Géopolitique et stratégie

Selon l'Otan, Une attaque nucléaire préventive est une option-clé


Selon un manifeste radical pour une nouvelle Otan, écrit par cinq des plus hauts officiers et stratèges militaires, l'Ouest doit être prêt à se résoudre à une attaque nucléaire préventive pour stopper la propagation "imminente" des armes nucléaires et autres armes de destruction massive [ADM].

Par Ian Traynor à Bruxelles
The Guardian, mardi 22 janvier 2008
article original : "Pre-emptive nuclear strike a key option, Nato told"




Ian Traynor
Mercredi 30 Janvier 2008

Un missile Trident britannique. Photo: AP
Un missile Trident britannique. Photo: AP
Appelant à une réforme complète de l'Otan et à un nouveau pacte rapprochant les Etats-Unis, l'Otan et l'Union Européenne, vers une "stratégie spectaculaire" pour maîtriser les défis posés par un monde de plus en plus brutal, les anciens chefs des forces armées des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, de la France et des Pays-Bas, insistent sur le fait que l'option d'une "primo attaque" nucléaire reste un "instrument indispensable" puisqu'il n'y a "simplement aucune perspective réaliste d'un monde dépourvu d'armes nucléaires".

Ce manifeste a été écrit à la suite de discussions entre des commandants d'active et des décideurs politiques, dont beaucoup sont incapables ou ne veulent pas faire connaître publiquement leurs points de vue. Il a été présenté au Pentagone à Washington et au secrétaire général de l'Otan, Jaap de Hoop Scheffer, au cours des dix derniers jours. Ces propositions seront probablement discutées au sommet de l'Otan, qui se tiendra à Bucarest en avril.

"Le risque d'une plus grande prolifération [nucléaire] est imminente et, avec elle, le danger que le combat nucléaire, bien que limité dans son étendue, puisse devenir possible", ont argumenté les auteurs dans un projet de 150 pages appelant à des réformes urgentes de la stratégie et des structures militaires occidentales. "L'usage en premier d'armes nucléaires doit rester, lors de frémissements d'une escalade, comme l'instrument ultime pour empêcher l'utilisation d'armes de destruction massive".

Les auteurs - le Général John Shalikashvili, ancien président des forces interarmées des Etats-Unis, l'ex-commandant suprême de l'Otan en Europe, le Général Klaus Naumann, ancien chef de l'armée allemande, l'ex-président du comité militaire de l'Otan, le Général Henk van den Breemen, ancien chef d'état-major hollandais, l'Amiral Jacques Lanxade, ancien chef d'état-major français, et Lord Inge, maréchal et ancien chef d'état-major du Royaume-Uni - ont dressé un tableau alarmant sur les menaces et les défis auxquels l'Ouest est confronté dans le monde de l'après 11 septembre et ils ont livré un verdict cinglant sur la capacité à y faire face. Les cinq chefs militaires soutiennent que les valeurs et la façon de vivre occidentales sont menacées, mais que l'Ouest lutte pour appeler à la volonté de les défendre. Les menaces-clés sont les suivantes :

- Le fondamentalisme politique et religieux ;
- Le "côté sombre" de la mondialisation, c'est à dire le terrorisme international, le crime organisé et la propagation des ADM ;
- Le changement climatique et la sécurité énergétique, entraînant une compétition pour les ressources et une migration "environnementale" potentielle sur une échelle massive ;
- L'affaiblissement de l'Etat-nation, ainsi que celui des organisations telles que l'ONU, l'Otan et l'UE.

Pour convaincre, ces généraux appellent à une révision des méthodes de prise de décision de l'Otan et à un nouveau "directoire", constitué des dirigeants étasuniens, européens et de l'Otan. Parmi les changements les plus radicaux exigés se trouvent :

- Un changement dans la prise de décision dans les organes d l'Otan, passant du consensus au vote à la majorité, signifiant une action plus rapide avec la fin des vetos nationaux ;
- L'abolition des notifications d'opposition nationales dans les opérations de l'Otan, comme celles qui ont empoisonné la campagne afghane ;
- Aucun rôle dans la prise de décision sur les opérations de l'Otan pour les membres de l'alliance qui ne prennent pas part aux opérations ;
- L'usage de la force sans l'autorisation du Conseil de Sécurité de l'Onu, lorsqu'une "action immédiate est nécessaire pour protéger un grand nombre d'êtres humains".

Dans le sillage de la dernière querelle sur la performance militaire en Afghanistan, déclenchée lorsque le secrétaire US à la défense, Robert Gates, a dit que certains alliés étaient incapables de conduire la contre-insurrection, les cinq personnages de premier plan au cœur de l'establishment militaire occidental déclarent aussi que l'avenir de l'Otan est sur la brèche dans la province du Helmand.

"La crédibilité de l'Otan est en jeu en Afghanistan", a déclaré Van den Breemen.

"L'Otan est à un carrefour et encourt le risque de l'échec", selon le manifeste.

Naumann a livré une attaque cinglante contre la performance de son propre pays en Afghanistan. "Le temps est venu pour l'Allemagne de décider si elle veut être un partenaire fiable". En insistant sur les "règles spéciales" concernant ses forces en Afghanistan, le gouvernement de Merkel à Berlin a contribué à la "dissolution de l'Otan".

Ron Asmus, le chef du groupe de réflexion du Fonds Marshall Allemand à Bruxelles et ancien haut fonctionnaire du département d'Etat américain, a décrit ce manifeste comme "un appel à se réveiller". "Ce rapport signifie que le cœur de l'establishment de l'Otan dit que nous avons des problèmes, que l'Ouest est à la dérive et que nous ne faisons pas face aux défis".

Naumann a concédé que le maintien du projet de l'option d'une primo attaque nucléaire était "controversée", même parmi les cinq auteurs. Inge a argumenté que "nous lier les mains avec une primo utilisation ou non supprime un pan énorme de la dissuasion". Se réserver le droit d'initier une attaque nucléaire était un élément central de la stratégie occidentale de la Guerre Froide pour vaincre l'Union Soviétique. Les détracteurs soutiennent que ce qui était un instrument productif pour intimider une superpuissance n'est plus approprié.

Robert Cooper, un façonneur influent de la politique étrangère et de sécurité européenne à Bruxelles, a dit qu'il était "déconcerté". "Peut-être allons-nous utiliser les armes atomiques avant les autres, mais je montrerais de la circonspection pour le dire à voix haute". Un autre responsable de l'UE a dit que l'Otan avait besoin de "repenser sa posture nucléaire parce que le régime de non-prolifération nucléaire est énormément sous pression".

Naumann a suggéré que la menace d'une attaque nucléaire était le conseil du désespoir. "La prolifération s'étend et nous avons très peu d'options pour l'arrêter. Nous ne savons pas comment la traiter".

L'Otan avait besoin de montrer qu'il y a "un gros bâton que nous pourrions utiliser s'il n'y a aucune autre option", a-t-il déclaré.

Les Auteurs :


John Shalikashvili


Militaire le plus important des Etats-Unis sous Bill Clinton et ancien commandant de l'Otan en Europe, Shalikashvili est né à Varsovie de parents géorgiens et à émigré aux Etats-Unis à l'apogée du stalinisme en 1952. Il est le premier émigré aux Etats-Unis à avoir gravi les échelons pour devenir un général quatre-étoiles. Il a commandé l'Opération Apporter du Confort, au nord de l'Irak, à la fin de la première guerre du Golfe. Ensuite il est devenu Saceur, le commandant suprême des alliés de l'Otan en Europe, avant que Clinton ne le nomme président de l'état-major interarmées en 1993, un poste qu'il a tenu jusqu'à sa retraite en 1997.

Klaus Naumann

Considéré comme l'un des tout premiers stratèges militaires de l'Allemagne et de l'Otan, Naumann a servi en tant que commandant des forces armées de son pays entre 1991 et 1996, lorsqu'il est devenu président du comité militaire de l'Otan. Sous son mandat, l'Allemagne a surmonté son tabou d'après Deuxième Guerre Mondiale concernant les opérations de combat, avec la Luftwaffe qui s'est envolée pour la première fois depuis 1945 dans la campagne aérienne de l'Otan contre la Serbie.

Lord Inge

Le Maréchal Peter Inge est l'un des tout premiers officiers de Grande-Bretagne, qui a servi en tant que chef d'état-major entre 1992 et 1994, puis comme chef de l'état-major de la défense entre 1994 et 1997. Il a aussi servi dans l'enquête Butler sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein et dans les services secrets britanniques.

Henk van den Breemen

Organiste accompli qui a joué à l'Abbaye de Westminster, Van den Breemen est l'ancien chef d'état-major néerlandais.

Jacques Lanxade

Amiral français et ancien chef de la navale, il a été aussi chef d'état-major de la défense française.



Traduction : JFG/QuestionsCritiques

http://questionscritiques.free.fr/edito/guardian/manifeste_Otan_attaque_nucleaire_220108.htm http://questionscritiques.free.fr/edito/guardian/manifeste_Otan_attaque_nucleaire_220108.htm



Mercredi 30 Janvier 2008


Commentaires

1.Posté par Guy le 30/01/2008 05:42 | Alerter
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Tout est inquiétant dans ces propositions.

Mais comment parler autrement que de haute trahison pour faire ces propositions-ci

" Un changement dans la prise de décision dans les organes d l'Otan, passant du consensus au vote à la majorité, signifiant une action plus rapide avec la fin des vetos nationaux ;
- L'abolition des notifications d'opposition nationales dans les opérations de l'Otan, comme celles qui ont empoisonné la campagne afghane ;
- Aucun rôle dans la prise de décision sur les opérations de l'Otan pour les membres de l'alliance qui ne prennent pas part aux opérations ;
- L'usage de la force sans l'autorisation du Conseil de Sécurité de l'Onu, lorsqu'une "action immédiate est nécessaire pour protéger un grand nombre d'êtres humains".

2.Posté par tribak le 21/02/2008 18:34 | Alerter
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