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Sarkozy, Royal, Bayrou: la fin du gaullisme


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Les Français sont appelés à se rendre aux urnes dimanche prochain pour le premier tour de l'élection présidentielle. Qui succédera donc à Jacques Chirac?


Vitali Dymarski
Vendredi 20 Avril 2007

Par Vitali Dymarski, membre du Conseil d'experts de RIA Novosti



Tous les jours, les médias publient une multitude de sondages qui n'ont qu'une chose en commun: Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou sont les leaders incontestés de la course présidentielle. Ils sont suivis de Jean-Marie Le Pen, vétéran vieillissant mais toujours vaillant de l'extrême-droite française, à la tête du Front national. Les huit autres candidats en lice semblent quant à eux suivre la maxime olympique selon laquelle l'important n'est pas de gagner mais de participer.

La compétition entre les quatre "poids lourds" actuels de la politique française promet une lutte acerbe, et les surprises ne sont pas à exclure, même si le résultat du scrutin, à en croire les sondages, est plus ou moins prévisible: Nicolas Sarkozy remportera le premier tour pour affronter la socialiste Ségolène Royal au second, fixé au 6 mai prochain. Pourtant, les incertitudes ne manquent pas.

D'ailleurs, l'une d'elles a déjà été levée: Jacques Chirac a annoncé à la mi-mars qu'il ne briguerait pas un troisième mandat, même si la Constitution ne le lui interdit pas.

Le testament politique de Jacques Chirac comportait plus d'émotions que de conseils d'un vieux sage à son jeune successeur. Mais il a tout de même donné un conseil ponctuel à ses compatriotes: "Ne composez jamais avec l'extrémisme, le racisme, l'antisémitisme ou le rejet de l'autre. Dans notre histoire, l'extrémisme a déjà failli nous conduire à l'abîme. C'est un poison. Il divise. Il pervertit, il détruit."

Ces propos visent en premier lieu Nicolas Sarkozy qui, quoiqu'il appartienne à la famille politique de Jacques Chirac, est souvent en désaccord avec le président sortant. Champion de la lutte sans merci contre l'immigration illégale (quoique lui-même issu d'une famille d'immigrés hongrois) et de l'intégration, initiateur de l'idée d'un nouveau ministère pour l'immigration et l'identité nationale, Nicolas Sarkozy a dû apprécier une autre phrase du locataire de l'Elysée: "La France est riche de sa diversité."

La question de l'immigration est depuis longtemps source de controverses dans une France qui se trouve amenée à payer son passé impérial par un afflux d'immigration puissant (et pas toujours contrôlable). Avec l'élargissement de l'Union européenne, aux ressortissants des anciennes colonies s'ajoutent des aventuriers venant d'Europe de l'Est à la recherche d'un meilleur sort. Ce n'est pas par hasard que le référendum sur le Traité constitutionnel européen a capoté en mai 2005, quand les détracteurs de l'intégration européenne ont collé à travers toute la France des affiches représentant... un plombier polonais.

C'est sur ce terrain fécond du "rejet de l'Autre" que le leader du mouvement fascisant du Front national, Jean-Marie Le Pen, a vu croître sa popularité et s'est hissé au second tour de l'élection présidentielle de 2002 au nez et à la barbe d'une classe politique française abasourdie.

Cette leçon, Nicolas Sarkozy semble l'avoir apprise mieux que les autres. En accédant au poste de ministre de l'Intérieur, il a lancé une campagne assez radicale contre l'immigration. Le résultat s'est révélé ambivalent. D'un côté, il s'est attiré les voix d'électeurs nationalistes; de l'autre, il a attisé la situation déjà tendue dans les banlieues où la grogne des immigrés ne cesse de monter.

En un mot, Jacques Chirac a mis en garde son éventuel successeur contre une rage excessive dans la lutte contre l'immigration qui ne peut, à son avis, apporter qu'un profit électoral à court terme mais qui est incapable de trancher le problème de l'intégration. On suppose même que le chef de l'Elysée, qui condamne les manifestations extrémistes, les attribue moins aux vandales qui cassent des vitrines ou renversent des voitures qu'aux responsables politiques nationalistes qui réclament, ouvertement ou non, "une France aux Français". Dans son testament politique, Jacques Chirac a également appelé sans émotion à rester fidèle au "modèle français" dans le monde en évolution.

Depuis l'époque du général de Gaulle, la France a la réputation d'un pays où même les plus à droite appartiennent dans leur for intérieur à la gauche. Homme politique éminent grâce auquel la France s'est retrouvée parmi les puissances qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale et a su en finir avec le conflit épuisant, sans avenir et sans résultat en Algérie, le général de Gaulle fut l'auteur du "modèle" tant promu par Jacques Chirac.

En rejetant le socialisme et le communisme, le général a trouvé sa propre recette contre le délabrement de l'après-guerre: une sorte de capitalisme d'Etat reposant sur deux piliers, la propriété publique omniprésente et la coûteuse sécurité sociale. Puisque Charles de Gaulle était le plus à droite et que ses opposants se déclaraient de gauche, le général et ses partisans se sont retrouvés - paradoxalement et malgré leur étatisme - sur le flanc droit de la scène politique française. C'est ce qui explique par ailleurs, à part l'antiaméricanisme commun, la relation particulière qui lie Moscou et Paris depuis plusieurs décennies, à l'époque soviétique comme aujourd'hui.

Il est vrai que Jacques Chirac a essayé de modifier légèrement le "modèle français" du général de Gaulle en se déclarant "néogaulliste", mais l'efficacité du secteur public n'en a pas beaucoup progressé, et la sécurité sociale fort coûteuse a continué à peser lourd sur l'économie française. Il n'a jamais pu rassembler assez de volonté politique pour y renoncer, car toute réforme, même la plus minuscule, du système faisait descendre les gens dans la rue et menaçait, par voie de conséquence, de lui faire perdre des voix.

Les contradictions Chirac-Sarkozy ne touchent pas seulement les interprétations et les méthodes de la politique d'intégration, c'est aussi l'approche libérale et atlantiste que le président sortant reproche à son successeur potentiel. Quoi qu'il en soit, Jacques Chirac est aujourd'hui considéré comme le dernier gaulliste, et tout porte à croire donc que son appel à la fidélité au "modèle français" restera une voix clamant dans le désert: ce "modèle" ne correspond évidemment pas aux exigences de l'économie contemporaine.

La balle est désormais dans le camp des électeurs. S'ils veulent moderniser leur vie relativement vite sans tenir compte de "l'exception française", ils voteront Sarkozy. S'ils préfèrent un passage plus souple et optent pour un statu quo, ils choisiront le centriste François Bayrou. Ce dernier ne cesse de remonter dans les sondages et se rapproche depuis peu de la socialiste Ségolène Royal qui n'a rien proposé de nouveau à la France.

Le dernier gaulliste manquera aussi aux antiaméricanistes en Europe (la Russie comprise). Dépourvu du soutien de l'Allemagne (avec le départ de Gerhard Schröder), de l'Italie (avec le départ de Silvio Berlusconi) et bientôt de la France (avec l'éventuelle ascension de Nicolas Sarkozy qui regarde la politique intérieure du Kremlin d'un oeil beaucoup plus critique que son prédécesseur), Moscou sera obligé de faire cavalier seul sur le théâtre européen des hostilités antiaméricaines et ne pourra compter désormais que sur ses "compagnons d'armes" asiatiques et latino-américains. L'Europe sera à peine capable de l'aider.

Les opinions exprimées dans cet article sont laissées à la stricte responsabilité de l'auteur.


Vendredi 20 Avril 2007

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