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Santé : Mutuelles et bouches cousues


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georges zeter
Lundi 25 Février 2019

Etre un « rebelle » en France aujourd’hui, facile ! Ne pas avoir de mutuelle santé... 5 millions d’entre nous n’en ont pas , et ce chiffre augmente tous les ans. Présentez-vous dans n’importe quel site de santé et répondez lorsqu’on vous demande « les coordonnées de votre mutuelle » (on ne demande plus si vous avez une), et là votre réponse désarçonne « désolé, je n’en ai pas », s’en suit un léger silence et... « Vous devrez régler la part que la sécurité sociale ne rembourse pas... » C’est cela être un « rebelle » : déranger l’ordre de la marche établie, sauf que ce statut de outlaw ne vient pas d’un choix volontariste, mais d’une réalité : économique, par manque de moyens.
Ma tite histoire...
En préambule j’écris cet article non pas pour me lamenter sur mon sort, d’autres le font bien mieux que moi et avec talent ; Mais comme un témoignage sur les aléas et faillite du système de santé, d’un français qui travaille comme professeur d’anglais contractuel, qui paye des impôts, des charges sociales et qui pourtant ne peut se soigner et se faire soigner correctement.
Donc...
Depuis 5 semaines, je souffre d’une hernie discale. Je suis nouveau dans la région où j’enseigne, et entre parenthèse, je n’ai pas le droit de joindre la mutuelle payante des enseignants (MGEN), car, seulement remplaçant contractuel... Donc, je suis sans mutuelle. Et si je n’ai pas ce genre de couverture ? Franchement je n’en ai pas les moyens financiers. Il faut savoir qu’un contractuel va d’un contrat précaire à un autre et que ses priorités sont de : payer son loyer, son alimentation, ses frais de transport, souvent avec son véhicule perso (sans défraiement), et tous les « restes » ; Si bien que le reste des restes n’est pas bezef...
Il n’y a des mutuelles pas très chers, dans les moins de 100 euros mensuel, mais lorsque les gros pépins arrivent, ces assurances tournent plus à l’obole qu’à de vrais remboursements. Une bonne couverture va chercher dans les...Bref, je ne peux pas vu le salaire de misère d’un enseignant contractuel ! (croyez moi si je pouvais je signerai) En fait, comme tout smicard « amélioré » je dois faire le pari qu’il ne m’arrive rien de grave, et les petits soucis telles la grippe ou autres maladies de saison me font contribuer à payer la différence. Mais comme les années passent, ma santé comme tout le monde décline, et...
Alors...
D’abord trouver un généraliste en secteur 1, celui qui accepte la carte vitale, et ne demande pas de suppléments d’honoraires. Combien de « désolé, le docteur X ne prend pas de nouveaux patients », et ça c’est un refrain en boucle. Finalement en faisant intervenir ma propriétaire, j’en trouve un. Qui me donne, 10 minutes en main, une poignée d’ordonnances qui vont d’une pharmacopée qui assommerait un cheval, (entre autre des opioïdes, nouvelle marotte des toubibs), à des anti inflammatoires et autres machins anti trucs. Une ordonnance pour une IRM, délais : 4 mois dans la ville d’à coté, et des séances de kiné... Cette fois ci j’en trouve un par la voie « d’une recommandation d’un voisin ».
J’oublie de dire que je suis allé travailler tous les jours pendant 3 semaines avec ces douleurs qui sur l’échelle qui va de 1 à 10 étaient de 5 ; Je n’ai rien de l’étoffe d’un héro, mais n’ai pas les moyens financiers de me mettre en maladie, car, mes revenus, ne sont pas prit en compte par l’éducation nationale, et donc, je ne percevrais que 50% pas très longtemps et il y a en plus des jours de carences... J’attendais donc, comme le saint graal ces vacances de février pour enfin prendre soin de moi. Pas de bol, ce sont les vacances ski (je suis à coté des alpes), pour la kiné et le médecin.
Quand ça va pas ça ne va pas, et hier, samedi comme par hasard, je suis réveillé vers 4 heures avec une douleur tout le long de la jambe gauche, partant du bas des reins, douleur intolérable, c’est du 9 sur 10 sur l’échelle (ceux qui ont une hernie discale me comprendront, les autres, je ne vous le souhaite pas). Je prends des médicaments mais rien n’y fait.
C’est donc la mort dans l’âme, car je sais que ça va être long, implaisant et douloureux que je me dirige vers les urgences de l’hôpital de Bourgoin Jallieu, il est vers les 8 heures.
Déjà conduire les 8 km ont été un calvaire. J’arrive aux urgences tordue littéralement de douleurs. L’admission se fait rapidement, et je suis installé dans une chambre. Il se passe une bonne heure, alors que la seule position où je peux ne pas hurler est d’être accroupie, le dos rond et la tête presque entre mes jambes (il appellent ça, la position de tolérance que chaque patient adopte à sa façon lorsque la douleur est trop aigüe.) Pourtant à l’admission on m’a bien demandé « sur une échelle de 1 à 10... j’ai répondu 9 ! Mais bon, les conditions des urgences étant ce quelles sont en notre pays, il suffit de serrer les dents et d’endurer. Finalement, on me pose une perfusion et m’injecte ce qu’il appelle une base 2, en entendant le nom, je leur dis que ce médoc me rend malade...Que nenni, on m’injecte et ca ne loupe pas, 10 minutes après, je vomie. Re-attente, et là, c’est base 3, de la morphine. Ca me fait du bien, mais sans enlever tout à fait la douleur. Ils en profitent pour me faire des prises de sang et d’urine, puis je suis trimbalé pour aller faire des radios.
Les heures passent, il faut me piquer avec de la morphine 3 autres fois. Finalement le médecin m’annonce qu’il veut me garder 3 jours en hospitalisation. Il se trouve qu’heureusement je fais partie de ces « gens un peu informés », et lui demande combien cela va coûter par jour car je n’ai pas de mutuelle ; il a l’air franchement étonné par ma question et va s’enquérir. Au retour il m’annonce ce qui « reste » à ma charge : 260 euros jour + 20 euros = 280 balles que multiplie 3... En lui annonçant que je ne pourrai pas payer, il se montre presque choqué et me dit que je devrais avoir une mutuelle... (tient, je n’y avait pas pensé) J’ai d’ailleurs aussi la même réaction de la part de l’infirmière : ces deux là ont 30 ans grand maximum, et ils ne connaissent que ce système, donc pour eux, c’est une aberration qu’un patient/client viennent sans le sésame...La machine à décerveler, à rendre des personnels de santé dépourvue de bon sens fonctionne à merveille... Je lui demande alors qu’est ce que l’on va faire ? Il me répond qu’il va m’écrire des ordonnances et que je me soignerai tout seul chez moi. J’ose tenter une petite conversation plus générale comme : « vous savez bien, que lorsqu’un malade a très mal et qu’il se soigne par lui-même il y a le risque qu’il prenne trop de médocs...Faire une overdose. Alors, patiemment il m’explique que : « si je faisais cela, avec ces médicaments de morphine, je risquerai des problèmes respiratoires graves qui pourraient amener à un arrêt cardiaque »... Waouh, Heureusement j’ai demandé... En passant, comme il m’a prescrit un scanner, je demande les délais « il faut compter 3 semaines au moins », c’est dit sans aucune trace d’ironie, il est sérieux... Tout de même, car sous la blouse il y a un homme, lorsque je lui parle des difficultés pour voir un médecin généraliste, il m’avoue que lui aussi, car n’étant pas du coin n’en trouve pas, il est son propre docteur... C’est pour cela que lorsque j’entends l’Agnès Buzyn, sinistre de la santé, j’ai des bouffées de haine, car, elle participe tant à cet état de fait de deshumanisation totale, alors qu’elle est elle-même praticienne...De quelle sorte mon dieu ?
Ce se gâte lorsque j’attaque sur le fait qu’on me met tout simplement dehors de l’hôpital car sans moyens de payer, là, il le prend personnellement, alors que je lui ai dit avant qu’il ne pouvait rien n’y faire, qu’il devait suivre les directives de la direction de l’hôpital, directives très certainement concoctées par des gestionnaires, des comptables...Et enfin, car moi aussi cette conversation commence à me chauffer, je lui dis qu’il pourrait démontrer tout de même un peu plus d’empathie. Il me balance alors en partant « j’ai 80 patients à m’occuper, alors pour l’empathie, je n’ai pas le temps ! » Ce qui est vrai, mais l’entendre...Pour l’infirmière c’est du même tonneau, elle, je l’agace car mes « petits problèmes », qui ne font que lui faire dire « ce n’est pas moi qui décide, pourquoi vous n’avez pas de mutuelle ? »... Tout le monde sait que les urgences sont dans le burn-out permanant, cependant, un peu de confraternité humaine ne prend pas plus de temps que de lancer des petites phrases vachardes qui ne font qu’isoler plus ceux qui n’ont pas les moyens. Après de tels échanges être pauvre est une tare apparemment choisie, on se sent vraiment une merde...Merde, qui continue d’avoir autant mal qu’à son arrivée d’ailleurs...
Et oui, il est 18 heures, et je dois libérer mon brancard.
Je repars toujours aussi plié en deux de douleur (échelle 7 sur 10), en demandant tout de même aux admissions combien cette journée de fun total va me coûter. « Je ne sais pas, vous saurez lorsque vous recevrez la facture... » Circulez, au prochain.
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J’ai galéré dans Bourgoin plus d’une heure pour finalement trouver une pharmacie ouverte.
Je suis rentré chez moi, ai pris plein de médocs et me suis écroulé...Réveillé vers 4 heures 30, par des douleurs dans toute la jambe gauche...Que dois je faire ? M’en retourner aux urgences, rester chez moi et prier qu’avec ces pilules le mal passe ? Le généraliste est toujours absent la semaine prochaine, la kiné n’a pas de RDV pour moi, seulement l’autre semaine, et la rentrée du collège est le 4 mars...
Il me reste à invoquer les druides ou les anges, surtout ceux de la télé réalité :
Le prof d’anglais aux urgences en chie !
« De quoi pondre une bonne Drama ma poule, et en prime time ! Et surtout fais bien des grimaces de douleurs pour capter du temps de cerveau disponible pour nos sponsors ! Vas y Georgio, c’est à toi, on te regarde ! »
(et ainsi Georges Zeter eu ses 15 minutes de gloire)

Georges Zeter/février 2019



Lundi 25 Février 2019

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