Conflits et guerres actuelles

Scientifiques contre la guerre: un comité italien courageux s’engage en faveur de la paix


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Jeudi 3 Avril 2008

Quand des scientifiques, avec toutes leurs connaissances et leurs moyens, se consa­crent uniquement à la guerre, quand ils inventent des armes de plus en plus sophistiquées et destructrices, quand les universités les honorent et que la plus grande partie du budget de l’Etat va à la recherche sur la guerre et les instruments de destruction, l’humanité se prépare un avenir fait de souffrances infinies. C’est ce qui se passe depuis de nombreuses années. Les armes deviennent de plus en plus précises et effrayantes, et leurs effets prennent de plus en plus d’ampleur. Des pays entiers sont soumis à la machine de guerre, sans espoir d’être libérés de son fardeau. L’Alliance militaire anéantit à la perfection. Elle ne détruit pas seulement les vies d’aujourd’hui mais celles de demain en s’attaquant au patrimoine génétique. Elle fait table rase, tuant ses propres enfants.
Mais il existe également des scientifiques qui font tout le contraire. Un groupe italien de scientifiques – le Comitato scienziate et scienziati contro la guerra – a publié, en 2001 déjà, un document sur la guerre des Balkans consacré aux conséquences sanitaires et environnementales de l’usage d’armes radioactives. Ces femmes et ces hommes ont tenté d’évaluer les dommages causés par les radiations aux populations des Balkans. Ils apportent des preuves si évidentes et convaincantes qu’en 2001 déjà, on n’aurait pas eu besoin d’autres preuves pour faire interdire immédiatement ces armes par le droit international. Le monde entier aurait dû pousser un cri, l’ONU aurait dû réagir, l’OTAN aurait dû cesser immédiatement d’utiliser ces armes. Or c’est le contraire qui s’est passé.
Nous reproduisons ci-après des extraits du rapport des scientifiques italiens qui prouvent que l’Alliance militaire, et avec elle tous les gouvernements européens, savaient parfaitement ce qui se passait sous couvert d’«actions humanitaires» et qu’aucun des traités de droit international à ce sujet n’était respecté.

Quelques thèses et faits concernant l’uranium appauvri (UA), son emploi dans les Balkans et ses effets sur la santé des militaires et des populations [extraits]

par M. Cristaldi, A. Di Fazio, C. Pona, A. Tarozzi, M. Zuchetti du «Comitato Scienziate e Scienziati contro la guerra», 9 janvier 2001

[…] Bien que des accords internationaux l’interdisent, on sait que l’UA est utilisé depuis 10 ans sur les théâtres d’opérations militaires.
Nous constatons que les autorités politiques et militaires ne pouvaient pas ignorer l’utilisation d’armes à l’UA au cours de la dernière décennie. En outre, il est faux de prétendre que ces armes ne sont pas interdites par le droit international.
Partons de ce dernier point. Le problème des armes à l’UA a également été abordé au sein de l’ONU. Lors de sa 48e session du 30 août 1996, la Sous-commission pour la prévention de la discrimination et la protection des minorités a adopté une Résolution1 concernant l’UA. Selon le communiqué de presse du 4 septembre 1996, «les armes de destruction massive et, en particulier, les armes nucléaires, ne devraient jouer aucun rôle dans les relations internationales et devraient par conséquent être éliminées;» […] Tous les Etats «doivent être guidés dans leur politique nationale par la nécessité de mettre un frein à la production et à la prolifération des armes de destruction massive ou frappant sans discrimination, en particulier les armes nucléaires, les armes chimiques, les bombes fuel-air, le napalm, les bombes à fragmentation, les armes biologiques et celles qui contiennent de l’uranium appauvri.»
La dangerosité évidente de l’UA est connue de l’opinion publique et des milieux militaires depuis plus de 20 ans. Nous citons ci-dessous quelques-unes des nombreuses sources provenant des Etats-Unis et des milieux militaires.
Dans un rapport de 1979, l’US Army Mobility Equipment Research & Development Command était d’avis que l’usage de munitions à l’UA représentait un danger «non seulement pour les personnes situées à proximité immédiate, mais pour celles situées à distance sous le vent: […] Les particules […] se déposent très rapidement dans le tissu pulmonaire et exposent les personnes contaminées à une dose de rayonnement alpha de plus en plus toxique qui peut déclencher un cancer et d’autres maladies mortelles.» Cette affirmation n’émane certainement pas de ceux qui voulaient interdire ces armes.
Il se trouve qu’on ne manque pas de rapports provenant de sources gouvernementales américaines sur les mesures de prévention à prendre en cas d’utilisation de ces armes. Selon un rapport des Los Alamos National Laboratories,2 «les centres d’essais de bombes à l’UE d’Aberdeen et de Yuma [dans les déserts américains où ces bombes ont été testées dans les années 1970 et au début des années 1980] ne pourront pas être peuplés par des hommes avant qu’ils aient été décontaminés.» On se demande ici notamment comment on peut justifier la présence à long terme de soldats dans des zones contaminées par l’UA, sans parler de la population civile qui vit dans ces zones ou essaient de le faire.
L’Armed Forces Radiobiology Research Institute (Maryland, USA) a publié une étude intitulée «Health Effects of Depleted Uranium»3 qui conclut que l’UA est cancérogène et augmente la mutagénité [tendance à provoquer des mutations génétiques] et que d’autres études devraient être menées sur la question.
En 1987, l’armée américaine a publié des instructions concernant la manutention des armes à l’UA et des véhicules contaminés. En juin 1990, un rapport de la Science Application International Corporation (USA) destiné à l’armée américaine confirmait le fait que parmi les effets à long terme de faibles doses d’UA on comptait des cancers, des pathologies rénales et des défauts génétiques. Depuis septembre 1990, l’Armée américaine publie un bulletin (Department of the US Army Technical Bulletin, Guidelines for safe response to handling, storage and transportation accidents involving army tank munitions or armour which contain depleted uranium (Directives sur la manière de réagir en toute sécurité aux accidents de manutention, de stockage et de transport de munitions de blindés ou de blindages contenant de l’UA) qui informe les soldats entrant en contact avec l’UA sur les dangers de ce dernier.
Tout le monde sait que de grandes quantités d’armes à l’UA ont été utilisées pendant la première guerre du Golfe et nous n’y reviendrons pas. Après l’apparition du syndrome de la guerre du Golfe, l’Association des anciens combattants a réclamé des enquêtes sur le problème de l’UA et les a d’ailleurs obtenues. Ainsi, une commission d’enquête américaine (qui a mené ses travaux en 1995-96) a publié un rapport officiel intitulé «Presidential Advisory Committee on Gulf War Veterans’ Illness Final Report». Nous reviendrons sur la question du syndrome de la guerre du Golfe et de la guerre des Balkans.
L’utilisation d’armes à l’UA lors du bombardement de la Bosnie par l’OTAN et les Nations Unies en 1995 est également bien connue et le Pentagone reconnaît ce fait non seulement dans une interview récemment parue4 mais également dans des communiqués officiels de l’époque, tels ceux de novembre 1995 (Fiche d’information sur l’opération «Deliberate Force» en Bosnie entre le 29 août et le 14 septembre 19955).
D’autre part, l’Armée américaine était tout à fait consciente, en Bosnie, des dangers de l’UA car elle était munie des appareils de mesure adéquats6.
Nos soldats qui ont contracté des leucémies étaient engagés en Bosnie où les bombardements ont eu lieu entre la fin d’août et le début de septembre 1995. Les avions A-10 ont certainement tiré plus de 10 000 munitions à l’UA. En ce qui concerne les bombardements de Bosnie, les Forces armées n’ont jamais, à l’exception de quelques épisodes isolés7, reconnu avoir utilisé des missiles de croisière Tomahawk ni précisé s’ils contenaient de l’UA. Toutefois il n’est sans doute pas exagéré de supposer que ces munitions contenaient une quantité importante d’UA destinée à en renforcer la force de frappe et à stabiliser le vol. On évalue la quantité d’UA entre 20 et 100 kilos. Cela alourdirait le bilan de l’UA utilisé en Bosnie.8
L’utilisation d’armes à l’UA en Bosnie a, en mai 1998 déjà, fait l’objet d’une plainte auprès du Tribunal international de la Haye contre les crimes de guerre en Yougoslavie.9
Finalement, on observe généralement que les porte-parole officiels du Pentagone et d’institutions analogues dissimulent sous un flot de paroles ce que les rapports officiels de leurs propres institutions disent des dangers de l’UA. Qu’on lise par exemple le rapport rédigé à la demande du Congrès américain par l’Army Environmental Policy Institute qui confirme sans ambiguïté les dangers aussi bien chimiques que radiologiques de l’UA.10
Il existe une énorme quantité de documents sur l’utilisation et les dangers de l’UA. C’est volontairement que nous renonçons à citer ceux qui ne sont pas de source américaine ou militaire, afin d’éviter des doutes. En ce qui concerne la diffusion des informations sur l’UA et la possibilité de porter plainte, nous renvoyons à l’ouvrage «The Metal of Dishonor» d’Helen Caldicott, International Action Centre) qui a été publié à New York.
Au vu de ce qui précède, il apparaît très curieux de prétendre que notre armée et notre gouvernement ignorait tout de l’usage des armes à l’UA et de leurs dangers.
Malheureusement, l’usage stratégique de l’UA est intéressant non seulement parce qu’étant un déchet des processus d’appauvrissement et de transformation de l’uranium, il est présent en grandes quantités et qu’il s’agit d’une matière première quasi gratuite. Grâce à sa maniabilité (contrairement à beaucoup de transuraniens) qui fait que l’utilisateur échappe pratiquement à ses dangers primaires alors que les cibles et la population sont contaminés à longue échéance, il constitue une puissante arme de chantage contre des troupes et/ou la population d’une région donnée qui subira par la suite une constante pression économique, accompagnée de l’imposition d’un embargo. A cet égard, l’exemple de l’Irak est instructif. Le fait de dissimuler les dangers de l’UA n’est rien d’autre que la rétention d’informations correctes qui risqueraient de compromettre un volume d’affaires beaucoup plus important que les intérêts immédiats du marché.
A propos, la législation américaine en matière de protection radiologique n’est pas indulgente à l’égard de ceux qui utilisent de l’uranium et fabriquent ces munitions. En 1988, les National Lead Industries, dans l’Etat de New York, ont été fermées à la suite de retombées dépassant les valeurs-limites et une pollution atmosphérique excessive. En ce qui concerne les retombées, il ne s’agissait «que» de 5,5 MBq, ce qui correspond à la radioactivité de 375 g d’UA c’est-à-dire d’une seule des 31 000 munitions qui, aux dires de l’OTAN, ont été tirées au Kosovo.
La législation italienne11 mentionne elle aussi expressément l’UA et le range parmi les nucléides radioactifs, dans le groupe «à faible radiotoxicité». Nous savons maintenant que tout dépend de la quantité, de la concentration, du mode et de la durée d’exposition. En particulier la même législation stipule, à propos du nucléide U 238, que la loi s’applique dès que la radioactivité totale du matériel dépasse 104 Bq et que l’activité spécifique dépasse 1 Bq/g. En ce qui concerne l’activité spécifique de l’UA, moins d’un gramme –par exemple un éclat minuscule de munition à l’UE – suffirait pour que l’on entre dans le champ d’application de la législation italienne sur la protection radiologique. […]    •

Source: Alcune tesi e fatti sull’uranio impoverito (DU), sul suo uso nei Balcani, sulle conseguenze sulla salute di militari e popolazione (http://web.peacelink.it/tematiche/disarmo/u238/documenti/uranio-impoverito.html)
(Traduction Horizons et débats)

1 http://prop1.org/2000/du/resource/000310un.htm
2 UN Press Release HR/CN/755 vom 4.9.1996.
Zu finden unter: www.unhchr.ch/Huridocda/Huridœtwansf/0811fcbd0b9f6bd58025667300306dea/887c730868a70a758025665700548a00
3 M. H. Ebinger et al. Long-Term Fate Of Depleted Uranium At Aberdeen And Yuma Proving Grounds Final Report, Phase I: Geochemical Transport And Modeling, LA-117 90-MS, DE90 012660 (1990), Los Alamos National Laboratory, New Mexico 87545, USA.
4 www.ngwrc.org/dulink/afrri_briefing.htm
5 www.defenselink.mil/news/Jan2001/t01042001_t0104asd.html
6 www.chinfo.navy.mil/navpalib/intl/bosnia/delibfor.txtwww.afsouth.nato.int/FACTSHEETS/DeliberateForceFactSheet.htm
7 Environmental Exposure Report (31/07/1998), Depleted Uranium in the Gulf. Zu finden unter:
www.gulflink.osd.mil/du/du_sec05.htm
8 Communiqué de l’US Navy: 13 Tomahawk contre la Bosnie (13/9/95) cf. www.chinfo.navy.mil/navpalib/bosnia/adriat07.html
9 En ce qui concerne les missiles de croisière, les «cartes» fournies par l’OTAN (lesquelles ne mentionnent que les zones qui ont été bombardées par des A-10), ne permettent pas de savoir si et dans quelle mesure ces missiles ont été utilisés contre le territoire bosniaque. Cela, ajouté au fait que l’OTAN a reconnu à plusieurs reprises ne plus savoir quelle quantité de munitions a été tirée, fait douter que le nombre de 31000 munitions reconnu par l’OTAN corresponde à la réalité.
10 «Health and Environmental Consequences of Depleted Uranium Use in the US Army: Technical Report», US Army Environmental Policy Institute, June 1995 www.fas.org/man/dod-10/sys/land/docs/techreport.html. On trouvera une analyse du rapport dans l’article de D. Bernstein «Pentagon Document scores risks of DU used in Gulf War and Bosnia», Pacific News Service http://flashpoints.net/pentagondocjinn.html
11 DL 17 Marzo 1995, n. 230, pubblicato sul Supplemento Ordinario alla GU n. 136 del 13 Giugno 1995, Serie Generale, con le successive integrazioni dei Decreti Legislativi 27/5/2000 per l’attuazione delle direttive 96/29/EURATOM e 97/43/EURATOM.

http://www.horizons-et-debats.ch http://www.horizons-et-debats.ch



Jeudi 3 Avril 2008


Commentaires

1.Posté par ROGSIM le 04/04/2008 10:20 | Alerter
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si les savants et les scientifiques savaient à l'avance ce que les hommes feraient de certaines de leurs découvertes et travaux, je pense qu'ils s'abstiendraient de les divulguer.

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