Par Paul Craig Roberts, le 30 mars 2008
Le Congrès, les médias, le peuple étasunien, et l'ONU, regardent à côté tandis que Cheney se prépare à attaquer l'Iran.
Si seulement les États-Unis avaient une presse indépendante et un parti d'opposition. S'il restait un brin d'intégrité dans leur vie politique, peut-être qu'un troisième acte flagrant d'agression du Régime Bush pourrait être évité, un troisième crime de guerre selon la norme de Nuremberg.
Le 30 mars, Novosti, l'agence de presse et d'information russe, a cité une source de la sécurité de haut rang : « Les dernières données du renseignement militaire indiquent une préparation militaire étasunienne accrue pour une opération aérienne et terrestre contre l'Iran. »
Selon Novosti, le colonel général russe Leonid Ivashov a déclaré « que le Pentagone planifie une vaste attaque aérienne contre les infrastructures militaires de l'Iran dans un avenir proche. »
Le chef de l'état-major général de Russie, Yuri Baluyevsky, a déclaré en novembre dernier que la Russie était en train de renforcer son dispositif militaire pour répondre à l'agression des États-Unis, bien que l'armée russe ne soit pas « obligée de défendre le monde contre les Étasuniens malfaisants. »
Le 29 mars, OpEdNews a cité un rapport du quotidien saoudien Okaz, relevé par DPA, le service de presse allemande. Le journal saoudien a signalé le 22 mars dernier, le lendemain de la visite de Cheney aux dirigeants du royaume, que le Conseil saoudien de la Shura est en train de préparer « des plans nationaux pour faire face à tout danger nucléaire et radioactif pouvant affecter soudainement le royaume, suite aux avertissements des experts à propos d'éventuelles attaques contre le réacteur nucléaire de Bushehr en Iran. »
Et l'amiral William « il n'y aura pas d'attaque contre l'Iran sous mon mandat » Fallon, chef du Commandement Central étasunien, ouvre la voie à l'attaque planifiée de Cheney contre l'Iran avec sa démission.
Les Iraniens ne semblent pas y croire, malgré l'envoi de sous-marins nucléaires et d'un autre groupe de porte-avions d'attaque étasuniens dans le Golfe Persique. Pour contrer tout missile iranien lancé en riposte à l'attaque, les États-Unis déploient des défenses antimissiles pour protéger leurs bases et les champs pétroliers saoudiens.
Deux énormes carences des médias, du Parti Démocrate et du peuple étasunien ont ouvert la voie à l'offensive planifiée depuis longtemps par Cheney contre l'Iran. L'une d'elles est l'absence de doute envers les explications du gouvernement sur le 11/9. L'autre est le refus des Démocrates à lancer une procédure d'impeachment contre le président Bush pour mensonges au Congrès, au peuple étasunien et au monde, et l'invasion de l'Irak sur la base de tromperie et d'indices fabriqués.
Si un Président étasunien peut déclencher une guerre, exactement comme Adolf Hitler l'a fait, sur la base de purs mensonges sans être tenu responsable, il peut se tirer de n'importe quoi. Et Bush et son régime funeste le font.
Hitler a lancé la Deuxième Guerre Mondiale avec l'invasion de la Pologne, après avoir mis en scène une « attaque polonaise » contre une station de radio allemande. Dans la nuit du 31 août 1939, un groupe de nazis en uniformes polonais se sont emparés d'une station de radio en Allemagne. Hitler a annoncé, « la nuit dernière, les troupes polonaises ont franchi la frontière et attaqué l'Allemagne, » une affirmation guère plus véridique que celle du Régime Bush : « Saddam Hussein possède des armes de destruction de masse. » Le mensonge d'Hitler a foiré, parce que l'invasion de la Pologne, a commencé le lendemain prétendument en riposte à l'attaque polonaise, était de toute évidence planifiée depuis de nombreux mois.
L'Iran est un beau pays développé. C'est une civilisation ancienne. Il n'a attaqué personne. L'Iran est signataire du Traité de Non-Prolifération Nucléaire. Ce traité l'autorise à avoir un programme d'énergie nucléaire. L'affaire est basée sur le désir du Régime Bush de priver l'Iran des droits que lui accorde le traité.
Les inspecteurs de l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique ont maintes fois déclaré n'avoir pas trouvé trace de programme d'armement nucléaire iranien. Malgré toute la désinformation du général Petraeus et des autres larbins militaires du Régime Bush, l'Iran n'arme pas les Irakiens qui résistent à l'occupation.
Si l'Iran armait les insurgés, ceux-ci auraient deux armes capables de neutraliser les atouts des États-Unis dans le conflit irakien : des missiles pour abattre leurs hélicoptères de combat et des lance-roquettes pour détruire leurs chars. Les insurgés qui n'ont pas ces moyens doivent construire des armes antichars grossières à partir d'obus d'artillerie. Les insurgés, impuissants contre la force aérienne des États-Unis, ne peuvent amasser de forces contre leurs troupes.
La violence aveugle étasunienne a réduit l'Irak en ruines. L'infrastructure civile, électricité, eau et système d'égouts, soins médicaux et écoles, est pour l'essentiel détruite. L'uranium appauvri est partout empoisonnant tout le monde, notamment les troupes étasuniennes. Il n'y a pas d'économie et la moitié ou plus des Irakiens sont au chômage. Littéralement, pas une famille iraqienne n'a échappé aux blessures ou à la mort suite à l'invasion étasunienne. Des millions d'Irakiens sont devenus des exilés. Un pays développé avec une classe moyenne évoluée a été détruite à cause de mensonges racontés par le Président et le Vice-président des États-Unis. Les mensonges du Régime Bush sont repris par la médiatisation néo-conservatrice, contestés ni par le parti de l'opposition ni par le public étasunien indifférent.
En Afghanistan, la mort et la destruction s'abattent des airs jusque dans le plus petit village. Les États-Unis font la guerre en Irak et en Afghanistan contre la population civile.
De même que le monde ne pouvait croire à la prochaine horreur d'Hitler et n'était donc jamais préparé, les Iraniens ne peuvent croire malgré tous les signes que même le Grand Satan les attaquerait sans raison, en s'appuyant sur rien d'autre que des mensonges à propos d'armes nucléaires inexistantes.
La seule chance de l'Iran serait de frapper avant que les États-Unis ne portent le premier coup. Au lieu d'utiliser ses missiles pour détruire les champs pétroliers saoudiens et couler les porte-avions étasuniens, au lieu de fermer le détroit d'Ormuz, au lieu d'armer les Chiites irakiens et de les entraîner dans l'insurrection, l'Iran perché comme un canard, une cible facile, refuse même de se rendre à l'évidence du fait que les États-Unis et leur marionnette irakienne, Maliki, font mouvement pour éliminer la milice chiite irakienne d'Al Sadr afin d'éviter la rupture d'approvisionnement et la rébellion chiite en Iraq quand viendra l'attaque contre l'Iran.
Il est important de souligner que l'Iran ne prend aucune mesure pour la guerre. Ayant dompté, fait chanter et acheté le Congrès, les médias étasuniens, les alliés et les marionnettes des États-Unis, Cheney dans son arrogance pourrait se délecter de pouvoir attaquer l'Iran maintenant qu'il est affranchi de toute retenue ou provocation fabriquée.
D'un autre côté, il pourrait se couvrir en orchestrant une « provocation iranienne » pour justifier son attaque comme une réaction. Mais comme l'attaque planifiée d'Hitler contre la Pologne, l'attaque contre l'Iran de Cheney est en cours d'élaboration depuis longtemps.
Le 29 mars dernier Associated Press a rapporté que, ce jour-là au sommet arabe, le leader libyen Mouammar Kadhafi « s'est répandu en mépris contre ses camarades dirigeants arabes. » Kadhafi a dit aux « leaders » arabes, nombreux à être à la solde des Étasuniens, que leurs maîtres s'attaqueront à eux tous, exactement comme ils l'ont fait avec Saddam Hussein, après l'avoir utilisé par procuration pour se battre contre l'Iran.
Saddam était autrefois l'allié de Washington, a rappelé Kadhafi aux Arabes, « mais ils l'ont trahi. » Kadhafi a dit « Votre tour viendra ensuite » aux marionnettes étasuniennes.
Kadhafi a demandé, « Où est la dignité des Arabes, leur avenir, où est seulement leur existence ? » Si les pays arabes restent désunis, a-t-il prédit, « ils deviendront des protectorats. Ils seront marginalisés et transformés en dépotoirs. »
C'est en effet cette désunion qui permet aux États-Unis de bombarder et de massacrer à volonté au Moyen-Orient.
Paul Craig Roberts fut Assistant du Ministre des Finances durant le premier mandat du Président Reagan. Il a été rédacteur adjoint au Wall Street Journal. Il a tenu de nombreuses postes universitaires, dont une Chaire de professeur à la Fondation William E. Simon, au Center for Strategic International Studies, à l'Université de Georgetown, et a été Chargé de Recherche Supérieur à la Hoover Institution et à l'Université de Stanford. Il a été décoré de la Légion d'Honneur par le Président français François Mitterrand. Il est auteur de Supply-Side Revolution : An Insider's Account of Policymaking in Washington, de Alienation and the Soviet Economy et de Meltdown: Inside the Soviet Economy, et est coauteur avec Lawrence M. Stratton de The Tyranny of Good Intentions : How Prosecutors and Bureaucrats Are Trampling the Constitution in the Name of Justice. Lire (en anglais) l'interview de Roberts avec Peter Brimelow de Forbes Magazine, au sujet de la récente épidémie de fautes professionnelles chez les procureurs.
Original : http://www.vdare.com/roberts/080330_iran.htm
Traduction libre de Pétrus Lombard pour Alter Info