Géopolitique et stratégie

Russie: pour ou contre l'Europe? (Vedomosti)



Ria-Novosti
Lundi 20 Août 2007

Le processus d'intégration qui se poursuit depuis plus d'un demi-siècle en Europe suscite auprès des Russes un sentiment de rejet difficilement explicable. Quoique les Russes regardent l'Europe d'un oeil beaucoup plus favorable que les Etats-Unis ou la Chine, achètent volontiers des produits européens et associent instinctivement l'adjectif "européen" à presque tout ce qui évoque une meilleure qualité de vie, ils tendent à considérer l'Europe comme une association, économiquement faible et politiquement dépendante, de pays qui ont pratiquement perdu leur souveraineté.

Cette perception résulte en partie des particularités de la conception du monde russe. Les nostalgiques de l'URSS ont du mal à accepter le succès du projet d'intégration européen.

Dans un monde où la Russie, malgré sa puissance énergétique, abrite 2,4% de la population, fournit 2% du produit mondial brut et assure 2,5% des exportations, notre pays a très peu de chances de devenir un pôle d'attraction indépendant. Au contraire, il est lui-même coincé entre deux pôles nés après la disparition de l'URSS. A l'ouest, nous sommes limitrophes de l'Europe unie, avec ses 493 millions d'habitants, son produit régional brut de 14.300 milliards de dollars et ses 16,2% des exportations mondiales. A l'est, c'est la Chine, avec ses 1,3 milliard d'habitants, son produit intérieur brut de 2.900 milliards de dollars et ses 8,3% des exportations mondiales. Seul un aveugle ne voit pas que les ex-républiques soviétiques se rapprochent de l'Europe (pays baltes, Ukraine, Moldavie et Géorgie) ou de la Chine (Kirghizstan et, dans une moindre mesure, l'Ouzbékistan et le Turkménistan).

Tôt ou tard, la Russie sera contrainte de choisir, et tout porte à croire que le choix ne portera pas sur la Chine.

Malgré leur "euroscepticisme", les milieux d'affaires et les touristes russes optent pour l'Europe; Aujourd'hui, l'Union européenne fournit 52% des importations russes et 83% des investissements, et les pays européens accueillent 44% des touristes russes partant pour l'étranger. Nous acceptons l'Europe, mais nous ne la comprenons pas encore.

(Auteur: Vladislav Inozemtsev, directeur du Centre d'études de la société postindustrielle, éditeur et rédacteur en chef de la revue Svobodnaïa Mysl ("Libre pensée"))

Cet article est tiré de la presse et n'a rien à voir avec la rédaction de RIA Novosti.


Lundi 20 Août 2007

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