Religions et croyances

SYNODE DES ÉVÊQUES 2008: OÙ ÉTAIENT DONC NOS PROPHÈTES?


LE SYNODE DES ÉVÊQUES CATHOLIQUES S'EST RÉALISÉ À ROME, EN OCTOBRE DERNIER, MAIS OÙ ÉTAIENT-ILS CES PROPHÈTES DONT NOUS PARLE ST-PAUL ET QUI CONSTITUENT AVEC LES APÔTRES UNE DES DEUX FONDATIONS DE L'ÉGLISE? UNE ABSENCE QUI DÉTEINT SUR LE CONTENU DE LA DÉCLARATION FINALE.


oscarfortin@hotmail.com
Samedi 15 Novembre 2008

SYNODE DES ÉVÊQUES 2008: OÙ ÉTAIENT DONC NOS PROPHÈTES?
La lecture de la déclaration finale de cette importante assemblée des Évêques, sous la présidence du pape Benoît XVI, en octobre dernier, m’inspire quelques commentaires que je souhaite partager avec vous tous. Je ne m’attarderai qu’à quelques points qui m’apparaissent particulièrement significatifs et d’une importance doctrinale de nature à modifier la compréhension même du christianisme et de l’institution qui en témoigne.

1 Ma première observation porte sur cette Voix de Dieu qui sort du néant la création et « qui descend ensuite dans les pages des Saintes Écritures que nous lisons à présent au sein de l'Église sous la conduite de l'Esprit Saint qui a été donné comme lumière de vérité à l'Église et à ses pasteurs. »

Sur ce dernier point, je suis particulièrement étonné que l’on ne relève pas l’importance tout à fait déterminante de la Parole portée par les PROPHÈTES qui viennent rappeler, à temps et à contre temps, aux rois et aux prêtres, le sens à donner à l’alliance qui unit Dieu à son peuple. Ils appartiennent à une catégorie à part dans la vie de la foi. Ils échappent, par ce qu’ils ont à dire, à l’autorité des grands prêtres et des rois. Ils sont des messagers qui tirent leur parole de la bouche même de Dieu.

Ce rappel du rôle des prophètes dans la révélation de cette VOIX qui vient à nous eût été d’autant plus important que l’apôtre Paul en fait une des deux fondations sur lesquelles s’édifie l’Église.

« Vous êtes intégrés dans la construction dont les fondations sont les apôtres et les prophètes, et la pierre d'angle Jésus-Christ lui-même. C'est lui qui assure la solidité de toute la construction et la fait s'élever pour former un temple saint consacré au Seigneur. » (Ép. 2,20-21)

Une Église qui s’édifierait en écartant, entre autres, la voix de ses prophètes comme porteuse, elle aussi, de la lumière de vérité risquerait de crouler rapidement sous le poids de ses ambitions, de ses cultes, de ses compromis et de la nomenclature de ses institutions. S’il y a les pasteurs, il y a également les prophètes.

2 Ma seconde observation, beaucoup plus à incidence doctrinale, vient de cette affirmation surprenante de la part des membres du Synode parlant de Jésus: « C'est lui qui fait du Christianisme une religion centrée sur une personne, Jésus Christ, révélateur du Père. »

Cette affirmation comporte au moins deux éléments qui, à ne pas être clarifiés, prêtent à confusion sur des questions fondamentales.

2.1 D’abord, dire que Jésus est venu créer une nouvelle religion, c’est donner à sa mission un sens qui ne ressort pas tellement des Évangiles. Ces derniers font plutôt ressortir ce que sont les véritables bases des relations qui doivent exister entre les humains : la justice, la vérité, l’amour, la solidarité, la miséricorde, l’ouverture d’esprit. Le véritable culte, celui qui plait à Jésus et à son Père, c’est l’amour que nous aurons les uns pour les autres. Déjà, le prophète Osée avait précisé cette situation aux prêtres et aux rois de son temps :

« Que te ferai-je, Éphraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Car votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe. Or c'est l'amour qui dure qui me plaît et non les sacrifices, c’est la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. (Os. 6,4-6)

À peu près tous les prophètes ont fait des rappels à ceux qui transformaient l’intervention de Dieu en des cultes de toute sorte. Isaïe y va également sans retenue en donnant à Yahvé ces paroles :

« Cessez d'apporter de vaines offrandes : J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées ; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. Quand vous étendez vos mains, je détourne de vous mes yeux ; Quand vous multipliez les prières, je n'écoute pas : Vos mains sont pleines de sang. Apprenez à faire le bien, recherchez la justice, Protégez l'opprimé ; Faites droit à l'orphelin, Défendez la veuve. (Is.1, 13-17)

Jésus, dans le témoignage de sa vie, poursuit dans cette même direction. Il rappelle que l’homme n’est pas fait pour le sabbat, mais le sabbat pour l’homme. Il invective les docteurs de la loi, les pharisiens et les grands prêtres leur reprochant de mettre sur les épaules des autres des fardeaux qu’ils ne peuvent porter eux-mêmes. Il précise enfin les vrais comportements qui seront pris en compte au jugement dernier : qu’as-tu fait pour ton frère malade, prisonnier, affamé. Malade, marginalisé? La religion, s’il y en a une qui ressort, est celle qui s’inscrit dans tous ces efforts qui conduisent l’humanité à être plus humaine, en étant plus juste, plus vraie, plus solidaire, plus indulgente, plus unie dans l’amour et le respect.

La formulation utilisée par le Synode ne conduit pas nécessairement à faire comprendre ce dernier point de vue, pourtant bien enracinée dans la Parole de Dieu transmise par les prophètes et Jésus lui-même. La formule utilisée aurait pu tout aussi bien être « une religion toute centrée sur une humanité à transformer à l’image du Père, du Fils et de son Esprit. »

2.2 Le second élément vient, sans doute, de la formulation qui fait de Jésus celui sur qui tout est centré.

Déjà, Benoît XVI, dans son livre sur Jésus de Nazareth, avait insisté sur cette centricité de Jésus et de Dieu. « Le commandement fondamental pour Israël est aussi celui des chrétiens : seul Dieu doit être adoré. »(p.64) À le lire, il donne l’impression non pas d’un Dieu préoccupé d’abord et avant tout de l’humanité, mais plutôt des louanges que cette dernière peut lui rendre. Il en fait tout autant avec Jésus qui « attribue à son « Je » un caractère de norme dont aucun Maître en Israël ni aucun Docteur de l’Église ne peut se prévaloir. » (p.111) Il semble que le Synode abonde dans le même sens, non pas en mettant ce Visage humain de Dieu au centre de son intervention dans l’histoire des hommes pour transformer le monde, mais plutôt pour amener le monde à le reconnaître comme Fils de Dieu et comme envoyé du Père. La différence entre les deux approches est fondamentale.
Si Jésus ne cache pas son identité et qu’il nous parle de son Père, source de son autorité, c’est beaucoup plus pour nous convaincre de la nécessité de changer l’ordre des choses qui ne répond ni à la nature humaine ni à la volonté du créateur. La « Volonté du Père » c’est que l’amour, fondé sur la justice et la vérité, s’étende à tous les humains de la terre. « Si vous ne croyez pas en moi, croyez au moins aux œuvres que je fais. » (Jn 14,11) Ici, les œuvres passent avant son « Je ». L’apôtre Jacques, dans son épitre reprendra également ce raisonnement de Jésus. « Tu as de la foi, moi j’ai des œuvres; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. » (Jacques 2,18) Si Jésus est là c’est pour nous faire voir les pauvres, les laissés pour compte, les hypocrisies des uns, les mensonges des autres, l’indulgence et la miséricorde pour les faibles et les pécheurs. Il ouvre ainsi la voie à son Père qui vient à la rencontre de l’humanité. Ce n’est plus le Père qui se fait le centre de l’humanité, mais l’humanité qui devient le centre des préoccupations du Père. Cette présentation du « Je » de Jésus, si elle n’est pas clairement expliquée, peut prêter à beaucoup de confusion. D’ailleurs, ce « Je » de Jésus ne saurait être compris correctement que dans le contexte d’un NOUS englobant non seulement les personnes divines, mais également toutes celles de l’humanité. Que le plus grand se fasse le plus petit et le maître, le serviteur.

« Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux. » (Apocalypse 21,3)

QUE CONCLURE?

Si la Parole de Dieu dans les Écritures est irremplaçable elle n’en demeure pas moins très diversifiée et du fait même une source où chacun peut puiser selon ses besoins ou ses intérêts. Les évêques du récent synode n’échappent pas à cette flexibilité des Écritures. En s’inspirant des Actes des apôtres 2,42, ils optent pour une approche cultuelle.

« Ils se montraient assidus à l'enseignement des apôtres, fidèles à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. »

On ne peut pas le leur reprocher, ils sont tous de fidèles défenseurs des formes cultuelles et du caractère religieux de la foi dans le monde. Cette approche a le gros avantage de ne pas ébranler les mœurs et coutumes de l’institution ecclésiale. Elle n’a pas à s’inscrire dans la mouvance du monde avec ses contradictions et ses nombreux défis. La solution à tous ces problèmes c’est que le monde se tourne vers le culte à Dieu et rendre grâce au Seigneur de l’Univers pour tous ses bienfaits. Le monde doit se convertir. Son absence de foi est à l’origine des maux qui l’affectent.

Par contre, si on prend comme point de départ le texte de la lettre de St-Paul aux Éphésien 2, 20-21, cité plus haut, le discours devient alors différent et les perspectives institutionnelles et cultuelles beaucoup moins sécurisées. Le langage des prophètes vient s’ajouter à celui des apôtres et là, la conversion n’est plus à sens unique. L’Église doit retrouver la simplicité de ses origines, se libérer des alliances qui la lient aux grands et puissants de ce monde, s’adapter aux réalités du monde dans lequel elle évolue, se faire solidaire des pauvres et laissés pour compte des sociétés.

Le synode des évêques aurait produit un tout autre document si les prophètes des temps modernes eurent été représentés pour proclamer conjointement avec les apôtres la Parole de Dieu pour les temps que nous vivons.

Oscar Fortin
http://humanisme.blogspot.com
http://humanisme.over-blog.com


Samedi 15 Novembre 2008


Commentaires

1.Posté par LSD, 100 µg, i.m. le 15/11/2008 11:49 | Alerter
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Que dire...? J'adhère...!

2.Posté par oscar fortin le 15/11/2008 14:26 | Alerter
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LSD: Tu es le premier prendre la parole. Pour rejoindre ton commentaire sur l'autre article "habacuc" je t'avouerai avoir précisé une traduction pour la rendre plus intelligible ou moins confuse. Je te l'indique dans la citation suivante:

Que te ferai-je, Éphraïm ? Que te ferai-je, Juda ? Car votre amour est comme la nuée du matin, comme la rosée qui tôt se dissipe. Or c'est l'amour "qui dure" qui me plaît et non les sacrifices, c’est la connaissance de Dieu plutôt que les holocaustes. (Os. 6,4-6)

J'ai ajouté pour préciser le sens du texte le "qui dure" entre guillement. Une manière de reprendre l'image de la rosée du matin qui se dissipe rapidement. Il faut je pense, saisir le véritable sens du texte dans le contexte global.

Salutations

3.Posté par Aigle le 15/11/2008 16:55 | Alerter
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"...............L’Église doit retrouver la simplicité de ses origines, se libérer des alliances qui la lient aux grands et puissants de ce monde, s’adapter aux réalités du monde dans lequel elle évolue, se faire solidaire des pauvres et laissés pour compte des sociétés..............." Oscar , quand les religions deviennent fond de commerce au service du plus offrant le pire est à redouter et dans ce sens il n'y apas que les chretiens qui sont touchés , les musulmans et les juifs sont tout aussi victimes de leurs commercants du 3eme type .....idem pour les boudhistes

4.Posté par LSD, 100 µg, i.m. le 15/11/2008 17:47 | Alerter
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Cette traduction là convient fort bien même si j'aurais utilisé le mot "bienveillance" ou "bonté", au sens "caritas" du terme, auquel cas, "amour inconditionnel", ou "compassion" au sens paulien du terme, est approprié pour traduire (Hésséd) חסד. Elle est très proche de l'hébreu en tout cas. Merci d'avoir comparé les traductions, Oscar, et bonne soirée.

כי חסד חפצתי ולא-זבח ודעת אלהים מעלות
Ki hésséd hafatzti vélo zavahi véda’at Elohim mé’y loth

5.Posté par LSD, 100 µg, i.m. le 15/11/2008 17:59 | Alerter
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Et c'est vrai que je n'y avais pas pensé mais le sens de durée en opposition à la volatilité de la rosée, ma foi, bien vu...!

6.Posté par Syl le 02/12/2008 00:08 | Alerter
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Zeitgeist le film et le livre Pure folie inventé de toute pièce.
Syl.

Qu'est-ce que l'honnêteté ? Cogitations autour des sources du film Zeitgeist.
Par Serge Cazelais, jeudi 22 mai 2008 à 11:37 :: General :: #64 :: rss
Si je vous disais que les cartes géographiques qui indiquent la ville de Vancouver au Canada ont été écrite par des conspirateurs Illuminatis afin de vous manipuler, me prendriez-vous au sérieux ? Et si j'ajoutais que Charles Trenet ne mentionne pas Vancouver dans sa chanson «Voyage au Canada», serait-ce plus crédible ?
N.B. Lisez le début de la discussion
J'ai reçu plusieurs dizaines de courriels au sujet de ce film (Zeitgeist) et de ses prétentions au sujet du Christianisme. J'ai même donné mon avis sur d'autres forums et sur d'autres blogs. Certains ont tout simplement fait disparaître mes messages ! (Allo la censure... !)
Comment commencer ?

Premièrement, le film cite un certain «G. Massey, egyptologist». Or, qui est ce Massey ? S'il est vrai que l'édition de 1911 de The Encyclopedia Britannica le présente comme un égyptologue, il faut savoir que les éditions suivantes corrigent le tir. En effet, il a été reconnu après sa mort survenue en 1907 que Gerald Massey fut un faussaire notoire et j'avoue que je suis très perplexe devant cette masse de conspirationistes qui ne se donnent pas la peine de vérifier qui il était et de vérifier si ses travaux tiennent la route ! Les conspirationistes semblent s'en tenir à ce qu'ils lisent sur internet... Si ça vous chante, lisez le livre de Massey qui est en ligne ici. Ce Massey (ainsi qu'un certain auteur du 19e siècle du nom de Kersey Graves, j'en parle plus bas) sont devenus la source d'un certain Alvin Boyd Kuhn et d'un John M. Robertson. Cet ensemble d'auteur a ensuite été cité en autorité et présenté comme étant des scientifiques par Acharya S et par David Icke et, plus près de chez nous au Canada, par Tom Harpur. Acharya S et Tom Harpur poussent l'audace et se présentent à leur tour au public comme étant des universitaires. Dans les faits, même si ce n'est pas faux, il faut reconnaître que c'est une demi-vérité. Acharya S n'a qu'un B.A. (premier cycle) et ses nombreux «memberships» n'ont rien d'extraordinaires et certains «centres de recherche» dont elle prétend faire partie sont des fictions virtuelles ou des associations militantes athées ou agnostiques déguisées en associations scientifiques. Tom Harpur est dans les faits un ancien clerc qui a déjà été chargé de cours à Wycliffe College, un séminaire de l'Église Anglicane, fédéré à l'Université de Toronto. Comprenez-moi bien, mon point ici n'est pas de dire que seuls les universitaires ont droit de parole, mon point est de souligner que ces deux auteurs en beurrent assez épais quant à leurs prétendues formations scientifiques et à leurs crédits académiques. La seule question à poser est : Pourquoi ne disent-ils pas exactement à leur public-lecteur ce qu'ils ont comme formation ?

Encore plus près de chez nous, au Québec, un autre héritier de Massey, de Jordan Maxwell, d'Acharya S et de David Icke est le fameux «Nenki». Ce dernier ne semble pas être vraiment intéressé par la recherche et la vérification de ce qu'il diffuse. J'ai en effet déjà invité Nenki, après une conférence à Québec, à entreprendre une recherche avec moi sur cette question de l'analogie entre Horus et Jésus dans le seul et unique but de vérifier si ces faits sont avérés. À ce jour, aucune suite de sa part n'est venue, mais il est, me dit-on, quelqu'un de très occupé. Je lui fais grâce, d'autant plus qu'il serait beaucoup moins attrayant aux yeux de son public s'il donnait l'heure juste plutôt que de se faire le chaînon de relais de fictions subversives.
J'ai mentionné le nom de Kersey Graves. Voyons voir ce qu'il y a à savoir de ce dernier puisqu'il est la source première de cette histoire de 13 prétendues figures religieuses qui comporteraient les mêmes attributs primordiaux. C'est au fond ça qui est récupéré par les Massey, Jordan Maxwell et Acharya S et que servent à toutes les sauces les conspirationistes comme David Icke et Nenki. Commençons par reproduire la mise en garde émise par ceux-là même qui diffusent l'oeuvre de Kersey Graves sur le web : les «Infidels» américain. Ces Infidels sont un groupe anti-théiste composé, selon leurs dires, d'athées, d'agnostiques, de naturalistes, de sceptiques et de séculiers. Il ne s'agit donc pas d'un groupe qui fait la promotion du Christianisme. Il disent :
«the scholarship of Kersey Graves has been questioned by numerous theists and nontheists alike; the inclusion of his The World's Sixteen Crucified Saviors in the Secular Web's Historical Library does not constitute endorsement by Internet Infidels, Inc. This document was included for historical purposes; readers should be extremely cautious in trusting anything in this book.»
Je traduis :
«les compétances académiques de Kersey Graves ont été remises en question autant par de nombreux croyants et incroyants, l'inclusion de son livre «Les seize sauveurs crucifiés du Monde» dans la bibliothèque historique de ce site web séculier (ou laïque) ne signifie pas que Internet infidels inc. en approuve le contenu. Ce document a été inclus à des fins historiques, les lecteurs doivent être extrêmement prudents et ne pas faire confiance à tout dans ce livre.»
source: The World's Sixteen Crucified Saviors (et du même coup, vous avez le livre que vous pouvez lire et vous avez la source de cette immense légende urbaine récupérée par les conspirationistes qui la présente à leur public comme si elle était vraie !)
Une correspondante me disait ne pas être surprise du fait que les Infidels nous mettent en garde contre le contenu du livre de Kersey Graves, puisqu'ils sont, m'a-t-elle dit, des «scientifiques» sans âmes et sans esprits ! (Grand soupir... !) On ne peut pas non plus prétendre que les Infidels sont peut-être à la solde du Vatican, ni qu'ils servent de couverture pour passer de la propagande anti-scientifique (ces arguments m'ont été servis par l'auteur d'un livre publié au Québec...)

En d'autres mots, la rhétorique des conspirationistes est la suivante : si les Infidels ont des réserves au sujet de Kersey Graves, c'est qu'ils ne sont pas «du bon côté». Autrement dit, ceux qui n'adhèrent pas aveuglément aux idées de Massey et d'Acharya S n'ont pas d'âme, ni d'esprit et doivent être soupçonné de complot ou d'un manque d'objectivité. La logique conspirationiste est rendue là...

Assez donc au sujet de la lignée généalogique des promoteurs de cette théorie-fiction : Vous connaissez maintenant les noms et vous avez accès aux deux principales sources : Les livres de Kersey Graves et de Gerald Massey. Tout repose là-dessus : Acharya S, Tom Harpur, David Icke, Jordan Maxwell, Nenki et bien entendu le film dont il est question ici. Revenons donc à un élément présent dans le film Zeitgeist.

Cet élément constitue selon moi en une des plus flagrante malhonnêteté parmi les arguments mis de l'avant pour démontrer que Jésus est un mythe. On nous présente une liste composée de «numerous historians» (plusieurs historiens) qui ont vécu à l'époque de Jésus, ou un peu après, et qui ne le mentionnent pas. Il va sans dire qu'une telle liste impressionne !
Prenons donc quelques noms tirés de cette liste et voyons voir :

1- Pétrone, l'auteur d'un roman satyrique intitulé à juste titre «Satyricon» qui narre, notamment, des beuveries et des banquets.
2- Lucain, auteur d'un long poème épique intitulé «Pharsale» et qui chante les hauts-faits de la guerre civile entre César et Pompée (49 av. J.-C. à 45 av. J.-C) et dont les évènements se situent bien avant la vie de Jésus.
3-Silius Italicus, auteur lui aussi d'un long poème qui chante les hauts-faits de la Guerre punique, donc l'époque d'Hannibal (264 av. J.-C. et 241 av. J.-C) et dont les évènements se situent quelques siècles avant la vie de Jésus.
4- Phèdre, un poète latin qui a composé des fables (dont Lafontaine s'est largement inspiré !) et qui consistent pour la plupart en une traduction ou une adaptation latine des fables du grec Ésope qui aurait vécu entre le VIIe siècle av. J.-C. - VIe siècle av. J.-C.
5-Sénèque, un philosophe stoïcien à la cours de l'empereur Néron.
6-Columelle, auteur d'un traité d'agriculture.
Est-ce suffisant ?

N'importe qui d'objectif conviendra qu'il s'agit d'un cas extraordinaire de «name dropping» destiné à impressionner ceux qui manquent d'information. Un simple coup d'oeil au dictionnaire de civilisation romaine (celui de J.-C. Fredouille chez Larousse est suffisant) lève le voile sur le caractère fallacieux de cette liste ! Je ne peux que sourire (pour ne pas dire rire) en entendant le commentaire suivant dans le film «nous voulons être académiquement corrects» (Jordan Maxwell) !!!
Selon cette rhétorique, on devrait normallement conclure que John F. Kennedy est un personnage mythique qui n'a jamais existé puisque Céline Dion ne le mentionne pas dans ses chansons. De plus, je suis allé consulter le livre suivant : Maurice Thibault, 250 champignons du Québec et de l'est du Canada. Le livre a été publié en 1999, bien après la vie présumée de John F. Kennedy. Si ce dernier avait vraiment existé, comment se fait-il que Maurice Thibault ne le mentionne pas ? Il me semble que c'est aussi solide comme preuve que celles avancées dans le film au sujet des «nombreux historiens» qui ne mentionnent pas Jésus.
J'invite les lecteurs de ce blogue à questionner sérieusement les compétences et le sérieux des conférenciers et auteurs conspirationistes qui accordent ne fut-ce qu'une once de crédit à ce genre d'arguments qui sont reproduits à très grande échelle sur le web et qui les servent à leur public (en laissant croire en plus qu'ils sont bien informés et qu'ils font de la recherche). Pensez-vous vraiment que si 1000 sites web reproduisent tous cette liste d'«historiens anciens» (qui, nous venons de le voir, comprend l'auteur d'un traité d'agriculture et quelques poètes) que ça donnera plus de crédibilité à cette liste ?

Ce sera suffisant pour aujourd'hui, on continue demain...

Pour le moment, je vous pose cette question et je veux que vous y réfléchissiez : Il y a quelques semaines, l'émission «Les Grands reportages» à RDI fut consacrée à la présentation d'un documentaire d'une heure qui présentait les idées développée dans le livre «Le Christ païen» de Tom Harpur (Louis Painchaud en a parlé ici). Quelles sont les intentions de Radio-Canada qui présente un tel documentaire et fait la promotion de Tom Harpur et de Massey ? Que valent les compétences (ou quelles sont les allégeances...) des journalistes et des recherchistes de Radio-Canada qui présentent de plus en plus souvent des documentaires fictions en prétendant faire du journalisme et de l'information ? Comment faire pour discerner ? Quel moyens vous donnez-vous pour faire la part des choses ?

Une correspondante m'a écrit en me disant qu'elle sentait intérieurement, dans son coeur, que David Icke, Acharya S et Tom Harpur disaient vrai, et que ces vibrations constituaient pour elle une preuve plus importante que n'importe quel livre d'érudits. Une preuve de plus pour elle est qu'elle a assisté à une séance de channeling qui confirmait aussi tout ça. En effet, c'était nul autre que Jésus lui-même qui avait été cannalisé ! Ce «Jésus» a fortement recommandé la lecture de Tom Harpur et de David Icke ! Je ne rapporte pas ça pour me moquer, loin de là, mais pour vous faire réfléchir.

À venir bientôt, un examen de certains détails autour des fameuses 13 figures messianiques qui présenteraient les même attributs que Jésus. Tenez-vous bien parce qu'à peu près rien n'est avéré dans cette histoire, c'est une grosse fiction moderne de type légende urbaine forgée par Graves, Massey et récupérée par Acharya S, Tom Harpur, Nenki, Zeitgeist et les autres. La question la plus importante me semble être : «Pourquoi ?»

Sincèrement.

Serge

P.S. Si vous cherchez à vous procurer les livres des auteurs dont il est question dans ce billet, inutile de faire des demandes de prêts entre bibliothèques, tout est disponible en ligne (cliquez sur les liens que je donne dans le texte) sauf les plus récents que sont Tom Harpur et Acharya S. Si vous voulez lire tout ça en format livre, en voici une sélection, disponible sur amazon.ca, en réimpression.


Le blog
http://www.sergecazelais.com/blogue/index.php?2008/05/22/64-qu-est-ce-que-l-honnetete-cogitations-autour-des-sources-du-film-zeitgeist
le site
http://www.sergecazelais.com/




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