Politique Nationale/Internationale

Rupture des négociations franco-syriennes, à qui la faute ?


La médiation française dans le conflit libanais avait soulevé un certain espoir au sein de l’opposition dans ce pays et de ses partisans à travers le monde. En effet, contre toute attente, un Sarkozy nouvellement élu sur un programme caricaturalement favorable à George W. Bush, avait lancé une initiative forte en faveur du dialogue au Liban, une politique plus équilibrée et allant plus loin que celle d’un Jacques Chirac qui se limitait à la défense des intérêts d’une seule famille, passablement corrompue.


Christine Bierre
Samedi 12 Janvier 2008

Rupture des négociations franco-syriennes, à qui la faute ?
Par Christine Bierre


Au départ de cette initiative, la conférence de La Celle-Saint-Cloud, à laquelle Bernard Kouchner invitait toutes les factions libanaises, y compris le Hezbollah de Hassan Nasrallah et le CPL du général Aoun. Cette conférence fut suivie par non moins de sept visites du ministre des Affaires étrangères au Proche-Orient, ainsi que par un certain nombre de voyages de Jean-Claude Cousseran, ancien responsable de la DGSE et grand connaisseur du Moyen-Orient, agissant en qualité d’envoyé spécial nommé par Nicolas Sarkozy. Ce fut aussi l’ouverture des négociations avec la Syrie, mise à l’index par Jacques Chirac car soupçonnée d’avoir commandité l’assassinat de son ami et ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri.

Deux des principales figures du gouvernement, Claude Guéant et Jean-David Levitte, ont été déployées en Syrie par Nicolas Sarkozy pour ouvrir ces pourparlers, alors que lui-même prenait contact à trois reprises par téléphone avec le président syrien Bachar el Assad. Tout ceci a volé en éclat en décembre, suite à l’impossibilité pour le parlement libanais d’élire un nouveau Président de la République en remplacement d’Emile Lahoud, dont le mandat expirait le 23 novembre, échec que l’administration Bush/Cheney, la France, l’Union européenne, l’ONU et quelques autres pays veulent aujourd’hui imputer à la Syrie.

Plusieurs facteurs pourraient être à l’origine de ce durcissement : 1) la tentative de « réintégrer » la Syrie dans la « communauté internationale », débutée avec sa participation à la conférence d’Annapolis sur le Proche-Orient qui a rassemblé les principaux acteurs du Moyen-Orient. Les parrains de ce processus semblent exiger aujourd’hui qu’en échange de ces bonnes dispositions, Damas lâche ses amis libanais ; et 2) le refus absolu des alliés libanais de l’administration Bush/Cheney, Saad Hariri et le gouvernement Siniora, d’accepter que l’opposition libanaise, majoritaire dans le pays, puisse exercer pleinement ses droits.

Les pressions pourraient aussi avoir pour objet de torpiller toute possibilité d’accord entre la Syrie et Israël, que certaines factions tentaient péniblement de mettre sur pied pour éviter toute nouvelle guerre dans la région et que Lyndon LaRouche a fortement soutenu aux Etats-Unis.

Cette situation nous contraint à réévaluer entièrement le rôle de la médiation française au Liban. La France ayant rompu ses négociations avec la Syrie en soutien aux positions de l’administration Bush/Cheney et d’autres acteurs de la communauté internationale, le ministre des Affaires étrangères syrien, Walid Moallem, s’est plu à révéler, au cours d’une conférence de presse, que l’accord franco-syrien négocié par Claude Guéant allait en effet très loin.

Il comprenait « l’élection d’un Président de la République consensuel, la formation d’un gouvernement d’union nationale et la mise en place d’une loi électorale », tout ce que refuse l’actuelle majorité au Liban. Il comprenait aussi « la neutralisation du rôle américain qui empêche l’entente nationale au Liban ».

La France a été incapable de convaincre la majorité libanaise d’accepter ce programme, a dit le ministre syrien, notant qu’il n’était pas besoin d’insister sur le rôle que les « deux visites de David Welch au Liban » ont pu jouer sur cette question. Si la France a pu être dans des dispositions si positives, il n’y a aucun doute que c’est avec le plein accord de l’administration Bush/Cheney que la France a démarré sa médiation au mois de mai 2007. C’est Condoleeza Rice, qui au cours de la réunion préparatoire du sommet du G8 à Potsdam, annonçait à Bernard Kouchner que les Etats-Unis seraient contraints d’ouvrir des négociations avec Téhéran, pour la forme, et qu’il serait bon que la France fasse de même avec la Syrie.

A voir la politique de Nicolas Sarkozy aujourd’hui, on peut émettre en effet plusieurs hypothèses : soit des pressions massives ont été exercées sur le gouvernement français pour qu’il abandonne l’orientation adoptée ; soit il était prévu dès le départ que la médiation française ne menace en rien le statu quo régional, mais aboutisse uniquement à une réintégration de la Syrie dans la communauté internationale qui serait bien cher payée par ses anciens « alliés » libanais.

Dans le premier cas, la présidence Sarkozy aura manqué de courage dans une situation pourtant idéale pour les intérêts réels de la France dans la région, ce qui confirmerait le poids exercé par ceux qui ont contribué à assurer son élection. Dans le deuxième cas, le gouvernement serait particulièrement mal placé pour accuser la Syrie de s’être livrée à une partie de poker menteur...

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Samedi 12 Janvier 2008

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