Géopolitique et stratégie

Russie-Turquie-Iran: un triangle géopolitique au Caucase du Sud



Mardi 7 Septembre 2010

Russie-Turquie-Iran: un triangle géopolitique au Caucase du Sud
Interview accordée par Viktor Nadeine-Raïevsky à RIA Novosti
- Quels intérêts géopolitiques la Russie poursuit-elle dans le Caucase du Sud?

- Le problème de la sécurité dans le Caucase demeure une question cruciale pour la Russie. Pour cette raison, nous sommes prudents en ce qui concerne le Haut-Karabakh et tentons de laisser cette question aux parties, sans rien dicter à qui que ce soit.

Bien sûr, nous sommes intéressés par une coopération internationale équitable et équilibrée, et par la préservation de l'équilibre actuel des acteurs extérieurs car tout déséquilibre pourrait conduire à des conséquences imprévisibles. Personne ne souhaite une nouvelle guerre, du moins c'est le cas de la Russie.

- Qui pourrait être intéressé par la déstabilisation de cette région?

- Il ne peut s'agir que de forces avides de renforcer leurs propres positions et d'affaiblir celles des principales puissances régionales, en premier lieu de la Russie. Je ne peux pas accuser directement un gouvernement occidental quelconque, mais il semblerait que, à en juger par le comportement de certains acteurs étrangers, leur politique soit destinée à créer un déséquilibre, du moins dans le cas de la Géorgie.

Les mêmes tentatives pourraient se rapporter à l'Azerbaïdjan. Apparemment, les bombes informationnelles dangereuses et insidieuses selon lesquelles Bakou s'apprêterait à fournir des bases aux américains, y compris pour mener des actions contre l'Iran, n'ont pas été lancées par hasard. L'Azerbaïdjan réfute catégoriquement toute action ou même tentative d'action armée contre l'Iran. C'est une position correcte car la situation pourrait devenir réellement incontrôlable.

-Comment évaluez-vous les actions de deux autres acteurs cruciaux de la région, l'Iran et la Turquie?

-Dernièrement, on note une activité accrue de ces deux pays qui se déroule de manière distincte. Si auparavant il était possible d'envisager la politique turque comme un prolongement de la lame de l'OTAN en Méditerranée orientale, aujourd'hui la donne a changé. La politique de la Turquie vise depuis longtemps les intérêts nationaux du pays. L'Occident n'y est pas encore habitué et pour cette raison, il condamne certaines démarches de la Turquie.

Parfois, cela va même jusqu'à insinuer l'existence d'une alliance russo-turque mais ce ne sont, bien sûr, que des bavardages. Evidemment, il n'est aucunement question d'une union stratégique militaire quelconque. Ces pays ont des intérêts et des objectifs différents. Néanmoins, des axes communs de coopération existent et l'un d'eux concerne la stabilisation du Caucase.

Quant aux relations entre l'Azerbaïdjan et la Turquie, ces deux pays avaient signé un accord avant la visite de Medvedev à Erevan, ce qui a constitué un événement stratégique de premier ordre. Bien sûr, on dit que la Turquie adopte une position strictement pro-azerbaïdjanaise dans plusieurs domaines, ce qui concerne avant tout le Karabakh, mais toutefois, il faut noter à l'honneur du gouvernement turc que ce dernier exclut les extrêmes et agit dans les limites du réel.

La Turquie est un acteur influent dans la région déterminé à tirer des dividendes considérables de sa politique active. La Turquie tente de devenir une sorte de plaque énergétique tournante, en d'autres termes un carrefour de transit des ressources énergétiques à destination de l'ouest, du centre, de sud et même du nord de l'Europe. Certains projets sont déjà mis en œuvre, par exemple, l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan.

Dans ce contexte, l'Iran joue un rôle important car il fournit du gaz à la Turquie. Mais cela ne réussit pas toujours car les sabotages sont fréquents. De plus, la Turquie est particulièrement intéressée par une participation au développement de l'Iran. Beaucoup d'argent turc y est investi malgré les reproches, voire même des menaces de la part des États-Unis qui ont introduit des sanctions importantes sur les investissements en Iran.

Auparavant on ne pouvait pas investir plus de 20 millions de dollars dans les projets énergétiques en Iran, et désormais les restrictions sont plus importantes. L'Europe occidentale s'est jointe à ses sanctions. On nous affirme que ces sanctions ne sont pas dirigées contre le bien-être du peuple iranien. Mais en évaluant la situation objectivement, il est clair que ce sont des paroles en l'air. Les sanctions, bien entendu, ont un effet destructeur car il est évident qu'en instaurant des restrictions sur l'importation de carburant en Iran, l'Occident prend des mesures qui ont des répercussions considérables sur la vie quotidienne des Iraniens.

L'Iran ne dispose pas de suffisamment de raffineries de pétrole et importe la majeure partie de carburant étranger. Les compagnies turques, ainsi que russes, ont ignoré l'interdiction et continuent leur commerce avec les Iraniens. Malgré son adhésion à l'OTAN, la Turquie ne s'est pas jointe aux sanctions. Au contraire, elle améliore ses relations avec Téhéran et maintien un contact permanent. Cependant, les extrapolations de l'Occident concernant une soi-disant alliance entre l'Iran et la Turquie, une sorte de solidarité islamique, sont infondées. Les courants islamiques de ces pays sont différents, ce sont des chiites et des sunnites.

Le chiisme est impopulaire en Turquie dont 8% de la population est pourtant chiite. Par conséquent, parler d'une union sur une base islamique n'est pas sérieux. Mais en ce qui concerne les intérêts économiques, c'est en effet un facteur important. Et la Turquie est prête à devenir une plateforme pour le transfert du gaz et du pétrole iranien, bien qu'il y ait encore beaucoup de choses à accomplir dans ce sens.
Concernant les intérêts de l'Iran dans le Caucase, les Iraniens ont à maintes reprises proposé leurs services pour la régularisation du conflit du Karabakh. Ils étaient prêts à jouer un rôle de médiateur dans cette région. L'Iran mène une politique prudente et amicale envers l'Arménie, ce qui n'est pas une surprise en raison des bonnes relations entre l'Iran et l'Azerbaïdjan. De plus, l'Iran fait du commerce avec l'Arménie, livre du gaz, et participe conjointement avec la compagnie des chemins de fer russes à la construction des voies ferrées dans ce pays.

Propos recueillis par Samir Chakhbaz

http://fr.rian.ru/ http://fr.rian.ru/



Mardi 7 Septembre 2010


Commentaires

1.Posté par dik le 07/09/2010 18:20 | Alerter
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Selon les infos d'aujourd'hui, l'Iran aurait annoncé qu'il pouvait raffiner désormais 65% de ses besoins en carburant, et qu'il atteindrait son autosuffisance en moins de deux ans.

2.Posté par damien le 08/09/2010 02:24 | Alerter
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En 2012, l'iran exportera de l'essence. Et n'aura plus besoin de l'inde dans ce domaine

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