Palestine occupée

Sécurité


Quel que soit le nombre de murs qu’ils construiront, de personnes qu’ils jetteront en prison, de maisons qu’ils détruiront, de plaques de rue qu’ils effaceront et de personnes qu’ils expulseront, ils n’auront pas de véritable sécurité et finalement le sionisme échouera.

Hannah Mermelstein - ePalestine


Hannah Mermelstein
Dimanche 2 Août 2009

« C’est la guerre contre les Arabes »

Manifestation de fondamentalistes juifs, animés d’un racisme anti-arabe virulent.
Manifestation de fondamentalistes juifs, animés d’un racisme anti-arabe virulent.

J’ai vu ce panneau en entrant à Naplouse, la semaine dernière ; je l’ai revu en faisant route vers Ramallah et ensuite près de Bethléem. On présume que ce sont des colons israéliens qui ont écrit la phrase en hébreu sur d’énormes panneaux dans toute la Cisjordanie. Le racisme israélien a pratiquement cessé de me choquer, mais la manière dont il s’étale brutalement me coupe quand même le souffle quand je le transpose dans d’autres contextes. Imaginez-vous, qu’en traversant un quartier majoritairement noir dans une ville étasunienne, vous tombiez sur un panneau énorme qui dise « C’est la guerre contre les Noirs ».

Je pense à la sécurité. La manière dont Israël a abusé de ce mot jusqu’à en vider presque le sens dans la région ; l’importance de la sécurité au niveau de l’individu et à celui des communautés ne peut être sous-estimée. Néanmoins, tout ce que je lis dans les médias au sujet de la sécurité fait fi du droit pour le peuple palestinien à ladite sécurité. « C’est la guerre contre les Arabes » est un nouveau signe pour autant que je sache, mais pendant des années en Cisjordanie j’ai vu des étoiles de David gribouillées sur des magasins et des maisons palestiniennes disant « mort aux Arabes » et « Kahane avait raison » (Kahane était un dirigeant politique extrémiste qui préconisait le nettoyage ethnique du peuple palestinien ; cette phrase est essentiellement équivalente à « Hitler avait raison » dans un quartier juif).

Les panneaux ne sont pas seulement créés, il en est aussi qui sont détruits. Depuis 1948, les Palestiniens vivant en Israël ont vu leur identité effacée et niée sans doute plus fortement que n’importe quel autre groupe de Palestiniens. J’ai visité un ami à Lyd, la semaine dernière ; il vit dans la rue Giborai Yisrael ("Héros d’Israel"). En traversant les quartiers palestiniens de Lyd nous sommes passés par des rues portant les noms de Herzl, Jabotinsky et d’autres dirigeants sionistes. Aucun des vieux noms arabes de ces rues n’a survécu. Même dans les grandes villes comptant de nombreux Palestiniens, les noms arabes sont maintenant officiellement effacés sur les plaques de rue. Écrit en lettres arabes, « Yaffa » deviendra « Yafo », « Nasra » deviendra « Natzeret » et « Al Quds » deviendra « Yerushalayim ».

L’absence de sécurité va au-delà du refus de l’identité et de l’histoire exprimée visuellement au moyen de plaques. Un ami palestinien, de nationalité israélienne, m’a dit que la rumeur court qu’une immense étendue en Jordanie est actuellement déblayée en vue de l’arrivée de la population palestinienne d’Israël quand elle aura été déplacée. « Cela relève peut-être d’une théorie de conspiration » dit-il « mais je ne sais pas ».

« J’ose espérer qu’Israël ne va pas s’en tirer comme ça » ai-je répondu.

« Bien sûr qu’il peut s’en tirer » m’a dit un autre ami de Lyd « et si les conditions sont favorables, il s’en tirera ».

Imaginez-vous vivant au jour le jour en pensant que vous pouvez être expulsés de votre pays très bientôt. Ou à Gaza , vous demandant si vous allez être tué demain ou s’il vous sera jamais possible d’aller et venir dans votre pays librement. Ou en Cisjordanie, vous demandant si votre fils va se faire arrêter ou si vous arriverez à traverser le poste de contrôle le matin pour aller au travail. Ou à Jérusalem, si ils vous enlèveront votre permis, ou s’ils détruiront votre maison.

Imaginez qu’il n’y pas de rapport entre le choix et la conséquence, que le rapport est arbitraire entre cause et effet. Si vous avez les mêmes chances d’être descendus et tués en buvant le thé sur le pas de votre porte ou sur les bancs de l’école, ou quand vous participez à une manifestation ou que vous rejoignez la résistance armée, est-il surprenant que certains choisissent toutes les éventualités ?

Une amie à moi de Cisjordanie m’a dit un jour qu’elle ne se sent jamais en sécurité. Donc la sécurité n’entre pas en ligne de compte dans les décisions qu’elle prend. J’ai beau essayer, je ne peux pas imaginer cette absence de contrôle.

À Jérusalem, j’ai rencontré une femme qui avait été déplacée de sa maison par des colons, enlevée physiquement de sa maison par des douzaines de soldats israéliens au milieu de la nuit. Deux fois réfugiée (en 1948 et en 2008), Oum Kamel vit actuellement sous une tente qu’elle a déplacée six fois au cours des six derniers mois. Ceci est peut-être le comble de l’insécurité et pourtant Oum Kamel reste forte et déterminée. En Palestine beaucoup parleraient de soumoud ou de fermeté.

Ce type de force on le rencontre souvent en Palestine et elle dénote une sécurité plus profonde qui vient en partie de la foi. Foi en Dieu, parfois, mais aussi foi les uns dans les autres, dans la justice de la cause, dans la marée de l’histoire qui a montré qu’aucune occupation en Palestine ne dure pour toujours. Ceci bien entendu est ce que les Israéliens craignent le plus. À savoir que quel que soit le nombre de murs qu’ils construiront, quel que soit le nombre de personnes qu’ils jetteront en prison, quels que soient le nombre de maisons qu’ils détruiront, le nombre de plaques de rue qu’ils effaceront et le nombre de personnes qu’ils expulseront, ils n’auront pas de véritable sécurité et finalement le sionisme échouera. Comme beaucoup de vieux Palestiniens me l’ont dit au sujet de la sécurité, « nous avons survécu à beaucoup d’occupations. Celle-ci aussi disparaîtra ».


Hannah Mermelstein est une militante et une bibliothécaire engagée vivant à Brooklyn NY. Elle a créé avec d’autres Birthright Unplugged et Students Boycott Apartheid et collabore à la campagne de New York pour le boycott d’Israël et le projet d’éducation palestinienne.

Du même auteur :

-  Cette terre était la leur - 25 mai 2008
-  La fin d’Israël ? - 23 décembre 2007

20 juillet 2009 - ePalestine - Cet article peut être consulté ici :
http://epalestine.blogspot.com/2009...
Traduction : Anne-Marie Goossens
http://www.info-palestine.net


Dimanche 2 Août 2009


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