aire de l’islam, et pour W. Bush, la main mise sur les champs pétrolifères, la défense d’Israël et la prise de position aux confins de ses deux puissantes rivales asiatiques que sont la Chine et la Russie.


Et alors que les menaces de Hulagu à l’encontre du Calife abbasside, contenues dans sa lettre datée de 1255 n’avaient pas épargné sa personne puisqu’il l’y menaçait de lui faire subir le sort des Khawarizmi et des Seljukides, celles de certains hauts responsables usaméricains, du temps de G. Bush père, n’avaient pas hésité, publiquement et en secret, à ramener l’Iraq à l’âge de pierre.


Dans le premier cas, le Calife était disposé à coopérer et avait promis de se tenir neutre vis-à-vis des prétentions de Hulagu et, dans le deuxième cas, le président iraquien a bien coopéré avec les missions d’inspection de l’ONU. Mais dans les deux cas, l’arrogance était égale : celle de Hulagu défiant le Calife et celle de Bush qui donna un ultimatum de 48 heures au président Saddam Hussein et à ses fils pour quitter l’Iraq.


La deuxième similitude tient au fait que dans les deux cas, les proches et voisins s’étaient faits complices de l’ennemi et de ses projets.


Ainsi le ministre Mouaidddine Ibn Al-Alqami ne s’est pas contenté d’informer Hulagu sur l’état d’esprit du Calife, la faiblesse de son caractère et le peu de soutien auprès des siens, mais il lui a écrit pour l’inviter à venir à Bagdad qu’il s’engage à lui livrer. C’est ce qu’a fait l’opposition iraquienne à l’étranger en faisant comprendre au président usaméricain (notamment Ahmed Chalabi) que les Iraquiens accueilleront son armée avec des fleurs et des vivats et lui a conseillé d’accélérer son entrée triomphale dans Bagdad.


Hulagu avait demandé à Ibn Al Alqami de convaincre le Calife de la nécessité de diminuer les effectifs de son armée prétextant des raisons budgétaires, mais en fait dans le but de l’affaiblir davantage, le président Saddam Hussein a lui aussi réduit les moyens de la défense de Bagdad en la confiant à la seule Garde Républicaine (supervisée par son fils Qussei, insuffisamment préparé à cette tâche), et divisé le pays en zones militaires dont le commandement de chacune d’elles était confié à un de ses hommes de confiance, sans grande coordination entre eux et sans référence à un plan général de défense.


Le troisième élément de similitude entre les deux « cas d’occupation » de Bagdad, consiste à la rapidité de sa chute et la faiblesse de la résistance face aux conquérants, du temps de Hulagu et de Bush.


Après trois semaines d’encerclement de la capitale du Califat, du 20 octobre au 10 février 1258, Hulagu l’investit et ordonne à ses habitants de jeter leurs armes, d’abandonner la citadelle et de se rendre, ce qui correspond à la période que mit l’armée usaméricaine pour occuper l’Iraq et investir sa capitale, du 20 mars au 9 avril 2003 après que la garde républicaine s’était évaporée et que tous les dignitaires du régime, y compris le président Saddam Hussein, avaient quitté Bagdad.


Après la prise de Bagdad, Hulagu menaça gravement les autres territoires du Califat, ce que fit Bush avec beaucoup d’arrogance vis-à-vis des voisins de l’Iraq, le jour où il annonça, en tenue paramilitaire et du pont d’un bâtiment de la marine, les appelant à se rendre et à accepter les plans stratégiques usaméricains pour la région ou plutôt pour la province comme disent certains.


Il n’y a pas non plus de différence entre la manière dont s’est comporté le conquérant mongol vis-à-vis de la population de la cité et de son patrimoine historique et celle du conquérant usaméricain plus tard.


Hulagu avait ordonné à la population de Bagdad de se rendre, puis une fois qu’ils le firent sous la contrainte, il ordonna de les faire passer au fil de l’épée sans épargner ni les vieillards, ni les femmes et les enfants. Seuls lui échappèrent ceux qui ont eu la chance et le temps de fuir ou de se cacher dans les puits et ailleurs. Quant au Calife, il fut arrêté, humilié et présenté, avec les dignitaires de la ville, à Hulagu qui ordonna de le mettre dans un sac qu’on fit coudre, puis livré au piétinement des chevaux jusqu’à la mort. Une autre version raconte qu’il a été jeté vivant dans le Tigre.


Les choses ne se sont passées très différemment avec les dignitaires du régime du président Saddam Hussein. Ceux qui s’étaient rendus d’eux-mêmes n’avaient pas connu un sort meilleur que les fugitifs. Ces derniers furent poursuivis sur toute l’étendue du territoire. Le président Saddam Hussein arrêté, fut présenté au monde sous l’aspect d’un vieux fou, sale et perdu, les yeux hagards et insensible à tout. Tout homme qui le voyait et savait ce qui l’attendait, lui aurait souhaité qu’il partageât le sort de ses deux fils et de son petit-fils.


En condamnant le Calife à ce triste sort, Hulagu ne voulait pas seulement le tuer, mais envoyer un message à ses autres rivaux pour leur dire que c’était le sort qu’il leur réservait s’ils ne se rendaient pas ou ne manifestaient pas suffisamment de collaboration, tout comme ce sera le cas avec le président Saddam Hussein. Sa présentation sous cet aspect piteux, puis sa condamnation à mort par pendaison par la suite, sont une manière de terroriser certains chefs arabes qui manifestaient encore un peu de résistance et de volonté de combattre.


Hulagu ne s’était pas contenté de massacrer la population de Bagdad (dans son livre Alïbar, Addhahbi avance un chiffre de plus de 1 800 000 morts, alors qu’ils sont


1 300 000 pour Ibn Khaldoun), mais il avait aussi jeté les précieux contenus de ses bibliothèques dans le Tigre, mélangeant ainsi le noir de l’encre et le rouge du sang, pour venger, dit-on, le sort réservé par les musulmans aux Perses lors de la prise de Al Madaïn. Il était même prêt à incendier Bagdad n’était-ce l’opposition de son entourage. Il s’appropria évidemment les palais du Califat, les trésors du Calife et son harem.


Les Usaméricains agirent de la même façon quand ils occupèrent Bagdad, fermant les yeux sur les opérations de pillage des institutions de l’État iraquien, faisant régner partout le désordre et transformant les palais présidentiels en quartiers généraux pour leurs soldats et leur commandement militaire….On estime par ailleurs à près de 700.000 le nombre d’Iraquiens morts jusqu’à l’été 2006, sans compter les prisonniers, les disparus et les gens contraints à l’exode ou à l’émigration dans les pays limitrophes et ailleurs.


Hulagu avait transgressé tous les interdits, ordonnant de verser du vin dans les mosquées, interdisant aux musulmans de faire le Ramadan et les obligeant à manger la viande de porc. Les Usaméricains suivirent ses procédés en transgressant eux aussi les interdits, en humiliant les prisonniers, à Abou Ghraïb et ailleurs, en violant les femmes en présence de leurs proches avant de les tuer tous de sang froid, sans compter qu’ils lâchèrent les milices, les escadrons de la mort et les forces de police du gouvernement de l’occupation, pour assassiner sur une base identitaire. Ainsi, pas un jour ne passe sans que des dizaines de cadavres anonymes ne soient retrouvés dans les rues de Bagdad et autant dans les eaux du Tigre ou sur ses berges


En ordonnant de détruire Bagdad et d’anéantir ses structures et de massacrer sa population, Hulagu obligea de nombreux rescapés, artisans, commerçants et savants, à fuir le pays, tout comme le fit l’occupation usaméricaine en pourchassant les savants, les universitaires et les chercheurs et en assassinant nombre d’entre eux en plein jour, alors que d’autres ont été obligés de travailler dans les centres de recherche usaméricains et israéliens.


Le but de Hulagu était de transformer Bagdad en un véritable protectorat mongol, ce qui était celui des Usaméricains en assassinant les savants et chercheurs iraquiens.



Les Mongols s’étaient-ils vraiment suicidés sur les remparts de Bagdad ?


Historiquement, il serait injuste de le prétendre. Il faut compter aussi avec le caractère d’extrême faiblesse du Calife, partagé entre ses dévotions et son harem et entouré par une cour corrompue et complotant en permanence.


Il serait injuste aussi de penser que le trésor était incapable de financer une armée puissante alors que le Calife révéla lui-même à Hulagu l’existence d’un bassin d’or dans la cour du palais.


Ce qui est sûr par contre, c’est que le Califat entamait à l’époque son compte à rebours, selon la conception de Ibn Khaldoun, qu’il était habité par la logique de la chute et que les facteurs de déliquescence l’emportaient sur ceux de la pérennité. Il était normal dans ces conditions que Hulagu échafaude ses plans pour cueillir le fruit mûr.



Les nouveaux Mongols se sont-ils suicidés sur les remparts de Bagdad, comme le prophétisa le président Saddam Hussein, avant de disparaître de la scène ou de délaisser la résistance selon certains ?



Il serait risqué de le penser et il serait trop risqué de penser que la résistance a été planifiée avec précision et que c’est sur la base de ce plan que les dignitaires du régime s’étaient retirés pour épargner la vie des habitants de Bagdad et laisser le champ libre à la résistance. En fait, il n’y a aucun élément qui permet de confirmer ou d’infirmer cette thèse. Mais l’analyse croisée de ce qui s’est passé et se passe aujourd’hui sur le terrain, permet de penser que quelque chose a été prévu en matière de résistance, peut-être bien longtemps avant la chute de Bagdad.


Le président iraquien n’a pas fui le champ de bataille, comme l’atteste sa présence à Bagdad, alors que les Usaméricains y étaient déjà. Il avait misé sur une guerre des villes et avait mobilisé pour cela, dix millions de combattants auxquels il distribua des millions d’armes. Il les entraîna à cet effet en petits groupes, facilement mobiles et capables de prendre l’initiative par eux-mêmes.


Est-ce un simple hasard, si ce n’est pas bien prémédité, que la résistance s’installe, au bout de près de quatre ans d’occupation, dans des villes comme ATTAJI, ABOU GHRAIB, FALLOUJA, RAMADI, SELMAN BIG, SOUIRA, RACHIDIA, BAAKOUBA et autres, qui limitent toutes, les villes/remparts de BAGDAD ? Est-ce un simple hasard que ces villes/remparts soient les plus imprenables pour l’occupation et son gouvernement fantoche et que tous les jours, des militaires usaméricains et leurs alliés y trouvent la mort ? Des villes où la résistance armée parade en plein jour et où les occupants évitent de pénétrer de peur de subir des pertes. Bien plus, ces villes demeurent toujours de véritables champs de bataille !


Le président iraquien misait, en plus de ce qui a été dit, sur un peuple résistant de naissance depuis près d’un siècle, convaincu qu’un tel peuple, avec ou sans Saddam, ne livrera Bagdad que sur les corps de ses enfants. C’est ainsi que l’occupant et son gouvernement fantoche se barricadent dans la zone verte de Bagdad, ne pouvant s’y déplacer par crainte des coups de la résistance.


Si le président iraquien est libre dans sa prison, ses ennemis, les occupants et leurs valets, sont quant à eux, emprisonnés à l’intérieur de fortifications doublées de fil barbelé, gardées par des caméras et des mercenaires. Qui donc emprisonne qui, dans ces conditions ?


S’il y a une leçon à tirer de ce qui précède et même une vérité, c’est que l’échec du projet mongol d’atteindre l’Égypte (Hulagu est mort de dépit pour avoir échoué à le faire) n’a d’équivalent que l’échec, au moins partiel, du projet usaméricain pour le Moyen-Orient. Comme Hulagu avant lui, Georges Bush aura tout loisir de goûter à l’amertume de l’échec d’un projet qu’il ne soupçonna jamais qu’il sera désarticulé et détruit sur les remparts de Bagdad.


J’ai la faiblesse de croire que tel est le sens de la prédiction du président Saddam Hussein, que les nouveaux Mongols se suicideront sur les remparts de Bagdad !



Al Quds Al Arabi
Illustration de titre : le siège de Bagdad par Hulagu Khan en 1258

Traduit de l’arabe par Ahmed Manaï et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.


URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1790&lg=fr



Lundi 25 Décembre 2006

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