Géopolitique et stratégie

START: poignée de main ou bras de fer?



Hugo Natowicz
Mercredi 7 Avril 2010

START: poignée de main ou bras de fer?
La signature prochaine d’un nouveau traité de réduction des armements offensifs stratégiques par le président américain Barack Obama et son homologue russe Dmitri Medvedev ne doit pas occulter les profondes divergences qui opposent les deux pays dans le domaine de la sécurité.
La fin des négociations, annoncée par la Maison Blanche, intervient alors que le précédent traité START a vécu, les parties n’étant pas parvenues à s’entendre avant son échéance. Signe de la complexité des enjeux et de doutes persistants entre les deux parties, principalement côté russe.
Prévue le 8 avril à Prague, la signature du traité Start-III en dit long sur l’état des relations entre Washington et Moscou, qui cumulent 90% des arsenaux nucléaires, et sur la sécurité mondiale.
UN SUCCES POUR LE TANDEM MEDVEDEV-OBAMA
Start nouvelle version, c’est un peu leur créature: l’accord marque incontestablement une victoire pour le "tandem" Medvedev-Obama, présidents jeunes et jamais à court de tapes dans le dos, qui entretiennent une relation détendue toute en contraste avec l’atmosphère qui caractérisait leurs prédécesseurs, l’actuel premier ministre russe Vladimir Poutine et George Bush junior.
La réussite est de taille: l’accord prévoit de réduire le nombre de têtes nucléaires à 1.550 unités de part et d’autre, tandis que le précédent traité avait permis de ramener ce nombre de 10.000 à moins de 6.000, avec au maximum 1.600 vecteurs.
Ce chiffre signifierait donc une réussite éclatante des négociations, le chiffre étant de 30% supérieur à l’objectif du traité de Moscou (2.200). Pour les vecteurs déployés, leur nombre sera limité à 700.
Des progrès semblent également avoir été enregistrés dans le domaine des vérifications réciproques, un thème épineux ayant généré de nombreuses accusations par le passé: les contrôles pourraient désormais se faire soit par des visites in situ soit par satellites. Un tel tournant prouve qu’entre les deux puissances la confiance est au rendez-vous: il n’y aura plus d’inspecteurs sur place en permanence.
Cette réussite sur le désarmement, pierre angulaire du “redémarrage” entre les deux pays, intervient au moment où la Russie se rallie à la position occidentale sur un autre dossier nucléaire crucial: les sanctions contre l’Iran, soupçonné de mettre au point l’arme atomique sur couvert d’un programme civil.
Mais l’aboutissement de START-III marque également un tournant plus large dans le dialogue russo-occidental. Camouflet pour la coopération sur le front de la sécurité, la Russie avait gelé en 2007 sa participation au Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE), visant à contrôler les armements accumulés sur le continent, en marquant un retour au “chacun pour soi” dans ce domaine. La tension avait connu son apogée avec le conflit ayant mis la Russie aux prises avec la Géorgie en août 2008.
OBAMA EN QUETE DE NOUVEAUX LAURIERS
A y regarder de plus près, tout se passe cependant conformément à un scénario qui semble écrit de la main de Barack Obama, président en proie à une crise de confiance contraint de marquer des points à l’international: l’accord que s’est empressé d’annoncer la Maison Blanche sera conclu à quelques jours de la tenue du sommet sur la sécurité nucléaire de Washington prévu les 12 et 13 avril.
Le lieu de la cérémonie, Prague, ne doit rien au hasard et s’inscrit lui aussi à merveille dans la mythologie personnelle du premier président noir des Etats-Unis: c’est dans cette ville, autrefois située du côté soviétique du rideau de fer, qu’Obama avait réalisé son discours sur la prolifération nucléaire, presqu’un an auparavant.
Pour la Russie, les souvenirs associés à ce lieu ne sont pas des plus agréables: la République tchèque est avant tout, aux côtés du frère ennemi polonais, le pays qui souhaitait accueillir le bouclier antimissile américain en Europe orientale, un projet qui a pendant des années cristallisé les tensions avec l’Occident. Un autre lieu de signature, Kiev, avait pourtant été proposé et approuvé par Moscou.
CAMOUFLET
La bonne nouvelle a en outre été ternie par une annonce qui a de quoi laisser perplexe. "Ce traité ne gène en rien le programme de mise en place du bouclier antimissile", a fait savoir le secrétaire à la Défense Robert Gates. Un commentaire aux allures de camouflet pour Moscou, alors que le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov promettait ces dernières semaines que le nouveau traité entérinerait un lien entre armements stratégiques défensifs et offensifs, en allusion au bouclier antimissile américain.
Le projet destiné à contrer une attaque de missiles iraniens, qui devait initialement être déployé en Pologne et en République tchèque, deux anciens membres du bloc soviétique, a pendant des années soulevé les protestations de la Russie qui le jugeait trop proche de ses frontières, et menaçait de déployer des missiles Iskander dans l’enclave russe de Kaliningrad, frontalière de l’Union européenne.
Symbole de l’ère Bush, le projet a été remanié par l’administration Obama qui a négocié avec la Roumanie et la Bulgarie le déploiement d’un système “light” censé intercepter les missiles à courte et moyenne portée. Emoi de Moscou, qui a de nouveau fait part de sa “préoccupation”.
Le bouclier antimissile pose problème aux yeux des Russes pour deux raisons. Tout d’abord, une base de ce type peut facilement être convertie en système offensif. Mais les protestations russes ont surtout une autre cause: l’absence de dialogue sur la sécurité dans la région euro-atlantique, la Russie ayant la sensation d’être systématiquement mise face à des faits accomplis dans ce domaine, et ignorée quand elle n’est pas traitée comme un adversaire potentiel.
SECURITE EUROPEENNE: UN MONOPOLE?
Tantôt au nom des intérêts américains, tantôt au sein de l’OTAN, Washington affiche une tendance à faire cavalier seul qui irrite les Russes, que ce soit en Europe centrale et orientale avec le bouclier antimissile ou en Asie centrale. Cette tendance se confirme alors que la partie américaine fait la sourde oreille aux propositions russes sur une réforme de l’architecture de sécurité européenne.
L’égalité du nombre de charges entre Moscou et Washington relève d'une logique de bloc, qui ne tient pas compte de situations régionales extrêmement disparates: sur la défensive, la Russie est entourée de l’instable Caucase et de la Chine, dont la supériorité numérique ne peut être contenue que grâce à la dissuasion nucléaire, situation qui contraste avec les Etats-Unis bordés d'Etats pacifiques et comptant des alliés dans le monde entier.
Afin d’atteindre un niveau de sécurité plus élevé, Moscou prône la mise en place d’une nouvelle organisation le considérant comme un partenaire et, ce qui est plus complexe, au sein de laquelle ses intérêts stratégiques seraient respectés.
C’est dans cette perspective qu’il convient de lire l’initiative du président Medvedev formulée en juin 2008 à Berlin visant à réformer l'architecture de la sécurité en Europe, et qui stipule qu'"aucune organisation internationale n’a le droit exclusif d’assurer la sécurité en Europe".
Une proposition cherchant à remédier aux vices inhérents à la logique de bloc qui continue de marquer les rapports avec l’OTAN, et à faire contrepoids à ce que Moscou ressent comme une hégémonie américaine autour de ses frontières. Bien entendu, l’Alliance refuse d’envisager la sécurité hors des schémas actuels et ignore cette proposition qui menace de compromettre sa puissance.
Une autre option, plus anecdotique, semble elle aussi faire son chemin. Alors que la nouvelle doctrine militaire russe place l’élargissement de l’Alliance au premier rang des menaces contre la Russie, l’Institut de développement contemporain – INSOR, dont Medvedev préside le conseil de tutelle, a prôné dans un récent rapport l’adhésion russe à l’OTAN.
Une preuve de l’aspiration de la Russie actuelle à être reconnue coûte que coûte comme un acteur à part entière de l’architecture sécuritaire mondiale.
Ce texte n’engage que la responsabilité de l’auteur.

http://fr.rian.ru/ http://fr.rian.ru/



Mercredi 7 Avril 2010


Commentaires

1.Posté par Portenawak le 07/04/2010 12:40 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

lol 10000 ou 1000 quelle différence ça peut faire?
Au lieu de nous faire sauter 10000 fois, il nous font sauter juste 1000 fois, super réussite en effet... Encore du pipeau, parler pour ne rien dire, ils n'ont qu'ça faire on dirait.

2.Posté par joszik le 07/04/2010 18:46 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler

Les États-Unis trahissent toujours grossièrement les accords qu'ils ont signés.
C'est à leurs tours de se prendre pour les maîtres du monde; ils jouissent....ils pissent.
Comme César(pour les Romains), Napoléon(lpour es Français) et Hitler(pour les Allemands) avant eux.

Ils étaient tous convaincus qu'ils allaient gagner et dominer le monde.

Nouveau commentaire :

Géopolitique et stratégie | Diplomatie et relation internationale

Publicité

Brèves



Commentaires