Palestine occupée

Sharon se parjure


Le 26 janvier 2005, Ariel Sharon, premier ministre d’Israël, prononce un discours pour le moins ambigu à la tribune de la Knesset. Il rend hommage aux disparus de la Shoah, justifie l’existence même de l’Etat hébreu par ce pénible souvenir et s’enfonce dans le parjure. « L’Occident est coupable », dit-il, « car les Alliés ont refusé de bombarder les voies de chemin de fer qui conduisaient aux principaux camps de la mort. »


François Xavier
Jeudi 10 Février 2005

Sharon se parjure


Or, c’est faux.
C’est totalement faux. Puisque c’est tout le contraire qui s’est passé.
Et ce n’est pas votre serviteur qui le dit, mais un chercheur et journaliste juif, qui vit à Jérusalem/al-Qods, Michel Warschawski. Un homme intègre, un homme loyal, un militant infatigable pour la paix entre le peuple palestinien et le peuple israélien, fondateur du Centre d’Information Alternative et auteur de nombreux ouvrages sur son engagement. Un homme qui se bat pour faire entendre une autre voix dans le monde manipulé par les lobbies sionistes. Un homme qui veut dénoncer les doctrines du sionisme et le séparer de la culture juive pour, justement, arrêter de faire l’amalgame et mettre à jour cette minorité xénophobe et fascisante qui n’a eu de cesse de prôner une race juive pure et de jeter l’opprobre sur les Juifs qui voulaient s’assimiler et demeurer dans leurs pays d’origine.
Israël toute entière construite sur le mensonge, la haine de l’autre (le non juif), la peur ancestrale, l’industrie de l’Holocauste, etc.

Car tout débuta en 1923, quand un malade mental du nom de Jabotinsky eut l’idée géniale de penser la judéité au niveau du caniveau : la pureté de la race. Il créa la Fédération sioniste d’Allemagne (et avec elle divers groupes armés clandestins, dont l’Irgoun et le groupe Stern), qui s’illustra dès 1933 (date de l’avènement d’Hitler au pouvoir) par un mémorandum publié dans la presse locale qui stipulait son soutien au parti national-socialiste : "Depuis que la fondation du nouvel état a proclamé le principe de race, nous souhaitons adapter notre communauté à ces nouvelles structures (...) Nous aussi, nous sommes contre les mariages mixtes et désireux de maintenir la pureté du groupe juif". Sans commentaire.
En 1935 le Reichstag adopte les lois raciales dites « de Nuremberg » qui interdisent les mariages et les relations sexuelles entre juifs et Allemands ; aussitôt la Fédération sioniste d’Allemagne s’en félicite car "l’Allemagne satisfait les demandes du Congrès sioniste mondial lorsqu’elle déclare que les Juifs résidants en Allemagne sont une minorité nationale. Le sionisme reconnaît l’existence d’un problème juif et désire une solution constructive et à long terme".
En 1941, le groupe Stern, va jusqu’à proposer ses services à l’Allemagne pour combattre les Anglais (sic) : un document est remis à l’ambassade d’Allemagne à Ankara, signé par Yitzhak Shamir (qui allait devenir premier ministre d’Israël) dans lequel il est écrit : « En matière de conception, nous nous identifions à vous. Pourquoi donc ne pas collabore l’un avec l’autre ? » Cela fait froid dans le dos ...
Les camps de la mort avait déjà tué plusieurs centaines de milliers de juifs, mais cela ne dérangeaient pas les sionistes puisque c’étaient de « mauvais » juifs, de ceux qui avaient cru à l’assimilation ...

C’est dans le même ordre d’idée que Michel Warschawski rapporte (Sur la frontière, Paris, Stock, 2002, prix Témoin du monde RFI 2003, qui vient d’être réédité en poche chez Hachette pluriel) les tourments du rabbin Michal Dov Weismandel de Slovaquie (page 217 et suivantes de l’édition originale chez Stock) qui écrit à la direction sioniste de Palestine pour supplier les dirigeants d’intervenir auprès des Alliés pour qu’ils bombardent les lignes de chemins de fer qui mènent à Tréblinka, Dachau, Auschwitz ... mais "la passivité criminelle et cynique de la direction sioniste en Palestine refusait de mobiliser l’opinion publique internationale pour tenter de convaincre les Anglo-Américains de bombarder, par exemple, les voies ferrées menant à Auschwitz. « Il ne faut jamais oublier le plus important, à savoir qu’à la fin les Alliés vaincront, et, comme ils le firent après le Première Guerre, ils rediviseront le monde entre les peuples, et c’est pourquoi il faut tout faire pour qu’alors la Palestine devienne l’Etat d’Israël », écrivait le dirigeant sioniste Nathan Schwalb au rabbin Weismandel, et il ajoutait : « Il faut aussi savoir que les Alliés versent leur sang, et si nous n’avons pas nous aussi notre lot de martyrs, de quel droit pourrons-nous nous asseoir à leur table lorsqu’ils diviseront les peuples et les pays après la guerre ? Ce n’est qu’avec le sang que nous hériterons de notre pays. »"

En effet, ils l’ont eu « leur » pays.
Avec six millions de morts au compteur ...
Est-ce que le prix n’est pas un peu élevé ? Est-ce que les survivants et les descendants des malheureux qui sont morts ont conscience d’être considérés comme « le prix à payer » pour qu’Israël voit le jour ?
Voilà une question à poser à Ariel Sharon ...

Car, vouloir à tout prix créer un pays 100% juif est une hérésie : "Reconstruire un Royaume juif", affirme Michel Warschawski, "qui soit régi par les préceptes de la Torah et dirigé par les docteurs de la Loi nécessite une double croisade : contre l’Etat moderne et ses structures démocratiques et contre les Arabes, afin de garantir son caractère ethniquement homogène."
Et de conclure : "Le monde religieux qui se sentait dépositaire de la mémoire du judaïsme européen massacré, accusait l’establishment sioniste d’avoir considéré le génocide comme un facteur d’accélération du processus de création de l’Etat d’Israël. Certains étaient même convaincus que, pour les sionistes, le judéocide était un phénomène positif qui contribuait à l’épuration du peuple juif, facilitant ainsi la régénération future des rescapés en Palestine".

Si vous voulez dialoguez avec Michel Warschawski, si vous êtes parisien le 4 février 2005, de 18h30 à 21h, venez le rencontrer à la mairie du 2ème arrondissement (8 rue de la Banque - 75002 Paris), dans la salle des expositions. Ce débat est organisé par la revue Multitudes. Il portera sur la situation actuelle en Palestine/Israël.




source oulala.net


Jeudi 10 Février 2005


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