Propagande médiatique, politique, idéologique

Sept grosses ficelles de hasbara


Je suis allé voir la pièce « Seven Other Children » (Sept autres enfants), une production malhabile censée contrer la pièce hautement appréciée de Caryl Churchill ‘Seven Jewish Children’.

AUTEUR: Gilad ATZMON جيلاد أتزمون گيلاد آتزمون

Traduit par Marcel Charbonnier. Édité par Fausto Giudice


Lundi 25 Mai 2009

Sept grosses ficelles de hasbara

Richard StirlingD’après la presse juive, cette pièce d’une durée de sept minutes a été écrite par un “Goy” du nom de Richard Stirling, qui avait été bouleversé par la représentation des faits donnée par la pièce de Caryl Churchill, qu’il avait jugée « injuste » et « déséquilibrée ». En réalité, Stirling a créé une « contre-production », une pièce de sept minutes unilatérale et pro-sioniste qui tente désespérément de jeter un jour défavorable sur les Palestiniens. Reste que, contrairement au texte phénoménal et stimulant pour la réflexion de Mme Churchill, Stirling manque de talent, son texte est dépourvu d’esprit et de profondeur. Contrairement à Mme Churchill, qui a réussi à bâtir sa pièce d’une manière profonde et quasi magique sur certaines strates très profondément enfouies du discours identitaire juif, Stirling s’empêtre dans une adaptation banale de la transition opérée par Mme Churchill entre un binôme victimitude / agression et une réalité théâtrale palestinienne.
 
Pâle imitation du canevas innovateur de Mme Churchill, la pièce Sept Autres Enfants (Seven Other Children) de Stirling est constituée d’une brève succession de scènes : la pièce commence avec la Nakba de 1948, l’épuration de la Palestine , par les Israéliens, de sa population indigène et de ses terres, pour finir par la réalité palestinienne actuelle, que Sterling, de manière ahurissante, portraiture en « endoctrinement à la haine ». Imitant le canevas choisi par Mme Churchill, le message est délivré en de courtes phrases prononcées par des adultes s’adressant à des enfants palestiniens imaginaires. En pratique, le dialogue, chez Mme Churchill, composé de courts segments commençant par « Dites-lui… Ne lui dites pas que… », est remplacé, par Stirling, par : « Demandez-lui… Ne lui demandez pas si… »
 
Il n’y a pas grand-chose à dire, au sujet de cette pièce ; en effet, le mauvais art ne mérite pas qu’on s’y arrête. Apparemment, même la presse sioniste a été découragée par sa médiocrité, et elle n’a pas écrit grand-chose à son sujet. Toutefois, nous pouvons voir dans cette pièce une occasion de jeter un coup d’œil plus profondément dans l’idéologie et la praxis tribales. Nous avons des choses à apprendre des préceptes qui ont fait de cette production intellectuelle un flop théâtral inéluctable.
 
Comme je l’ai exposé dans un précédent article, c’est Mme Churchill qui est à l’origine du format théâtral particulier en plaçant une jeune femme juive en interlocutrice de la métamorphose de la victimitude israélienne en brutalité collective. Sterling, quant à lui, a choisi de placer un enfant mâle, du côté du protagoniste absent de sa pièce. La différence saute aux yeux. Alors que la représentation, par Mme Churchill, de la « narration juive » à l’intérieur d’un cadre efféminé est quelque chose qui est susceptible de renvoyer à une équation analogue établie par le philosophe misogyne Otto Weininger, il y a de cela un siècle, pour Stirling, l’identité palestinienne est représentée par une jeune voix masculine.
 
Autant le juif, chez Mme Churchill, est submergé par une imagerie phantasmatique de victimitude, le garçon palestinien de la pièce de Stirling est un personnage auto-affirmé. Il est à la veille de devenir un combattant. Puis-je suggérer l’idée, à ce stade, qu’étant donnés les échecs de l’armée israélienne dans toutes ses campagnes militaires, ces dernières années, et en ayant à l’esprit les images diffusées par les services de la hasbara* israélienne, de juifs traumatisés et sanglotant à Sderot, le choix de portraiturer les juifs sous les traits d’une fillette ne manque pas d’à-propos. Pourtant, nous devons nous rappeler aussi que la réalité, sur le terrain, ne laisse que peu d’espace au doute. Ce sont bien les Israéliens qui sèment la mort en masse tout autour d’eux. Ce sont bien les Israéliens qui balancent des armes de destruction massive sur des civils. Ce sont les Israéliens qui mettent en application une philosophie nationale raciste criminelle.
 
Et c’est les Palestiniens qui voient, de fait, leurs villes et leurs villages être transformés en camps de concentration par l’État juif. Incorporer les visions de Churchill et de Stirling dans une réalité unique nous donnerait une claire image d’une fille bestialement névrosée ayant enfermé un garçon naïf et confus dans une cave dont elle aurait jeté la clé. Le simple fait d’y réfléchir une seconde supplémentaire révèle la vérité, et la vérité est dévastatrice. Il ne s’agit pas simplement d’une réalité théâtrale lointaine, c’est bel et bien la réalité vraie de l’État juif et de sa brutalité. Toutefois, en réalité, le garçon grandit et sort, lentement mais surement, de sa naïveté. Le voici désormais déterminé à se libérer, en dépit de tous les obstacles. Et c’est ce qu’il fera !
 
Il est également important de mentionner que la tentative déployée par Stirling de présenter le narratif palestinien comme une transition de la victimitude à l’agression est non seulement totalement dépourvue d’imagination, mais totalement erronée : elle est trompeuse et elle n’est probablement que le résultat d’une banale projection siono-centrique.
 
Contrairement aux juifs, qui ne cessent de défendre leur souffrance historique par les moyens institutionnels et juridiques, les Palestiniens ne pensent même pas à se présenter en tant que victimes. De même, l’agression dont fait preuve l’État juif au nom du peuple juif et avec l’approbation de ses partisans institutionnalisés, ne saurait être translittérée dans la réalité palestinienne ou dans le discours identitaire palestinien. Les Palestiniens se battent en vue de leur libération, ils combattent légitimement pour recouvrer la liberté. En aucune manière votre combat pour la liberté ne saurait prendre la forme de l’agression, à moins que vous soyez sioniste, un Gentil crypto-sioniste de service (un Goy du shabbat), ou alors les deux à la fois.
 
Voilà qui suffit à établir le fait que la prémisse de la pièce était extrêmement fragile. Toutefois, il convient de soulever certaines problématiques concernant tant la pièce elle-même que ce qui a pu en motiver l’écriture. Les lobbys et les blogs juifs qui font la promotion de la pièce de Stirling insistent sur le fait que Mme Churchill n’aurait pas su représenter le conflit de manière équitable. C’est là un argument lamentable, proche de verser dans le pathétique. Depuis quand les artistes sont-ils tenus à être impartiaux ? Depuis quand un artiste est-il tenu de faire une présentation équilibrée des choses ? Les artistes sont voués à la beauté. Ils sont manifestement capables de faire passer un message à travers la beauté. Imposons-nous une exigence d’impartialité à Shakespeare ou à Picasso ? Mais nous pouvons aller encore plus loin : les militants juifs qui sont tellement dévastés par la pièce de Mme Churchill ont-ils protesté contre Spielberg en raison de sa présentation « unilatérale » des conditions politiques et sociales de l’époque des faits, dans son film «  La Liste de Schindler » !
 
Pourtant, manifestement, ce film a échoué à faire entendre ce que les nazis avaient à dire. A l’évidence, aucun être raisonnable ne formulerait une telle exigence. Et pourtant, comme dans le cas de la lutte contre le racisme, l’activisme ethnique juif tombe dans le même genre de piège. Le militant antiraciste juif n’est pas contre le racisme en général. Non : il est seulement opposé au racisme antijuif. De la même manière, les militants juifs tribaux ne sont nullement en train de s’efforcer, ici, de promouvoir un nouveau schème de « d’exposition équilibrée des faits en matière artistique ». Non : en réalité, ils insistent simplement sur le fait que les juifs devraient apparaître davantage à leur avantage, dans une pièce de théâtre donnée.
 
Apparemment, les lobbys sionistes du Royaume-Uni mettent actuellement une pression énorme sur tout théâtre procédant au montage de la pièce de Mme Churchill, exigeant que la pièce « gentille » qui a leur prédilection soit présentée en parallèle, sans aucun égard quand à la question de savoir si elle a les qualités requises ou si elle en est totalement dépourvue, ce qui est d’ailleurs le cas. Je suppose qu’étant donné que je joue moi-même tous les soirs et que chacun de mes shows est un meeting pour la Palestine , il ne faudra pas longtemps aux mêmes lobbys tribaux pour sponsoriser des manifestations jazzistiques supposées contrer les miennes. Ils pourraient même (pourquoi pas) apprendre à l’heureux saxophoniste de leurs rêves à jouer ma musique à l’envers !?
 
Quand on y réfléchit, une chose est parfaitement évidente. Naguère, les principales scènes londoniennes étaient réservées à des projets de la hasbara sioniste. La cause palestinienne ne pouvait être célébrée que dans quelque théâtre alternatif, dans quelque centre communautaire ou dans quelque église. Mais ça, ça a officiellement changé. La pièce de Mme Churchill a été jouée au Royal Court Theatre, et elle a favorablement retenu l’attention de l’ensemble des médias britanniques. Le pastiche sioniste commis par Stirling est cantonné, de manière humiliante pour son auteur, dans un minuscule théâtricule du quartier d’Hampstead. Elle est jouée quasi-exclusivement devant un public juif. On pourrait, à raison, affirmer que le discours palestinien revendique avec succès, aujourd’hui, la grande scène, tandis que le discours sioniste semble tirer la langue, loin derrière.
 
Dans sa pièce, Stirling ne cesse de demander au garçon palestinien :
 
« … Pourquoi n’avons-nous pas d’amis ?... » « Demande-lui de citer ne serait-ce qu’un seul de nos amis ! »
 
Mais, à la scène finale, celle qui est une réflexion sur Gaza lors de la guerre de 2009, Stirling lui-même prend soudain conscience du fait que les Palestiniens ont tellement d’amis qu’ils pourraient en revendre !
 
« Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis,
Demande-lui s’il sait que ces amis n’ont pas d’amis,
Demande-lui s’il sait, à propos de nos amis, en Europe
»
 
Manifestement, Caryl Churchill et le Royal Court Theatre ne sont que deux parmi de très nombreux amis des Palestiniens !
 
Mais Stirling n’est pas seul, lui non plus : il a désormais au minimum sept bloggers sionistes, qui prétendent être ses amis. L’activiste notoire de la diffamation israélienne David Hirsh fait en effet sa promo, le site emblématique siono-néocon Harry’s Place  lui donne un espace, un autre blog juif, appelé OyVaGoy menace d’exploser de libido. Avec de bons amis tels ceux-là, Stirling ne va pas tarder à se rendre compte que dès lors que ses associés cacher auront fini d’agresser jusqu’au dernier théâtre de ce pays, il n’aura plus qu’une chose à faire, et très vite : envisager de changer de carrière. A en juger à sa pièce, et au vu de ce dont Stirling est capable, ça ne sera pas une grande perte pour le théâtre britannique !
 
Il faudrait toutefois qu’une âme charitable rappelle à Stirling qu’un examen historique courageux de la réalité du sionisme au 20ème siècle ne pourra que révéler le fait dévastateur que le projet sioniste n’a jamais eu un seul ami véritable. Non : en lieu et place d’amitié, ce qu’il a eu, c’est le pouvoir – nuance ! Le sionisme est influent, il détient toujours énormément de pouvoir. Mais le pouvoir et l’amitié sont des catégories très éloignées l’une de l’autre…
 
Dans la pièce de Stirling, les derniers mots que l’on adresse à l’enfant (palestinien) ont pour fonction de laisser l’auditoire juif dans un total désarroi :
 
« Demande-lui si Hitler s’est trompé »
 
Comme si les Palestiniens étaient mus par la haine raciale envers les juifs, comme s’ils l’avaient été à un quelconque moment !? Quelqu’un devrait avoir la charité d’expliquer à M. Richard Stirling qu’en réalité, c’est de fait l’État juif qui applique des lois raciales envers les Palestiniens, et pas seulement eux. C’est l’État juif qui enferme des millions de personnes derrière des fils de fer barbelés. C’est l’État juif qui écrabouille des quartiers entiers sur leurs habitants. C’est l’État juif qui observe, systématiquement, la doctrine hitlérienne. Les Israéliens, par conséquent, d’une façon ou d’une autre, sont certainement sincèrement convaincus que le petit moustachu pensait juste, quant à lui.
 
Note :
 
* hasbara : mot hébreu signifiant « explication », désignant la propagande, le bourrage de crâne (sionistes).



Source : Palestine Think Tank- Seven Hasbara Tricks

Article original publié le 18/5/2009

Sur l’auteur

Fausto Giudice est membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

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Lundi 25 Mai 2009


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